Nucléaire et développement humain durable

Pour Adéquations, le nucléaire ne constitue pas un mode de production d’énergie « durable » ou soutenableVendredi 27 juillet 2012

Certes, le nucléaire génère a priori peu de gaz à effet de serre par kwh d’électricité produit. Il en émet néanmoins plus que l’éolien, si l’on inclut le transport des matériaux et combustible, la construction et le démantèlement des usines. De plus, ayant entraîné en France la généralisation du chauffage électrique, il induit indirectement d’importantes émissions de C02 pendant les périodes de froid, quand les centrales au gaz et au charbon doivent être mises à contribution, faute d’électricité suffisante d’origine nucléaire.

http://www.adequations.org/spip.php?article606

Le seul critère d’impact sur les émissions de gaz de serre apparaît de toute façon inopérant par rapport à la définition du développement durable, qui intègre l’ensemble des dimensions environnementales, l’efficacité et la sobriété économiques, les droits humains, la culture et la démocratie. Au niveau économique, si l’on prend en compte l’échelle des investissements requis en amont, le coût des infrastructures nécessaires pour l’ensemble de la filière nucléaire, incluant le transport des combustibles, la maintenance et le démantèlement des centrales, la gestion et le stockage des déchets sur le long terme, le nucléaire apparaît comme une source de production très peu efficace – et hors de portée des pays pauvres. Par ailleurs, les conditions de travail des personnels assurant la maintenance et les réparations se dégradent, avec le recours à la sous-traitance et à des intérimaires mal rémunérés, mal informés des risques encourus et peu suivis sur le plan sanitaire.

Le nucléaire « énergie propre » n’est vu que par un minuscule bout de la lorgnette, le C02 émis, alors que les déchets radioactifs produits constituent une des plus grandes menaces pour l’air, l’eau, la santé et la vie humaines.

Le nucléaire a ceci de spécifique qu’il induit un risque de catastrophes majeures susceptibles de compromettre l’équilibre des sociétés et la vie sur des territoires très étendus durant de longues périodes. Les contraintes économiques et les problèmes environnementaux devront être pris en charge durant des siècles. Le développement de nouvelles centrales dans toutes les régions du monde aboutirait à transmettre en héritage aux générations futures une technologie complexe à gérer et un risque majeur pesant en permanence sur l’humanité. C’est là l’imposition d’un choix sociétal et culturel quasi irréversible.

Le nucléaire pose des questions insolubles. Il ne représente que 2,4 % de la consommation d’énergie dans le monde. Veut-on le développer massivement dans l’espoir qu’il contribue de façon significative à l’objectif international de limiter le réchauffement climatique à une augmentation de température de 2 degrés maximum ? C’est trop tard. Le déséquilibre climatique s’accélère : il n’y a plus le temps nécessaire pour couvrir la planète de centrales – y compris dans les pays en développement – d’autant que la construction d’une centrale demande environ 10 ans et qu’il en faudrait rapidement des milliers (cf. encadré). Alors même que le changement climatique, et d’une manière plus globale la crise écologique entraîne un accroissement des catastrophes naturelles, des conflits locaux, de l’insécurité, des tensions sur les ressources en eau qui n’est pas compatible avec les impératifs de stabilité, de prospérité économique et de sécurité nécessaires au nucléaire.

Les générations futures, affrontant déjà une crise écologique majeure, devront s’organiser politiquement, économiquement, technologiquement, en matière de formation et de système éducatif, etc. autour de la gestion des risques et du maintien en l’état de centrales vieillissantes, faire face à des incidents et des accidents, maintenir une vigilance de tous les instants par rapport aux menaces de guerres ou terroristes…

Or, historiquement, une orientation sociétale aussi lourde a été effectuée par une poignée de scientifiques, ingénieurs et responsables politiques et économiques, en l’absence de tout débat démocratique ou même d’informations transparentes. Le nucléaire civil est bien sûr très lié aux applications militaires, qui font elles-mêmes peser des risques énormes. Pour toutes ces raisons, l’industrie nucléaire s’accompagne d’une culture du secret, d’une centralisation, d’une obligation de surveillance et de renseignements. Elle nécessite un appareil policier et militaire spécifique et sa promotion a donné naissance à un des plus anciens et puissants lobbies et à d’incessantes situations de conflits d’intérêts entre décideurs politiques et industriels.

Il semblerait que les planificateurs du nucléaire, issus d’une culture scientiste du progrès technologique et scientifique comme horizon indépassable et modèle de civilisation, soient incapables d’imaginer, justement, que les civilisations sont mortelles. Dans les décennies et les siècles à venir, des périodes de chaos social, économique et politique, en lien avec les catastrophes générées par les déséquilibres de la biosphère, pourraient balayer dans plusieurs régions du monde l’organisation nécessaire au maintien de cette industrie. La réflexion de Jean-François Lacronique ancien président de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), à propos de la catastrophe de Fukushima, est inquiétante : « Honnêtement, on était tous certains qu’un accident comme celui-ci ne pourrait jamais se produire. Mais, à l’évidence, on est bien obligé de douter de nos propres certitudes et de remettre en question la sûreté du nucléaire. » (Le Parisien, 29 mars 2011). Alors que des associations, des scientifiques, et sans doute une bonne partie de la population ont toujours considéré inévitable l’occurrence d’accidents nucléaires graves, compte-tenu de la dangerosité de la technologie et des contraintes environnementales, économiques, sociales, géopolitiques connues de tous, cette évidence serait-elle un point aveugle des experts et promoteurs du nucléaire eux-mêmes ?

Qui peut décemment croire et affirmer, par exemple, que durant des siècles, nos sociétés, quels que soient leur problèmes, leurs évolutions, leurs régressions éventuelles, auront à leur disposition, pour la maintenance des installations, la prévention et la gestion des accidents nucléaires, tous les techniciens et ingénieurs, les liquidateurs, pompiers et militaires prêts à se sacrifier, les ouvriers et intérimaires acceptant de recevoir des doses importantes de radioactivité, les médecins et centres de soins spécialisés, les infrastructures pour reloger et réinsérer des réfugiés, etc. ?

Le développement soutenable suppose d’avoir conscience de sa finitude, d’être capable, dans le présent, de se mettre à la place des générations futures et aussi d’imaginer, dès maintenant, que d’autres cultures et modes d’organisation des sociétés sont possibles. Les choix énergétiques doivent être effectués en tenant compte des recherches et expériences actuelles sur la relocalisation de la production et de la consommation, la redéfinition des richesses et de la notion de bien-être, ils doivent prendre appui sur la diversité des cultures, des contextes et des territoires, sur la participation des citoyens et citoyennes aux choix sociétaux et technologiques…

Contester le nucléaire, revient finalement à contester que le choix en sa faveur soit le produit d’un milieu, d’un mode de pensée étroit et culturellement limité dans le temps et l’espace, que son développement et tout le processus décisionnel qu’il met en jeu soient concentrés entre les mains d’une petite minorité humaine, qui à ce jour n’a montré aucune capacité à réfléchir de façon systémique et en termes de droits humains, ni même à débattre publiquement de ces enjeux.

Mais il n’est peut être pas encore trop tard. Si la maintenance d’un système aussi complexe et dangereux échappe à notre capacité de projection sur des siècles, les modalités de sortie du nucléaire, elles, restent à notre portée : la sortie du nucléaire peut être conçue et planifiée à l’échelle d’une vingtaine d’années… »

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