Nucléaire: Hollande s’engage à ne fermer que Fessenheim mais il y a un os…

François Hollande s’engage à ne fermer que la centrale nucléaire de Fessenheim (Bas-Rhin) au cours du prochain quinquennat s’il est élu président de la République en mai, a déclaré à Reuters Bernard Cazeneuve, l’un des quatre porte-parole du candidat socialiste à l’élection présidentielle. Par Benjamin Mallet et Muriel Boselli PARIS, 17 janvier (Reuters) –

* Hollande veut appliquer les mesures « essentielles » de l’accord 

* Plus de fonds seraient demandés pour les renouvelables

* Un accord entre EDF et la Chine devra être revu 

Jeudi a retrouvé un article fort juste de Guillaume Malaurie journaliste au Nouvel Obs. Il décrit  l’ampleur de la situation créée par Hollande qui remet au prochain mandat  2017-2022 le soin de supprimer les 24 centrales qu’il a promis de retirer…. Il les remplacera par quoi? par des EPR ou des ATMEA? …..

Joli tour de passe-passe électoral dans lequel les écolos sont muselés avec leurs sièges de députés…pour le moment ils ne sont que promis. Jeudi sait qu’aucun cadeau ne sera fait car le PS a toujours voulu le pouvoir et Tout le pouvoir. Qu’on se le dise….

Ces déclarations interviennent alors que François Hollande avait déjà fait savoir fin novembre qu’il n’appliquerait que les mesures « essentielles » de l’accord électoral difficilement conclu entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts (EELV), qui prévoit la fermeture de 24 des 58 réacteurs français d’ici à 2025. (voir )Dans un texte publié dans le quotidien Le Monde fin novembre, le candidat socialiste a ensuite rappelé qu’il souhaitait réduire à l’horizon 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité française, de 75% à 50%, mais qu’il ne s’engageait que sur l’arrêt de la centrale alsacienne de Fessenheim. »Conformément à la tribune publiée par François Hollande dans Le Monde, seule la fermeture de Fessenheim est prévue », a déclaré Bernard Cazeneuve, par ailleurs député-maire de Cherbourg (Manche). »François Hollande a dit qu’il prendrait dans cet accord (PS-EELV) ce qui lui paraissait, à lui futur président de la République potentiel, comme devant relever des priorités de son programme(…). Nous sommes dans une élection présidentielle : c’est par conséquent le programme du président de la République qui prévaut, dans l’engagement et le dialogue qu’il organise avec le peuple français », a-t-il ajouté.

« ETAT STRATÈGE » Arnaud Montebourg, le « troisième homme » de la primaire socialiste, a de son côté fait savoir jeudi sur France 3 Bourgogne qu’il refusait d’appliquer l’accord entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts lors des législatives du printemps en France.Standard & Poor’s a pour sa part prévenu, fin novembre, que le volet nucléaire de l’accord électoral entre écologistes et socialistes français pourrait, s’il était appliqué, avoir des conséquences négatives sur les notes d’EDF et d’Areva . Bernard Cazeneuve a en outre déclaré que François Hollande, s’il devenait président de la République, pourrait demander aux industriels du nucléaire de consacrer davantage de fonds au développement des énergies renouvelables qu’ils ne le font actuellement. »Nous souhaitons un Etat qui prenne des décisions stratégiques pour développer les filières industrielles (dans les énergies renouvelables). Les entreprises nucléaires qui ont accumulé de la richesse peuvent en affecter une partie à des activités qui, demain, créeront elles-mêmes de la richesse », a-t-il dit. »Il y a aujourd’hui des moyens dans l’industrie électronucléaire qui, d’ores et déjà, sont investis dans les énergies renouvelables et qui peuvent l’être davantage demain si l’Etat stratège le décide.

