Rio+20: Les chefs d’Etat actent l’échec du Sommet

François Hollande, l’un des rares dirigeants présents, appelle à une relance de la coopération internationale

Parfois, l’histoire semble s’écrire à l’envers. C’était le cas, mercredi 20 juillet, à Rio de Janeiro. En théorie, la journée devait être inaugurale, avec l’ouverture officielle de la Conférence des Nations unies sur le développement durable. En réalité, elle fut surtout consacrée à commenter un bilan, puisque le texte de la déclaration finale avait été approuvé par les négociateurs la veille.
Drôle de journée, donc, au cours de laquelle l’immense parc des expositions de Rio fut le théâtre d’un défilé de dirigeants se succédant à la tribune pour faire des discours d’autant plus ambitieux qu’ils ne les engageaient pas, au fond, à grand-chose, dans la mesure où le texte final était bouclé avant même qu’ils arrivent.
Ban Ki-moon lui-même a donné le ton. Le secrétaire général de l’ONU aurait pu s’en tenir à de belles paroles un peu creuses. Il n’a pas fait ce choix.  » Laissez-moi m’exprimer en toute franchise, a-t-il dit. Nos efforts n’ont pas été à la mesure des défis qui nous attendent. La nature n’attend pas. Elle ne négocie pas avec les humains.  » C’était une façon diplomatique d’acter officiellement la timidité des engagements pris à Rio. Et de laisser toute latitude aux 88 chefs d’Etat et de gouvernement qui avaient fait le déplacement – le Brésil communiquait depuis des semaines sur la présence de 130 – pour disserter à leur gré sur ce thème.
C’est ce qu’a fait François Hollande. Arrivé en milieu de matinée du Mexique, où il venait de passer deux jours pour le sommet du G20, et reparti en début de soirée pour Paris où il devait finaliser la composition de son nouveau gouvernement, le président de la République a pris quatre fois la parole : à midi pour une conférence de presse dans une suite un peu étriquée du Sofitel de Copacabana, où il venait de s’entretenir avec l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ; en milieu d’après-midi, après un déjeuner avec l’actuelle présidente, Dilma Rousseff, lors d’un deuxième point presse tenu avec plus d’une heure et demie de retard devant des journalistes du monde entier à la patience émoussée ; lors d’une brève allocution à la tribune officielle ; et enfin, au pavillon français où la foule des curieux s’était pressée pour assister à sa rencontre avec le chef indien Raoni, dont on comprit qu’elle n’aurait finalement pas lieu quand l’entourage du président fit savoir, d’un air contrit, que Raoni était resté  » coincé dans les embouteillages « .
Lors de chacune de ses interventions, M. Hollande tint exactement le même discours consistant, d’un côté, à se féliciter des  » avancées réelles  » du Sommet et, de l’autre, à en déplorer les  » insuffisances « . Parmi ses satisfactions, le chef de l’Etat a cité la  » feuille de route  » fixant les objectifs du développement durable en 2015, le  » renforcement  » du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’accord sur la  » protection des océans  » – il ignorait sans doute qu’un paragraphe sur la préservation de la haute mer avait été retiré du projet de résolution finale -, le  » débat sur l’économie verte  » et  » l’accent mis sur la pauvreté et le social « .
Au chapitre des regrets, il a cité  » l’incapacité  » des Etats à se mettre d’accord pour créer une agence mondiale spécialisée pour l’environnement et l’absence de  » traduction concrète  » à l’idée d’instaurer des  » financements innovants  » en matière de développement et de défense de l’environnement.
Sur le premier point,  » je ne désespère pas non seulement de mener ce combat, mais de le rendre un jour victorieux et d’installer cette organisation à Nairobi « , siège du PNUE, a-t-il déclaré. Sur le second, il a répété la promesse faite, mardi au Mexique, de mettre en place une taxe sur les transactions financières à l’échelle européenne et d’en affecter les recettes  » pour une grande partie  » au développement et à la défense de l’environnement.
On se demandait, en l’écoutant, si François Hollande ne prenait pas un risque politique en venant personnellement à Rio pour s’associer au bilan – pour le moins décevant – d’une conférence dont il convint lui-même qu’il n’envisageait pas de mettre sa présence à profit pour en amender la déclaration finale. C’est quand il rappela que François Mitterrand s’était rendu dans ces mêmes lieux en 1992, pour le premier sommet de Rio, que l’on comprit la vraie raison de sa venue : prendre date pour l’avenir, en profitant de l’absence de grands dirigeants comme Barack Obama, Angela Merkel ou David Cameron, pour se présenter comme l’un des grands de ce monde les plus préoccupés par l’avenir de la planète.
 » Personne ne peut gagner seul contre les autres la grande bataille de l’environnement. Ou nous la gagnerons ensemble, ou nous la perdrons ensemble « , a lancé M. Hollande. En se mettant ainsi en première ligne, le président de la République sait qu’il joue à quitte ou double sur un thème auquel il ne s’est que récemment converti à l’occasion de la campagne présidentielle. Si les dossiers sur lesquels il s’est personnellement engagé avancent, il fait le pari d’en tirer un bénéfice. S’ils piétinent, il prend le risque d’en payer les pots cassés.
Gilles van Kote et Thomas Wieder d’Etat actent l’échec du Sommet
François Hollande, l’un des rares dirigeants présents, appelle à une relance de la coopération internationale

