Fiction: Le jour où le centre nucléaire de Cadarache a été endommagé par un séisme

 « Vous venez de ressentir une violente secousse. Des gens sont paniqués autour de vous ». Il est 9 h 05, mardi 17 janvier, à Saint-Paul-lez-Durance, dans les Bouches-du-Rhône. Roger Pizot, le maire de cette commune de 960 habitants qui abrite le centre nucléaire de Cadarache, reçoit ce SMS de la sous-préfecture de Marseille. Aucune panique ni agitation ne viennent troubler sa bonhommie. Les consignes en cas de tremblement de terre dans cette région sismique sont claires : il faut immédiatement organiser un PC de crise à la mairie. LEMONDE.FR | 19.01.12

L’alerte qui vient d’être donnée fait partie d’une simulation grandeur nature d’un séisme induisant un risque nucléaire sur le site de Cadarache. Le premier exercice national de ce type, et quatrième au niveau mondial, vient d’êtreenclenché. Sur un scénario inconnu de tous, sauf des « scénaristes » de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) qui vont informer en temps réel les participants des données de l’incident.

« UN SCÉNARIO RÉALISTE »

A Cadarache, le séisme a été détecté à 9 heures. Dès 9 h 07, Maurice Mazière, directeur du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) qui exploite le site, décide de mettre en place le Poste de commandement de direction locale (PCDL). Les systèmes de détection relèvent un séisme d’une « valeur significative », de magnitude 5,5, dont l’épicentre est situé à 10 km du centre. A 9 h 17, le Plan d’urgence interne (PUI) est déclenché, les secours se rendent sur les points endommagés du site qui s’étend sur six kilomètres.

Le PCDL reçoit le premier point de situation : trois ou quatre bâtiments sont touchés. Parmi eux, l’Installation nucléaire à base civile (INBC) Pégase, un ancien réacteur de recherche où sont entreposés des déchets, est fissurée et présente des rejets extérieurs. Un incendie s’est également déclaré sur l’installation nucléaire à base secrète (INBS), des poussières d’uranium se propagent dans l’atmosphère. Le bâtiment de la formation locale de sécurité, qui concentre les moyens d’intervention du centre, est détruit, et des incendies se sont déclarés çà et là. Tous les bâtiments sont évacués.

L’exercice va rapidement révéler un souci majeur : l’ensemble des lignes terrestres et filaires a été perdu, il ne reste que la liaison satellite pourcommuniquer avec l’extérieur et les talkies-walkies en interne. L’absence de contact avec la radioprotection et la suspicion de dégagement de radioactivité à l’extérieur du centre vont décider le préfet de la région PACA, Hugues Parant, àdéclencher le Plan particulier d’intervention (PPI). Il est 10 h 02, une sirène retentit. L’exercice va désormais mobiliser l’ensemble de la population des dix-neuf communes et de l’intercommunalité situées dans un rayon de 20 à 30 km autour de Cadarache, à cheval sur quatre départements. De manière fictive, du moins, à l’exception des différents services des collectivités territoriales.

FAIRE FACE À DEUX CRISES EN SIMULTANÉ

L’exercice place la chaîne de commandement face à un problème délicat. « Il fautgérer deux crises en même temps, qui peuvent amener parfois à des réponses contradictoires à apporter à l’une et à l’autre, explique le préfet. Il faut peserclairement le pour et le contre, lorsque l’on décide par exemple de confiner la population ou de procéder à son évacuation. »

Moins d’un an après la catastrophe de Fukushima au Japon, la gestion de la communication auprès des populations est devenue cruciale. L’exercice a toutefois été pensé bien avant la catastrophe japonaise. L’idée de ce test grandeur nature a germé lors du centenaire du séisme de Lambesc en 1909 (voirencadré ci-dessous). Le cahier des charges n’a pas été modifié après Fukushima car « les séismes de ce type sont irréalistes ici », explique Ghislaine Verrhiest-Leblanc, inspecteur à l’ASN de Marseille. En revanche, après la catastrophe, « la motivation de certains acteurs a été réactivée », note Antoine Masurel, chargé de crise à l’Autorité de sûreté nucléaire de défense.

Depuis, l’ASN a mis en place une démarche d’évaluation sur la sûreté des installations nucléaires françaises. Dans un rapport publié le 3 janvier, elle a conclu qu’il existe un niveau de sûreté suffisant pour ne demander l’arrêt d’aucune des installations nucléaires, mais que leur robustesse face aux situations extrêmes doit être améliorée. A Cadarache, les évaluations sont en cours. Les travaux préconisés dépassent la vingtaine de millions d’euros.

