Rapport ASN : pas de fermeture de centrales mais une liste de courses couteuse

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a estimé mardi, à l’issue d’un audit de sécurité post-Fukushima remis au Premier ministre, que le niveau de sûreté «suffisant» des installations françaises présentaient ne nécessite l’arrêt immédiat «d’aucune d’entre elles».  Le Parisien, Le nouvel Obs  03.01.2012. Voir en fin d’article quelques références documentaires.

Jeudi l’aurait parié, même si le satisfecit général est  assorti de questions précises ( voir ci dessous l’article de G Malaurie et  les évènements récents rapportés par leblogdejeudi )….. La liste des courses sera coûteuse; mais on ne refuse rien à une danseuse… Mais quand on connaîtra le montant de l’ardoise on finira par penser que les écologistes ont surement raison…. Attendons l’avis de la Cour des comptes …

«Un niveau de sûreté suffisant». L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a estimé mardi, à l’issue d’un audit de sécurité post-Fukushima remis au Premier ministre, que le niveau de sûreté «suffisant» des installations françaises ne nécessite l’arrêt immédiat «d’aucune d’entre elles».

Des élus, des riverains et des associations écologistes souhaitaient la fermeture du site de Fessenheim (Haut-Rhin).

Dans son rapport, l’ASN souligne cependant qu’il est nécessaire de renforcer, «dans les meilleurs délais», la robustesse des installations face à «des situations extrêmes» de type séisme, inondations ou conjonction de plusieurs phénomènes extrêmes. L’Autorité donne aux exploitants de chaque centrale jusqu’au 30 juin 2012 pour lui présenter «un noyau dur» de dispositions concrètes permettant de «maîtriser les fonctions fondamentales de sûreté». Le but est de «prévenir un accident grave ou en limiter la progression», de «limiter les rejets massifs dans un scénario d’accident» et de «permettre à l’exploitant d’assurer les missions qui lui incombent dans la gestion d’une crise».

Le ministre de l’Energie a programmé une réunion avec «l’ensemble des exploitants nucléaires afin de définir le calendrier de mise en oeuvre» des exigences de l’ASN. «Ce niveau de sûreté doit continuer à être augmenté, comme il l’a été en permanence depuis le lancement du programme nucléaire français», ajoute Eric Besson.

Vers une augmentation du prix de l’électricité ?

Les recommandations de l’ASN ont un coût, qui s’annonce important et que les producteurs risquent de répercuter sur le prix de l’électricité. «Je vois mal comment des investissements de plusieurs milliards d’euros ne pourraient pas se traduire sur le prix de revient», a convenu le président de l’ASN, André-Claude Lacoste. «Nous imposons des mesures qui se traduisent par des investissements massifs, a-t-il admis. Si des exploitants, EDF ou un autre, jugent que ce qu’on demande est tellement onéreux, à eux de voir si l’exploitation en vaut encore la peine».

Les quatre recommandations de l’ASN
Dans son rapport, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) préconise quatre mesures fortes:

 mise en place progressive, à partir de cette année, de la «force d’action rapide nucléaire (FARN)» proposée par EDF, un dispositif national d’urgence rassemblant des équipes spécialisées et des équipements permettant d’intervenir en moins de 24 heures sur un site accidenté. Ce dispositif devra être «complètement opérationnel» fin 2014, insiste l’ASN.

 mise en place d’un «noyau dur» de dispositions matérielles et organisationnellespermettant de maîtriser les fonctions fondamentales de sûreté dans des situations extrêmes, pour toutes les installations concernées par le rapport ECS. Les exploitants devront proposer à l’ASN avant le 30 juin 2012 le contenu et les spécifications du «noyau dur» propre à chaque installation.

– dispositions renforcées visant à réduire les risques de «dénoyage» du combustible dans les piscines d’entreposage des différentes installations.

– réalisation d’études de faisabilité de dispositifs supplémentaires de protection des eaux souterraines et superficielles en cas d’accident grave dans les centrales nucléaires ou les installations de La Hague.

Rapport sur le nucléaire : un séisme financier et culturel pour EDF

Guillaume Malaurie Nouvel Obs 3/1/2011

On aurait grand tort de conclure que le rapport de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), rendu public mardi 3 janvier, donne simplement quitus à EDF pour sa gestion, puisqu’aucune fermeture de centrales n’est préconisée. Le nombre de remises à niveau exigées à très court et à long terme  par l’ASN est si considérable pour faire face aux multiples vulnérabilités énumérées dans le parc nucléaire français que EDF sera certainement conduit à reconsidérer ses coûts de revient de fond en comble. Mais aussi toute sa conception du risque. 

