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Monde: Environ 23 centrales nucléaires sont sous la menace d’un tsunami

Après la catastrophe nucléaire de Fukushima provoquée par le tsunami qui a dévasté le nord-est du Japon le 11 mars 2011, on pouvait se douter que d’autres centrales couraient le même risque dans le monde. Encore fallait-il les identifier. C’est le travail qu’une équipe dirigée par des chercheurs espagnols a réalisé.
Résultat: quelque 23 centrales comprenant 74 réacteurs nucléaires sont implantées dans des zones “potentiellement dangereuses” vis à vis des tsunamis, dans la mesure où ces phénomènes restent difficiles à prévoir. Source © Michel Alberganti/ blog.slate

Dans l’étude publiée dans la revue Natural Hazards, les chercheurs dénombrent 13 centrales en activité abritant 29 réacteurs parmi les 23 centrales à risque. Quatre autres, avec 20 réacteurs, sont en cours d’extension pour disposer de 9 réacteurs supplémentaires. Enfin, 7 centrales, avec 16 réacteurs, sont en cours de construction. (Soit 24 centrales au total et non 23 comme annoncé par les chercheurs…).


Première cartographie mondiale

“Il s’agit de la première vision de la distribution mondiale des réacteurs de centrales nucléaires civiles situées sur une côte et exposées aux tsunamis”, indique José Manuel Rodríguez-Llanes, coauteur de l’étude au Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED) à l’université catholique de Louvain, en Belgique. Les chercheurs ont utilisé des données historiques, archéologiques et géologiques ainsi que des relevés de mesures pour établir les risques de tsunamis.


Les zones géographiques côtières concernées sont très étendues : l’ouest du continent américain, la côte atlantique de l’Espagne, du Portugal et de l’Afrique du nord, l’est de la Méditerranée, certaines partie de l’Océanie et, surtout, le sud et le sud-est de l’Asie.Ainsi, la Chine se trouve particulièrement visée du fait de sa forte expansion nucléaire actuelle. Pas moins de 27 des 54 réacteurs en cours de contruction dans le monde s’y trouvent.


19 réacteurs en Chine et 19 au Japon


“Le fait le plus important est que 19 réacteurs, dont 2 à Taiwan, sur les 27 en construction en Chine sont dans des zones dangereuses”, notent les auteurs. Au Japon, les chercheurs ont identifié 19 réacteurs à risque, dont l’un est en cours de construction. La Corée du sud est en train d’étendre deux centrales à risque avec 5 réacteurs. Deux réacteurs en Inde et un au Pakistan pourraient également subir des tsunamis.


Joaquín Rodríguez-Vidal, auteur principal et chercheur au département de paléontologie et de géodynamique de l’université de Huelva, souligne que “les implications des choix d’implantation des centrales nucléaires ne concernent pas uniquement les Etats qui les font mais également ceux qui pourraient être touchés par les fuites radioactives”. Et de remarquer que, depuis le tsunami de 2004, les régions de l’Océan indien n’ont pas pris de décisions politiques dans ce domaine.


La leçon de Fukushima


Le drame de Fukushima s’est produit dans un pays techniquement en pointe et doté d’infrastructures modernes. Il aurait sans doute eu des conséquences encore plus graves s’il s’était produit dans un Etat moins développé. Les chercheurs recommandent donc de réaliser des analyses locales qui prennent en compte le risque sismique et celui d’un tsunami afin de déterminer l’adaptation nécessaire des centrales mentionnées dans leur étude.


Un tel conseil aurait pu paraître saugrenu avant Fukushima, tant l’on pouvait alors être persuadé que toutes les mesures anti-tsunami avaient bien été prises. Surtout dans un pays comme le Japon qui vit sous la menace permanente d’un séisme majeur. Désormais, nous savons que l’une des premières puissances économiques mondiales est capable de ne pas protéger efficacement ses centrales contre un tsunami. D’où l’importance de cette nouvelle étude. Mais sera-t-elle suivie d’effets ?


