Sortir du nucléaire, méditer le projet allemand

Eva Joly, candidate écologiste à l’élection présidentielle, ne cesse de le répéter :« La gauche serait folle de ne pas sortir du nucléaire. » Quant à Cécile Duflot, la porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts, elle vient de redire qu’« après Fukushima, la sortie du nucléaire est un horizon obligatoire même si, pour certains, ces mots sont imprononçables »Editorial du « Monde »  24.10.11 

François Hollande, candidat socialiste et principal destinataire de ces mises en garde, est, on le sait, d’une prudence extrême sur le sujet. A droite, Nicolas Sarkozy ne cesse de réaffirmer son attachement à cette énergie. C’est dire que la question de la sortie du nucléaire s’imposera dans la campagne à venir.

Encore objet de controverse en France, elle est désormais tranchée en Allemagne. Le 30 juin, la principale puissance industrielle en Europe a, en effet, décidé d’abandonner progressivement cette énergie, d’ici à 2022. Quatre mois après cette décision, il est évidemment prématuré de dresser un bilan de la politique « postnucléaire » de notre voisin.

Toute comparaison avec la France est même à relativiser puisque le nucléaire ne fournit que 22 % de l’électricité outre-Rhin, contre plus de 75 % dans l’Hexagone. Mais la démarche engagée par les Allemands mérite d’autant plus l’intérêt qu’il faudra ou bien l’imiter à l’avenir, ou bien, au contraire, éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Premier constat : sortir du nucléaire n’implique pas obligatoirement d’entrer dans l’ère des énergies renouvelables. Certes l’Allemagne dépense des dizaines de milliards d’euros pour développer les filières solaire et surtout éolienne, mais cela ne suffit pas et reste aléatoire. Pour assurer la transition énergétique, elle développe également des dizaines de nouvelles centrales, polluantes, au gaz mais aussi au charbon. Si la part des énergies renouvelables doit doubler en dix ans, les énergies fossiles vont donc continuer à jouer un rôle majeur. Source d’innovations considérables, ce développement suscite également l’inquiétude, tant est grand le risque d’une dépendance accrue de l’Allemagne au gaz importé de Russie.

Deuxième constat : la révolution énergétique a un prix. Les ménages allemands consacrent 14 % de leur facture (soit environ 120 euros) à subventionner les énergies renouvelables. Les Français n’y consacrent, eux, que 3 % d’une facture par ailleurs nettement moins élevée. En outre, la lutte contre les émissions de CO2passe surtout par l’isolation des bâtiments, qui nécessite de lourds investissements. Si le nucléaire est plus coûteux que les autorités françaises ne l’admettent, le passage aux énergies propres est tout aussi onéreux.

Troisième constat : la révolution énergétique est bien une révolution industrielle. De l’automobile au bâtiment, tous les secteurs sont concernés. En ce sens, l’Allemagne, qu’elle réussisse, ou non, sa sortie du nucléaire, est en train d’insufflerun nouveau dynamisme à son industrie, que la France serait bien inspirée d’observer de près. Quel que soit son choix énergétique.

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