Nucléaire : l’Europe se mobilise pour évaluer les risques de fissures dans des réacteurs

Après la découverte de possibles fissures sur la cuve d’un réacteur de GDF Suez en Belgique, les autorités de sécurité nucléaire de plusieurs pays européens se réunissent jeudi à Bruxelles. La Belgique, la Suède, la Suisse et l’Espagne sont en première ligne.Par Renaud Honoré Les Echos 13/08 

Les fissures suspectées sur la cuve d’un réacteur nucléaire en Belgique, près d’Anvers, menacent d’avoir des répercussions importantes en Europe. Des anomalies similaires pourraient exister sur des installations situées dans d’autres pays, entraînant de facto des questions sur leur fonctionnement. Du coup, des représentants des autorités chargées de la sécurité nucléaire de plusieurs pays ont décidé de se réunir ce jeudi à Bruxelles, pour «  un échange d’informations », selon l’Agence fédérale belge de contrôle nucléaire (AFCN).

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La centrale belge de Doel, à 25 kilomètres au nord d\'Anvers. Le réacteur Doel 3 restera fermé au moins jusqu\'au 31 août. Un probable défaut de fabrication de la cuve pourrait provoquer des fissures. - GEORGES GOBET / AFP
La centrale belge de Doel, à 25 kilomètres au nord d’Anvers. Le réacteur Doel 3 restera fermé au moins jusqu’au 31 août. Un probable défaut de fabrication de la cuve pourrait provoquer des fissures. – GEORGES GOBET / AFP

Une partie des données sont déjà sur la place publique. Le réacteur numéro trois de Doel a été fermé et le restera au moins jusqu’au 31 août. En cause, des « milliers de défauts » repérés sur la cuve, selon l’AFCN, qui pourraient provoquer des fissures. En fin de semaine dernière, le quotidien belge « Le Soir » évoquait même une fissure de 20 millimètres. L’origine du problème tiendrait à un défaut dans la production de l’acier de la cuve. En ligne de mire, la société néerlandaise Rotterdamsche Droogdok Maatschappij (RDM) qui a fourni la structure. Or cette entreprise, aujourd’hui disparue, a livré des cuves identiques à 21 autres centrales dans le monde. Parmi elles, le réacteur numéro deux de la centrale de Tihange, près de Liège, où une inspection débutera cette semaine.

  • Mais la Belgique n’est pas seule concernée.
  • En Suède, le groupe Vattenfall s’est dit prêt à faire des tests supplémentaires sur son réacteur de Ringhals 2, qui fait partie des suspects potentiels.
  • La Suisse prévoit également de contrôler Mühleberg, qui a lui aussi été fourni par l’entreprise néerlandaise.
  • Aux Pays-Bas, on indique n’avoir pas encore décidé s’il fallait une inspection du réacteur de Borssele : là-bas, RDM a bien fourni la cuve, mais elle ne l’a pas fabriqué, assure les autorités néerlandaises.
  • En Espagne, les réacteurs d’Iberdrola de Garona et Cofrentes ont également été équipés par la même firme.
  • En revanche, aucun réacteur allemand en activité ne dispose de cuves fournies par RDM, a indiqué le ministère de l’Environnement.
  • La France non plus n’est pas concernée.

Situations tendues

En première ligne, la Belgique se prépare déjà à affronter des situations tendues. «  Je suis assez sceptique pour le moment » sur la possibilité de relancer le réacteur de Doel 3, a expliqué Willy de Roovere, le directeur de l’AFCN. Si ce réacteur ainsi que celui de Tihange 2 devaient rester hors service, la Belgique aurait à faire face à un casse-tête lors des pics de consommation de l’hiver. « Il y a un risque potentiel important de ne pas couvrir la totalité de la demande à cette période », reconnaît-on chez Elia, le gestionnaire du réseau de transport de l’électricité.

Avec près de 2.000 mégawatts de puissance, les deux réacteurs concernés assurent environ un tiers de la production du parc atomique, qui représente lui-même près de la moitié de la production d’électricité consommée au sein du royaume. Selon Elia, le pays privé de ces deux réacteurs pourrait se retrouver« incapable de faire face à la demande pour au moins 50 jours dans l’année », en cas de grand froid prolongé sur l’Europe. Le royaume devrait alors se tourner vers ses voisins, « avec le risque d’être dépendant de capacités en dehors des frontières, qui peuvent elles aussi être indisponibles », souligne-t-on chez Elia. Or, en Allemagne, 8 tranches ont été arrêtées depuis la décision du pays de sortir du nucléaire. « Dans le pire des cas, nous serions obligés de recourir à des coupures sélectives de certaines parties de la clientèle, l’équivalent d’une ville de 500.000 habitants sans électricité pendant une heure en période de pointe », estime-t-on chez Elia. De quoi susciter une certaine nervosité outre-Quiévrain.

BUREAU DE BRUXELLES
Renaud Honoré,

Une réparation quasi impossible

La société néerlandaise Rotterdamsche Droogdok Maatschappij a fourni 22 cuves de réacteur dans le monde. Dix d’entre elles sont installées aux Etats-Unis, une en Argentine et neuf en Europe.
Le remplacement d’une cuve de réacteur n’a jamais eu lieu dans le monde. Considérée comme quasi impossible, la réparation d’une cuve est à éviter parce qu’elle pourrait faire apparaître de nouvelles tensions dans la paroi.
Écrit par Renaud HONORé
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