Archives Mensuelles: janvier 2012

"La fin du mythe du nucléaire bon marché"

Le rapport de la Cour des comptes sur le coût de la filière nucléaire est considéré à gauche comme un point de repère salutaire.  

Par Morgane Bertrand Journaliste Société Planète, 31-01-2012

Serge Orru, directeur général du WWF, jubile. Ce rapport de la Cour des comptes sur le coût de la filière nucléaire, c’est lui qui l’a arraché au Président Nicolas Sarkozy, à la surprise de tous, lors d’un déjeuner avec les grandes associations environnementales à l’Elysée le 2 mai dernier. Il raconte :

A la fin du repas, Sarko venait de raccrocher avec Carla, il était tout ému. Il m’a dit : ‘Oui, bien sûr, le nucléaire mérite la transparence’. L’assemblée avait les yeux écarquillés !"

Un document de référence

Rendu public après huit mois de travail, ce rapport doit faire taire les fantasmes sur le nucléaire. Sorte de "base de données" selon le premier président de la Cour des Comptes Didier Migaud, il doit civiliser un débat ouvert aux explosifs par la catastrophe de Fukushima et resté depuis passionnel. Pour Serge Orru :
Le temps est venu de sortir de la guerre des tranchées. On est enfin entrés dans le débat. EDF ne peut plus être juge et partie. Tout le monde écolo va s’en emparer pour demander des audits indépendants. Sur le démantèlement, le stockage des déchets, les investissements à réaliser sur le réseau, l’impact environnemental…"

Au QG de François Hollande, le député PS François Brottes, en charge des questions énergétiques pour le candidat du PS, se félicite également de ce "document de référence".
La fin du "mythe du nucléaire bon marché"

Dans les rangs d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), le rapport est la preuve qu’il est urgent de sortir du nucléaire. Selon Denis Baupin :
Il réévalue le coût du MWh de 20%, il constate qu’on ne connaît pas le coût du démantèlement, ni celui de la gestion des déchets, que les assurances sont sous-dimensionnées par rapport à la réalité d’un accident… Et par-dessus tout que le nucléaire coûtera plus cher que par le passé! On est face à des paris financiers d’une ampleur considérable, bien plus risqués que les mesures que prône EELV, à savoir le développement des économies d’énergies et des énergies renouvelables."

Michèle Rivasi, députée européenne EELV, abonde : "On a la confirmation que le nucléaire coûte très cher, et que l’EPR coûte plus cher que l’éolien". Selon les écologistes, un mégawattheure (MWh) à 90 euros – somme estimée par la Cour des comptes pour l’EPR de Flamanville- n’est guère plus cher que le MWh éolien.

Le débat sur le bon mix énergétique est ouvert

Dans son rapport, la Cour des comptes ne privilégie aucun scénario de mix-énergétique. Mais l’un d’eux se dessine : celui de la prolongation de la durée de vie des centrales, solution la moins coûteuse financièrement. Denis Baupin le dénonce :
Les autorités françaises ont pris une décision implicite : en n’investissant pas suffisamment pour produire des EPR au rythme nécessaire, elles ont décidé tacitement de prolonger la durée de vie des centrales. Sans que le Parlement ne soit jamais consulté."

Christian Bataille, député PS, membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et défenseur de la filière du nucléaire, y voit surtout des avantages :
Mieux vaut pousser les centrales jusqu’à 50 ans car l’étalement des fermetures se répercutera plus faiblement sur le coût du KWh. Ensuite, le problème est de savoir si nous aurons les financements pour remplacer les centrales par des EPR, ou si nous irons vers des centrales à gaz, moins coûteuses financièrement mais plus coûteuses pour le réchauffement climatique."

François Brottes, pour sa part, estime que le rapport de la Cour des Comptes conforte le scénario de François Hollande, qui prévoit de passer de 75% à 50% d’énergie nucléaire d’ici 2025 :
Ce rapport montre que la question du renouvellement du parc est incompatible avec la non décision. Il conforte donc la position de François Hollande, qui s’engage sur les économies d’énergie, dans l’habitat notamment, et sur le lancement des filières du renouvelable quand le gros du parc aura atteint les 40 ans. On sera alors à maturité pour décider de la suite."

Trancher en 2025 ? Voilà qui n’est pas franchement de l’avis de Michèle Rivasi :
C’est la solution la plus chère, parce qu’elle ne fait pas de choix. Des économies d’énergie, une réduction du parc nucléaire actuel, la construction d’un EPR… A force de ne pas franchir le Rubicon, Hollande risque de tout faire mal."

Par Morgane Bertrand
Journaliste Société Planète

Cour des comptes: les investissements de maintenance renchériraient de 10 % les coûts de production

Dans son volumineux rapport (380 pages), la Cour des comptes indique que les dépenses futures pour la maintenance des centrales, leur démantèlement et la gestion des déchets radioactifs ne feront pas exploser les coûts de production de l’électricité nucléaire. Il n’en reste pas moins que de "nombreuses incertitudes"demeurent. Le rapport ne clôt pas pour autant le débat sur la pertinence de développer d’autres filières énergétiques, comme celle des renouvelables.

Coûts de construction

 Le coût au mégawatt (MW) installé n’a cessé de progresser, notamment pour répondre à des normes de sûreté plus exigeantes. De 1,07 million d’euros par MW à Fessenheim (1978), il est passé à 1,37 million à Civaux, le dernier réacteur mis en service (2000). Pour le réacteur EPR (troisième génération), la "tête de série" de Flamanville (Manche), qui coûtera au moins 6milliards, le coût du MW est de 3,7 millions; les EPR de série pourraient coûter 5 milliards, ramenant ce coût à 3,1 millions. "Il est beaucoup trop tôt pour donner et valider un calcul du coût de production d’un parc d’EPR", juge la Cour.

Charges d’exploitation

Elles étaient de 8,9 milliards en 2010 pour le parc de 58 réacteurs et sont "bien identifiées". Toutefois, elles sont appelées à augmenter en raison du renforcement de la sûreté et du nécessaire renouvellement des effectifs dans la filière.

