Iori Mochizuki : Cyberdissident japonais

Iori a fuit son pays suite à la catastrophe de Fukushima. Arrivé depuis trois mois en France et plus particulièrement à Bompas, chez Cécile Monnier, il enquête et dévoile les réalités du danger nucléaire. Rencontre. Par  – le 22 mars 2012 


Iori Mochizuki : Cyberdissident japonais

Témoin vivant d’une catastrophe mondiale, Iori développe dès son plus jeune age un certain esprit critique. Il né, vit puis travaille en tant qu’ingénieur civil dans la ville de Yokohama, deuxième plus grande ville du Japon après Tokyo, à 250 km de Fukushima. Le 11 mars 2011, est un tournant dans sa vie comme pour beaucoup de japonais : le plus grand tremblement de terre de l’histoire du Japon provoque une catastrophe nucléaire. Iori est a son bureau lorsque cela se produit, il regarde une grande chaîne d’information japonaise sur son ordinateur : la NHK. « Un flash spécial a eu lieu, le journaliste était complètement paniqué… il n’était même pas sûr de ce qui se passait exactement, la seul chose dont tout le monde était certain c’est que c’était grave. » La chaîne normalement payante, rend le flash spécial accessible à tous. « C’est après cette catastrophe que j’ai décidé de fuir le Japon, mais ce n’était pas si simple. Je n’avais pas d’argent, pas d’endroit où aller. J’ai donc commencé à préparer mon départ, il m’a fallut neuf mois pour y arriver. »

Engagement citoyen

En attendant, Iori ne reste pas inactif, il sait que les choses sont graves, il sait aussi que tout n’est pas dit, et que beaucoup de faits sont minimisés. Dès le mois de juin, il commence à enquêter au travers d’internet et des deux principaux réseaux sociaux… Il diffuse des articles sur différents sites tout d’abord, qui, curieusement, rencontrent de nombreux problèmes de serveurs et d’hébergements. Vient ensuite la création de son propre blog « Fukushima Diary », où il publie des billets quotidiens d’informations et des billets d’humeurs. Lui n’est pas allé à Fukushima « c’est trop dangereux, mais des amis à moi y sont allés, les répercutions sur leur santé ont été immédiates. » Iori, à 250 km au sud de Fukushima, présente déjà des symptômes importants « le jour des faits, le vent soufflait dans le sens nord-sud, les fuites de la centrales venaient donc vers nous. J’ai souffert de diarrhée importante, de fièvre en continue, de toux tout cela m’empêchaient de dormir. Lorsque je suis allé à Tokyo, qui est un peu plus proche de Fukushima tous mes maux ont été amplifiés. Cela a duré tout le temps de ma présence au Japon.»

La fuite

Le 16 décembre 2011, il arrive enfin à quitter le Japon. Pour la première fois de sa vie il sort de son pays, prend l’avion, en change à Moscou pour atterrir enfin à Vienne, en Autriche. Là, il saute dans le train, avant d’arriver à Bompas, le 18 décembre, chez Cécile Monnier et sa famille. « Dès que j’ai quitté le Japon, tous mes symptômes ont disparus. » Fils unique, Iori a laisser derrière lui sa famille, ses amis et son travail. Il est désormais blogueur, hébergé gratuitement, son seul revenu financier provient pour le moment des dons que ses lecteurs lui font, il ne sait pas de quoi son avenir sera fait. « Je ne retournerais pas au Japon. Mes parents et mes amis y sont restés, c’est dur pour eux, ils sont de plus en plus malades. Mon père ne peut même plus tenir un stylo tellement ses articulations le font souffrir, les animaux aussi présentent de nombreux symptômes. »

« Battez-vous »

