Le nucléaire, une guerre contre l’humanité

«N’attendons pas qu’une catastrophe arrive sur notre territoire, n’attendons pas d’être nous-mêmes des réfugiés du nucléaire pour enfin mesurer toute la dangerosité de cette technologie mortifère.» Par Michèle Rivasi, députée européenne EELV. Médiapart 26 Avril 2012

Voilà une discussion de comptoir que certains ont pu entendre:

– Tiens, à la fin du mois c’est l’anniversaire de Tchernobyl: 26 ans déjà.
– Ah bon? Je croyais que c’était celui de Fukushima…
– Je ne sais plus…c’est vrai qu’on s’y perd dans les dates!

Si nous continuons notre fuite en avant nucléaire, nous aurons bientôt une catastrophe nucléaire à célébrer chaque mois de l’année. Les bougies de l’ironie seront-elles assez nombreuses pour le gâteau de l’infamie?

Vingt-six ans après la catastrophe de Tchernobyl, survenue le 26 avril 1986, les conséquences sanitaires se font toujours ressentir sur place et la sécurisation du site n’est nullement achevée.

En effet, le premier sarcophage, construit dans l’urgence, n’est pas étanche à l’humidité: on estime à 100 m2 la surface des interstices ouverts dans sa structure de béton et d’acier. Ce sarcophage a par ailleurs montré des signes de fragilité, laissant planer un doute mortel sur les quatre tonnes de poussières radioactives encore présente sur le site.

C’est pourquoi l’an dernier, la conférence des donateurs pour Tchernobyl s’est engagée sur un financement à hauteur de 550 millions d’euros pour construire une nouvelle enceinte de protection… alors que le programme complet des travaux est évalué à 1 540 millions d’euros, dont 990 millions d’euros pour le seul sarcophage. Des chiffres astronomiques qui n’ont pourtant toujours pas permis la récupération du cœur radioactif, sa prise en charge et son conditionnement posant encore des problèmes techniques et de financement.

Alors que des millions sont engloutis dans une sécurisation qui ne durera qu’un siècle selon les experts en charge du projet, les populations ne touchent pas un kopek et sont laissées dans le plus grand dénuement. Entre six et sept millions de personnes vivent encore dans les 150 000 km2 de territoires contaminés au césium en Ukraine, en Biélorussie et en Russie.

Rien qu’en Ukraine 2,4 millions d’Ukrainiens (dont 428 000 enfants) souffrent de problèmes de santé liés à la catastrophe, selon les chiffres du ministère ukrainien de la santé. Les liquidateurs victimes de l’irradiation lors de l’accident sont éparpillés aux quatre coins de l’ex-URSS, ce qui empêche tout suivi épidémiologique. Pire, aujourd’hui, les enfants nés après la catastrophe sont victimes de la contamination par l’ingestion d’aliments cultivés en territoires contaminés. Le Japon est en passe de faire les frais d’un tel scénario, même si la traçabilité des victimes devrait être plus facile et donc leur prise en charge améliorée…

Ce qui se passe à Tchernobyl et au Japon nous concerne tous. Si l’URSS n’avait pas sacrifié la vie des centaines de milliers de liquidateurs, une grande partie de l’Europe aurait pu devenir inhabitable. Aujourd’hui, le Japon doit rester une source de préoccupation puisque la catastrophe est loin d’être circonscrite et ravive les craintes à chaque nouveau séisme.

Des milliers de barres de combustible irradié sont encore présentes au sein des différents réacteurs et piscines de refroidissement de la centrale de Fukushima. En cas de tsunami ou de tremblement de terre, les enceintes de confinement endommagées risquent de céder et de libérer des quantités de radionucléides bien plus importantes que la catastrophe initiale ne l’a déjà fait.

Ce serait un véritable cataclysme écologique et humain car une partie de ces barres contiennent du MOX (dans le réacteur 3 assurément), un mélange d’uranium appauvri et de plutonium retraité dont l’inhalation de quelques milligrammes suffit à provoquer un décès. Rappelons au passage que le plutonium est le fruit mortifère de la création humaine, puisqu’il n’existait pas à la surface du globe avant les premiers essais nucléaires et leurs retombées radioactives. Aussi, n’oublions pas que le MOX est la fierté mondiale du groupe français Areva –seule entreprise à produire ce type de combustible– qui nous vaut le doux sobriquet de shi no shônin (marchands de mort) au Japon.

Selon les estimations, environ 1 500 barres de combustible se trouveraient dans le réacteur 4 (le plus affaibli des bâtiments) et environ 10 000 sur l’ensemble du site de Fukushima Daiichi. Si le réacteur 4 s’effondre, la radioactivité ambiante sera telle que plus aucune intervention ne sera possible sur le site et nous n’aurons plus qu’à croiser les doigts pour éviter une catastrophe dont l’étendue est inimaginable. Vous pouvez d’ailleurs croiser les doigts une petite dizaine d’années, puisque c’est le temps jugé nécessaire par Tepco pour retirer le combustible usé des piscines de désactivation. Ce retrait ne commencera pas avant deux ans, du fait d’une radioactivité encore trop importante. L’extraction du combustible fondu dans les réacteurs 1 à 3 commencera d’ici dix ans et durera au moins deux décennies. Je vois difficilement comment l’on peut relativiser de tels risques quand on connaît l’activité sismique aussi intense que régulière du Japon.

Face à la difficile réalité que nous imposent ces faits –et avant de lancer aveuglément une nouvelle génération de centrales ou de rallonger la durée de vie de nos centrales existantes– il est temps de réfléchir à l’avenir énergétique de notre pays comme à celui de l’ensemble du globe. N’attendons pas qu’une catastrophe arrive sur notre territoire, n’attendons pas d’être nous-mêmes des réfugiés du nucléaire pour enfin mesurer toute la dangerosité de cette technologie mortifère.

La demi-vie de notre crainte humaine ne doit plus laisser place à la demi-vie de notre résignation technologique. La renaissance du nucléaire semblait enfin avorter, soyons sûr qu’il ne ressurgisse jamais: plutôt que vivre à moitié l’illusion nucléaire, vivons pleinement la transition énergétique!


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