Coûts du démantèlement

Les dépenses de "démolition" des 58 réacteurs étaient estimées à 18,4 milliards fin 2010. Toutefois, "les résultats des évolutions passées font craindre la possibilité de futures augmentations de certains devis". D’autant que "les charges de démantèlement pourraient augmenter du fait d’une plus grande exigence dans le futur des normes de dépollution des sites". Les rapporteurs observent aussi que"les comparaisons internationales mettent toutes en évidence que le montant retenu par EDF (…) est inférieur aux coûts calculés à l’étranger". Un doublement du devis de démantèlement entraînerait une hausse de 5 % des coûts de production. Le gouvernement a lancé un processus d’audits techniques pourconnaître ces coûts.

Coûts du traitement et du stockage des déchets radioactifs

Leur estimation (28,4 milliards fin 2010) est, elle aussi, jugée "fragile". Pour les déchets à vie longue, le devis du projet de centre de stockage profond de Bure (Meuse), qui était de 16,5 milliards en 2005, se monte désormais à 36 milliards. La Cour note que le coût final de cet enfouissement est appelé à évoluer "du fait des évolutions techniques et réglementaires au cours de son exploitation, qui durera au moins centans". Un doublement de la facture initiale entraînerait une hausse de 1 % des coûts de production de l’électricité.

Coûts de maintenance et de prolongation des réacteurs

Leur évolution est "nettement plus sensible" que celle relative au démantèlement des centrales ou au stockage des déchets. Les investissements de maintenance, estimés par EDF à 55 milliards entre 2011 et 2025 – soit 3,7 milliards par an contre 1,5 milliard en 2008-2010 – renchériraient "de l’ordre de 10 %" le coût du MWh. Ces 55 milliards tiennent compte des nouvelles exigences imposées à EDF par l’Autorité de sûreté nucléaire après Fukushima. Elles alourdissent la facture de 5 milliards.

Prolonger l’exploitation au-delà de quarante ans, c’est "éloigner le moment du décaissement des charges futures, ce qui diminue le montant des provisions et repousse à plus tard les investissements de renouvellement du parc, qui nécessiteront des ressources de financement importantes", prévient la Cour. D’autant que les coûts des réacteurs de nouvelle génération seront bien supérieurs à ceux des anciens.

Coûts de la recherche

Le programme d’étude des réacteurs dits de 4e génération (à neutrons rapides) – la France finance pour l’instant à hauteur de 650 millions le démonstrateur Astrid – va "sensiblement" accroître les dépenses de recherche sur crédits publics, notent les rapporteurs. Ils jugent "prudent de travailler à des solutions alternatives, au cas où l’hypothèse de la 4e génération ne se révélerait pas réalisable à grande échelle". Mais le coût de la 4e génération, qui pourrait être exploitée à l’horizon 2040, est "inconnu".

Coûts des garanties en responsabilité civile d’EDF

En cas d’accident, l’engagement d’EDF est aujourd’hui plafonné à 91,5 millions d’euros par accident. Le gouvernement doit déposer un projet de loi pour porter ce plafond à 700 millions, conformément aux conventions européennes. Il reste que ces sommes sont dérisoires en cas d’accident grave. C’est l’Etat qui, selon la Cour, reste le "garant ultime".

Jean-Michel Bezat et Pierre Le Hir

Rapports sur le nucléaire français: une synthèse

La polémique sur l’avenir du nucléaire devrait rebondir dans les prochains jours avec la publication de plusieurs rapports importants ! Publié par JF@ le 31 Janvier 2012 

 

Ainsi, la Cour des Comptes doit rendre aujourd’hui son travail sur le coût global de la filière nucléaire en France. Selon des informations de presse, cet audit, demandé au printemps dernier par le gouvernement après la catastrophe de Fukushima, devrait confirmer le caractère compétitif de l’électricité nucléaire par rapport aux autres sources d’énergie. Mais il soulignerait aussi la difficulté à évaluer avec précision les futurs coûts du nucléaire, liés au renforcement de la sécurité, au démantèlement des vieilles centrales et à la gestion des déchets finaux.

Ce son côté, le Commissariat à l’Energie atomique (CEA) estime que le remplacement de l’énergie nucléaire par des énergies renouvelables coûterait entre 352 et 560 Milliards d’Euros de plus qu’un statu quo énergétique en France. L’administrateur général du CEA, Bernard Bigot, commente ce matin cette étude dans un entretien aux ‘Echos’. Selon lui, une sortie totale du nucléaire avec un arrêt progressif des centrales jusqu’en 2025 pourrait être réalisée en faveur " d’un bouquet composé de 40% d’éolien terrestre, 20% d’éolien offshore, 12% de photovoltaïque, 12% d’hydraulique et 16% de cycles combinés au gaz. On aurait dans ce cas un surcoût de l’investissement compris entre 352 et 560 Milliards d’Euros ". Cela correspondrait à un coût de production de 124 Euros par MWh en 2025, contre 62 Euros dans un scénario de statu quo (et environ 40 Euros actuellement), estime M. Bigot.

Le patron du CEA n’exclut pas une baisse progressive de la part du nucléaire à 50% (contre 75% actuellement) de la production électrique, mais " pas de manière précipitée. Ce serait trop rapide de le faire d’ici à 2025 dans le contexte budgétaire et technique ".

Enfin, un troisième rapport sur le nucléaire est en préparation, commandé par le ministre de l’industrie Eric Besson. Attendu pour le 13 février, ce document, dont le site ‘Mediapart’ publie une version provisoire, conclurait que l’extension de la durée de vie des centrales existantes serait la solution la moins coûteuse d’ici à 2035-2040 par rapport à la construction de nouvelles centrales ou leur remplacement par d’autres moyens de production.

A moins de trois mois de l’élection présidentielle, les candidats auront donc à leur disposition une quantité abondante d’avis d’experts pour alimenter leurs points de vue. Alors que Nicolas Sarkozy estime que le recours au nucléaire est dans " l’intérêt supérieur de la France ", son principal adversaire socialiste, François Hollande, prône la fermeture de la centrale de Fessenheim et la réduction de 75% à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici à 2025.

SLT

http://crefrance.ning.com/profiles/blogs/nucleaire-pol-mique-fran-aise

 

Voir en détail le contenu des rapports dans les billets détaillés sur ce blog

 

La Cour des comptes relève les "nombreuses incertitudes" qui pèsent sur la filière nucléaire

Le rapport de la Cour des comptes sur "les coûts de la filière électronucléaire", commandé par le gouvernement en mai 2011, a été publié mardi 31 janvier. Dans un entretien au Monde, son premier président, Didier Migaud, explique que les magistrats n’ont relevé aucun coût caché, mais que de "nombreuses incertitudes"demeurent sur le démantèlement, la gestion des déchets et la prolongation de la durée de vie des 58 réacteurs d’EDF. 

Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes explique que les magistrats n’ont relevé aucun coût caché, mais que de "nombreuses incertitudes" demeurent sur le démantèlement, la gestion des déchets et la prolongation de la durée de vie des 58 réacteurs d’EDF. LEMONDE.FR | 31.01.12 |

  Quel est le principal enseignement de votre rapport ?

Le rapport de la Cour rassemble l’essentiel des données disponibles sur les éléments constituant les coûts passés, présents et futurs de la production d’électricité nucléaire en France. J’ajoute que si ce rapport a pu être réalisé dans un temps très court (huit mois), alors qu’il s’agit d’un travail exhaustif et innovant sur les coûts de la filière, c’est parce que la Cour a su se mobiliser, et que tous les acteurs concernés ont "joué le jeu".

Il conclut que tous les coûts futurs sont bien identifiés par les exploitants, mais qu’ils ne sont pas évalués avec un égal degré de précision. De nombreuses incertitudes pèsent, par nature, sur ces estimations et les risques d’augmentation de ces charges futures sont probables. Mais plus que les paramètres de démantèlement ou de stockage ultime, la Cour montre que c’est la durée de fonctionnement des centrales actuelles qui est une donnée majeure, dont l’effet sur le coût de la filière est le plus important.

De lourds investissements sont donc à prévoir ?

Quels que soient les choix retenus, oui, des investissements importants sont àprévoir pour maintenir la production actuelle, représentant a minima un doublement du rythme actuel d’investissements de maintenance. Ce qui feraaugmenter le coût moyen de production de l’ordre de 10 %. La Cour souhaite que les choix d’investissements futurs ne soient pas effectués de manière implicite, mais qu’une stratégie énergétique soit formulée et adoptée par le gouvernement, de manière explicite, publique et transparente.

D’ici à la fin de 2022, 22 réacteurs sur 58 atteindront quarante ans de fonctionnement. Dans l’hypothèse d’une durée de vie de quarante ans et d’un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel [74 % de la production d'électricité], il faudrait donc un effort considérable d’investissement à court terme, qui paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles. Cela signifie qu’à travers l’absence de décision d’investissement, une décision implicite a été prise qui nous engage déjà: prolonger nos centrales au-delà de quarante ans, ou faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique vers d’autres sources d’énergie, ce qui suppose des investissements complémentaires.

Y a-t-il des "coûts cachés", comme l’affirment les mouvements antinucléaires ?

La Cour a vérifié que les charges futures (démantèlement, gestion des combustibles usés et des déchets) sont bien intégrées dans les comptes des exploitants et dans les calculs de coûts. Mais, comme le montant de ces charges n’est pas connu avec certitude, elle a aussi vérifié les conséquences d’une éventuelle sous-estimation de ces coûts : les tests montrent une faible sensibilité du coût global de production de l’électricité nucléaire à l’évolution, même importante, de ces charges.

Enfin, j’insiste sur les éléments qui doivent être pris en compte dans l’analyse de la politique énergétique et la comparaison entre les différentes formes d’énergie. Il peut s’agir d’effets a priori positifs, comme la contribution à l’indépendance énergétique ou les moindres émissions de gaz à effet de serre; ou négatifs, comme l’impact de l’électricité nucléaire sur la santé et le réchauffement des rivières.

Comment expliquer qu’il y ait autant d’incertitudes sur le coût du démantèlement des installations nucléaires ?

Les charges futures sont incertaines "par nature". Les dépenses de démantèlement, c’est-à-dire les dépenses de fin de vie des centrales, sont estimées à 18,4 milliards (valeur 2010) en charges brutes, pour le démantèlement des 58 réacteurs, mais la Cour n’est pas en mesure de valider ce montant en l’absence d’études approfondies. Il n’y a pas d’expériences de démantèlement d’un parc cohérent comme le parc français. Les chiffrages d’EDF sont au bas de la fourchette des comparaisons internationales, qui doivent être prises avec prudence.

En est-il de même pour la gestion des déchets radioactifs ?

Le coût de leur gestion à long terme est estimé à 28,4milliards d’euros. L’estimation est fragile, car le projet envisagé pour l’enfouissement en grande profondeur des déchets à vie longue n’est pas définitif. Le devis établi en 2005 par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a été revu en 2009 et a quasi doublé [à plus de 30 milliards d'euros]. Dans ce domaine, il n’y a aucune référence internationale possible.

Doit-on faire évaluer ces coûts par des experts indépendants ?

La Cour recommande que son rapport, que je considère comme une "base de données" des coûts du nucléaire, soit régulièrement actualisé, de manière transparente et en toute indépendance.

Les coûts de maintenance et les surcoûts de sûreté post-Fukushima vont-ils entraîner une forte hausse des prix de l’électricité ?

Le rythme annuel des investissements de maintenance d’EDF, y compris la prise en compte des prescriptions post-Fukushima de l’Autorité de sûreté nucléaire telles qu’on les connaît, devrait doubler dans les quinze ans qui viennent, ce qui représente une augmentation de l’ordre de 10% du coût moyen de production. Mais ce coût ne représente que 40 % du prix payé par le consommateur. D’autres composantes (investissements sur les réseaux, taxes) ont un effet sur le prix.

Les dépenses de recherche pourront-elles continuer à ce rythme ?

Ces 55milliards d’euros calculés, pour la première fois, par la Cour, ne mesurent que les dépenses de recherche nucléaire civile depuis 1957, soit environ un milliard par an. Sur l’ensemble de la période, elles ont été financées à 70 % par des crédits publics, mais cette part diminue. Plus de la moitié de ces dépenses de recherche est financée par les exploitants. La charge en 2010 pour les fonds publics était de 414 millions.

Jugez-vous suffisantes les garanties de responsabilité civile plafonnées à 92 millions par centrale pour EDF ?

La Cour recommande que l’on applique le plus rapidement possible les protocoles d’amendements aux conventions internationales qui relèvent ce plafond à 700 millions d’euros, somme qui reste très limitée en cas d’accidents graves.