Parfois, l’histoire semble s’écrire à l’envers. C’était le cas, mercredi 20 juillet, à Rio de Janeiro. En théorie, la journée devait être inaugurale, avec l’ouverture officielle de la Conférence des Nations unies sur le développement durable. En réalité, elle fut surtout consacrée à commenter un bilan, puisque le texte de la déclaration finale avait été approuvé par les négociateurs la veille.
Drôle de journée, donc, au cours de laquelle l’immense parc des expositions de Rio fut le théâtre d’un défilé de dirigeants se succédant à la tribune pour faire des discours d’autant plus ambitieux qu’ils ne les engageaient pas, au fond, à grand-chose, dans la mesure où le texte final était bouclé avant même qu’ils arrivent.
Ban Ki-moon lui-même a donné le ton. Le secrétaire général de l’ONU aurait pu s’en tenir à de belles paroles un peu creuses. Il n’a pas fait ce choix.  » Laissez-moi m’exprimer en toute franchise, a-t-il dit. Nos efforts n’ont pas été à la mesure des défis qui nous attendent. La nature n’attend pas. Elle ne négocie pas avec les humains.  » C’était une façon diplomatique d’acter officiellement la timidité des engagements pris à Rio. Et de laisser toute latitude aux 88 chefs d’Etat et de gouvernement qui avaient fait le déplacement – le Brésil communiquait depuis des semaines sur la présence de 130 – pour disserter à leur gré sur ce thème.
C’est ce qu’a fait François Hollande. Arrivé en milieu de matinée du Mexique, où il venait de passer deux jours pour le sommet du G20, et reparti en début de soirée pour Paris où il devait finaliser la composition de son nouveau gouvernement, le président de la République a pris quatre fois la parole : à midi pour une conférence de presse dans une suite un peu étriquée du Sofitel de Copacabana, où il venait de s’entretenir avec l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ; en milieu d’après-midi, après un déjeuner avec l’actuelle présidente, Dilma Rousseff, lors d’un deuxième point presse tenu avec plus d’une heure et demie de retard devant des journalistes du monde entier à la patience émoussée ; lors d’une brève allocution à la tribune officielle ; et enfin, au pavillon français où la foule des curieux s’était pressée pour assister à sa rencontre avec le chef indien Raoni, dont on comprit qu’elle n’aurait finalement pas lieu quand l’entourage du président fit savoir, d’un air contrit, que Raoni était resté  » coincé dans les embouteillages « .
Lors de chacune de ses interventions, M. Hollande tint exactement le même discours consistant, d’un côté, à se féliciter des  » avancées réelles  » du Sommet et, de l’autre, à en déplorer les  » insuffisances « . Parmi ses satisfactions, le chef de l’Etat a cité la  » feuille de route  » fixant les objectifs du développement durable en 2015, le  » renforcement  » du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’accord sur la  » protection des océans  » – il ignorait sans doute qu’un paragraphe sur la préservation de la haute mer avait été retiré du projet de résolution finale -, le  » débat sur l’économie verte  » et  » l’accent mis sur la pauvreté et le social « .
Au chapitre des regrets, il a cité  » l’incapacité  » des Etats à se mettre d’accord pour créer une agence mondiale spécialisée pour l’environnement et l’absence de  » traduction concrète  » à l’idée d’instaurer des  » financements innovants  » en matière de développement et de défense de l’environnement.
Sur le premier point,  » je ne désespère pas non seulement de mener ce combat, mais de le rendre un jour victorieux et d’installer cette organisation à Nairobi « , siège du PNUE, a-t-il déclaré. Sur le second, il a répété la promesse faite, mardi au Mexique, de mettre en place une taxe sur les transactions financières à l’échelle européenne et d’en affecter les recettes  » pour une grande partie  » au développement et à la défense de l’environnement.
On se demandait, en l’écoutant, si François Hollande ne prenait pas un risque politique en venant personnellement à Rio pour s’associer au bilan – pour le moins décevant – d’une conférence dont il convint lui-même qu’il n’envisageait pas de mettre sa présence à profit pour en amender la déclaration finale. C’est quand il rappela que François Mitterrand s’était rendu dans ces mêmes lieux en 1992, pour le premier sommet de Rio, que l’on comprit la vraie raison de sa venue : prendre date pour l’avenir, en profitant de l’absence de grands dirigeants comme Barack Obama, Angela Merkel ou David Cameron, pour se présenter comme l’un des grands de ce monde les plus préoccupés par l’avenir de la planète.
 » Personne ne peut gagner seul contre les autres la grande bataille de l’environnement. Ou nous la gagnerons ensemble, ou nous la perdrons ensemble « , a lancé M. Hollande. En se mettant ainsi en première ligne, le président de la République sait qu’il joue à quitte ou double sur un thème auquel il ne s’est que récemment converti à l’occasion de la campagne présidentielle. Si les dossiers sur lesquels il s’est personnellement engagé avancent, il fait le pari d’en tirer un bénéfice. S’ils piétinent, il prend le risque d’en payer les pots cassés.
Gilles van Kote et Thomas Wieder

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