Source © Michel Alberganti/ blog.slate

Un an après Fukushima, le Japon manifeste contre le nucléaire

Les hommages se succèdent par ailleurs à la mémoire des victimes du séisme et de la vague géante qui avaient fait plus de 19.000 morts et disparus. Le Nouvel Observateur avec AFP 11-03-2012Manifestation anti-nucléaire dans le district de Fukushima. (TORU YAMANAKA / AFP)

Manifestation anti-nucléaire dans le district de Fukushima. (TORU YAMANAKA / AFP)
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Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dimanche 11 mars dans la préfecture deFukushima (nord-est du Japon) pour réclamer l’abandon de l’énergie nucléaire, au moment où l’archipel marquait le premier anniversaire du tsunami à l’origine de la plus grave catastrophe nucléaire dans le monde depuis 25 ans.

Environ 16.000 participants, dont des résidents locaux, des réfugiés, des militants, ainsi que des enfants et des étrangers, se sont rassemblés dans un stade de base-ball de Koriyama, ville située à une soixantaine de kilomètres du complexe atomique.

Les manifestants ont appelé à l’abandon de l’énergie nucléaire et réclamé l’indemnisation totale des victimes par l’opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco). "Notre ville est devenue un autre Tchernobyl", a crié dans un mégaphone Masami Yoshizawa, qui dirigeait une ferme d’élevage à Namie, à 10 kilomètres seulement de la centrale.

Fukushima est un peu plus oublié chaque jour

"Nous sommes aujourd’hui au désespoir, mais je reviendrai dans ma ville même si ça doit prendre le reste de ma vie", a-t-il promis, juché sur le toit d’un véhicule sur lequel étaient affichées des photos de ses vaches gisant dans leur enclos.

Un groupe de moines vêtus de robes brunes et blanches psalmodiaient des soutras bouddhistes au côté de militants brandissant des pancartes sur lesquelles était écrit : "Nous n’oublierons jamais le Grand séisme du 11 mars. Nous ne pardonnerons jamais l’accident nucléaire."

"Fukushima est un peu plus oublié chaque jour", a regretté Yumiko Ono, une graphiste de 34 ans venue de Tokyo. "Si nous n’élevons pas nos voix en ce moment, un autre accident pourrait se produire. Nous voulons dire au monde que la crise et les difficultés se poursuivent toujours," a-t-elle ajouté.

Les centrales pourraient être réouvertes

La population japonaise ne décolère pas depuis l’accident de Fukushima et éprouve une méfiance croissante à l’égard des 54 réacteurs installés au Japon, dont deux seulement sont encore en activité. Mais les experts mettent en garde contre l’abandon total de l’énergie nucléaire et le coût élevé que représenterait l’importation d’énergies fossiles pour un Japon dépourvu de ressources et dépendant de l’extérieur.

Shinichiro Takiguchi, de l’Institut de recherche du Japon, estime que la fermeture des centrales nucléaires nippones n’est pas tenable longtemps. "Le consensus général à long terme est de réduire l’usage de l’énergie nucléaire", mais pas de l’abandonner, a-t-il dit. "Il est plus raisonnable d’augmenter le recours aux autres sources d’énergie et de réduire graduellement la part nucléaire tout en imposant des mesures de sûreté supplémentaires."

De nouvelles excuses de Tepco

Le PDG de Tepco, Toshio Nishizawa, s’est pour sa part rendu sur le site atomique ravagé Fukushima Daiichi, participant à la minute de silence aux côtés des travailleurs et demandant pardon pour cet accident. "Nous nous excusons auprès des habitants de la région et auprès de la société pour les troubles et inquiétudes causés", a-t-il déclaré. "Nous avons reçu de sévères critiques et nous allons corriger ce qui doit l’être".

Lors d’une conférence de presse un peu plus tard dans la journée, un autre haut dirigeant de Tepco a promis tous les efforts pour indemniser les victimes du désastre.

Accusée de chercher à limiter au minimum les dédommagements versés, la direction de Tepco a assuré dimanche ne pas fuir pas ses responsabilités.

Une zone de 20 kilomètres autour de la centrale Fukushima Daiichi a été décrétée interdite à cause des rejets radioactifs provoqués par la fusion du combustible dans trois réacteurs sur six, privés de refroidissement hydraulique à la suite du passage du tsunami.

Il faudra environ 40 ans pour démanteler le complexe atomique situé à 220 kilomètres au nord de Tokyo.