Propos recueillis par Jean-Michel Bezat et Pierre Le Hir

Rapport de la Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc

La Cour des Comptes rendra public mardi 31 janvier un rapport sur les coûts du nucléaire qui fera date.  Le rapport de la Cour des Comptes marque une étape…Il est en tout état de cause un outil majeur pour aider à ce qu’enfin la France prenne le virage énergétique et industriel pris par nombre d’autres pays, et que nous risquons bien de manquer. C’est pourtant là que se situent les principaux gisements d’emplois d’aujourd’hui et de demain.Mediapart Le 30 Janvier 2012 Par Denis Baupin

 1) Il fera date car il met en pièce le mythe du nucléaire bon marché. D’ores et déjà, les chiffres accumulés par la Cour sont sans appel : depuis des décennies, on a menti sur le coût réel du nucléaire. Celui-ci se trouve au minimum (et malgré les inconnues rappelées ci-dessous) à 20% plus cher que les évaluations précédentes. Et cela même si, de l’aveu même de la Cour, les coûts faramineux de la recherche nucléaire n’ont pas été intégrés dans ce surcoût.

2) Il fera date car il confirme le coût faramineux du nucléaire futur. Même si les chiffres du nucléaire passé ont été sous-évalués, il est clair aujourd’hui que le nucléaire a mangé son pain blanc. Dorénavant, qu’on choisisse de prolonger la durée de vie des réacteurs existants (en les sécurisant suite à Fukushima et en tentant de les faire tenir 10 à 20 ans de plus), ou qu’on choisisse de construire des EPR pour les remplacer, le coût du kWh produit sera près de deux fois plus élevés que le prix artificiel actuel.

3) Mais ce rapport fera aussi date en démontrant que sur de nombreux sujets cruciaux, même la Cour des Comptes ne sait pas chiffrer le coût réel du nucléaire. Qu’on en juge : qu’il s’agisse du coût des travaux de sécurité post-Fukushima (dont il faut rappeler qu’ils n’intègrent même pas la sécurité anti agression terroriste), du coût du démantèlement, du coût de la gestion des déchets, du coût de l’assurance en cas d’accident majeur en France… la Cour des Comptes reconnaît son incapacité à chiffrer et est obligée de s’en tenir à des hypothèses vagues.

Les représentants du lobby tenteront sans doute de minimiser l’impact de ce rapport. Mais, qu’ils le veuillent ou non, ce que dit ce rapport c’est qu’en matière d’industrie nucléaire, on avance à l’aveugle. Cette énergie soit-disant hyper professionnelle, à la pointe de la technologie et de la science, est pilotée totalement à vue.

L’abîme est d’autant plus vertigineux si on compare d’un côté ce constat de carence en matière nucléaire, et de l’autre les exigences posées par les mêmes décideurs quand on évoque les alternatives au nucléaire, qu’il s’agisse des renouvelables et de l’efficacité énergétique.

 La charge de la preuve doit dorénavant être inversée : ce n’est plus le seul chiffrage de la sortie du nucléaire qu’il faut établir, mais plus encore le coût d’une poursuite éventuelle du nucléaire. A quand un rapport sur les scénarios d’avenir des pro-nucléaires, qui aurait le même niveau d’exigence de transparence et de réalisme que, par exemple, le scénario Négawatt ?

Le rapport de la Cour des Comptes marque une étape. Il montre aussi le chemin qui reste à parcourir pour que toute la transparence soit faite sur les vrais coûts du nucléaire. Il est en tout état de cause un outil majeur pour aider à ce qu’enfin la France prenne le virage énergétique et industriel pris par nombre d’autres pays, et que nous risquons bien de manquer. C’est pourtant là que se situent les principaux gisements d’emplois d’aujourd’hui et de demain.

Energie: la commission Besson plaide pour la poursuite du nucléaire

La commission d’experts missionnée en septembre par le ministre de l’Energie, Eric Besson, pour examiner différents scénarios énergétiques à l’horizon 2050, plaide pour une prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires, selon une "synthèse" provisoire. Sciences et Avenir le 30-01-2012 

Le rapport définitif de la commission, présidée par le professeur d’université Jacques Percebois, sera rendu public le 13 février, a-t-on appris auprès d’un membre du comité.

Selon une "synthèse générale" provisoire, obtenue par l’AFP, "l’analyse des scénarios énergétiques à 2050" montre "en particulier que la trajectoire optimale pour notre pays consiste à prolonger la durée de vie des centrales existantes aussi longtemps que l’Autorité de sûreté nucléaire le permettra".

La conclusion des experts s’oriente aussi vers la nécessité de "prévoir un petit nombre d’EPR pour lisser la production au moment de la fermeture des centrales les plus anciennes, et à préparer l’avenir en poursuivant activement le développement de la génération 4" des réacteurs.

La commission laisse pour autant "ouverte" la question de la part — 75% aujourd’hui — que devrait représenter le nucléaire dans la production électrique française en 2050.

Le gouvernement avait annoncé en septembre la création de cette commission "pluraliste" chargée d’évaluer différents scénarios existants, et notamment ceux prévoyant une sortie du nucléaire.

Les ONG avaient toutefois refusé d’y siéger, jugeant la composition de la commission trop pro-nucléaire et refusant d’être associées à un rapport publié juste avant l’élection présidentielle.

Dans la "synthèse" provisoire, la commission formule sept recommandations appelant notamment à "s’interdire toute fermeture administrative d’une centrale nucléaire qui n’aurait pas été décidée par l’exploitant à la suite des injonctions de l’autorité de sûreté" mais aussi à "faire de la sobriété et de l’efficacité énergétique une grande cause nationale".

Sur la question du prix de l’énergie, les experts constatent que "tous les scénarios s’accordent sur une perspective de hausse durable des coûts énergétiques" et appellent à "s’engager courageusement dans une politique de vérité (c’est-à-dire de hausse) des prix de l’énergie".

Interrogés par le site Mediapart, qui publie certaines parties du rapport, deux experts "indépendants", l’économiste Benjamin Dessus et le physicien Bernard Laponche, membres de l’association Global Chance, qualifient ce document encore provisoire d’"exercice médiocre, biaisé par des erreurs factuelles".

Pandémie de la thyroïde: une douloureuse illustration de "Blind"

Publié par Mochizuki le 30 Janvier, 2012 ·

1143 des 3765 enfants étudiés (30,36%) avaient une tumeur thyroïdienne dont 1091 avec une tumeur plus petite que 5,0 mm.

