THT: la démocratie disjoncte, pense un maire démissionnaire

Après sept années de combat contre une ligne très haute tension (THT) et la première condamnation mardi de deux militants, Jean-Claude Bossard, maire démissionnaire d’un village de la Manche et fer de lance des anti-THT de la région, dit ne plus croire en la démocratie. AFP 21 08 2012

Le tribunal correctionnel de Coutances (Manche) a condamné mardi un étudiant de 24 ans à trois mois de prison ferme pour « violence aggravée » sur deux gendarmes légèrement blessés lors d’une manifestation anti-THT le 24 juin à Montabot. Un leader de la Confédération paysanne écope lui d’une amende pour avoir dévissé des boulons d’un pylône en construction.

 « Ca confirme ce qu’on savait déjà, la justice en France ne fonctionne plus.  On a déposé 100 recours et on n’a jamais eu l’ombre d’un jugement favorable », a déclaré à l’AFP Jean-Claude Bossard, 60 ans.
M. Bossard est l’ancien maire du village du Chefresne (310 habitants), sur le parcours de la ligne Cotentin-Maine qui doit acheminer l’électricité du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville (Manche).

Candidat Europe Ecologie-Les Verts aux dernières élections européennes et régionales, l’ancien boulanger-pâtissier fédère depuis sept ans la lutte des élus anti-THT dans la région.
En mars, son bois, dont une partie devra être rasée pour le passage de la ligne, est devenu le quartier général des opposants. Cabane dans les arbres, tentes avec panneaux de bois et tôles de récupération… Une centaine de personnes s’y relaient selon lui, riverains ou militants de toute la France.
Ils ne plieront bagage que devant l’arrivée des pelleteuses. Pacifiquement, assure-t-il. « Nous, on ne veut pas se battre. Je ne veux pas qu’à nouveau un parent m’appelle pour me dire « Mon fils a perdu un oeil » »
Lors des affrontements avec les forces de l’ordre, à l’origine de la condamnation de l’étudiant mardi, les opposants ont dénombré 25 blessés dans leur camp, dont deux atteints à l’oeil.
De guerre lasse, M. Bossard a démissionné avec son conseil municipal en juin, énième étape du conflit entre Le Chefresne et la préfecture de la Manche sur la ligne THT.
« Je ne regrette pas d’avoir démissionné, je ne peux pas jouer au football si l’arbitre est corrompu », soutient-il.
Le football, ici, est une métaphore du jeu démocratique. « La France se permet de donner des leçons de démocratie, mais quand il s’agit de nucléaire, il y a plein de dérogations aux règles », peste-t-il.
Il ajoute : « Naïvement, je croyais en la démocratie, mais depuis j’ai fréquenté des élus qui m’ont dit « Prends l’argent et tais-toi. »
(Publié le 21/08/2012 à 20h11 par AFP )

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