Rapport Besson sur l’énergie en 2050 : le déni de réalité continue

Deux misérables phrases, et c’est tout ! Comment un rapport de deux cents pages, intitulé « énergies 2050 » et portant le sceau de la République française, peut-il évacuer aussi lestement la question cruciale de l’avenir de la production pétrolière mondiale ?

Et si  » le rapport commandé par Eric Besson n’avait qu’une seule fonction, politique : défendre le nucléaire ?».

Oil man Blog Le Monde 23 février 2012

Rappel : parmi le nombre effarant de sources de premier ordre qui brandissent la menace d’un déclin prochain de la production mondiale de pétrole, figure la banque globale HSBC (repère notoire de décroissants fumeurs de chanvre bio), qui annonce qu’« il ne reste plus qu’une cinquantaine d’années de pétrole ».

Et voici ce que nous disent Claude Mandil et Jacques Percebois, les auteurs du rapport remis à la mi-février au ministre de l’économie, Eric Besson :

« Si les réserves mondiales d’énergies fossiles apparaissent abondantes au regard des besoins futurs, les conditions de leur accès sont de plus en plus difficiles : les investissements en infrastructures nécessaires pour l’utilisation des ressources sont massifs et le contexte géopolitique est par nature incertain. La contrainte climatique devrait par ailleurs apparaître plus tôt que la contrainte géologique. »

Voilà, voilà… Ne cherchez pas d’approfondissements, il n’y en a pas. Les réserves sont « abondantes », mais leur accès est « de plus en plus difficile » : très bien, cela va-t-il s’aggraver, et jusqu’à quel point ? Bin… « La contrainte climatique devrait par ailleurs apparaître plus tôt que la contrainte géologique » ? C’est-à-dire ? Peut-on avoir quelque détail sur cette assertion étrange, portant sur un enjeu séculaire central ? Bien sûr que non.

Ah si, pardon ! Un peu plus loin figure tout de même une précision : les auteurs du rapport, citant la compagnie BP, indiquent : « Les réserves prouvées de pétrole s’établissent à fin 2010 à plus de 40 ans de production actuelle, et ce ratio est assez stable depuis plus de 20 ans. » L’analyse (si l’on ose dire) s’arrêtant là, il faut supposer que le fait que le ratio entre réserves et production de brut ait été stable depuis vingt ans implique nécessairement qu’il le restera encore pour les vingt ou quarante prochaines années…

Lacunaire pensée magique. Depuis le début des années 80, l’humanité consomme chaque année plus de pétrole qu’elle n’en découvre, et le fossé ne cesse se creuser [voir graphe ci-dessous]. Selon le pdg de la compagnie Shell, rien que pour compenser le déclin des champs existants, il faudrait trouver d’ici dix ans l’équivalent de quatre nouvelles Arabies Saoudites, avec du pétrole toujours plus difficile d’accès, et des substituts dont on voit mal à voir comment ils pourraient être fabriqués en quantité suffisante.

[ Source : Exxon – prospective par l’Association for the Study of Peak oil (ASPO) ]

Mais rien de tout ça ne semble bouleverser les auteurs d’un rapport censé éclairer la nation sur les périls réels.

Claude Mandil, 70 ans, membre du conseil d’administration du groupe Total, n’a jamais cru au pic pétrolier ; en tout cas, cet ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) élude la question avec constance. Dans le rapport que lui a commandé Eric Besson, Claude Mandil se fie sans critique (et sans surprise) aux analyses soumises par l’AIE, dont on a pu montrer ici à quel point elles étaient jésuitiques ettrompeuses.

M. Mandil a-t-il seulement noté qu’un ancien expert de premier plan de l’AIE, Olivier Rech, se montre désormais radicalement pessimiste, maintenant qu’il ne travaille plus pour l’Agence ?

L’ingénieur-conseil Jean-Marc Jancovici, pourtant consulté, n’a pas pu faire valoir son point de vue sur la question, alors que depuis dix ans, il fait partie des experts français qui pointent la menace d’un imminent sevrage forcé de l’économie mondiale, faute de réserves suffisantes d’hydrocarbures. Contacté, il dit « ne pas comprendre », et évoque une « grave lacune ».

Si la République française s’enfonce dans le déni, elle n’y est certes pas seule. En 2010, l’hebdomadaire The Observer racontait comment les hauts fonctionnaires britanniques se montrent en interne très inquiets de la déplétion des réserves de brut, tout en refusant de crier publiquement au loup.

La peur du syndrome de Cassandre, encore et toujours. Tragiquement logique.

Evidemment, il ne faut pas perdre de vue que, comme le rappelle un haut fonctionnaire français dans son bureau de l’Arche de la Défense, « le rapport commandé par Eric Besson n’avait qu’une seule fonction, politique : défendre le nucléaire ».

De Greenpeace au Front National, tout ce qu’on entend à propos de l’énergie dans la campagne présidentielle n’a d’ailleurs trait qu’au nucléaire. Nous continuons à nous préoccuper du troisième étage de la fusée « Modernité », en omettant consciencieusement le sort promis au premier étage.

Objectif subsidiaire du rapport commandé par Eric Besson : défendre, mollement, les gaz de schistes « à la française » pour l’heure bannis par le Parlement. Car il n’y a pas que le problème de l’avenir du pétrole : l’Union européenne a vu disparaître un quart de sa production de gaz naturel en dix ans, et Gazprom va payer au Kremlin de plus gros canons.

Le rapport indique :

« Le problème de notre balance commerciale (…) justifie que l’on porte une attention particulière (…) aux énergies dont la production comporte une valeur ajoutée nationale importante, (…) notamment, (…) faut-il le dire, (les) hydrocarbures conventionnels ou non, dont les réserves, si elles étaient prouvées et exploitables avec un total respect de l’environnement, apporteraient un soulagement significatif au déséquilibre des comptes extérieurs. »

Que tout cela est dit avec précaution…

A quoi sert ce rapport ? A rien. Que restera-t-il de la stratégie énergétique dessinée par l’administration Sarkozy ? Pas grand-chose, à part un pataquès, une faillite prévisible, et oui, une guerre, peut-être.

http://petrole.blog.lemonde.fr/2012/02/23/rapport-besson-sur-lenergie-en-2050-le-deni-de-realite-continue/

Une réflexion sur “Rapport Besson sur l’énergie en 2050 : le déni de réalité continue

  1. Une étude plus sérieuse et qui contredit aussi la propagande des patrons de l’électricité nucléaire :
    http://energeia.voila.net/solaire/prix_moyen.htm

    C’est une étude sur le coût de l’électricité photovoltaïque en 2012, en 2020 et en 2030.

    On s’aperçoit que l’électricité solaire sera à moyen terme moins chère que celle du nucléaire EPR (pas en service avant début 2017) et ensuite le moyen le plus économique de produire l’électricité.

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