« Le nucléaire, filière d’avenir » et autres sujets qui fâchent écolos et socialistes

Pesticides, pêche… Les oppositions entre Europe écologie – Les Verts et le PS ne se concentrent pas sur les seules questions énergétiques. Sophie Verney-Caillat | Journaliste 27 aout 2012 Rue89

En qualifiant le nucléaire de « filière d’avenir », Arnaud Montebourg ne se contente pas de jouer les provocateurs face aux écologistes mais pousse François Hollande à sortir de l’ambiguïté. Malgré un accord de gouvernement entre Europe écologie – Les Verts (EELV) et le PS, les divergences restent nombreuses.

Les propos du ministre du Redressement productif ont naturellement provoqué de premières réactions furibardes dans les rangs d’EELV, mais la direction et les ministres du parti ont choisi de « ne pas en faire une affaire d’Etat ».

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a commenté le différend, ce lundi soir au journal télévisé de France 2 :

« J’ai parlé avec Arnaud Montebourg et la position du gouvernement est très claire, ce sont les engagements qu’a pris le président de la République devant les Français, c’est le mix énergétique, réduire l’énergie produite par le nucléaire de 75 à 50%. Je lui ai rappelé la position du gouvernement, il en a parfaitement convenu ».

Le sujet pourrait être arbitré mercredi, en Conseil des ministres.

Porte-parole d’EELV, Jean-Philippe Magnen nous assure :

« On n’en est pas à la première provocation d’Arnaud Montebourg, et même s’il est cette fois suivi par Manuel Valls, on considère que cela fait partie des déclarations qui leur permettent d’exister à l’approche du congrès du Parti socialiste.

Ces paroles ne sont pas en phase avec les échanges que nous avons avec le PS, y compris ce week-end à La Rochelle. Cela prouve en tous cas l’importance du débat sur la transition énergétique, qui doit se tenir après la conférence environnementale des 14 et 15 septembre. »

L’argent tranchera l’avenir du nucléaire

Inscrite dans le programme du candidat Hollande, la promesse de faire passer la part du nucléaire de 75% à 50% dans la production électrique d’ici à 2025 n’est pas si limpide. Un homme qui veut à la fois fermer la centrale de Fessenheim et ouvrir celle de Flamanville estime-t-il que le nucléaire est une « filière d’avenir » ?

La loi de programmation de la transition énergétique, programmée à l’été 2013, le dira. En attendant, le nouveau Président ne peut qu’adopter le raisonnement rationnel proposé par Jean-Marie Chevalier, professeur d’économie à Paris-Dauphine et auteur de « L’Avenir énergétique : cartes sur table » (éd. Folio, février 2012) :

« L’avenir du nucléaire est subordonné aux impératifs de sécurité et de coût. Or nous sommes face à trois inconnues :

  • le coût réel de la centrale de Flamanville,
  • celui des travaux nécessités par la mise aux normes post-Fukushima exigés par l’Autorité de sûreté nucléaire,
  • et celui du stockage des déchets. »

Sur l’énergie, un « problème culturel »

A Poitiers, lors du débat de l’université d’été d’EELV platement intitulé « Quel modèle énergétique pour le XXIe siècle ? », la ministre de l’Environnement Delphine Batho est restée d’une extrême prudence. Elle a simplement vanté sa méthode mais n’a rien annoncé pour la suite :

« Nous allons préparer l’après-tout nucléaire avec la seule méthode qui vaille : le débat démocratique. »

La ministre s’est fait huer quand elle a parlé des voitures électriques « propres » (c’est un oxymore, selon les écologistes) et applaudir quand elle a dit, au sujet des gaz de schiste, que « la transition énergétique, ce n’est pas aller chercher de nouveaux hydrocarbures ».

La transition énergétique consiste à baisser notre dépendance aux énergies fossiles et à accroître la part des énergies renouvelables, tout en favorisant la sobriété énergétique. Or que fait le gouvernement ? Il s’apprête à baisser de 2 à 4 centimes d’euro le prix de l’essence et à instaurer des tarifs sociaux sur l’électricité et le gaz pour les ménages défavorisés, tout en ne disant pas à quel prix il va racheter l’énergie solaire ou éolienne… De quoi accroître ce que Noël Mamère avait qualifié de « problème culturel avec le reste de la gauche ».

D’autres pommes de discorde

Au-delà des questions énergétiques et du traité européen, les dossiers environnementaux sont nombreux à diviser les alliés.

Guillaume Sainteny, professeur à Polytechnique, auteur de « Plaidoyer pour l’écofiscalité » (éd. Buchet-Chastel, mai 2012) et ancien haut fonctionnaire du ministère de l’Environnement, pointe ainsi plusieurs sujets clés :

« Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, n’a pas l’intention d’orienter la PAC dans un sens plus respectueux de l’environnement. Il a béni les épandages de pesticides accordés par dérogation préfectorale.

En matière de pêche, la France est avec l’Espagne le seul pays à s’opposer à une révision des quotas qui tienne mieux compte de la ressource, et le ministre Frédéric Cuvillier ne compte rien y changer.

Enfin, Cécile Duflot dans son discours devant les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement, a mis la priorité sur la libération du foncier, semblant oublier le problème de l’étalement urbain. J’attends le moment où la FNSEA va l’accuser d’être contre l’environnement ! »

La conférence environnementale devrait permettre de mettre sur la table tous ces sujets. Mais aucune décision ne devrait y être annoncée.

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