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Soutenu par des experts, l’Etat se prépare à prolonger le parc nucléaire

Une commission d’experts a appelé lundi au grand dam des opposants à l’atome à ne pas fermer prématurément de réacteurs et à prolonger au contraire la durée de vie du parc nucléaire français, confortant le gouvernement qui a déjà commencé à prendre des décisions en ce sens. - Publié le 13/02/2012 Par Fatiha Temmouri

La candidate EELV à la présidentielle Eva Joly a estimé qu'investir pour allonger la durée de fonctionnement des centrales reviendrait à "changer le moteur d'une voiture épave plutôt que d'acheter une voiture moderne qui pollue moins".
La candidate EELV à la présidentielle Eva Joly a estimé qu’investir pour allonger la durée de fonctionnement des centrales reviendrait à "changer le moteur d’une voiture épave plutôt que d’acheter une voiture moderne qui pollue moins".

Le rapport de la commission "Energies 2050", remis ce lundi au ministre de l’Energie Eric Besson qui l’avait commandé cet automne, a dressé un tableau alarmant des conséquences d’une réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 à 50% vers 2030, telle que le prônent le PS et les Verts.

La France doit "s’interdire toute fermeture administrative d’une centrale nucléaire" qui n’aurait pas été décidée pour des raisons de sûreté, a conclu ce groupe d’experts, estimant que des fermetures prématurées feraient grimper les prix de l’électricité et les émissions de CO2, et détruiraient jusqu’à 150.000 emplois.

La commission a conclu qu’au contraire, prolonger les centrales nucléaires existantes au-delà de 40 ans (comme aux Etats-Unis) et construire un "petit nombre d’EPR" pour préparer la fermeture progressive des réacteurs les plus anciens serait la solution "optimale" pour répondre aux défis du changement climatique et de la hausse de la demande mondiale d’énergie.

"Dans tous les scénarios, prolonger la durée de vie des centrales actuelles, c’est ce qui reste le moins cher", a résumé le professeur d’économie Jacques Percebois, président de la commission, en présentant ce rapport, qui doit contribuer à la révision de la politique énergétique de la France.

Ces annonces ont soulevé des critiques dans les rangs écologistes, qui avaient déjà dénoncé la composition de la commission, Greenpeace l’accusant d’être outrageusement pro-nucléaire, ce qu’elle dément.

La candidate EELV à la présidentielle Eva Joly a estimé qu’investir pour allonger la durée de fonctionnement des centrales reviendrait à "changer le moteur d’une voiture épave plutôt que d’acheter une voiture moderne qui pollue moins".

Le message a au contraire été bien reçu par le gouvernement, qui juge confortée sa vision d’un maintien du nucléaire comme "socle" de la production d’électricité.

"Fermer tout ou partie du parc nucléaire français avant 2030, alors que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) le jugerait apte à fonctionner sur le plan de la sûreté, reviendrait à détruire l’investissement que la France a consenti depuis plusieurs générations, et les multiples avantages que les Français en retirent", a lancé Eric Besson.

Il a rappelé que le président Nicolas Sarkozy avait demandé aux industriels du secteur, lors d’un conseil de politique nucléaire organisé la semaine dernière, de "se mettre en situation" de pouvoir prolonger les centrales "lorsque la question se posera".

"Nous devons à la fois préparer la prolongation de la durée de vie des centrales au-delà de 40 ans, et poursuivre le programme de construction des réacteurs de troisième génération EPR, avec un deuxième réacteur français à Penly, après celui de Flamanville", a-t-il plaidé.

M. Besson a cependant insisté sur le fait que la décision de mettre ou pas hors service des réacteurs au-delà de 40 ans reviendrait à l’ASN, seule apte à juger leur état, en réponse à François Bayrou qui avait estimé que ce "ne devrait pas être une décision gouvernementale".

Le ministre a rappelé que la réglementation actuelle permet déjà de faire fonctionner une centrale au-delà de 40 ans, pourvu qu’elle continue à remplir toutes les conditions de sûreté. La procédure en vigueur prévoit que les réacteurs font l’objet d’un contrôle approfondi tous les dix ans sous l’égide de l’ASN.

La durée de vie des centrales nucléaires françaises prolongée

Nicolas Sarkozy a décidé de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires françaises au-delà de quarante ans pour permettre à l’économie de disposerd’une énergie bon marché, a déclaré dimanche 12 février le ministre de l’industrie Eric Besson, précisant que le chef de l’Etat a demandé aux opérateurs "de procéder à tous les efforts de maintenance, de recherche des plus hauts standards de sécurité et de sûreté, pour faire en sorte que ce parc puisse être prolongé". LEMONDE.FR avec Reuters 12.02.12 

Sarkosy et Besson n’ont rien vu à Fukushima. Ils décident pour nous comme en 1973 et nous  préparent le même cauchemar en France. Et si le peuple prenait la parole?

