Un an après l’accident de Fukushima, Eva Joly compare le nucléaire à la roulette russe

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La détermination d’Eva Joly à sortir du nucléaire ne faiblit pas.

La candidate d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) a dressé tout à l’heure le bilan de l’accident nucléaire de Fukushima (Japon), qui justifie selon elle de renoncer définitivement à l’atome. par Guillaume Duhamel, Zegreenweb Lundi 5 mars 2012

François Hollande entend poursuivre le chantier du réacteur EPR de Flamanville (Manche) et semble avoir lâché du lest au lobby de l’atome ces dernières semaines, réitérant tout juste sa volonté de fermer la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) – et aucune autre – d’ici 2017. Dans ces conditions, disons-le tout net, l’accord qu’ont scellé le Parti socialiste et Europe Écologie-Les Verts (EELV) s’apparente à un peu glorieux échange de bons procédés politiques. Car de leur côté, les écologistes gardent le cap, et ils en sont persuadés : la France peut et doit sortir du nucléaire d’ici vingt ans.

Eva Joly a réaffirmé cet engagement caractéristique du parti tout à l’heure, à l’occasion d’une conférence de presse donnée au siège d’EELV (Xe arrondissement de Paris) pour le premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima, dont les enseignements ont été interprétés différemment selon les partis, en présence de sa porte-parole de campagne, l’eurodéputée EELV Michèle Rivasi, et d’Eisaku Sato, ancien gouverneur de la préfecture de Fukushima. Toujours malmenée dans les sondages, la dame aux lunettes rouges, qui s’était rendue sur place en fin d’année dernière, a ainsi en quelque sorte « riposté » au récent déplacement du ministre de l’Énergie Éric Besson, venu aux dires des écologistes dans le seul but de vanter le modèle atomique français auprès du pays du soleil levant, au sein duquel le nucléaire ne représente plus aujourd’hui que 2 % de la production nationale d’électricité. Désireuse de suivre l’exemple allemand, elle souhaite par dessus tout que « la France ne se retrouve jamais dans la situation du Japon, contraint de se passer de l’énergie nucléaire en quelques semaines ». Et de rappeler les accidents de Three Mile Island (États-Unis), Tchernobyl (Ukraine) et Fukushima, lesquels ont ébranlé le mythe de la sécurité, ainsi que la très inquiétante estimation de Bernard Laponche et Benjamin Dessus formulée dans leur ouvrage En finir avec le nucléaire. Pourquoi et comment, selon lesquels la probabilité d’une catastrophe atomique en France (NDLR : pays où la concentration de réacteurs nucléaires est la plus élevée au monde) est de l’ordre d’une sur six tous les dix ans.

« Il y a six balles dans le barillet, et tous les dix ans, vous appuyez sur la détente »

« C’est l’image du revolver. Il y a six balles dans le barillet, et tous les dix ans, vous appuyez sur la détente », a commenté l’ancienne magistrate, laquelle a également repris à son compte l’évaluation financière des deux experts précités de l’accident de Fukushima, qui aurait coûté mille milliards d’euros, « c’est-à-dire la moitié de notre PIB ». Maintenir le nucléaire signifie, entre autres, « prendre le risque de voir une partie du territoire national gelée, inhabitable pour des dizaines de milliers d’années », estime en outre Mme Joly, qui assure qu’« aujourd’hui, ce qui n’est plus propice à la production à cause de l’accident de Fukushima correspond à trois fois la taille de la Corse, sans parler des morts et des maladies générées »« C’est un risque inutile car nous savons faire autrement, et ne pas faire autrement est impardonnable », a-t-elle conclu.

Des propos qu’aurait aussi bien pu prononcer Mme Rivasi, fondatrice de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la RADioactivité) dans le sillage de l’accident de Tchernobyl et spécialiste des questions énergétiques.« Que ce soit aux États-Unis, à Tchernobyl ou à Fukushima, c’est la même désinformation : nous n’avons pas accès à l’information […] Jusqu’au 20 mars, nous n’avions aucune donnée sur la quantité d’iode radioactif et de césium radioactif en becquerels par mètre cube au niveau de l’atmosphère », a-t-elle rapporté à la suite de l’intervention de la candidate écologiste, regrettant également le déficit de moyens de surveillance et de détection au niveau de la centrale. « Le nucléaire ne veut pas intégrer la technologie, la modélisation et la prise en compte de la population. La radioactivité, c’est l’ennemi invisible […] Par ailleurs, les centrales fuient encore ! Il y a encore beaucoup de césium qui sort des centrales, ce qui fait qu’à la décontamination succède une recontamination […] Enfin, j’ai été surprise de voir que l’Europe se borne à une surveillance alors qu’aux États-Unis, en Chine, en Inde ou en Corée du Sud, les pouvoirs publics ont interdit toute importation de produits en provenance du Japon », a poursuivi la parlementaire.

« Le lobby nucléaire a fonctionné comme un tank écrasant le peuple »

Gouverneur de la préfecture de Fukushima entre 1988 et 2006, M. Sato était également là pour fustiger l’irresponsabilité des pouvoirs publics, mais aussi de troublantes connivences entre l’appareil politique et l’appareil nucléaire. L’équivalent japonais de l’ASN, la NISA, ne dépend-elle pas, il est vrai, du ministère de l’Économie ? « Les voleurs et les pompiers travaillent ensemble », a résumé l’ancien gouverneur, qui a été mis en examen puis condamné (et de fait contraint d’abandonner son poste) après qu’un journaliste pro-nucléaire ait révélé une affaire de corruption dans l’entreprise dirigée par son frère, et selon lequel, au Japon, jusqu’à l’accident de Fukushima, « le lobby nucléaire a fonctionné comme un tank écrasant le peuple ».

L’information, elle, demeurerait étroitement sous contrôle. Docteur en Ingénierie, professeur des universités et ancien concepteur de réacteurs nucléaires Toshiba,Masashi Goto a tout de même relaté que dans la zone de confinement, c’est-à-dire dans un périmètre de vingt à trente kilomètres de la centrale accidentée, les personnes âgées ou à mobilité réduite ont grandement souffert de la fermeture des hôpitaux et de nombreux services sociaux. Pas mieux lotis, les enfants qui n’ont pu jouer dehors seraient quant à eux confrontés à un stress anormal, et d’une façon générale les populations concernées douteraient fortement de la véracité des allégations gouvernementales.

Un scepticisme d’autant plus compréhensible que M. Sato assure n’avoir jamais été pris au sérieux lorsqu’il a cherché à avertir les pouvoirs publics quant à la menace que constituait la centrale de Fukushima. Au début des années 2000, à la suite d’une dénonciation en interne, des têtes sont tombées chez TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany), jadis électricien tout-puissant, mais depuis un an sous perfusion, en raison de dissimulations et de falsifications à répétition. L’accident de Fukushima est un terrible retour de bâton. Le boomerang Dame Nature est venu frapper l’opérateur de plein fouet, provoquant un désastre nucléaire, humain, mais aussi sanitaire et environnemental sans précédent depuis un quart de siècle. Comme à Tchernobyl, l’atome s’est mué en monstre, répandant la mort, le silence et un doute qui courra pendant de longues décennies.

Dans quelques jours, la communauté internationale commémorera le premier anniversaire du drame nippon. Comme après Tchernobyl, il y a cela de terrifiant qu’il n’a pas réussi à éloigner le spectre de la manipulation.

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