 

Plus tôt, les Japonais ont observé une minute de silence à la mémoire des victimes du séisme et du tsunami qui ont dévasté la côte nord-est de l’archipel il y a un an. Une catastrophe qui avait fait plus de 19.000 morts et disparus.

A 14h46 heure locale (5h46 GMT), heure précise à laquelle est survenu le violent tremblement de terre le 11 mars 2011, la vie s’est figée dans les villes de l’archipel. Une prière collective en hommage aux personnes emportées ou sinistrées par la catastrophe naturelle doublée d’un grave accident nucléaire à la centrale de Fukushima.

A Tokyo, immédiatement après la minute de silence, le Premier ministre, Yoshihiko Noda, a prononcé un discours lors d’une cérémonie au Théâtre national de Tokyo, en présence de l’empereur Akihito et de très nombreuses personnalités. Le chef du gouvernement a promis de tout faire pour reconstruire la région ravagée et transmettre la mémoire de cette tragédie aux générations suivantes.

Douleur nationale

L’empereur Akihito, à peine remis d’un pontage coronarien, s’est ensuite levé, accompagné de l’impératrice Michiko, pour prier à son tour devant un immense monument floral. "Un an s’est écoulé depuis le ‘Grand tremblement de terre de l’est’, je rends profondément hommage à tous ceux qui y ont perdu la vie", a déclaré le souverain, symbole du peuple, lors d’une brève allocution.

Outre les 19.000 morts, Akihito a évoqué la douleur les dizaines de milliers de personnes forcées de quitter leur domicile à cause de l’accident nucléaire provoqué par le tsunami à la centrale Fukushima Daiichi. Il a ensuite déploré que la reconstruction rencontre de nombreuses difficultés dans les provinces dévastées et en partie contaminées par la radioactivité.

Une journée de recueillement

Ailleurs dans le pays, notamment dans les villes de la côte nord-est, de nombreux résidents ont prié en direction de l’océan Pacifique, accompagnés de membres de leurs familles revenus spécialement sur leurs terres natales en cette journée de recueillement. Dans les régions dévastées, les survivants ont allumé des milliers de bougies à la mémoire des victimes.

Dans le port d’Ishinomaki, qui a terriblement souffert du tsunami, une "marche de reconstruction" à travers les rues principales a commencé à 10 heures, en l’honneur de ceux qui sont morts. Des bénévoles avaient distribué des fleurs aux familles des victimes pour qu’elles les déposent sur la tombe de leur proches.

Des milliers de corps toujours introuvables

Plus de 340.000 personnes vivent depuis un an hors de chez elles, parfois dans des conditions très précaires. Le traitement des quelque 22 millions de tonnes de déchets accumulés en une seule journée dans les trois préfectures les plus dévastées (Miyagi, Iwate, Fukushima) n’avance pas, moins de 10% ayant un an après été pris en charge, en raison du manque de lieux d’incinération et de la hantise de la radioactivité.

Mais pour les familles des quelque 3.200 personnes encore portées disparues, le plus urgent est de retrouver les corps afin qu’ils reposent en paix. Dans la préfecture d’Iwate, où l’on reste depuis un an sans nouvelles de plus d’un millier d’individus, 300 policiers et 80 gardes-côtes sont mobilisés pour une nouvelle campagne d’inspection de trois jours le long de la côte.

Dans la préfecture voisine de Fukushima, des centaines de policiers et de bénévoles ont pendant deux jours mené des recherches pour tenter de retrouver les corps de plus de 200 personnes.

Le Nouvel Observateur avec AFP

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

JAPON. La vie volée des enfants de Fukushima

Un an après la catastrophe nucléaire, les habitants du district gardent leurs enfants à l’abri des radiations. Soit à l’écart des cours de récréation. Le Nouvel Obs 10-03-2012  par Ursula Gauthier

On ne voit plus de gosses courir dans les parcs, on n’entend plus de rires dans les cours de récréation. (AP/SIPA)

