Mizuho Fukushima: «Il faut enterrer le nucléaire»

La catastrophe nucléaire de Fukushima a secoué le monde entier. Pourtant, depuis des années, la chef du Parti social-démocrate japonais, Mizuho Fukushima, avait mis son pays en garde contre un tel incident. Lundi, le Japon écoute sa plus célèbre militante antinucléaire. ELISABETH BRAW METRO WORLD NEWS 11 mars 2012 

  Mizuho Fukushima par AGATA NOWICKA/MWN

L’accident de Fukushima a donné raison à Mizuho Fukushima. La chef du Parti social-démocrate japonais qui, ironiquement, partage son patronyme avec celui de la centrale, est le visage le plus connu de la lutte contre le nucléaire au Japon. Depuis trois décennies, elle se bat pour éliminer cette source d’énergie. Un an après la catastrophe de Fukushima, la politicienne guide peu à peu son pays vers la fin du nucléaire.

À cause de l’accident de Fukushima, le gouvernement a décidé de s’éloigner de l’énergie nucléaire. Est-ce que, d’une certaine manière, Fukushima était une bonne chose pour le Japon?
L’accident nucléaire de Fukushima n’aurait jamais dû survenir. Il a causé des dommages irréversibles, et nous ne savons pas quand ça va s’arrêter. Le Japon aurait dû comprendre que ce genre d’accident allait survenir un jour et cesser d’avoir recours au nucléaire avant qu’une telle chose arrive. Je regrette que mon parti n’ait pas eu assez d’influence à ce sujet. Maintenant que l’accident est survenu, le Japon doit cesser les opérations dans toutes ses usines nucléaires. Nous devons aussi nous efforcer de faire la promotion des énergies de substitution.
Comment qualifieriez-vous la réaction des autorités après l’accident?
Je ne crois pas que l’administration a agi avec assez de détermination afin de sauver des vies. C’est le constat qu’on fait quand on voit que des informations cruciales sur la fusion du cœur du réacteur nucléaire n’ont pas été rendues publiques. L’administration mérite de sérieuses réprimandes à ce sujet.
Quelle est la solution de rechange à l’énergie nucléaire?
Si nous abandonnons le nucléaire, le gouvernement prédit que d’autres sources arriveront à satisfaire les besoins actuels des Japonais. Nous devons donc poursuivre le développement de l’énergie éolienne, de la géothermie et de l’énergie solaire. Bien sûr, nous devons aussi encourager la population à réduire sa consommation d’électricité. 
Partout sur la planète, la consommation explose. Faudra-t-il s’habituer à consommer autrement?
Les entreprises qui ont fait fortune grâce à l’électricité ont sans cesse moussé leurs messages publicitaires faisant l’apologie de l’électricité. Dès lors, nous sommes devenus dépendants de l’électricité. C’est plus qu’important que nous revoyions nos modes de vie et que nous adoptions des politiques pour réduire la consommation, par exemple en achetant des électroménagers écoénergétiques. 

Voyez-vous des similitudes entre la bombe atomique de Hiroshima et l’accident nucléaire de Fukushima?
Oui. Dans les deux cas, un groupe important de personnes ont été exposées à des degrés intolérables de radioactivité. Les pathologies liées aux radiations se propagent et pourraient affecter plusieurs générations. C’est une autre similarité. Finalement, dans les deux cas, on comprend que des citoyens sont devenus des victimes des politiques de l’État.

Quelle leçon le Japon a-t-il tirée de l’accident de Fukushima?
C’est devenu évident que les gouvernements, les compagnies énergétiques, les institutions d’enseignement et les médias ont fait la promotion de l’énergie nucléaire pendant des années en cachant les impacts négatifs à la population. Les leaders de ce pays ont caché la vérité à des générations de Japonais et n’ont parlé que des bienfaits du nucléaire. Ils ont faussement assuré à la population, au moyen de vastes campagnes publicitaires, qu’elle n’était pas en danger. Je suis sûre maintenant que les Japonais comprennent que sans l’abandon du nucléaire, le pays n’a pas d’avenir.

À quoi peut-on s’attendre pour la suite des choses?
Quand une catastrophe nucléaire survient, les contrecoups perdurent. Nous ne connaîtrons jamais la réelle ampleur des dommages. Nous ne savons pas combien de temps ça va nous affecter et affecter nos enfants. Maintenant que c’est devenu évident que l’homme ne peut avoir un parfait contrôle sur le nucléaire, il est grand temps de bâtir une société moins dépendante de cette source d’énergie. La bonne nouvelle, c’est que les gens sont conscients qu’il existe des solutions de rechange, et on voit de plus en plus d’initiatives en ce sens. Le Japon est en train de changer.

  • Biographie

Nom. Mizuho Fukushima
Âge. 56 ans
Carrière. D’abord avocate, elle est devenue chef du Parti social-démocrate japonais en 2003. Elle est, depuis des années, une activiste anti-nucléaire dans son pays.
Famille. Son conjoint, Yuichi Kaido, est aussi un militant antinucléaire.
Dans l’actualité. Elle a mis en garde son pays, bien avant l’incident de Fukushima, contre une éventuelle catastrophe nucléaire. Elle a été nommée l’une des 100 grands penseurs de la planète par le magazine Foreign Policy.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s