Enfants vivant à  Namiemachi, Iidatemura, et Kawamatamachi Yamakiya chiku.

Pandémie de la thyroïde

Est-ce le taux normal?

Le président du Comité exploratoire, Yamashita Shunichi affirme que c’est bénin.

Un médecin qui se spécialise dans les maladies thyroïdiennes, à Kumamoto a répondu à un parent au sujet du problème de thyroïde de sa fille:

Question

Ma troisième fille (4 ans, 15 kg, 101cm) a obtenu une tumeur sur son côté droit de la thyroïde depuis la dernière Juin. avait prise de sang, test d’urine, radiographie, échographie, cytoponction et de l’aiguille fine et le médecin dit qu’il est bénignité. Toutefois, il est déjà 4cm, il m’a dit qu’elle pourrait avoir besoin d’une chirurgie. Parce qu’il est risqué, à moins qu’elle pèse 25 kg, il veut attendre jusqu’à ce qu’elle devienne de 6 ans. Est-il possible de ne pas avoir la chirurgie?

L’hôpital m’a dit que c’était leur première fois de voir une fille de 4 ans. Le médecin est vraiment sympa, mais ma fille a peur des épreuves, elle a appris à détester les hôpitaux.

Réponse

Je suis sincèrement désolé pour vous. Tout d’abord, nodule thyroïdien des enfants est vraiment rare . Selon un rapport médical, 20 ~ 73% des nodules thyroïdiens pousse au cancer dans le cas des enfants . A partir du résultat de l’échographie et cytoponction à l’aiguille fine, elle est susceptible de bénignité, mais le cancer folliculaire de la thyroïde ne peut pas être détecté par les tests de deux parfois. Dans votre cas, il est déjà 4cm, ce qui est très grand. Je vous recommande d’avoir une chirurgie. Médicaments TSH ne peut traiter que 20% des cas, il ne peut être recommandée. L’injection locale d’éthanol serait très douloureux pour elle. En conséquence, il n’ya pas d’autre moyen que la chirurgie avec anesthésie générale en apparence. ….

Mycle Schneider: «L’énergie nucléaire n’a plus de perspective»

Ni le traumatisme de Fukushima ni la décision allemande de sortir du nucléaire n’ont entamé la résolution des dirigeants français: pour eux, hors de l’atome, point de salut.

Et si, loin d’être une nécessité, le choix nucléaire était une impasse?

Mycle Schneider, consultant dans le domaine de l’énergie, lauréat du prix Nobel alternatif en 1997, étudie l’industrie nucléaire depuis trente ans. Il livrait  son point de vue sur Mediapart le 31 mai 2011.

Angela Merkel vient de décider que l’Allemagne sortira du nucléaire d’ici 2022. S’agit-il d’un tournant décisif dans l’histoire de l’énergie ?

C’est une décision spectaculaire. Ce gouvernement était considéré comme le plus pro-nucléaire possible dans le paysage politique allemand. Ce qui se passe en Allemagne est une véritable coupure historique, pas une simple péripétie politicienne. Le choix d’Angela Merkel s’appuie sur un texte, le rapport de la Commission éthique pour l’approvisionnement énergétique sûr, qui analyse la situation énergétique et propose un ensemble de mesures cohérentes pour remplacer le nucléaire.

Ce rapport a été demandé par le gouvernement, et la commission est présidée par Klaus Töpfer, ancien ministre de l’environnement, qui a aussi été directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). La commission Töpfer estime que sortir du nucléaire en dix ans n’est pas un problème et qu’il serait même souhaitable d’aller encore plus vite !

Selon le rapport, des changements systémiques profonds s’imposent dans la manière de gérer l’énergie. Et Töpfer défend l’idée intéressante que la sortie du nucléaire peut être un «booster de croissance». La campagne pour les élections législatives allemande de 2013 pourrait tourner autour de la question « qui sortira le plus vite du nucléaire? »

Certains estiment que la décision allemande est une sorte de trompe-l’œil, parce que les Allemands feront appel au nucléaire français pour remplacer celui qu’ils n’utiliseront pas chez eux. En somme, la sortie allemande retarderait une éventuelle sortie française…

L’idée est amusante… mais fausse. Depuis des années, la France est importatrice nette d’électricité d’Allemagne. Autrement dit, le bilan des achats et ventes d’électricité entre les deux pays aboutit à ce que la France importe plus d’Allemagne qu’elle n’exporte. En 2010, la France a importé 6,7 TWh (milliards de kWh) nets d’Allemagne, soit la production d’une tranche nucléaire ! Sauf que la France importe de l’électricité surtout en hiver, donc en provenance des centrales à charbon allemandes. La pointe de consommation hivernale en France est de 96 gigawatts, alors qu’elle est de 80 gigawatts en Allemagne, dont la population compte 16 millions d’habitants de plus !

Les échanges d’électricité en Europe se font sur la base du prix du marché et non pas de la capacité installée. Les premières études montrent que l’Allemagne ne dépendra certainement pas du courant nucléaire français. En quoi la décision allemande retarderait-elle, dans ce cas, une sortie du nucléaire française ?

Rien n’est réglé à Fukushima

Eric Besson, ministre de l’industrie, a déclaré à Libération que «Fukushima va faire progresser la sûreté nucléaire» et que le Japon n’avait «nullement l’intention d’arrêter ces centrales». La page de l’accident est-elle tournée ?

Non, une telle vision ne correspond pas à la réalité. Je connais assez bien le Japon, où je me suis rendu vingt-cinq fois, et je pense qu’il ne faut certainement pas sous-estimer le traumatisme de Fukushima. L’espèce de croyance en la technologie et de confiance presque aveugle dans les décideurs en a pris un coup. Et surtout, la situation n’est absolument pas réglée. Elle continue de s’aggraver jour après jour.

