M. Hollande, nucléaire toujours

Depuis le général de Gaulle, tous les présidents de la République ont endossé l’habit de défenseur inconditionnel de la filière nucléaire civile, comme si ce choix était le prolongement à la fois logique et obligé de la détention de la force de frappe. Les deux assurent, chacun à leur façon, puissance, prestige et indépendance à la France. LE MONDE ECONOMI14.05.2012

François Mitterrand s’était inscrit dans une filiation gaullo-pompidolienne que Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy n’ont pas reniée. François Hollande marquera une inflexion, peut-être un tournant sous la Ve République : en annonçant le début d’une « transition énergétique », il ne fait plus de l’atome l’alpha et l’oméga de la politique de l’énergie ; mais l’électricité d’origine nucléaire restera largement dominante durant son mandat.

LES TROIS QUARTS DE LA PRODUCTION FRANÇAISE D’ÉLECTRICITÉ

Le nucléaire, qui assure les trois quarts de la production française d’électricité, reste compétitif en dépit des importants surcoûts de la modernisation et de la sécurisation des centrales imposées par leur âge et la catastrophe de Fukushima.

Et le monde vit un troisième choc pétrolier. L’envolée des prix des hydrocarbures – celle de l’électricité demain – va inciter le nouveau président à la prudence. Son objectif est certes ambitieux : ramener sa part du nucléaire 74 % à 50 % en 2025, ce qui se traduira par la fermeture d’une vingtaine des 58 réacteurs d’EDF.

Mais son engagement de mandature l’est beaucoup moins : la fermeture de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus ancienne des 19 centrales d’EDF. Une perte de production qui sera même compensée par la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche). Autant dire qu’en 2017 la capacité nucléaire de la France sera pratiquement identique à celle de 2012 !

Il est peu probable que l’entrée au gouvernement de ministres venus d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) change la donne. Sans attendre le score médiocre (2,3% des voix) de leur candidate, Eva Joly, M. Hollande avait été très clair sur la poursuite du chantier du réacteur de troisième génération de Flamanville. Il n’est pas question, à ses yeux, de tirer un trait sur les avancées technologiques qu’il représente.

Les écologistes ont juste obtenu la mort du projet d’EPR de Penly (Seine-Maritime), que les dirigeants d’EDF eux-mêmes ne jugent pas indispensable. Et Cécile Duflot, patronne d’EELV, qui avait fait de l’arrêt du programme EPR la condition sine qua non d’un accord de gouvernement, a dû battre en retraite.

M. Hollande a donc les coudées franches pour aborder le sujet, à son rythme et suivant sa méthode. Le mandat « énergétique » du nouveau chef de l’Etat s’ouvrira par une large concertation. Volontairement exclu du Grenelle de l’environnement par Nicolas Sarkozy en 2007, le nucléaire fera partie des thèmes du débat national lancé à l’automne, qui doit déboucher sur une loi au printemps 2013. Après la catastrophe de Fukushima, l’opinion, inquiète et indécise, est ouverte au débat sur l’atome civil.

PROMOUVOIR LES RENOUVELABLES

En réduire la voilure suppose néanmoins de jouer sur deux autres tableaux : améliorer l’efficacité énergétique pour consommer moins et promouvoir les renouvelables (éolien, solaire, biomasse…). A moins de recourir davantage aux énergies fossiles, ce qui contredirait l’engagement pris par M. Hollande de respecter les objectifs de baisse des émissions de gaz à effet de serre.

Cette « transition énergétique » implique donc d’importants investissements dans un contexte de crise des finances publiques et de baisse du pouvoir d’achat. Or qui la payera, sinon le contribuable ou le consommateur ? Le candidat n’en a jamais précisé le financement – notamment celui de l’amélioration de l’isolation thermique de 5 millions de logements sur le quinquennat.

M. Hollande poursuivra dans la voie de son prédécesseur, qui a jeté les bases d’une filière industrielle de l’éolien maritime à la fin de son mandat en attribuant quatre parcs offshore équipés de turbines fabriquées en France par Alstom et Areva.

Il devrait également « réinstaurer un cadre réglementaire stable, visible et incitatif » pour ces énergies, mais sans « grever les finances de l’Etat », affirme Marie-Hélène Aubert, chargée du pôle environnement-énergie-développement durable dans l’équipe de campagne de M. Hollande. Mais il est impossible de remplacer la production nucléaire par des sources d’énergie renouvelable par nature intermittentes et encore peu compétitives.

Enfin, la promotion de l’industrie nucléaire à l’étranger a besoin de sa « vitrine » historique, la France. En Allemagne, c’est bien parce que la chancelière Angela Merkel a décidé de sortir du nucléaire que Siemens y a renoncé pour se renforcer dans les énergies propres, et que les électriciens E.ON et RWE sont désormais si prudents dans leurs investissements. L’enjeu n’est pas le même pour la France, le pays le plus « nucléarisé » du monde, dont la balance commerciale est lourdement déficitaire (70 milliards d’euros en 2011).

« Le monde du nucléaire attend la position de la France, prévient Luc Oursel, président du directoire d’Areva. Notre filière a besoin d’un soutien de l’Etat. »Surtout au moment où les gouvernements américain, russe et coréen – chinois demain – soutiennent leurs propres industriels par tous les moyens. Et parfois les moins orthodoxes au regard des règles de la concurrence internationale.

Jean-Michel Bezat, service Economie

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