Tokyo: Au coeur de la gigantesque manifestation antinucléaire

Ce lundi 16 juillet, à l’appel de la coordination « Saronaya (au revoir) l’énergie nucléaire », la classe moyenne japonaise est sortie en masse, sous un soleil de plomb. Dans le parc Yoyogi, près du quartier branché Shibuya, jeunes et vieux sont venus de tout le Japon, seuls, en couple ou en famille.

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Seize mois après l’accident de Fukushima, et alors qu’un seul réacteur sur cinquante est en fonction, ils n’ont qu’un message : non au redémarrage des centrales atomiques. Le gouvernement les entendra-t-ils ? Jusqu’où ce mouvement populaire ira-t-il ?

Naoki a 28 ans. Il est assistant dentaire à Fukuyi au bord de la mer du Japon. « C’est la première fois que je participe à une manif, dit-il. Le Premier ministre nous a menti. Quand il est arrivé au pouvoir, après l’accident de Fukushima, il a dit qu’il était hostile au redémarrage des centrales. Mais le 5 juillet, il a fait repartir celle de Oi, tout près de chez moi. Pourtant les spécialistes indépendants nous disent qu’elle est aussi peu sûre que celle de Fukushima. J’ai peur. »

Niroko aussi est très inquiète. Elle est venue du Nord par le train de nuit. « J’habite près d’un grand centre de retraitement des déchets [construit en collaboration avec Aréva],raconte-t-elle. Depuis l’accident de Fukushima, je me suis renseignée, surtout par internet. Je sais que cette activité est dangereuse, qu’à la Hague, elle entraine des leucémies chez les enfants. Pour l’instant, l’usine est arrêtée. Mais le Premier ministre va peut-être décider de la faire repartir. Pourquoi prendre un tel risque ? » Niroko montre le foulard qu’elle porte autour du cou. Pour rafraichir la nuque, il contient du gel qui conserve le froid. « Nous pouvons faire sans la climatisation, non ? »

Pour Hikono également, c’est la première manifestation. A 35 ans, elle est institutrice dans la banlieue de Tokyo. « Jusqu’à l’accident de Fushima, raconte-t-elle, j’étais plutôt favorable à l’énergie nucléaire. En fait, je ne me posais pas la question, c’était comme ça. Et puis, petit à petit, après le désastre, je me suis rendu compte que le gouvernement nous a menti sans arrêt et qu’il n’a pas organisé correctement les évacuations des zones irradiées. On ne peut plus leur faire confiance. »

Hitoshi, lui, s’inquiète surtout pour son fils de huit ans qu’il a emmené avec lui. « En mars, après l’explosion de l’unité deux de Fukushima, je l’ai envoyé à Kyoto dans la famille de ma femme, dit cet employé dans une maison d’édition. J’ai eu très peur. Jusque-là je pensais que le nucléaire était sûr. Mais j’ai compris que le gouvernement travaille pour le lobby nucléaire, pas pour le peuple. »


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                 Le prix Nobel de littérature Kenzaburo Oe s’adresse à la foule

Le mensonge et la collusion, voilà finalement les raisons profondes de la colère.Koji est retraité du bâtiment, il est né au début de la seconde guerre mondiale. « Le nucléaire me paraissait faire partie de notre vie comme une évidence, le gouvernement répétait que c’était absolument sûr et je le croyais évidemment, dit-il. Et puis, après le 11 mars [jour l’accident de Fukushima], j’ai voulu savoir vers où se dirigeait le nuage radioactif. Le gouvernement ne nous disait rien. Il fallait regarder les sites américains. Les ministres ne voulaient pas que nous sachions. Ils servent les intérêts du lobby nucléaire, ils sont achetés. Il faut qu’ils partent. »

Les vieux militants antinucléaires sont aux anges. « Je ne croyais pas voir cela de mon vivant, dit Kuniko Horigushi qui est de toutes les manifs depuis Tchernobyl. Depuis vingt ans, nous prêchions dans le désert. Depuis Fukushima, nous voilà au centre du débat. Tout a vraiment commencé avec une grande manif de septembre dernier. Nous étions 60 000. Après, le mouvement n’a fait que grandir.»


Leur porte-voix est le prix Nobel de littérature, Kenzaburo Oe, 77 ans. A la tribune, il dit : « Depuis le début de l’année, nous avons récolté plus de sept millions de signatures contre la reprise des centrales. Fin juin, je suis allé la porter au cabinet du Premier ministre. Pourtant,  dès le lendemain, il a décidé le redémarrage de Oi. Il n’écoute pas le peuple. Il l’insulte. »

 

Le 18 juillet, un deuxième réacteur va être relancé. Et fin août le gouvernement va annoncer ses choix en matière énergétique. Il réfléchit à trois scénarii : 25% de nucléaire, c’est-à-dire redémarrer presque toutes les centrales, 10% ou 0%. Cette dernière solution, celle qu’exigent les manifestants, ne sera probablement retenue. Que se passera-t-il alors ? La colère et la peur conduiront-elles à un soulèvement populaire ? Certains parlent d’une révolution des Hortensias, dont la saison a commencé. « J’espère que nous assisterons à une révolte non violente comme en Tunisie, à un renversement pacifique du gouvernement », dit un vieux militant antinucléaire. Mais il n’a pas l’air d’y croire vraiment.

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