On ne voit plus de gosses courir dans les parcs, on n’entend plus de rires dans les cours de récréation. (AP/SIPA)
Régis de Lavison vit à Fukushima City. Il y a fondé et y dirige Agora, une école privée où 200 élèves, de la maternelle aux classes d’adultes, apprennent des langues étrangères. Marié à une Japonaise, père de cinq enfants dont la petite dernière née il y a tout juste trois semaines, il est très conscient du grave problème posé par la contamination radioactive. Malgré son inquiétude, Régis a décidé de rester à Fukushima. Il ne se voit pas faire comme certains expatriés qui claquent la porte en laissant des remboursements en suspens sur le prêt qui leur a permis d’acheter une maison : "J’ai emprunté pour monter cette école, j’emploie huit personnes. Je ne peux pas partir comme un voleur en disant tant pis pour la banque et pour mes employés…".

Mais les Lavison prennent le maximum de précautions pour limiter l’impact de la radioactivité sur leurs enfants. Ils suivent l’exemple d’une amie qui vient d’avoir un bébé. Ayant fait analyser son lait, cette amie découvre avec horreur qu’il contient du cesium. Elle décide alors de proscrire totalement tout produit local de son alimentation. Deux mois après ce régime, son lait présente des taux normaux.

Les produits locaux dans les assiettes de Tokyo 

Pour Régis, la leçon est claire. "Malgré les déclarations officielles qui cherchent à calmer les craintes des gens avec des bonnes paroles, à chaque fois que des mesures sont faites, elles montrent que la production de la région est sérieusement contaminée. Du coup, nous ne consommons plus que des produits venus d’autres régions : légumes, fruits, viande, riz, produits laitiers, et même eau minérale, nous n’achetons rien de local."

Boudée sur place, la production agricole est en fait expédiée vers d’autres régions où les habitants, se sentant moins exposés, déchiffrent moins les étiquettes… Et ces produits parfois hautement chargés se retrouvent au menu des restaurants de Tokyo, d’Osaka ou d’ailleurs… Régis en est persuadé : "Dans 30 ans, ce n’est pas forcément à Fukushima qu’on verra le plus d’incidence du cancer, car la plupart des gens ici se protègent très sérieusement".

Des "vacances" loin des radiations

Une autre méthode de sauvegarde consiste à envoyer les enfants hors de Fukushima city aussi souvent que possible pour des périodes aussi longues possibles. L’été dernier, Régis a envoyé les siens pendant trois mois en Provence. Il va renouveler l’opération cette année. "C’est un conseil que j’ai lu sur internet, donné par des experts japonais à ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas quitter les régions à risque. Ils expliquent qu’un éloignement de quelques semaines permet à l’organisme de ‘souffler’, ce qui permet de lutter contre l’effet des particules ingérées, tout en aidant à éliminer le stress".

Ces "vacances" loin des radiations sont un sujet de conversation fréquent sur les forums et les blogs. Une multitude d’associations dans toutes les régions japonaises proposent même aux familles de Fukushima de prendre en charge la totalité des frais de voyage et de séjour des enfants pendant les vacances scolaires. "Ils paient tout : les billets d’avion, l’hébergement, la nourriture, pour les enfants jusqu’à 15 ans, et parfois même pour les parents s’ils les accompagnent… C’est extraordinairement généreux."

L’information, loin d’être accessible

Mais les médias grand public, journaux et télévision, font le black-out sur cette information pourtant extrêmement utile, comme d’ailleurs sur toute opinion divergente par rapport au discours lénifiant des autorités. Il faut aller sur internet pour en entendre parler. "Or, la région est pleine d’agriculteurs chez qui l’ordinateur est assez peu répandu. Du coup, je suis sûr que pas mal de familles ne sont pas même au courant de cette possibilité… Moi j’ai décidé de la diffuser au maximum : dans l’entrée de l’école, j’ai installé une vingtaine de prospectus différents sur une table bien en vue. Nous verrons bien, pendant les prochaines vacances qui auront lieu dans deux semaines, si des parents auront saisi l’occasion d’envoyer leurs enfants respirer dans un environnement plus sain".

