Les familles dans l’ère post Fukushima

Iori Mochizuki parle des difficultés des japonais, étranglés entre leur mode de vie social et les dangers consécutifs à la catastrophe (traduction partagée avec Jeep, du blog aweb2u, un site qui se centre sur les problèmes humains au Japon ou à Tchernobyl); Par Iori avec le concous d’Hélios.


J’aimerais commencer par la définition des termes.

Moi: Je suis émotionnellement neutre. Je ne vise à critiquer personne, sauf Tepco et le gouvernement japonais.

Le Japonais: personne vivant au Japon, indépendamment de son type d’ADN.

Les survivants sont sous pression.

Le style de vie social japonais fait qu’ils sont en train de se tuer.

Femme (ou mari) emprisonnée et enfants.

Dans une famille où le mari travaille dans une entreprise et que la femme reste au foyer pour s’occuper des enfants, de plus en plus d’épouses et d’enfants se sentent comme emprisonnés.

Dans ces familles typiques, ce sont les maris qui ont le plus souvent le contrôle sur les finances. Cependant, du fait qu’ils passent presque toute la journée au travail, il ont tendance à avoir un esprit collectif. Surtout quand ils travaillent pour une société japonaise typique, ils ne sont pas autorisés à accorder la priorité aux questions de santé, de vie privée, ou même de famille. Même lorsque l’entreprise ne fait aucun bénéfice, les travailleurs japonais sont tenus de tout consacrer au travail. Après le 311, une grande partie des travailleurs des entreprises a été forcée de s’exposer pour se rendre au travail.

Dans cette culture, « être la cause d’un trouble pour les autres » est considéré comme le pire tabou. Même s’ils ont 39 de fièvre ou un enfant malade, ce qui cause un quelconque souci à l’entreprise, il ne va pas de soi de passer un appel téléphonique au malade ou d’arriver au travail après l’envoi de leur enfant à l’hôpital. Pas besoin de préciser que le rayonnement ne fait pas exception. Le rayonnement est toujours considéré comme un problème «imaginaire». Parler de rayonnement c’est comme parler d’OVNIS.

D’un autre côté, les femmes au foyer ont plus de temps. Parce que l’infrastructure Internet est bien développée au Japon, elles peuvent accéder à une information diversifiée.

Depuis le 311, les seules sources pour obtenir des informations correctes sont les sites de réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook ou Mixi. Les choses ont changé le 11/03/2011. Juste après la catastrophe, NHK, TBS, et autres chaînes de télévision ont diffusé leurs programmes d’information sur l’Internet, comme Ustream. Normalement NHK oblige à payer des frais mensuels. Ce fut leur  »bonne action » de fournir les nouvelles à ceux qui n’avaient pas de contrat avec NHK. Sur ces sites tels que Ustream, vous pouvez parler à d’autres spectateurs en utilisant le service de Twitter. Les téléspectateurs ont donc échangé des informations en direct, parallèlement aux rapports de la catastrophe non-stop des médias de masse. Fusion, explosion de l’usine d’uranium appauvri à Chiba, ces informations ont été diffusées sur Twitter pendant plusieurs mois avant d’être rapportées par les médias de masse.

Les épouses à la maison ont appris à recueillir des informations grâce aux connaissances accumulées sur Internet et ont compris qu’elles devaient évacuer pour sauver leurs enfants. Maintenant, ces femmes au foyer japonaises sont les personnes les plus au fait de la physique dans le monde.
Après la dissimulation historique du gouvernement japonais, elles ne font plus confiance aux annonces officielles.

Le gouvernement mesure le rayonnement contenu dans les aliments, mais les données ne sont pas fiables.

Le gouvernement mesure le rayonnement, mais c’est seulement celui du césium, les nucléides bêta comme le strontium ou le tritium, et les nucléides alpha comme le plutonium ou l’uranium sont ignorés.
La limite de sécurité sanitaire des aliments est établie pour protéger les producteurs d’aliments, et non les consommateurs.

Connaissant l’histoire de pollutions passées, ils sont conscients que le gouvernement japonais n’indemnisera pas les victimes.

