Situation surréaliste au Japon

Laurent Mabesoone, un français qui vit au Japon nous informe.

« Demain, le 13 janvier, Shikoku Electric Co va stopper, pour révision technique périodique, le dernier réacteur en marche qu’elle possède : Ikata 2 – cf. l’article de confirmation.

Cette révision est prévue de longue date mais la compagnie reconnait que « dans le contexte de l’accident de Fukushima, les tests risquent de se prolonger »…

PLUS QUE 5 RÉACTEURS EN MARCHE !… Les 49 autres sont déjà en révision prolongée ou en réparation.
Si le mouvement citoyen au Japon ne faiblit pas, vu la quasi impossibilité de passer les stress tests « nouvelle version », nous n’aurons plus aucun réacteur en marche dès la fin avril.Le problème est que Fukushima Daiichi continuera encore longtemps à nous menacer, comme une épée de Damoclès au-dessus de nos vies.

Aujourd’hui, j’enseignais à l’Université, à Niiza (Saitama, banlieue nord de Tokyo). À 10H52 du matin, en plein cours, nous ressentons une courte secousse. Mes étudiantes me fixent dans les yeux, un ange glacial passe, tout est déjà fini ! C’était juste un petit séisme de niveau 3, épicentre sur Ibaraki, entre Tokyo et Fukushima. Puis, pendant le repas, à la cafétéria – dont les repas sont sans doute contaminés ! – à 12h27, une autre secousse de niveau 4 toujours centrée sur Ibaraki est à peine ressentie à Niiza. Et enfin, 2 minutes plus tard, à 12h29, l’épicentre c’était déplacé vers le nord jusqu’à Fukushima Nakadori… pile sous la centrale : niveau 4, magnitude 5.8… là, nous n’avons rien ressenti !

En regardant mon téléphone portable, j’apprends que la NHK (TV publique) a annoncé par un flash spécial, dès 12h35, que la secousse n’avait eu aucune influence sur la centrale de Fukushima Daiichi. Pourtant, le site de la Tepco affichait encore « en cours de vérification ». Décidément, ils sont très forts à la NHK : ils connaissent l’état de la centrale en 6 minutes avant même la Tepco !

Après mon dernier cours, en marchant 20 minutes jusqu’à la gare de Niiza, je laisse mon compteur Geiger branché. Tout du long du trajet, le niveau oscillait entre 0,16 et 0,22 uSv/h (microsieverts par heure), deux fois le niveau habituel sur ce chemin. Je commence à transpirer malgré le vent glacial ; je monte dans le train. Arrivé à la gare de Omiya, le niveau était enfin redescendu à environ 0,1 uSv/h.

Sur tweeter et autres, on ne sait rien, que des suppositions… Bon, c’est que ça devrait tenir encore un peu ? Après demain, on regardera les retombées radioactives toujours publiées avec deux jours de retard par la Préfecture de Fukushima.

À propos, avant-hier, les niveaux étaient remontés à nouveau, jusqu’à 85.5 MégaBq/km2 ! (cf. koukabutsu15.pdf [1]). Bof, plus rien n’étonne à force…

Une fois installé dans le TGV-Shinkansen du retour vers Nagano, je me dis qu’après tout, est-ce vraiment un crime si le gouvernement préfère ne pas dire la vérité franchement aux habitants de l’Est du Japon ? Est-ce qu’il est vraiment nécessaire, sur ce point précis, d’aggraver la déprime de tout un peuple [2] ?

Tout le monde peut aller lire les analyses de Hiroaki KOIDE (Université de Kyoto) ou Kunihiko TAKEDA (Université de Chubu) sur les nombreux sites internet sérieux. Si le gouvernement reprenait ce que nous disent les spécialistes indépendants depuis plusieurs mois, chacun – même les plus faibles psychologiquement – devrait prendre en pleine face ce type de communiqué officiel, complètement impensable, « surréaliste » :

« Chers compatriotes de l’Est du Japon, le bâtiment du réacteur 4 de la centrale de Fukushima Daiichi abrite une cargaison neuve de combustible nucléaire équivalent à un réacteur, et nous tentons encore de refroidir dans sa piscine l’équivalent de trois réacteurs de combustible usagé (1500 barres). Mais, à cause de l’explosion hydrogénique qui a eu lieu à la base de l’ « operation floor » (salle des opérations), les fondations du bâtiment sont extrêmement fragiles. Il y a déjà de nombreuses fuites.

Ce bâtiment ne peut pas supporter une secousse de niveau 5, peut-être pas même de niveau 4. La Tepco n’a pas assez de personnel pour mener des travaux sérieux et renforcer la structure de façon significative. Donc, en cas de nouvelle secousse, l’eau de refroidissement s’écoulera à l’extérieur de la piscine, les barres de combustibles, mises à l’air libre, bruleront et fonderont, et toute la région de Tokyo (250 km alentour) devra être immédiatement évacuée.

Nous vous prions d’être compréhensifs. »

C’est impossible d’annoncer une chose pareille à son peuple.. non ?
Ce genre de communiqué plein de franchise déprimerait la majorité des habitants de l’Est du Japon et les gens se prépareraient sans doute un peu plus à fuir… au cas où. Mais cela ne changerait certainement pas grand chose pour la raison que même les gens qui, comme nous, s’informent sur internet ne seront pas beaucoup mieux préparés à faire face au moment… de la débâcle.

NOTES :

[1http://www.pref.fukushima.jp/j/koukabutsu15.pdf

[2] je ne parle pas du problème du mensonge d’État perpétué quant à la nécessité d’évacuer certaines zones, mais uniquement du problème de l’état de la centrale de Fukushima Daiichi. »

Merci  Laurent!

http://www.netoyens.info/index.php/contrib/12/01/2012/chroniques-anti-nucleaires-surrealiste#rateit

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