L’extension de la durée de vie des réacteurs est considérée comme l’option la moins chère dans le rapport sur les scénarios énergétiques à l’horizon 2050 commandé par Eric Besson et dont la version définitive doit être présentée lundi.

La version provisoire du rapport qui sera remis lundi à Eric Besson affirme que"l’option de la prolongation s’avère de loin la moins coûteuse en termes d’investissements jusqu’à 2035-2040, quel que soit le scénario alternatif où il y aurait remplacement de réacteurs par un quelconque autre moyen de production".

"UN GÂCHIS"

"La conclusion que j’en tire, c’est que ce serait un gâchis d’arrêter nos réacteurs à 40 ans", a déclaré le ministre lors d’une émission "Le Grand Rendez-vous" d’Europe 1, i-Télé et Le Parisien. Tous les autres scénarios entraîneraient une augmentation des prix, a-t-il ajouté en jugeant irresponsable le projet du candidat socialiste François Hollande de réduire de 75 à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité.

Nicolas Sarkozy, qui a réuni mercredi dernier le comité de politique nucléaire, a déjà pris sa décision, a-t-il dit. "Le président a décidé de demander à tous les opérateurs de se mettre en situation de pouvoir prolonger la durée de vie de nos réacteurs au-delà de quarante ans", a expliqué Eric Besson, expliquant qu’aux Etats-Unis elle est de soixante ans. Selon le ministre de l’industrie, le nucléaire reste deux fois moins cher que l’énergie éolienne et cinq fois moins que le solaire.

UN COÛT DE 680 À 860 MILLIONS D’EUROS PAR RÉACTEUR

EDF estime que la prolongation de la durée de fonctionnement de ses centrales coûterait de 680 à 860 millions d’euros par réacteur alors que la construction d’un réacteur de nouvelle génération d’Areva coûterait par comparaison environ cinq milliards d’euros par réacteur. L’estimation d’EDF tient compte des mesures demandées par l’Autorité de sûreté nucléaire depuis la catastrophe de Fukushima au Japon. Des mesures dont l’électricien français a estimé début janvier qu’elles généreraient un surcoût de dix milliards d’euros.

Quatre scénarios sont envisagés dans le rapport : la prolongation du parc nucléaire, l’accélération du passage à la troisième voire quatrième génération nucléaire, la réduction progressive du nucléaire, et la sortie totale du nucléaire.

MAINTIEN À 75 % DE LA PART DU NUCLÉAIRE

Dans sa version provisoire, le rapport souligne que, si la proportion du nucléaire dans la production d’électricité passait de 75 à 50 % en France, la hausse des prix de l’électricité se traduirait en 2030 par une baisse de 0,6 % du PIB et de 0,9 % si elle passait à 20%. L’UMP souhaite le maintien à 75 % de la part du nucléaire dans la production d’électricité française.

Nicolas Sarkozy s’est engagé jeudi à garder en activité la centrale de Fessenheim, la plus vieille du parc français, que le candidat socialiste a promis de fermer s’il est est élu en mai. "Je trouve totalement irresponsable (…) de priver des centaines d’ouvriers de leur emplois simplement pour aller glaner sur le tapis vert quelques voix", a dit Nicolas Sarkozy lors d’un discours prononcé devant les employés de la centrale.

> A lire : Fessenheim : Sarkozy dénonce la "petite combine politicienne"

Le chef de l’Etat a insisté une nouvelle fois sur l’avantage compétitif que représentait le nucléaire pour l’économie française par rapport à l’Allemagne, qui paie selon lui son électricité deux fois plus cher pour les particuliers, 50 % de plus pour les entreprises.

Rapport de la cour des Comptes: "le mythe du nucléaire pas cher s’effondre" , selon Eva Joly

La candidate écologiste à la présidentielle, Eva Joly, a salué mardi le rapport de la cour des comptes sur le coût du nucléaire, estimant qu’il donnait de "très solides arguments" pour la sortie du nucléaire, en faisant s’effondrer "un dernier mythe", celui d’"une énergie pas chère". 

PARIS (AFP © 2012 ) – La candidate écologiste à la présidentielle, Eva Joly, a salué mardi le rapport de la cour des comptes sur le coût du nucléaire, estimant qu’il donnait de "très solides arguments" pour la sortie du nucléaire, en faisant s’effondrer "un dernier mythe", celui d’"une énergie pas chère".

"Je salue ce rapport et l’effort de transparence qui est réalisé", a déclaré Mme Joly lors d’une conférence de presse, jugeant que la cour des comptes y "donne de très solides arguments" pour une sortie du nuclaire.

