Présidentielle J-72 : la campagne vue par Ariane Ascaride

Jusqu’au 1er tour de l’élection présidentielle, Télérama.fr publie le journal de campagne collectif de cent personnalités du monde culturel. Aujourd’hui, la comédienne Ariane Ascaride Télérama Le 8 février 2012.

Ariane Ascaride dans le film Ma vraie vie à Rouen, d’Olivier Ducastel 
et Jacques Martineau (2003).

Par un matin d’hiver

6h30. Réveil difficile, le rideau soulevé je me demande jusqu’à quand ce froid polaire va nous obliger, quand on le peut, à rester calfeutré chez soi.

Dans la rue passe une dame emmitouflée, elle essaie de se presser, la tête baissée, enfouie dans son écharpe, le bonnet enfoncé jusqu’aux yeux qui sont en vigilance maximum pour repérer la moindre plaque de glace.

J’allume la radio, chouette ça n’a pas bougé depuis hier soir ! La campagne électorale, les sondages, la météo.

Enfin tout de même, coup de théâtre, notre président actuel est allé se faire adouber par la chancelière allemande.

Ça me fait repenser à l’époque où j’étais en classe, on croyait que si on devenait pote avec la meilleure ou le meilleur de la classe on trouverait une crédibilité. Ce qui au bout de quelques temps s’avérait complètement vain. Quand on est nul on est nul et tout le monde le sait : le naturel revient au galop !

Enfin tout cela me gâche le début de cette journée glaciale ! J’ai l’impression d’être absolument hermétique à cette campagne, je me sens triste avec une impression de déjà vu. Je n’arrive pas à m’enthousiasmer et je le regrette tant. J’ai une nature politico-affective, Je ne sais pas si c’est bon pour la politique, mais j’aimerais quasi pleurer d’espérance à l’écoute de discours politiques. Je veux bien accepter que c’est assez « tarte » mais c’est une réalité que j’assume.

Je ne sais pas à quel moment les candidats s’autorisent à penser les meetings comme une assemblée de personnes uniques, ayant chacune une vie, une histoire, des origines.

Je suis une femme de gauche tout le monde le sait et je ne me suis jamais reconnue dans les discours de droite, mais en ce qui concerne mes aspirations, j’ai envie d’entendre des paroles qui me transportent, qui me permettent de me sentir appartenir à une espérance commune, enfin un discours qui me fasse me disputer dans les soirées mondaines parisiennes apathiques ou cyniques.

Ce qui est terrible, c’est l’habitude, c’est même dangereux. Il faut en permanence rester en alerte ou l’on se surprendra un jour à se dire que de toute façon, la politique aujourd’hui…

Au contraire, la politique c’est la vie, la preuve même de notre capacité de vivre ensemble. On ne peut pas penser son existence sans politique. Elle est partout dans tous les instants de notre vie. C’est pourquoi, je rigole toujours lorsque j’entends les gens du spectacle dire que nous ne devons pas nous mêler de politique.

Ben tient ! Et pourquoi on reste pas dans les cuisines des palais avec les laquais comme Mozart. Sommes-nous là pour divertir dans le bruit des couverts et faire fantasmer les convives ?

Je crois qu’il est de notre devoir de raconter le monde en tant qu’artiste, et j’ai la prétention de penser qu’un monde sans peinture, musique, théâtre… est voué à son extinction. Les artistes sont tout simplement indispensables et je regrette de si peu entendre les candidats de gauche parler de la culture et de son fonctionnement. Parce que les intermittents du spectacle, c’est une population très intéressante, ils sont les précurseurs de l’intermittence que connaît aujourd’hui une grande partie du salariat français ! Et leur importance est grande dans l’économie française, je ne rappellerais pas la grève du festival d’Avignon et les angoisses éprouvées par la maire de cette ville. Et il en va ainsi partout, l’existence de pôles culturels est indispensable dans les économies locales et que serait Paris sans les cinés, les musées, les théâtres. Tout le monde sait l’importance de la pratique culturelle dans l’éducation nationale, mais toutes ces filières sont traitées avec un mépris certain. Bon voilà, je m’emballe et on ne m’a pas demandé d’écrire un tract !

« Moscou, Moscou, nous irons à Moscou », disait Irina dans Les Trois Sœurs, de Tchekov, où tout lui semblait possible. Quand je pense à la campagne électorale, cette réplique me vient immédiatement à l’esprit, mais surtout j’aimerais tant qu’au soir du deuxième tour, je n’ai pas à penser au dénouement de la pièce d’Anton Tchekov.

 

Ariane Ascaride. Comédienne née à Marseille, participant depuis plus de trente ans à une aventure cinématographique rare et unique menée par Robert Guédiguian, mais acceptant néanmoins de travailler avec d’autres cinéastes. 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s