Deux mois et demi après l’accident, les rejets radioactifs continuent, Tepco n’a toujours pas de stratégie cohérente pour sécuriser la centrale et les autorités sanitaires japonaises n’ont pas mis en place un plan d’ensemble pour protéger les populations ! On n’a aucune information fiable sur l’état exact des réacteurs et de leur combustible, mais rien n’est stabilisé. Dans un communiqué du 25 mai, la firme a indiqué qu’à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire japonaise, elle allait équiper les travailleurs de dosimètres individuels… Ce qui veut dire qu’ils n’en avaient pas jusqu’ici, alors qu’ils travaillent dans des zones très fortement irradiées ! Hallucinant…

Pire, Tepco précise qu’en attendant d’avoir équipé tous les travailleurs, on peut se baser sur un seul dosimètre pour un groupe de techniciens sous réserve que la dose soit la même sur l’ensemble de la zone d’intervention. Or, quiconque a travaillé sous rayonnements ionisants une demi-journée sait que les doses reçues peuvent varier d’un facteur 10 ou plus à quelques mètres de distance. Ça veut dire que les travailleurs ne sont pas protégés, tout comme les liquidateurs de Tchernobyl. Deux mois après le début de l’accident, on n’est même pas en train d’appliquer le b.a-ba de la radioprotection.

Quant à la stratégie pour mettre les réacteurs dans un état sûr, elle repose sur des déductions tirées de données très fragmentaires. On peut être certain qu’il y a eu fusion du combustible dans trois réacteurs, mais on ne sait pas exactement quelle proportion du combustible est endommagée ou fondue. Tepco appuie ses analyses sur des scénarios tirés d’un nombre insuffisant de données, de mesure réelles, qui plus est souvent fausses parce que les capteurs ne marchent plus. C’est du bricolage… Et c’est la même chose pour la gestion des déchets, ou de l’eau contaminée.

Tepco et le gouvernement japonais ne devraient-ils pas faire davantage appel à l’aide internationale ?

Compte tenu de ce que les Japonais font depuis deux mois la démonstration qu’ils sont incapables de résoudre le problème, il est clair que la communauté internationale a une lourde responsabilité. Actuellement, les Etats-Unis, la France ou l’Allemagne apportent leur assistance au Japon, mais il s’agit à chaque fois d’une assistance bilatérale, basée sur une relation entre le Japon et un partenaire, sans concertation entre les puissances intervenantes.

Les Etats-Unis ont une relation privilégiée avec le Japon, ils ont des drones, ils ont peut-être plus d’informations que les autres pays, mais ils ont aussi leurs intérêts spécifiques et notamment des bases militaires proches de Fukushima. La France a ses intérêts commerciaux avec Areva. Et ainsi de suite. On laisse Tepco bricoler avec une série d’aides bilatérales, sans action d’ensemble concertée. Ça ne peut pas marcher. Et je ne comprends pas que les grandes puissances nucléaires acceptent cette situation. Il faudrait lancer une initiative de type task force internationale associant les meilleurs experts disponibles.

Des conséquences sanitaires pires que celles de Tchernobyl

Qu’en est-il de la protection des populations japonaises, et de l’environnement en dehors du site de Fukushima ?

Cela ne va guère mieux. Fukushima est très différent de Tchernobyl en ce qu’il n’y a pas eu, comme en Ukraine, une très grande explosion suivie d’un feu de dix jours qui a projeté le panache à plus de 3000 mètres d’altitude. On sait aujourd’hui que plus de la moitié des rejets de Tchernobyl est retombée ailleurs que dans les trois républiques ex-soviétiques (Ukraine, Biélorussie et Russie).

Au contraire, à Fukushima, on a des rejets continus et l’essentiel des retombées affecte la région autour de la centrale. Le rayon concerné est de l’ordre de 100 ou 200 kilomètres, pas des milliers de kilomètres. C’est une très bonne nouvelle pour les autres pays et une très mauvaise pour le Japon ! Et à l’heure actuelle, on n’a pas de carte précise des zones contaminées. La contamination ne se fait pas de manière régulière, ce sont des taches au sol, qui dépendent des conditions météo, et pour connaître les points dangereux, il faut faire de très nombreuses mesures. Aujourd’hui, on ne peut plus acheter un compteur Geiger au Japon ! Là aussi, on est dans le bricolage.

A mon niveau, je soutiens un projet privé mené par un Américain établi au Japon, qui vise à installer une quarantaine de laboratoires de mesure mobiles. Mais il faudrait aussi créer des labos fixes, en utilisant les sites qui existent déjà. Par exemple, les entreprises de produits alimentaires ont des laboratoires que l’on pourrait équiper de spectromètres pour analyser la radioactivité. Mais cela devrait être organisé de manière cohérente à l’échelle du pays, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Quand on regarde les calculs de doses auxquelles sont exposés les habitants dans certains lieux, par exemple les écoles, c’est affolant. Le gouvernement japonais a autorisé une dose de 20 mSv par an pour les écoliers, c’est la dose normale pour les travailleurs du nucléaire. On a multiplié par 20 le risque autorisé pour les enfants ! Il n’y a aucune véritable stratégie pour réduire le risque auquel sont exposées les populations. Si rien ne change, il y aura des milliers de cancers dus aux radiations, c’est évident…

Pensez-vous que la situation des habitants de la région de Fukushima soit aussi grave que celle des Biélorusses après Tchernobyl ?

Je pense que les conséquences sanitaires à terme pourraient être pires que celles de Tchernobyl parce que, même s’il se confirme que les rejets radioactifs sont moindres, ils se répartissent sur une surface beaucoup plus réduite, avec une densité de population très supérieure. Ça risque d’être une hécatombe.

L’énergie nucléaire n’a plus de perspective

Malgré cette situation dramatique, le Japon n’a pas annoncé son intention de sortir du nucléaire…

Dans les faits, il en prend la direction. Encore une fois, le traumatisme de Fukushima est considérable, même si l’on ne s’en rend pas compte de l’extérieur. De plus, le Japon se trouve dans une situation politique particulière : pour la première fois en un demi-siècle, ce n’est pas le Parti libéral démocrate qui est au pouvoir, mais le Parti démocrate japonais. Or, le PDJ n’a jamais été un parti très pronucléaire, nombre de ses membres sont même très critiques vis-à-vis du nucléaire – plus que ne le sont les socialistes français, par exemple. Il y a des personnalités critiques vis-à-vis du nucléaire à des postes importants, ce ne sont pas seulement des voix isolées.

Certes, le lobby nucléaire japonais est très puissant, et le pays était en passe d’accomplir le virage consistant à devenir un exportateur de centrales. Mais le PDJ n’a pas à revendiquer cet héritage, il a même tout intérêt à s’en distancier. Le premier ministre Naoto Kan, très critiqué pour sa gestion de la crise de Fukushima, peut chercher une issue dans la rupture avec la politique de ses prédécesseurs. Dans un pays où perdre la face est le pire qui puisse arriver à un responsable politique, il est tentant d’essayer de s’en sortir en mettant sur le dos du PLD la responsabilité de la crise.