La préfecture de Fukushima ne se contente pas de mettre les informations utiles sous le boisseau. Elle fait aussi activement pression sur les autres préfectures pour faire cesser ces aides. Derrière un comportement à première vue incompréhensible se cache la sourde compétition entre collectivités locales pour attirer le plus de jeunes, sur fond de démographie nationale en berne. Ce qui est une chance pour les habitants des régions sinistrées est perçu par les administrations de ces mêmes régions comme une menace de dévitalisation, voire de disparition pure et simple… Alors elles essaient de retenir leurs ouailles de toutes les manières possibles.

Des dosimètres comme cadeaux

"Ils font des efforts", reconnaît Régis. Ainsi, des dosimètres ont été distribués gratuitement à chaque enfant pour être portés pendant quatre mois. Une fois par mois, les résultats enregistrés par l’appareil ont été relevés. Au bout de la période, chaque enfant a reçu un aperçu de son exposition individuelle aux irradiations. "Les miens avaient subi environ 0,2 microsieverts en moyenne, ce qui fait 1,7 millisieverts par an. Soit des résultats parmi les plus bas mesurés ici". Des résultats qui ne satisferaient probablement pas les militants écolos, pour qui le maximum devrait être inférieur à un millisievert.

Autre "cadeau" : il y a trois jours, la municipalité a proposé aux garderies, aux maternelles et aux écoles publiques d’analyser gratuitement la radioactivité de la nourriture offerte dans les cantines. "Nous devons apporter à un labo désigné un kilo d’échantillon de tous les aliments, coupés en petits morceaux. Le résultat de l’analyse est donné dans l’heure". A partir d’avril, chaque établissement aura droit à une analyse quotidienne.

Tepco renâcle à indemniser

C’est sans doute aussi la municipalité de Fukushima qui a dû tordre le bras de Tepco, l’opérateur de la centrale sinistrée, afin d’obtenir pour chacun de ses administrés une indemnité "de consolation". Malgré sa légendaire pingrerie, Tepco a promis de verser fin mars environ 4.000 euros par enfant, et 700 euros par adulte. "Ce n’est pas grand chose, mais c’est mieux que rien, observe Régis. Pour ma part, avant même d’avoir touché cette somme, j’en ai déjà dépensé la moitié en billets d’avion pour partir cet été avec toute la famille".

Les demandes d’indemnisation ont elles aussi été simplifiées. L’école de Régis a perdu la moitié de ses élèves de maternelle, et 10% des autres classes. "Ça fait beaucoup de pertes, et j’ai demandé une somme conséquente pour l’année écoulée. Mais j’imagine que Tepco ne me donnera que la moitié, dans le meilleur des cas".

Plus de rires dans les cours de récré

A Fukushima, le sentiment dominant n’est ni la panique, ni le désespoir… Plutôt la résignation, avec une perte de confiance générale qui affecte les esprits en profondeur. La moitié des tout petits ont quitté la ville avec leurs mères. Tous ceux qui ont les moyens de loger leur famille ailleurs ont décampé. Quant aux enfants un peu plus grands restés en ville, leurs parents leur interdisent d’aller jouer en plein air où le risque d’absorber des particules est plus élevé. On ne voit plus de gosses courir dans les parcs, on n’entend plus de rires dans les cours de récréation.

Confinés dans les logements et les locaux scolaires, les petits s’étiolent. Les adultes, quant à eux, ne vont plus au restaurant (on ne sait pas d’où proviennent les ingrédients…). Les Lavison ont pratiquement cessé de prendre leurs repas ailleurs que chez eux. A Fukushima, les restaurants sont en train de périr à petit feu.

Il y a plus grave : "On voit de plus en plus de jeunes, de 20 ou 30 ans, qui n’ont qu’une idée en tête : quitter le Japon, raconte Régis. Ils sont dégoûtés de la façon dont la catastrophe a été traitée, et quand ils pensent à toutes ces villes sur le littoral côtoyant toutes ces centrales nucléaires, et à tous ces séismes et ces tsunamis auxquels on ne coupera pas, ils se disent qu’ils seront mieux ailleurs".