RÉVÉLER LES DÉFAILLANCES LOCALES

Le renforcement de la sûreté du centre nucléaire n’est pas pour déplaire à la commune de Vinon-sur-Verdon, située à 7 km à peine. Les aléas, Vinon les cumule : risque nucléaire ; risque d’incendies et d’inondations ; risque de rupture des barrages hydroélectriques ; transport de matières dangereuses et risque de pollution de la Durance avec les effluents. Et, en termes de gestion de crise, de nombreuses défaillances sont apparues.

« L’exercice a révélé que des procédures bien huilées ne le sont plus, que les habitudes ne sont pas adaptées », explique le maire, Claude Cheilan. A Vinon, la sirène de Cadarache n’est pas audible partout. Les télécommunications ayant été coupées, le PC de crise de la mairie a rencontré des problèmes pourcommuniquer avec la préfecture et avec les services d’électricité et du gaz. « La mairie va devoir s’équiper de talkies-walkies, voire de téléphones satellitaires », admet M. Cheilan.

Autre problème : les pompiers de Vinon, en première ligne, n’ont reçu aucune formation au risque nucléaire. Elle n’a été dispensée qu’aux pompiers des Bouches-du-Rhône, département situé à cinq kilomètres de la commune varoise.« C’est un peu comme avec Tchernobyl, ironise son maire, on imagine peut-être que le nuage s’arrête aux frontières des Bouches-du-Rhône ! » A quoi s’ajoute le sentiment que l’Etat se décharge un peu trop sur les communes.

Malgré ces défaillances, le bilan de l’exercice est positif pour la municipalité.« Cela permet de beaucoup réfléchir et de réaliser qu’en définitive, on est très vulnérables. Même si on est préparés, on se rend compte qu’une conjonction d’événements comme ce qui est arrivé à Fukushima peut nous mettre dedans », conclut le maire. Selon les bilans de fin de journée, l’incident aurait, d’aprèsThierry Winter du BRGM, causé sur toute la zone des dommages matériels sur plus de 3 500 bâtiments – dont 185 entièrement détruits – privant 10 300 personnes de logment, causant la mort de 99 personnes et blessant 700 habitants, dont 120 gravement. Aucun vent n’ayant balayé la zone, aucune répercussion radioactive n’a été enregistrée hors du centre de Cadarache.

UNE POPULATION CONFIANTE

Côté population, l’impact de l’exercice est plus difficile à évaluer. Rares sont les riverains ayant été impliqués dans les opérations. Certains ont découvert cet « exercice national » au travers des points presse municipaux envoyés par mail. Une situation que l’on déplore à la mairie, mais que la préfecture de région justifie par la récurrence d’exercices de sûreté auprès de la population. C’est justement cette répétition qui crée, selon Renée Verlaque, principale au collège Yves Montand de Vinon-sur-Verdon, des automatismes antisismiques. « Au déclenchement de l’alarme à 9 h 07, les élèves se sont instinctivement réfugiés sous les tables en attendant la fin de la secousse, avant de se réunir au centre de la cour », raconte la principale.

Les 700 collégiens ont été les seuls sur la commune à être confinés pendant deux heures, sans angoisse apparente. Du côté des adultes, pas plus d’inquiétude. Le centre de Cadarache fait partie intégrante du paysage depuis plus de cinquante ans. « C’est un centre de recherche, pas de production. Il n’y a pas beaucoup de matière à l’intérieur », explique Didier Raggi, cogérant d’une boucherie-restaurant dans le centre de Saint-Paul-lez-Durance. Lorsqu’il a ouvert son commerce il y a vingt ans, la proximité du centre de Cadarache était même un « argument positif » :« en semaine, 80 à 90 % de ma clientèle vient du centre », explique-t-il.

Cet argument économique résonne dans tout Vinon. « Les gens vivent à côté d’un centre de recherche auquel toutes les familles sont liées plus ou moins directement. Si demain on fermait le centre, ce serait terrible pour l’activité économique et la reconversion des gens. Il y aurait le même ressenti que dans l’industrie sidérurgique », conclut M. Cheilan. L’exercice n’a pas remis en cause cette conviction.

Hélène Sallon

La région la plus sismique de métropole

Le centre de recherche et d’études sur l’énergie nucléaire de Cadarache se situe dans la région la plus sismique de métropole, toutefois classée zone à sismicité moyenne à modérée. Le site est en effet situé à proximité de la faille de la Moyenne Durance, dont l’activité a provoqué dans l’histoire plusieurs séismes.

Le plus important, de magnitude 5,3, est survenu en 1708 à Manosque à 7 km de Cadarache. En 1909, un autre séisme secoue la commune de Lambesc, dans les Bouches-du-Rhône, de magnitude 6,2. Ce séisme a causé la mort de 46 personnes et fait plus de 250 blessés.

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