Kan est au plus bas dans les sondages, il n’a rien à perdre à rompre avec le nucléaire. Et c’est ce qu’il a commencé à faire, en pratique : il a annoncé qu’il n’y aurait pas de nouvelles centrales construites et il a demandé la fermeture du site de Hamaoka, qui se trouve comme Fukushima en bord de mer. Hamaoka possède cinq réacteurs, deux avaient été définitivement stoppés en 2009 parce qu’on avait estimé qu’il était trop coûteux de les mettre en conformité avec les nouvelles normes antisismiques. Les trois autres sont aujourd’hui arrêtés. Et il ne s’agit pas de «vieilles casseroles», le réacteur n°5 est tout neuf, il avait démarré en 2005.

Au total, sur les 54 réacteurs nucléaires en service au Japon, près de la moitié sont aujourd’hui à l’arrêt. La probabilité d’une rupture complète avec la politique du passé est à mon avis forte. Aussi bien la situation politique intérieure que le contexte international s’y prêtent.

Qu’en est-il des Etats-Unis, le pays qui possède le plus grand nombre de centrales nucléaires en activité ?

L’administration Obama a fait une déclaration favorable au renouvellement des installations nucléaires. Mais dans la pratique, ce n’est pas le gouvernement qui commande les centrales, ce sont les sociétés productrices d’électricité. Et aujourd’hui, les industriels de l’électricité sont en retrait. Le principal projet, le South Texas Project, vient d’être abandonné, et avec lui un investissement de 481 millions de dollars !

Le seul réacteur actuellement en construction aux Etats-Unis est celui de Watts Bar, au Tennessee, il a été lancé en 1972 et, si tout va bien, devrait être mis en service l’année prochaine. Même s’il démarre effectivement, sa construction aura pris quarante ans… John Rowe, président d’Exelon, l’une des principales firmes d’électricité américaines, affirmait avant Fukushima que construire de nouveaux réacteurs nucléaires n’avait économiquement aucun sens.

Le coût du nucléaire neuf a plus que doublé entre 2008 et 2010 et il va augmenter encore avec Fukushima. Cette technologie n’a plus de perspective. Et les Etats-Unis ne sont certainement pas le pays de la renaissance nucléaire. Il n’y a plus que la Chine et l’Inde qui construisent des centrales nucléaires. Et la Chine développe autant, sinon davantage, les énergies renouvelables. Elle leur a consacré 38 milliards d’euros en 2010, et se place en leader mondial. Fin 2010, les éoliennes installées en Chine cumulaient quatre fois et demie la capacité nucléaire.

Mais le nucléaire n’est-il pas une réponse à la menace climatique ?

Le dernier argument de vente du nucléaire est qu’il permet de réduire les émissions de gaz à effets de serre. A ceci près que pour être vraiment intéressante du point de vue du risque climatique, une énergie doit satisfaire à un double critère : être bon marché et rapide à mettre en œuvre. Le nucléaire est très cher et très lent à mettre en place.

La France est en train de rater un train

Sur quelles autres énergies miser ?

Les renouvelables, bien sûr ! Mais aussi et même avant tout, l’efficacité des services énergétiques. Certains Etats, comme la Californie, sont très en avance. Nettement plus que l’Allemagne, qui est en train de prendre le virage mais où, jusqu’en 2007, l’éolien et le solaire n’ont fait que couvrir l’augmentation de consommation. Cependant, les Allemands sont très optimistes quant à la baisse de coût de l’électricité photovoltaïque qui pourrait, d’ici 2015, atteindre la «grid parity», autrement dit le moment où elle ne sera pas plus chère que les autres sources d’énergie. Aux Etats-Unis on y est déjà dans certaines situations.

Mais le domaine où les Etats-Unis sont le plus en pointe est celui de l’architecture des réseaux électriques. L’avenir de l’électricité, en dehors de la question des sources d’énergie, c’est l’organisation des réseaux. Le système actuel dans lequel un nombre limité de producteurs transporte le courant, le distribue et arrose les consommateurs, est appelé à disparaître. Au profit d’un nouveau paradigme dans lequel les consommateurs seront aussi producteurs. Demain, il y aura des millions de producteurs parce que chaque foyer sera équipé de cellules photovoltaïques ou d’éoliennes ou tout simplement parce que le congélateur sera un élément du réseau…

Comment cela ?

Votre congélateur peut être équipé d’une puce qui le met hors circuit pendant l’heure ou les deux heures de pointe de consommation, sans que cela affecte son fonctionnement. C’est le principe des smart grids, les réseaux intelligents, dans lequel on peut moduler les consommations de chaque foyer de manière à aplanir les courbes de charge, autrement dit à réduire les à-coups de consommation. De même, vous pouvez avoir une machine à laver qui ne fonctionne pas dans certains créneaux horaires. Variante : vous bénéficiez d’un service qui vous oblige à respecter ces créneaux, mais si cela vous ennuie, vous payez plus cher et vous faites ce que vous voulez.

L’électronique permet de gérer ce genre de choses, de changer de fournisseur en un délai rapide, etc. La marque américaine Whirlpool a annoncé qu’elle ne produirait plus que des appareils « smart grid compatibles » dès 2015. Tout ce que cela demande pour être utilisable, c’est l’installation d’un compteur « intelligent ». En Europe, on sait fabriquer ces compteurs, mais on n’a pas encore les réglementations qui permettent de les utiliser… Aux Etats-Unis, ça va très vite.

Dans un point de vue publié par Le Monde (12 août 2010), Colette Lewiner, directrice chez Capgemini, affirmait que la clé de voûte de l’évolution actuelle du marché de l’électricité était «la transformation des réseaux électriques en réseaux intelligents». Et que si l’Europe ne se saisissait pas de la question, elle serait rapidement distancée par les Etats-Unis…

On est loin de l’EPR français ou des projets de réacteurs nucléaires de quatrième génération !

J’observe l’industrie nucléaire depuis 30 ans. Elle a toujours eu une attitude nombrilique, presque autiste, toujours les mêmes interlocuteurs qui se retrouvent dans les colloques, ils se parlent entre eux, ça tourne en rond. Quand Henri Proglio affirme dans un entretien au Monde que les centrales japonaises ont bien résisté au séisme et que l’accident ne remet pas en cause le nucléaire, ce n’est pas responsable, c’est nier la réalité.