Selon la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts, après le "mythe de l’indépendance énergétique" et celui "de la technologie sûre", avec ce rapport "c’est le mythe du nucléaire énergie pas chère qui s’effondre".

Selon ce document, "lorsqu’on tient compte de l’ensemble des dépenses (…) le coût du mégawatt/heure" produit par le nucléaire se situe "entre 70 et 90 euros, un prix égal ou supérieur au prix des énergies renouvelables", a détaillé Mme Joly.

"Ce rapport nous apprend également que pour prolonger la durée de vie des centrales de 40 à 60 ans il va falloir investir 50 milliards, qui s’ajoutent aux 10 milliards nécessaires pour mettre les centrales aux normes Fukushima", ce qui fait "un montant global de 60 millards", a-t-elle aussi argumenté.

De surcroît, a-t-elle noté, "en investissant ces 60 milliards nous ne sommes pas sûrs que les centrales puissent continuer à fonctionner car aujourd’hui personne ne sait si les cuves (des centrales) qui sont construites pour 40 ans peuvent être prolongéeee jusqu’à 60 ans". "Les cuves ne sont pas échangeables, on ne peut pas les réparer, c’est point le plus vulnérable et aujourd’hui deux de nos centrales ont des micro-fissures dans les cuves", a poursuivi la candidate.

Ce rapport souligne aussi "combien le coût du démantèlement est aléatoire", a-t-elle jugé.

"Il y aura un avant et un après rapport de la cour des comptes en matière nucléaire ", a pour sa part déclaré Denis Baupin, membre du comité stratégique d’EELV.

Pour lui, "l’enseignement le plus évident, c’est que cette stratégie énergétique de la France fonctionne à l’aveuglette: on ne sait rien sur le coût du démantèlement, sur la gestion des déchets, on sait très peu de choses en ce qui concerne les conséquences d’un accident nucléaire" et "sur ce qu’il faut faire pour mettre aux normes les centrales en matière de sécurité post-Fukushima".

Avec ce rapport, on sait que "le nucléaire a mangé son pain blanc et que sa poursuite coûtera plus cher que ce qu’il a coûté jusque-là" et il faut donc organiser "un débat transparent, contradictoire" sur le choix entre la sortie ou la poursuite du nucléaire, a dit aussi M. Baupin.

Tokyo veut limiter à 40 ans la durée de vie des réacteurs

TOKYO (Reuters) – Le gouvernement japonais envisage de limiter à 40 ans la durée de vie des réacteurs nucléaires, en n’acceptant des exceptions qu’à des conditions très strictes, et d’obliger les opérateurs à mieux préparer les installations à des accidents graves. Nouvel Obs 06-01-2012

Ce projet entre dans le cadre d’un réexamen de la législation sur les centrales nucléaires après l’accident de Fukushima en mars dernier, le plus grave dans le secteur nucléaire depuis celui de Tchernobyl.

L’opinion publique étant vivement hostile à la construction de nouveaux réacteurs, le gouvernement nippon est enclin à réduire sa dépendance vis-à-vis de l’énergie nucléaire, laquelle, avant la catastrophe de mars 2011, couvrait un tiers des besoins du pays en électricité.

Le ministre de l’Environnement et de la Crise nucléaire, Goshi Hosono, a indiqué au cours d’une conférence de presse que les exceptions à la règle des 40 ans seraient rares.

"Il sera très difficile de laisser fonctionner des réacteurs nucléaires au-delà de 40 ans et nous mettrons en oeuvre des mesures très strictes, la sécurité étant la priorité des priorités", a-t-il assuré.

Ce sera la première fois, que le gouvernement limitera par voie législative la durée de vie de ses réacteurs. Le texte de loi sera soumis au parlement lors de sa prochaine session, qui débutera ce mois-ci.

Le plus ancien réacteur nucléaire en service au Japon est le réacteur n°1 de la centrale de Tsuruga, opéré par la société Japan Atomic Power. Il est entré en service en mars 1970.

D’autre part, le gouvernement nippon envisage de prendre le contrôle des centrales nucléaires gérées par des sociétés privées dans le but d’améliorer la fiabilité de ce secteur industriel, rapporte le journal Yomiuri, vendredi.

Ce projet intervient après les critiques qui ont visé la compagnie Tokyo Electric Power dans sa gestion de la catastrophe de la centrale de Fukushima.

"Le Japon doit éviter une situation dans laquelle des entreprises privées possèdent des centrales nucléaires et se concentrent sur les bénéfices (en réduisant les coûts de fonctionnement) alors que l’Etat prend en charge les dédommagements et la décontamination résultant d’accidents", déclare le ministre du Commerce, Yukio Edano, cité par le journal.

Nobuhiro Kubo et Kaori Kaneko; Pierre Sérisier et Eric Faye pour le service français