Les enfants sont contraints de manger à la cantine scolaire, lait ou champignons compris, et la mesure du rayonnement est pleine de défauts.
 

Cependant, quand une femme parle à son mari d’évacuer, le mari devient hystérique. Il décline la proposition de sa femme pour des raisons financières, telles que le travail, l’hypothèque de la maison, le coût de l’éducation etc. Puis la femme lui propose d’évacuer seulement avec les enfants. Le maris refuse encore pour des raisons financières, telles que le coût de la vie une fois séparés. Sans oublier que si elles ont un cancer et sont hospitalisées, cela coûterait plus cher que de vivre séparés. Le fait est que ce n’est qu’un prétexte pour l’homme de refuser l’évacuation.

En essayant de persuader leurs maris, les femmes arrivent à une conclusion. Le mari ne veut pas être séparé de sa femme. Un jugement rapide dirait qu’il ne l’aime pas. S’ils aimaient leurs femmes, ils devraient évacuer dès que possible. C’est de la dépendance. Ces maris dépendent de leurs épouses comme un fils dépend de sa mère. Ceci ressemble à ce qu’on appelle le complexe matriarcal.
Même si la femme parvient à évacuer avec ses enfants, les rôles familiaux sont échangés. La femme joue le rôle de l’homme. Le mari joue le rôle de la (mauvaise) femme, il est, en d’autres mots, possédé par sa propre personnalité féminine intérieure. En cas de divorce, la femme souffrira de la pauvreté et l’enfant sera renvoyé dans la zone contaminée. La situation juridique actuelle du Japon ne donnera pas à la mère évacuée le droit de prendre en charge son enfant. Elle sera plus facilement considérée comme mentalement instable. C’est la façon qu’ont les maris d’exercer financièrement des pressions sur leurs épouses. Après avoir répété cela un certain nombre de fois, le mari trouve parfois une autre femme pour remplacer la sienne et aussi sa mère.

Quand le mari est un « homme au foyer» et que la femme travaille à l’extérieur, c’est le contraire qui se produit.

Jeune génération emprisonnée
Ce n’est pas seulement le mari qui est dépendant. La génération des parents (dans la soixantaine) dépend également de la génération de ses propres enfants (qui ont dans la quarantaine).
La génération des parents attaque celle de ses propres enfants concernant l’évacuation.
Les personnes âgées, en particulier au-dessus de 60 ans, ont été formées à accepter la propagande sans la remettre en cause. Elles ne sont pas familières de l’Internet non plus,elles sont donc isolées en termes d’information. La plupart du temps leurs sources se résume à deux, NHK, et le journal Yomiuri. (Parfois, c’est Asahi ou Sankei etc. Ils sont très semblables.) Elles croient que la situation japonaise est sûre, que Fukushima est terminé.

Elles ne peuvent pas comprendre pourquoi leurs enfants (qui ont 40, 30 ou 20 ans) évacuent. Elles pourraient évacuer aussi mais comme elles pensent en terme de « terre natale », elles considèrent leurs propres enfants comme des  »traîtres ». Elles se sentent même blessées si leurs enfants les laissent en arrière, elles font pression sur eux. Elles essaient d’attaquer verbalement les renégats, en les traitant de paranoïaques ou d’égoïstes. Si c’est une femme qui laisse son mari à Tokyo, comme dans le cas ci-dessus, elles l’appellent femme déloyale. Ne connaissant pas le risque des radiations pour les enfants, elles la qualifient même de mère maltraitante si elle évacue avec son enfant.

La plupart des personnes évacuées n’ont pas confiance dans ce qu’elles font. Elles sont pleines de doute envers elles-mêmes. Ce n’est pas étrange, car le monde est plein de propagande. Elles ont décidé de partir uniquement sur la base de leur intuition et de l’information sur l’Internet. Pour certaines personnes, Internet ressemble toujours à un endroit plein de mensonges et de fraudes. Elles ne peuvent pas être sûres à 100%, de ce qu’elles ont appris à partir d’Internet. Les propos très durs de leurs propres parents vont donc nuire à la génération des enfants et rendre leur vie d’évacués encore plus difficile, sans parler des problèmes financiers.

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