«  »DÉSHABILLAGE » Prié de dire si cette ambition pourrait passer par une taxe sur le nucléaire pour développer les renouvelables, le porte-parole de François Hollande a ajouté : « On verra, les objectifs sont ceux-ci, les modalités techniques appartiennent au gouvernement. »Toujours selon Bernard Cazeneuve, François Hollande pourrait en outre, s’il est élu, demander à EDF de revoir son projet de partenariat avec la Chine, annoncé en février 2011, prévoyant le développement en commun d’un réacteur de moyenne puissance qui entrerait de fait en concurrence avec le modèle Atmea conçu par Areva. »Par cet accord, on transfère massivement de la technologie en allant jusqu’à envisager qu’on puisse, avec les Chinois, aller faire concurrence en France à ce que sont les activités qui relèvent du coeur de métier d’Areva », a-t-il dit. »Il faudra dans tous les cas revoir ces éléments là. On ne va quand même pas continuer à accompagner (…) le déshabillage et le démantèlement des champions industriels français. » (édité par Pascale Denis)

Accord PS – EELV : ce qu’ils ont vraiment signé

Créé le 23-11-2011 Par Guillaume Malaurie Journaliste

Au-delà des polémiques et des arrière-pensées politiques, il y a dans le texte tous les ingrédients d’une révolution culturelle. Décryptage. 

1. LE PS S’EST-IL CONVERTI A L’ECOLOGIE ?

Sur les grandes orientations énergétiques et nucléaires, l’accord entre le PS et Europe Ecologie-les Verts (EELV) sort manifestement du « peut-être bien que oui, peut-être bien que non » que Martine Aubry reprochait à François Hollande. Le cap est désormais mis sur la « transition écologique et énergétique ».

Certes, l’EPR de Flamanville est maintenu contre l’avis des écologistes, mais pas celui de Penly qui restera dans les cartons. Et ce ne sont pas moins de 24 réacteurs nucléaires qui devraient fermer d’ici à 2025. Mieux : « Aucun nouveau réacteur, stipule le texte, ne sera initié. » Par ailleurs, « la réduction de la consommation d’électricité » devient une priorité nationale alors qu’elle progressait encore de 5% en 2010. Pour un virage, c’est un virage.

La barre est mise d’ailleurs très haut puisque l’accord prévoit de passer de moins de 100 000 réhabilitations thermiques de logements l’année passée à « un million par an ». Mieux encore, « la France agira pour que l’Union européenne porte son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon de 2020 à 30% ». Soit 10% de mieux que nos engagements actuels.

Une mesure surtout mérite l’attention : le retour de la taxe carbone dite « contribution climat-énergie ». Pas celle portée en 2009 par Nicolas Sarkozy à 14 euros la tonne de CO2 et que fusillait alors Ségolène Royal en ces termes : un « impôt absurde, injuste et historiquement décalé ». Non : celle que Michel Rocard, dans un rapport au gouvernement, publié en 2009, fixait à 32 euros et qui est réajustée aujourd’hui à 36 euros dès 2012 ! Puis à 56 euros en 2020. Une fiscalité lourde, c’est peu de le dire. Mais c’est sans doute le seul outil efficace pour lutter à la fois contre le réchauffement climatique et la surconsommation énergétique.

Le texte commun, qui porte la marque verte de la garde rapprochée de Martine Aubry, affiche donc bien la conversion annoncée des socialistes vers la « social-écologie ». Encore qu’il semble que les experts du PS aient été souvent bousculés par ceux d’EELV.

Rien de définitif en tout cas : les masses financières considérables que ces engagements supposent laissent à François Hollande d’amples marges de manœuvre pour s’affranchir du carnet de route fixé par les partis. Au nom de la rigueur budgétaire. D’autant que dans l’hypothèse de sa victoire au printemps prochain, ce ne sera pas lui mais le successeur de son successeur qui sera comptable du nombre final de centrales nucléaires…

2. POURQUOI LA GUERRE DU MOX ?

« Sur cette question, confie un expert d’Areva, il n’y avait que nous et les Verts pour mesurer le caractère hautement stratégique d’un éventuel abandon de la filière MOX. » Explication : le MOX est un combustible nucléaire qui recycle le plutonium et l’uranium appauvri des centrales pour le réinjecter dans d’autres. Un combustible au final très coûteux mais qui permettrait de pallier l’épuisement à long terme des gisements d’uranium. Il n’y a pourtant plus guère que la France – 95% de la production mondiale – qui y croit et que 41 des 450 réacteurs en activité qui l’utilisent. Parmi lesquels 22 réacteurs français qui fonctionnent aujourd’hui avec un tiers de MOX produit exclusivement par Areva et deux tiers d’uranium.

Lorsque EELV propose « une reconversion à emploi constant de la filière du retraitement et de fabrication du MOX », l’idée est donc bien la liquidation rapide d’un combustible dont les Verts rappellent depuis longtemps qu’il est un million de fois plus radioactif que l’uranium de base. L’effet domino de la proposition des écologistes est redoutable.