 Et donc ses tarifs. Voire même à réexaminer la pertinence économique de certaines centrales, comme Tricastin ou Fessenheim. Ne nous y trompons pas : ce rapport est un séisme culturel et financier pour EDF.

 Quand André Claude Lacoste, le patron de l’ASN, estime à quelques 2 milliards d’euros les investissements nécessaires, il n’évoque que les diesels d’ultimes recours dont chaque réacteur devra être doté. On est en réalité très loin du compte tant ce qui est présenté comme des différences d’appréciation sont en réalité bien des contentieux entre l’ASN et EDF. Et les points de divergence sont nombreux.

 La doxa du Nucléaire ébranlée

 Car c’est sans compter avec le résultat des évaluations demandées  concernant les risques extraordinaires tectoniques ou d’inondation. De ce point de vue, l’analyse de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) – qui a effectué les contrôles – est  implacable. « Les rapports des exploitants identifient un certain nombre de scénarios extrêmes dans lesquels les SSC (systèmes importants pour la sûreté)  pourraient être mis en échec du fait de la survenue d’agressions extérieures de grande ampleur (inondations ou autres évènements climatiques extrêmes, séismes, effets domino provenant d’accidents affectant d’autres installations nucléaires ou non) ».

 Manifestement, le traumatisme Fukushima a ébranlé la doxa des agences de contrôle. André Claude Lacoste ne s’en cache pas dans son entretien au « Monde » : « Il y a un avant et un après Fukushima. Le retour d’expérience complet de l’accident de Fukushima peut prendre jusqu’à dix ans et il est possible qu’il nous amène à réviser notre compréhension actuelle de l’accident ».

La formulation est plus tranchée encore  à l’IRSN, qui souligne lourdement que même eu égard au référentiel actuel de sûreté, « un certain nombre d’écarts de conformité ont été relevés sur les installations examinées ».  Et qui ajoute : « Les événement survenus au Japon nécessitent de reconsidérer le postulat fait à la conception des installations selon lequel un accident grave ne peut être engendré par un phénomène naturel externe à l’installation compte tenu des dispositions prises ». Un révolution conceptuelle.

Danse sur des volcans

Le sentiment qui prévaut alors à la lecture de ce rapport très technique mais aussi formidablement précis et étayé d’exemples forts désagréables pour EDF, c’est bien que nous dansons sur cinquante-huit   volcans. Et que s’il n’y a pas d’autres choix que de maintenir la filière nucléaire, en l’état ou réduite, comme c’est probable pour quelques décennies encore, les travaux de sécurisation s’annoncent formidablement lourds. Le vrai coût du nucléaire est peu à peu en train de surgir en pleine lumière.

A la lecture du rapport , on est d’abord en effet frappé par le nombre de  « lacunes » d’ »écarts », de vieillissements prématurés (corrosion des tuyauteries des bacs de fuel ou des stations de pompage) et d’un niveau de vigilance souvent altéré, notamment s’agissant de la gestion de la « source froide » qui sert à refroidir les réacteurs à Fessenheim et au Cruas. Comme si l’habitude de la sûreté et l’absence d’accidents graves en France avait fait baisser la garde ici et là.

 Des exemples qui font souvent froid dans le dos.

 Du risque sismique

 S’agissant du risque sismique : « Les exercices déclenchés par l’ASN lors des inspections ont montré que, sur la plupart des sites, les opérateurs susceptibles d’avoir à utiliser les données issues de l’instrumentation sismique ne savent pas ou mal exploiter l’instrumentation sismique, ce qui pourrait aussi retarder le repli des réacteurs voire ne pas amener à prendre cette décision. »

Pour Tricastin : « Certaines installations ne disposent pas de consignes spécifiques précisant la conduite à tenir en cas de séisme (la plupart des installations ne disposent pas d’alimentations électriques de secours dimensionnées au séisme, car non requises par leur référentiel de sûreté. Certains matériels disposent d’une alimentation électrique de secours par batteries ou onduleurs dont la durée peut être limitée à 30 minutes ;Les  moyens de communication et de supervision des installations sont secourues par batteries ,ou pendant une durée de 30 minutes à quelques heures seulement (et ils ne sont pas non plus dimensionnés au séisme) ; sur la plupart des installations, les locaux de crise, l’alimentation électrique de la salle de commande, les générateurs électriques de secours et les réseaux de communication ne sont pas dimensionnés au séisme ; la disponibilité des moyens de détection et de lutte contre l’incendie n’est pas garantie (alimentation des détecteurs, réseaux, eau). 