 Par Ursula Gauthier Ursula Gauthier

Un an après le Japon-bouleversé

Marie Linton et le photographe Guillaume Bression, envoyés spéciaux de Sciences et Avenir au Japon, ont parcouru le pays, de Tokyo à Ogatsu. Chaque étape est l’occasion de rencontres avec des déplacés, des sinistrés qui racontent leur quotidien et les bouleversements qu’ils ont connu un après le séisme et le tsunami meurtriers du 11 mars 2011.

http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20120229.OBS2562/docu-un-an-apres-le-japon-bouleverse.html

En vidéo, en photo, ou en infographie, leurs témoignages permettent de découvrir les nouvelles problématiques auxquelles ils sont confrontés. Au cœur de ce Japon meurtri, la zone interdite constitue un périmètre de mille mètres carré autour de la centrale de Fukushima. Nos reporters ont également sillonné ceno man’s land que plus de 100 000 personnes ont dû quitter, ces villes désertes et fantomatiques n’ont pas changé depuis un an. Mais certains gardent encore l’espoir de les reconquérir, du moins en partie…

Depuis le séisme, les 35 millions de tokyoïtes vivent aussi dans l’inquiétude du Big One, un séisme majeur et dévastateur qui 70% de chance de se produire dans les 30 ans selon les spécialistes.  Chacun s’y prépare comme il peut, tout en assumant le risque de vivre dans la capitale la plus sismique du monde !

Marie Linton et Guillaume Bression ont été récompensés en 2011 par la fondation Alexandre Varenne et l’AJSPI (Association des journalistes scientifiques de la presse d’information). Leur reportage sur "Les réfugiés du nucléaire", publié dans Sciences et Avenir en juin 2011, a remporté le Grand Prix Varenne pour l’information scientifique. Dans le numéro daté mars 2012, en vente actuellement, ils livrent une nouvelle enquête sur la difficile décontamination du site de Fukushima.

Sismologie et sensibilité du Cotentin aux tsunamis: l’EPR de Flamanville disqualifié

Comme par hasard l’EPR en construction se situe dans une zone potentiellement sensible aux tsunamis.

Le Figaro du 6 avril 2011 indique que « les premières recherches n’ont commencé sur le territoire français qu’après le tsunami de Sumatra en décembre 2004. La grosse vague meurtrière du Japon, le 11 mars dernier, va les relancer encore. Un projet de recherche baptisé Maremoti est en cours concernant cette problématique. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a, en effet, décidé de réévaluer les risques d’inondations auxquelles pourraient être soumises les cinq centrales EDF situées sur les côtes: Blayais (Gironde), Flamanville (Manche), Paluel et Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord). » Ainsi, plusieurs (petites) vagues ont été enregistrées entre 1725 et 1850 dans le port de Cherbourg, dont l’origine reste encore inexpliquée.

Le Figaro cite Jean Roger, de l’École normale supérieure, qui explore l’origine d’un mystérieux tsunami qui, le 6 avril 1580, a submergé une partie des côtes de la Manche. «Il ne figure pas dans notre catalogue», relève Jérôme Lambert (BRGM).

Une carte récente du BRGM donne une représentation concrète. Même s’il n’y a pas eu de vagues meurtrières, la présence des centrales nucléaires sur le littoral pose question. 


Sismologie du Cotentin : l’EPR disqualifié

Le 14 juillet 2011, 8 h 59 en mer, un séisme de magnitude 3,9 sur l’échelle ouverte de Richter est survenu au milieu de la Manche, à une profondeur de 10 km ; il a été localisé au sud de Portsmouth (Sud de l’Angleterre), selon le Bristish Geological Survey (BGS).

Il s’agit de la secousse la plus importante dans la région depuis le séisme de 1734 d’une magnitude de 4,5 degrés. Trois départements normands ont été affectés : Calvados, Manche et Seine-Maritime. Les témoins évoquent principalement "un grondement souterrain faible et lointain accompagné d’une faible vibration ou oscillation d’objets". Chargé d’étudier les phénomènes sismologiques enregistrés en France, le BCSF confirme que la Manche et la Normandie ne sont pas considérés comme des zones de "forte sismicité". " Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun risque de voir un séisme se produire. Cependant, il ne peut pas se produire dans la Manche ce qui s’est passé cette année au Japon au large de Fukushima".

Or, là où le séisme a eu lieu le 14 juillet 2011,  il y a eu un précédent le 6 avril 1580. Ce séisme de magnitude 8 a provoqué un grand nombre de dégats dans le Nord-Est de la France, détruisant beaucoup de maisons et de nombreuses églises, notamment à Calais, mais aussi dans la vallée de la Seine et le Sud-Est de l’Angleterre.

