La biosphère mondiale à la veille d’une crise  » irréversible « 

Deux études publiées dans la revue  » Nature  » soulignent la rapidité et l’ampleur inédites des bouleversements imposés à la planète par l’homme. A quelques jours de l’ouverture de Rio + 20 sommet mondial consacré au développement durable, la publication de ces deux études largement consensuelles constitue un puissant signal d’alarme. Stephane Foucart Le Monde 8 juin 2012 

Voici une première mauvaise nouvelle : la biosphère terrestre est à la veille d’une  » bascule abrupte et irréversible «  du fait de l’ampleur des pressions exercées par l’homme sur la planète. En voici une seconde : les écosystèmes qui composent cette biosphère représentent, localement, des bénéfices irremplaçables pour les économies et les sociétés humaines.

C’est, en substance, l’inquiétante leçon à retenir de la publication, jeudi 7 juin, dans les colonnes de la revue Nature, de deux vastes synthèses des connaissances accumulées depuis deux décennies. La première de ces deux études traite de l’importance de la biodiversité dans le fonctionnement et les services rendus par la nature ; la seconde porte un diagnostic sur l’état de santé de celle-ci, à l’échelle mondiale.

Conduite par Anthony Barnosky, chercheur au département de biologie intégrative de l’université de Californie à Berkeley (Etats-Unis), cette dernière est cosignée par une vingtaine de chercheurs issus de plusieurs disciplines, appartenant à une quinzaine d’institutions scientifiques internationales. Elle pointe l’imminence – c’est-à-dire, aux échelles de temps planétaires, d’ici à  » quelques générations «  – d’une transition brutale vers un état de la biosphère terrestre inconnu d’Homo sapiens depuis l’émergence de l’espèce, voilà quelque 200 000 ans.

Sept transitions

Pour poser ce diagnostic, les auteurs ont analysé l’ensemble des travaux décrivant les bouleversements biologiques et géochimiques intervenus lors des grandes crises planétaires. Sept transitions ont ainsi été examinées. La dernière en date, la  » transition glaciaire-interglaciaire « , remonte à 11 000 ans. Elle marque le passage, au cours d’un réchauffement qui s’est étalé sur plusieurs millénaires, de la dernière période glaciaire à l’époque actuelle.

Les autres sont l’explosion cambrienne, il y a 540 millions d’années (Ma), qui a vu une grande diversification des formes de vie, et les cinq grandes extinctions, il y a 443 Ma, 359 Ma, 251 Ma, 200 Ma, puis 65 Ma, dont certaines ont vu l’extinction de plus de 90 % des espèces vivantes.  » Toutes ces grandes transitions ont coïncidé avec des contraintes qui ont modifié à l’échelle mondiale l’atmosphère, l’océan et le climat « , écrivent les auteurs.

C’est précisément ce qui se produit actuellement, ajoutent-ils.  » Il est projeté que, dans le siècle, les climats rencontrés aujourd’hui sur 10 % à 48 % de la superficie de la terre aient disparu et que des conditions climatiques qui n’ont jamais été rencontrées par les organismes actuels règnent sur 12 % à 39 % de la surface de la planète « , soulignent les chercheurs. L’augmentation de la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone (CO2) ne bouleverse pas seulement le climat, mais altère aussi la chimie des océans qui  » deviennent rapidement plus acides « . De plus, les effluents agricoles et urbains, charriés par les fleuves, créent  » une réponse biotique déjà observable près des côtes, dans de vastes « zones mortes » « , où la productivité (sa faculté à produire de la biomasse grâce à l’activité planctonique) de l’océan est nulle ou presque.

Les principales pressions exercées sont  » la croissance de la population humaine et la consommation de ressources attenante « ,  » la transformation et la fragmentation des habitats naturels « , etc. Les auteurs rappellent ainsi que 43 % des écosystèmes terrestres sont aujourd’hui anthropisés, utilisés pour subvenir aux besoins des 7 milliards d’habitants de la Terre. Une règle de trois suggère qu’il faudra faire grimper ce taux à quelque 55 % pour 9 milliards d’humains vers 2050…

Erosion de la biodiversité Mais peut-être en faudra-t-il bien plus. C’est ce que laisse craindre l’étude conduite par Bradley Cardinale (université du Michigan à Ann Arbor, Etats-Unis) et réalisée par dix-sept autres chercheurs internationaux, publiée dans la même édition de Nature. Elle pointe, de son côté, le rôle crucial de la diversité biologique – diversité des espèces et diversité génétique au sein des espèces – dans le fonctionnement des écosystèmes.

 » Nous avons passé en revue environ un millier d’études publiées au cours des vingt dernières années, explique Anne Larigauderie, directrice exécutive de l’association scientifique Diversitas et co-auteur de ces travaux. A grands traits, le large consensus auquel nous parvenons est que la perte de biodiversité endommage la stabilité et le fonctionnement des écosystèmes, réduisant ainsi leur capacité à nous fournir des services auxquels nous sommes habitués. «  L’érosion de la biodiversité réduira la productivité des pêcheries, de l’agriculture, etc. Et nécessitera d’accroître encore l’empreinte écologique de l’humanité.

A quelques jours de l’ouverture de Rio + 20 sommet mondial consacré au développement durable, la publication de ces deux études largement consensuelles constitue un puissant signal d’alarme.

Stéphane Foucart

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