Iori a fait parti des personnes du département qui ont rejoint la chaîne humaine à l’occasion des un an de Fukushima, le 11 mars dernier. Dans le bus il a pris la parole « le nucléaire doit être stoppé au plus tôt, Battez vous, il est encore temps, vous avez encore la chance d’arrêter ça. Là bas c’est de pire en pire, c’est comme regarder les gens mourir sans pouvoir rien faire. » Pourtant, Iori fait, il continue à informer sur la situation au Japon « là bas la plupart des japonais veulent croire au gouvernement. Ils manquent d’ouverture d’esprit. Encore dans les grandes villes il y a le mélange des cultures mais ailleurs rare sont ceux qui ont déjà croisé d’autres personnes que des japonais, en plus ils sont très conservateurs. Ils ne connaissent les « blancs » qu’au travers des films. C’est donc très difficile pour eux de partir, en fait la plupart ne l’imaginent même pas. Et même ceux qu’ils le veulent, doivent réussir à dépasser les contraintes de langues, de finances, de lieu de destination… Non , ce n’est vraiment pas évident de quitter le Japon. Moi, je me suis vite habitué à la culture française, c’est pas difficile c’est juste différent, au Japon tout est très strict ici c’est plus cool. »

Son visa arrive à expiration, il va donc quitter Cécile et sa famille afin de rejoindre d’autres propositions d’hébergement en Autriche notamment.

Cécile Monnier « ce qui c’est passé au Japon est une leçon pour nous »

Cécile, rédactrice web et habitante de Bompas, est une des nombreuses personnes que la catastrophe de Fukushima éveille au problème du nucléaire « je trouvais la situation dramatique, je me sentais concernée et révoltée par le silence autour de tout ça » . Dans un premier temps, elle cherche à s’informer « l’information était – est toujours – très difficile à trouver, il faut chercher loin pour y parvenir ». Puis elle décide d’aider très concrètement les japonais au travers de ses actions « j’ai commencé à faire ce que je pouvais, des pétitions, des articles. Finalement, j’ai pensé que le mieux était d’aider les japonais à faire ce qu’ils voulaient, notamment partir. » C’est ainsi qu’elle s’inscrit sur un site Japonais « hahako » qui permet de proposer des endroits sûr aux japonais voulant quitter leur pays « en un jour j’ai reçu une dizaine de messages, beaucoup de mamans, mais souvent les maris ne voulaient pas partir, et les enfants ne pouvaient pas partir seul. Depuis la catastrophe, il y a pas mal de séparations, les hommes sont plus obéissants, ils écoutent le gouvernement, les femmes elles sont plus inquiètes, surtout par rapport à leurs enfants. » Cécile reste en contact pendant un moment avec ces femmes, par mail, les échanges cessent du jour au lendemain, car pourquoi continuer d’espérer si rien n’est possible ?

« Amis » virtuels

Iori est alors une de ses sources d’informations, ils deviennent « ami » sur un réseau social, ils font connaissance , « internet est un petit monde pour ceux qui veulent la même chose » et elle lui propose de le recevoir chez elle. Le 18 décembre, il arrive à Bompas, depuis il partage la vie de Cécile et de sa famille. Cécile n’aide pas que lui, elle assiste une jeune mère japonaise pour obtenir un visa d’un an renouvelable. Cette dernière a donc pu quitter le japon, avec son enfant et a rejoint la Savoie, son mari est resté au Japon pour subvenir au besoin de sa famille « elle a de la chance d’être soutenu par lui, ce n’est pas évident ». Cinq autres familles ont quitté le Japon grâce à Cécile et sont actuellement hébergées en Allemagne, deux autres dossiers sont en cours. Cécile continue donc à s’impliquer. Elle participe à la mise un place d’un groupe sur un réseau social afin collecter du riz pour les personnes qui ont tout perdu lors du séisme.

Au delà des actions concrètes, Cécile bout au fond d’elle « je suis révoltée par le gouvernement français, rien n’est fait pour nos compatriotes qui vivent là bas. Ils ont le « choix » entre rester, et risquer leur santé, ou partir, et tout perdre. Il y a le cas d’une femme, professeur français à l’université de Tokyo proche de la retraite, si elle part, elle perd tout ce qu’elle a cotisé jusqu’à présent ».

 

Site de Iori www.fukushima-diary.com

Pour héberger un japonais :

Site en japonais avec formulaire en anglais : http://hinanshien.blog.shinobi.jp/

Groupe français à contacter par mail : hebergements_Japon_2011@yahoogroupes.fr

Pour la collecte de riz :https://www.facebook.com/pages/Les-amis-de-M-Odome/281474631883236

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