 D’après l’ouvrage de l’Abbé Maurice Jacques GRAINDOR[1], le 17 Décembre 1850 à 12h30, un raz de marée d’origine sismique balaye Cherbourg et fait baisser le niveau de la mer de plus de un mètre, peut-être un 1,30 m, laissant l’avant-port de Cherbourg à sec .

L’abbé Graindor cite également le séisme du 01 Avril 1853 à 22h45 qui ébranle la Normandie , la Bretagne , les Iles Anglo-Normandes et l’Angleterre. Il provoque des dégâts un peu partout , à Coutances , à Granville , à Avranches où une grande frayeur s’est manifestée aussi bien chez les hommes que chez les animaux . Le séisme fut ressenti à Saint-Malo , Rennes , Nantes , à Laval , à Alençon , à Sèvres , à Saint-Brieuc et à Portrieux , à Caen , à Falaise où deux faibles secousses ont réveillé les dormeurs. Vers l’Ouest le séisme s’est manifesté à Jersey et à Guernesey ; il fut ressenti à Plymouth, Southampton, Portsmouth, Brighton et dans les comtés de Dorset et Hampshire et à Weymouth ; selon un journal anglais , l’espace ébranlé était de 20 000 milles carrés .

http://www.cossmannia.fr/cossmann_cotentin1/tertiaire_cotentin/seisme/sismique.htm

Mr Graindor cite enfin un séisme d’intensité 6 à 6,5 sur la côte Ouest du Cotentin et qui est largement ressenti le 17 Février 1927.

Mr Graindor conclut en estimant qu’il est peu probable que nous soyons prochainement témoins de bouleversements considérables de la face de la Terre, en Normandie, mais qu’il serait fort téméraire d’affirmer que les conditions actuelles ne changeront pas ou ne se modifieront que lentement ».

La sismologie du Cotentin et la présence d’une centrale nucléaire (avec 3 réacteurs dont un EPR) dans une zone potentiellement sensible aux tsunamis doivent nous interroger. En effet, l’EPR serait conçu pour  un séisme maximal de  5.7.

Dans son édition du 26 aout , Le Monde rapporte que La centrale de Flamanville n’est pas complètement protégée en cas de séisme et que l’ASN garde une "impression mitigée" concernant la conformité au risque sismique du site. Tous les endroits qui le nécessitent sont "dimensionnés" pour un séisme de 5,7 sur l’échelle de Richter sauf le "bloc de sécurité" en référence au  plus grave séisme survenu dans la région de mémoire d’homme (à Jersey en 1926, avec 5,2).

Compte tenu de l’information rapportée par l’Abbe Graindor, on observe une imprécision sur le séisme du 30 Juillet 1926 par Le Monde. Ce seisme concernait les Iles Anglo-Normandes et plus particulièrement Saint-Hélier et le Cotentin, ce séisme  de large extension était d’intensité 7 mais seulement 5 sur la côte Ouest du Cotentin.

La prudence exige de reconsidérer l’aptitude sismique des réacteurs de Flamanville au regard du séisme du 17 février 1927 (6 à 6.5) qui les disqualifie au regard de leur seuil de 5.7.

Voir en pièce jointe la reprise de ce sujet par le CRILAN: 


Une attention particulière devrait animer les responsables politiques au regard de la sismologie des sites industriels et notamment nucléaires. Le nombre de tremblements de terre d’une magnitude de 6 ou plus est en forte croissance depuis 1966 et plus particulièrement depuis le début des années 2000, les récents de 2010-2011 étant à eux seuls des plus significatifs 

Voir aussi:

http://www.fruitarisme.lautre.net/eprflamanville.html


1- Chronique de la sismicité de la Normandie, 1973, Etudes des socles Européens, Travaux effectués au Laboratoire de Géologie du Collège de France

2- Deux nouvelles secousses sismiques ont eu lieu le 22 septembre 2011 en manche a quelques km du calvados, la plus forte  a été située à 3 sur l’échelle de Richter, profondeur: 15km.