Ce type d' »écart  » était épinglé dans les précédents rapports mais de manière nettement plus diplomatique et souvent émasculé par la rédaction. Désormais, les diagnostics généraux sont nets. Et, disons le, cassants.

Manifestement, le renouvellement des experts de l’ASN mais surtout de l’IRSN, qui sont plus jeunes, moins impressionnables par les intérêts supérieurs de l’institution nucléaire, a fait son œuvre. Il faut saluer ici le travail de Jacques Repussard, Dr Général de l’IRSN qui lui même n’a pas fait sa carrière dans le lobby nucléocrate.

Du risque d’inondation

S’agissant des risques de rupture barrages ou de digues concernant Fessenheim et Tricastin, l’ASN exprime ainsi sans ambages son désaccord avec EDF.  L’ASN  souligne d’abord « l’absence d’éléments d’études précises » et « considère que l’engagement d’EDF répond partiellement à sa demande et qu’EDF devra mener des études indiquant de façon précise le niveau d’eau sur le site du Tricastin en cas de rupture des digues de Donzère-Mondragon et sur le site de Fessenheim en cas de rupture des digues du Grand Canal d’Alsace ». 

De la sous-traitance

Même franchise s’agissant du recours  à la sous-traitance : « L’ASN considère qu’EDF n’a pas suffisamment démontré, dans les rapports ECS (Évaluations complémentaires de sûreté), que le champ des activités sous-traitées, à la fois en termes de types d’activités considérés et en termes de compétences internes préservées, est compatible avec la pleine responsabilité d’exploitant en matière de sûreté et de radioprotection. »

Oui, on aurait décidément grand tort de réduire ce rapport à un feu vert pour l’exploitation des 58 réacteurs existants. C’est un feu clignotant et sous conditions. Des conditions drastiques.   

Les mesures » imposées » par l’Autorité de sûreté nucléaire : 

D’autant que L’ASN prévoit non seulement l’adoption de nombreuses « prescriptions »auxquelles devra se soumettre l’exploitant mais définit aussi le cadre d’un  renouvellement stratégiques  des  dispositifs de sécurité . Ce que Lacoste qualifie de « noyau dur » de dispositions matérielles et organisationnelles. 

D’abord une FAR (Force D’Action Rapide) pour intervenir en urgence sur des sites accidentés et un centre de gestion de crise bunkerisé.  Ensuite, des procédures pour prévenir le « dénoyage » des combustibles usés, c’est à dire des piscines qui sont généralement très proches des réacteurs et à ciel ouvert comme à Fukushima.

D’autre part, est exigée l’étude d’une enceinte nouvelle pour protéger les eaux souterraines en cas de fusion du cœur du réacteur. Et enfin des dus : groupes électrogènes diesel d’ultime recours dont devront être dotés chaque réacteur.

Pour que ces décisions soient gravées dans le marbre, l’ASN a préparé un projet d’arrêté fixant les règles générales relatives aux installations nucléaires de base qui apportera une contribution importante à l’amélioration de la sûreté et dont l’Agence « recommande qu’il soit signé au plus vite » par le Gouvernement. Le  ton a changé.

Pour EDF, c’est l’heure des comptes et de l’apprentissage de l’humilité

Chez EDF, l’heure est aux additions avec le Milliard d’euros comme unité de référence. C’est aussi l’apprentissage de l’humilité. On est très loin du « risque quasiment zéro » évoqué dans le passé. Même l’EPR, présenté comme une merveille technologique invulnérable lors de la crise de Fukushima,  devra selon l’Agence être revue et corrigée sur de nombreux points.

Guillaume Malaurie

Pour alimenter la reflexion Jeudi propose des document interCLI de la Hague et Flamanville qui montrent que les responsables des installations répondent rarement aux questions….

Un diaporama fort instructif sur la protection lacunaire de la Hague

denoyage piscines La Hague ( un fichier Powerpoint qui montre que plusieurs problèmes ont été posés depuis…20 ans)

Le document de travail des associations interCLI de la Hague et de Flamanville

111204 gt post Fukushima ( doc associations) (document Pdf)

Voir le point: Les risques de sismicité ont-ils été suffisamment pris en compte en ce qui
concerne les 2 premiers réacteurs de Flamanville et l’EPR?

Le compte rendu de la réunion officielle

interCli-Gt 30 11 2011 (document Pdf)

Jeudi va rester vigilant sur:

  • la disqualification de l’EPR au regard la sismicité du Cotentin.
  • sur la sécurité de la Hague : piscines, rejets radioactifs , nappes phréatiques

Voir aussi  le site du CRILAN dans les favoris, colonne de droite.

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