Inde: le gouvernement perd patience face aux antinucléaires

Le 27 février, un Allemand a été expulsé du territoire indien pour avoir soutenu des villageois mobilisés contre le nucléaire. Ces derniers bloquent toujours le démarrage d’un nouveau réacteur, dans le sud du pays. Et le gouvernement ne sait plus quel prétexte trouver pour sortir de l’impasse, commente avec ironie la presse indienne.05.03.2012. Naïké Desquesnes Courrier international

Manifestation contre l'énergie nucléaire en avril 2011 à Bangalore.© AFPManifestation contre l’énergie nucléaire en avril 2011 à Bangalore.

A Kudankulam, dans l’extrême sud de l’Inde (Etat du Tamil Nadu, dont la capitale est Madras), les villageois ne veulent rien entendre : malgré les nombreuses arrestations et les inculpations pour sédition, ils empêchent depuis août dernier le lancement, initialement prévu en décembre 2011, d’un réacteur nucléaire construit par les Russes. Les paysans et pêcheurs mobilisés craignent les fuites radioactives et l’éloignement de leurs réserves de pêche, sur une côte qui a vécu le tsunami du 26 décembre 2004. Mais le gouvernement, déterminé à démarrer la centrale, tente depuis plusieurs mois – sans grand succès – de mettre un terme aux agitations. Dernière trouvaille en date : l’expulsion d’un militant antinucléaire allemand, soupçonné de financer le mouvement. Après avoir inspecté l’hôtel où il se trouvait et confisqué son ordinateur portable, la police lui a annulé son visa de touriste et l’a escorté jusqu’à l’aéroport. « Bouc émissaire du gouvernement, l’Allemand semble avoir été expulsé pour donner un visage à la ‘main de l’étranger’, supposée financer les manifestations antinucléaires », s’inquiète Tehelka sur son site Internet

« Le programme d’électricité nucléaire connaît des difficultés, car des ONG – dont le siège est, je pense, aux Etats-Unis – ne voient pas d’un bon œil la nécessité pour notre pays d’augmenter sa fourniture en énergie », a ainsi déclaré le Premier ministre d’Inde Manmohan Singh au magazine Science, le 24 février. Il a également accusé les ONG d’utiliser leurs fonds étrangers à des fins qui vont « à l’encontre de l’intérêt général », enfreignant ainsi le Foreign Contributions Regulations Act (qui interdit de détourner des fonds étrangers initialement versés pour des œuvres de charité). Des poursuites judiciaires ont été lancées contre quatre d’entre elles et leurs comptes ont été bloqués. « Accuser les ONG d’être financées par l’étranger est une technique bien connue pour noyer le poisson. Lorsque le Sri Lanka a dû répondre de ses crimes de guerre, il a montré du doigt les ONG ayant demandé à l’ONU d’intervenir. Durant l’état d’urgence en Inde, de 1975 à 1977, la main de l’étranger était également accusée de déstabiliser le gouvernement », remarque le quotidien The Indian Express

« En Inde, nous avons un Premier ministre qui est passionné par tout ce qui vient de l’étranger – des réacteurs non testés [l’EPR français] aux OGM de Monsanto, pourtant boycottés ailleurs. Pour son économie, il ne jure que par les investissements directs étrangers. Mais cela ne l’empêche pas de brandir l’épouvantail de l’étranger quand il s’agit du peuple élevant la voix contre les projets suicidaires du gouvernement », ironise-t-on sur le webzine engagé Countercurrents. Dans le très sérieux quotidien économique The Hindu Business Line, le directeur de Greenpeace India, Samit Aich, rappelle aux lecteurs que « le gouvernement de Manmohan Singh n’a pas ménagé ses efforts pour rassurer la France, les Etats-Unis et la Russie et leur promettre que les manifestations ne retarderont pas l’entrée des entreprises étrangères sur le marché indien de l’atome ». Il précise aussi que Singh a encouragé l’aménagement de la nouvelle loi sur la responsabilité des fournisseurs nucléaires afin qu’ils n’aient qu’une part limitée de responsabilité en cas d’accident. « Et c’est donc la société civile qui est contrôlée par les intérêts étrangers ! » s’exclame Samit Aich. 

Premier visé par les accusations du Premier ministre, S.P. Udayakumar, président d’une ONG à la tête de la mobilisation, a engagé une procédure afin de porter plainte pour diffamation contre le Premier ministre.


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