C’est d’abord un coup fatal porté à Areva qui perdrait l’essentiel de sa rente industrielle. C’est ensuite la redéfinition complète des sites de production de Marcoule et surtout de la Hague dont le mouvement écologiste dénonce depuis des décennies les rejets radioactifs en mer. Enfin cette décision risquerait de plomber définitivement les surgénérateurs dits de la quatrième génération attendus au mieux en 2040 : « Cette technologie d’avenir, note un expert d’Areva, passe impérativement par la maîtrise de la filière plutonium et donc du MOX. On ne peut pas obérer le futur. »

Et maintenant ? Chacun y va de son interprétation. Les Verts maintiennent la leur. Et le PS se drape dans le bon sens : « Si on ferme des réacteurs, dit Michel Sapin, il est normal qu’il y ait moins de MOX à produire et que nous soyons attentifs à la pérennité des emplois. » Traduction de Corinne Lepage : « L’EPR de Flamanville pourra donc tourner au MOX, ainsi que c’était prévu », alors qu’il pourrait parfaitement être alimenté à l’uranium. Et l’avenir de la quatrième génération, qui n’est évoqué nulle part dans le document, n’est pas insulté.

3. FERMETURE DES CENTRALES, QUEL AGENDA ?

Ce ne sont pas les écologistes mais les experts du PS qui ont avancé le chiffre de 24 suppressions de réacteurs d’ici à 2025. « Puisque François Hollande avait annoncé la réduction d’un tiers de la puissance nucléaire, il n’est pas impossible qu’ils aient tout simplement appliqué une règle de trois sur le parc des 58 réacteurs », soupire un cadre dirigeant d’EDF qui n’avait pas vu le coup venir.

« Certes, murmure un dirigeant PS proche du Commissariat à l’Energie atomique (CEA), mais, mis à part l’arrêt immédiat de Fessenheim, c’est un processus très progressif qui pourrait bien commencer dans… cinq ou six ans. » Tel est sans doute le calcul de nombreux membres du bureau national du PS, hostiles à toute sortie rampante du nucléaire. Sauf qu’il y a un os. Un très gros os. Ce n’est pas du jour au lendemain que l’on décide de la poursuite ou non d’un réacteur. Mais au moment de sa visite décennale, quand l’Agence de Sûreté nucléaire (ASN) décide ou non d’autoriser une décennie de plus, sous réserve que l’exploitant procède aux travaux de sécurité nécessaires.

Manque de chance, tous les renouvellements des centrales les plus anciennes de 900 MW, soit celles susceptibles d’être fermées comme Blayais, Bugey, Dampierre, Civaux, Gravelines ou Cruas, vont s’échelonner sur une période d’environ dix-huit mois entre… 2012 et 2014. Soit un scénario noir en plein début de quinquennat. EDF, qui devra signer des chèques oscillant entre 500 millions et 800 millions d’euros par réacteur, exigera en effet à chaque fois du gouvernement l’assurance ferme de dix années complètes pour que les travaux ne soient pas financés en pure perte.

Bref, c’est la promesse de foires d’empoigne à répétition entre les Verts d’un côté et le lobby nucléaire, fort de nombreux relais dans tous les partis, de l’autre. « Une véritable bombe pour EDF, confie l’un de ses cadres. On va tout droit vers une collision des agendas politique et industriel et personne n’a rien vu venir. » Que les experts socialistes n’aient pas anticipé le bourbier n’étonne pas plus que ça le député socialiste du Nord Christian Bataille, pronucléaire convaincu, mais très bon connaisseur du dossier en qualité de membre de l’Office parlementaire d’Evaluation des Choix scientifiques et technologiques.

« Que voulez-vous, moi je suis ostracisé et tenu pour un nucléocrate, confie-t-il. L’ennui, c’est qu’il n’y a personne chez nous pour suivre vraiment le dossier. Quand, dans les réunions du groupe parlementaire, le nucléaire arrive sur le tapis, Jean-Marc Ayrault passe vite fait au point suivant de peur qu’on s’engueule. Alors je fais des notes à François Hollande dont le bureau est au-dessus du mien. Mais c’est pas sûr qu’il les lise. »

Guillaume Malaurie – Le Nouvel Observateur

(Article publié dans « le Nouvel Observateur » du 24 novembre 2011)

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