France: La feuille de route des scientifiques du nucléaire pour… continuer l’aventure.

Dans ce dossier en PDF ( lien ci dessous) , Robert Dautray, ancien Haut-Commissaire à l’énergie atomique, Jacques Friedel, spécialiste mondial de physique des solides, et Yves Bréchet, spécialiste des matériaux de structure, professeur à l’Institut polytechnique de Grenoble, tous trois membres de l’Académie des sciences, examinent, d’un oeil scientifique et technique, les choix qui doivent ou devront être tranchés dans les années à venir. Ils ont livré au Point.fr l’essentiel de leur réflexion. Le Point 27 juin 2012

Les cinq questions qui fâchent: Elles ont le mérite d’être bien posées. Au débat énergétique promis par Hollande d’y répondre , à moins que tout soit déjà décidé si l’on en juge l’engagement sur ASTRID.

De la sécurité des installations… ou la promesse d’une vie avec des risques permanents.

« Après l’accident nucléaire de Fukushima, la question du renforcement des mesures de sécurité entourant le parc nucléaire français est posée. Des efforts ont déjà été faits, mais les pouvoirs publics doivent désormais dire si on les continue et à quel rythme. Même s’il faut reconnaître que le risque zéro n’existera jamais.

D’une part, il faut envisager la création de groupes d’intervention rapide compétents, structurés et connectés à chacun des réacteurs de façon à pouvoir immédiatement faire face en cas de problème. Ce qui n’existe pas formellement aujourd’hui. D’autre part, leçon de Fukushima, il convient d’étudier la séparation des facteurs mis en jeu afin que chacun n’entraîne pas l’autre. En clair, quand un réacteur est arrêté, il continue à chauffer. Il faut donc séparer les matières radioactives du réacteur le plus rapidement possible, et les entreposer à distance de celui-ci. Or, la politique dans ce domaine n’est pas assez clairement définie. »

Sur la fin de vie des réacteurs… Nos enfants nous maudiront…

« Il faut réfléchir dès maintenant aux opérations nécessaires à un arrêt définitif des réacteurs pour s’assurer de la faisabilité du retour au libre emploi du terrain. Cela a été fait en Angleterre pour une centrale nucléaire type. Sachant que tout réacteur arrêté devra, de toute façon, rester sous surveillance pendant les 25 à 30 années que prendront les opérations de démantèlement et de traitement des combustibles usés. Une problématique à laquelle les pays qui décident de sortir du nucléaire devront également faire face. »

Et si l’on décide d’en construire de nouveaux…  Lesquels ?, l’EPR est déjà retiré du catalogue et on doit 6 milliards…

« Si le concept des réacteurs de troisième génération est au point, on peut toutefois réfléchir sur la manière d’en construire de nouvelles versions qui envisageraient d’emblée la meilleure manière de les démanteler après usage. 

Jusqu’à maintenant, en France, une seule firme a conçu et construit l’ensemble des réacteurs, un seul producteur d’électricité les a exploités et un seul laboratoire a effectué les études. On pourrait penser que cela induit une perte de compétitivité. C’est au contraire à nos yeux une des clefs du succès de la France dans le domaine nucléaire. Car la compétition existe déjà à l’international, et l’option actuelle a le mérite d’éviter que coexistent différents modèles de réacteurs, ce qui serait susceptible de compliquer leur construction, leur maintenance, leur exploitation et leur contrôle (notamment en termes de formation des personnels).

Le parc nucléaire français est un carrefour de technologies de haut niveau qui interagissent entre elles. Parmi ces technologies, la construction mécanique, par exemple les cuves qui tiennent toute l’étanchéité de la radioactivité, nécessite des matériaux métalliques dont les performances (résistances aux efforts, aux irradiations, aux pressions, aux températures) sont poussées au maximum. Cependant, la métallurgie française risque de ne plus être capable de faire face à tous les besoins de l’énergie nucléaire française. Certaines pièces, les plus délicates des réacteurs récents, ont été importées d’Asie ou d’Europe. Or, qui dit perdre la fabrication dit aussi perdre la recherche, et donc le contrôle de la qualité. Le soutien à cette filière de la métallurgie, étudié dans un récent rapport de l’Académie des sciences, relève de décisions politiques. »

Et les déchets nucléaires ? On s’occupe de tout! ou presque…

« La réalisation d’un site de stockage géologique profond des déchets ultimes doit être lancée. Quant aux MOX usés (NDLR : combinaison d’uranium appauvri et de plutonium), dont la période de refroidissement est nettement plus longue que celle des combustibles classiques UOX (80 ans au lieu de 30), il existe un moyen optimal de les utiliser, via la quatrième génération de réacteurs (dits à neutrons rapides). La France a déjà une grande expérience sur cette quatrième génération (Rapsodie, Mazurka, Phénix, Superphénix et les installations de séparation chimique de Marcoule et La Hague). La suite de ce programme fait l’objet d’un projet baptisé Astrid qui est actuellement en cours. »

De l’énergie nucléaire, pour combien de temps ? C’est éternel  mais on ne sait pas encore faire..

« Si la troisième génération connaît un essor au plan mondial, les stocks de minerai d’uranium seront épuisés d’ici 100 ans, peut-être moins. Et c’est là un intérêt majeur de la quatrième génération de réacteurs. Car celle-ci permettrait d’utiliser non seulement le plutonium des MOX usés, mais aussi notre stock d’uranium appauvri issu de l’enrichissement en uranium 235 du minerai d’uranium naturel (composé à 99,3 % d’U238 et à 0,7 % d’U235). Ce qui multiplie par plus de 50 la quantité d’énergie que l’on peut tirer d’un gramme d’uranium naturel.

L’économie en ressource naturelle serait considérable. Quelques chiffres, au plan national, disent tout. Un Français consomme en moyenne un gramme de matériaux fissiles (quels qu’ils soient) par an. Ce qui fait, pour 60 millions de Français, 60 tonnes chaque année. Pourtant, ce sont 1 200 tonnes d’uranium enrichi qui sont livrées à EDF par an… Tout simplement parce qu’on ne brûle en réalité qu’environ 5 % de celui-ci, c’est-à-dire l’uranium 235, le reste étant de l’uranium 238 qu’on ne sait pas utiliser sans la quatrième génération. Or, au Tricastin, pour fabriquer ces 1 200 tonnes, il a fallu 8 000 tonnes de minerai d’uranium naturel. On comprend alors que les générations II et III de réacteurs sont relativement « gourmandes » en ressource naturelle.

Mais poussons le raisonnement plus loin… Au Tricastin, l’uranium appauvri (0,3 % d’U235 au lieu de 0,7 % dans le minerai naturel), inutilisable dans les réacteurs actuels, s’accumule au rythme de 6 800 tonnes par an. De sorte que 200 000 tonnes d’uranium appauvri sont aujourd’hui disponibles sur le sol français. Imaginons que nous puissions l’utiliser. À raison de 60 tonnes de matières fissiles consommées par an, ces seuls stocks fourniraient de quoi alimenter en électricité 60 millions de Français (à consommation constante) pendant plus d’un millénaire ! Indépendance énergétique garantie à long terme… Sans compter que les déchets ultimes poseraient alors moins de problèmes d’enfouissement, tant du point de vue du volume que de la radioactivité. »

Click here to find out more!Le Rapport de l’académie des sciences. 

http://www.academie-sciences.fr/activite/cr/CRPhys_article.pdf

http://www.lepoint.fr/science/nucleaire-les-cinq-questions-qui-fachent-27-06-2012-1478192_25.php

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