On a envie de demander aux nucléocrates français s’ils lisent les journaux ! C’est très grave parce que la cinquième économie mondiale en est encore aux années 1970 pour ce qui concerne l’énergie. Le nucléaire est lourd, rigide, centralisé alors que les maîtres mots actuels sont légèreté, flexibilité et décentralisation. On est en train de rater le train. Obama a déclaré dans son discours sur l’état de l’union en février 2010 que la nation qui maîtrisera l’énergie verte sera la nation du XXIe siècle. La France est mal partie…

Pour compléter: Ecouter l’émission de France Culture du 28 janvier avec Mycle Schneider de retour de la Conférence de Yokohama

Une nouvelle majorité peut-elle fermer plusieurs centrales nucléaires dès 2012 ?

Au-delà des positionnements tactiques ou idéologiques, il existe quatre raisons possibles pour fermer plusieurs centrales nucléaires en 2012. 

Deux relèvent d’éléments conjoncturels liés au parc nucléaire, deux relèvent de considérations de politique industrielle et économique.

Le Monde 3 juin 2011  David Dornbusch Président de Cleantuesday, l’association française des Cleantech; Expert en politique énergétique du Parti Socialiste

Du coté du parc nucléaire deux éléments rendent possible la fermeture de plusieurs centrales dès 2012.

Tout d’abord EDF va mettre en ligne en 2012-2014 quasiment l’équivalent de « quatre tranches 900MW » avec l’entrée en service de l’EPR 1600 MW à Flamanville et la « récupération » de deux tranches 900MW du site du Tricastin suite à la fermeture et au remplacement de l’usine Eurodif qui «consommait » entièrement la production de ces deux centrales.

En parallèle, de très nombreuses centrales construites au début des années 80 abordent le « mur des 30 ans » pour lesquelles elles doivent faire l’objet de coûteux travaux de prolongation de durée de vie d’un montant 500 Millions d’euros chacune. On peut bien sur citer les cinq plus anciennes dites contrat CP0 qui ont été mises en service avant 1980 dont Fessenheim en Alsace, qui fait l’objet d’une forte contestation politique et présente plusieurs faiblesses techniques et le site du Bugey dans l’Ain. Pour autant si l’arrêt de Fessenheim semble probable, le choix des centrales à fermer peut intégrer d’autres paramètres. En particulier il pourrait être préférable de fermer des centrales dont les travaux de rénovation n’ont pas commencé.

Si l’on se place du coté des arguments de politique industrielle et économique on peut également identifier deux motivations fortes.

Le contexte « post Fukushima » ouvrent les conditions politiques dans l’opinion pour proposer une alternative dans la politique industrielle française de l’énergie et valider en France à grande échelle la possibilité d’une transition du nucléaire vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, moteur d’une renouveau tissu industriel du pays.

Par ailleurs le contexte économique reste faiblement créateur d’emplois et un « grand Programme de Petits Travaux énergétique » créateur d’emplois nombreux et à forte valeur ajoutée pourrait faire sens dans le contexte économique de 2012

A quoi pourrait ressembler un tel « grand programme de petits travaux ». Si l’on se base sur l’hypothèse de la fermeture de cinq centrales 900MW et leur remplacement des sources d’énergies renouvelables et des programmes d’efficacité énergétique cela pourrait par exemple représenter l’installation de 3000 à 5000 éoliennes sur terre et en mer, de 3000 à 5000 centrales a biomasse énergie qui présentent le double avantage d’être très économiques et de générer beaucoup d’emplois locaux, la pose de 5000MW de panneaux solaires photovoltaïques, essentiellement sur des toitures, avec un impact immédiat important en terme d’emploi et enfin la pose des cinq premiers millions de compteurs électriques intelligents pour provoquer une baisse immédiate – jusqu’à 15% – de la consommation d’électricité des ménages.

L’ensemble des ces travaux semble impressionnant mais ils sont comparables à ce qui se fait régulièrement en Espagne et en Italie et représentent moins de la moitié des programmes allemands. Le risque technique est nul puisque l’ensemble représente à peine 7% de la puissance totale installée soit un niveau qui ne modifie pas les équilibres du réseau électrique.

Le coût de tels travaux serait d’environ 25 milliards pris initialement en charge par des investisseurs privés, banques et fonds d’investissement. Dans un deuxième temps le coût pour la collectivité et le consommateur final serait dans les conditions actuelles de tarifs de rachat, de 3 à 4 milliards d’euros par an, qu’on comparera avantageusement à quelques récents cadeaux fiscaux dont l’impact sur l’emploi est bien moindre . En effet à court terme pendant la période de travaux ce plan créerait 255000 emplois, qu’on peut comparer aux 300000 « emplois d’avenir » du programme du Parti Socialiste, puis 45000 emplois permanents, décentralisés et à haute valeur ajoutée.

David Dornbusch

Président de Cleantuesday, l’association française des Cleantech

Expert en politique énergétique du Parti Socialiste

Discrimination des gens du Nord Japon: une réalité douloureuse

Témoignage de la chanteuse japonaise Nakadai Nao 

Tweet de @naonakadai
Hier, j’ai parlé à un professeur de Miyagi.

Il m’a dit qu’après l’accident de Fukushima, même si les médias de masse ne le signalent pas, la plupart de ses étudiants ont eu leurs fiançailles annulées.

Plus de la moitié des enfants ont du césium dans leurs urines.
Il pleurait en parlant …

Les gens ont peur d’avoir des enfants difformes.

Voir ici  le témoignage de HIRAHI Norio

L’irradiation et la discrimination affreuse des habitants

Extrait de: Le Japon à l’envers (Témoignage exprimé par ce travailleur du nucléaire avant sa mort, avant la catastrophe de Fukushima).

Il rejoint la situation tragique de ces étudiants;  s’il vous a convaincu, imprimez le fichier Pdf ci dessous  et donnez le aux jeunes avec lesquels vous pourrez discuter des questions du nucléaire. Je suis sûr que cela pourra les interroger et peut être changer leur avis sur la politique et l’écologie.

En Pdf Le témoignage de HIRAHI Norio

Source:

http://japon-gekokujo.over-blog.com/article-mourir-pour-le-nucleaire-3eme-partie-83409211.html