Le nucléaire : une énergie « nécessaire » et « d’avenir », mais seulement en France !

La nouvelle est tombée ce jeudi 30 août : l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis, l’ASLB (atomic safety licensing Board) a refusé à EDF l’autorisation de construire un réacteur EPR à Calvert Cliffs, dans le Maryland. Pour Yves Paccalet, philosophe écologiste, c’est un début de victoire, même si la route est encore longue. Nouvel Obs LE PLUS. Par  philosophe écologiste Édité par Gaëlle-Marie Zimmermann.  Auteur parrainé par Guillaume Malaurie.  01-09-2012 

Coup de massue pour EDF, coup de Jarnac pour le gouvernement français. Volée de bois vert pour Delphine Batho, qui qualifie le nucléaire d’énergie « nécessaire ». Coup de pied aux fesses pour Arnaud Montebourg, qui la juge « d’avenir ». Cinglant démenti pour Manuel Valls, qui soutient le précédent. Grosse fatigue pour leur patron, François Hollande, qui rechigne à arrêter Fessenheim après avoir (en campagne électorale) promis qu’il le ferait très vite.

 La France n’a pas réussi à convaincre de la « nécessité » du nucléaire

 Le nucléaire est une énergie « d’avenir » et « nécessaire », mais seulement en France. Le coup vient d’être assené, aux États-Unis, par l’Atomic Safety and Licensing Board (ASLB). Cet organisme de la NRC (l’autorité de sûreté américaine) est chargé d’accorder les licences d’exploitation des réacteurs dans tout le pays. Or, ce jeudi 30 août 2012, l’ASLB vient de refuser de délivrer à EDF la licence que celle-ci demandait pour un réacteur EPR à Calvert Cliff, dans le Maryland.

 Une déconvenue de plus pour le nucléaire français. Que dis-je ? Une catastrophe ! Les associations écologistes étatsuniennes (NIRS, Public Citizen, Beyond Nuclear, Southern Maryland CARES), nonobstant des moyens financiers dérisoires comparés à ceux d’EDF (qui s’était attaché les services d’un des principaux cabinets d’avocats américains, Winston and Strawn), ont bataillé durant cinq ans. Et remporté la victoire.

Le principal argument retenu par l’ASLB contre le projet d’EDF est que cette dernière n’a pas réussi à trouver, aux États-Unis, un seul partenaire crédible pour la rejoindre. Or, il s’agit d’une condition sine qua non, dictée par la loi fédérale. Cette décision des autorités américaines ne ruine pas seulement le projet d’EDF à Calvert Cliffs, dans le Maryland, mais tous ceux dont elle rêvait aux USA.

Le nucléaire : une énergie du passé

EDF n’a trouvé aucun partenaire aux États-Unis : les mauvaises langues dans mon genre y voient la preuve qu’outre-Atlantique, le nucléaire apparaît comme une énergie du passé, plutôt que « d’avenir » ; et facultative, plutôt que « nécessaire »… C’est triste à dire pour les brillants ingénieurs de la constellation atomique française : mais les Américains ne font pas exception.

Personne, dans le monde, ne semble aimer l’EPR. Ces dernières années, Nicolas Sarkozy a multiplié les effets d’annonce et les bombements de torse (cela pourrait continuer sous Hollande). EDF ou Areva devaient bâtir des EPR en Italie, en Libye (sous Kadhafi, judicieux partenariat…), dans les Émirats arabes unis, au Brésil, en Inde, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Chine, que sais-je ? Sur la Lune ou la planète Mars…

Ces projets mirifiques n’ont été que châteaux de nulle part. Radioactifs… Les contrats n’ont pas été signés, ou ont été dénoncés en cours de route. En Chine, il s’agissait, pour Areva, de se constituer un catalogue et une réputation. La firme n’a vendu qu’une partie de deux réacteurs, et encore : à perte. 3,66 milliards d’euros les deux, ça va-t-y, ma p’tite dame ?

Il ne reste guère aujourd’hui, à travers le monde, que le projet de l’Inde, rejeté massivement par la population et qui bat de l’aile ; et celui de la Grande-Bretagne, où EDF avait, au préalable, astucieusement (pensait-elle) racheté British Energy pour pouvoir se passer commande à elle-même du matériel et du savoir-faire. Même au pays de Margaret Thatcher, aucun réacteur de ce genre ne saurait être édifié sans de lourdes aides publiques. La Chambre des Communes n’y sera pas favorable ; pas plus que la Commission de Bruxelles…

Les chantiers EPR : peu nombreux et en difficulté

Restent deux seuls chantiers EPR réellement en cours : celui de la Finlande, dans l’île d’Olkiluoto, piloté par Areva ; et celui de la France, à Flamanville, conduit par EDF. Tout citoyen en âge de compter sur ses dix doigts comprend que ces exemples n’entraîneront aucun enthousiasme international. Les deux projets accumulent les retards abyssaux (de 4 à 5 ans), les surcoûts faramineux (ils devaient revenir à 3 milliards d’euros pièce, on en est à 6 ou 7) et les malfaçons (entre autres, à Flamanville, des trous dans le béton, signés Bouygues et dénoncés voici quelques mois par « Le Canard enchaîné »).

Le nucléaire a un bel « avenir » devant lui : celui du démantèlement des centrales existantes. Et c’est une énergie « nécessaire », mais seulement au lobby qui en vit. Dans le monde, les réacteurs atomiques ne fournissent plus que 10 pour 100 de l’électricité produite, contre 17 pour 100 en 2005. Ce qui équivaut à presque rien au regard des besoins totaux en énergie…

Têtus comme des mules de Tchernobyl ou de Fukushima, les écolos réclament que la part de cette filière passe à 0 pour 100 en vingt ans. Compte tenu du flop international de l’EPR et plus généralement de la filière, si ce pouvait être avant, ce serait d’autant mieux. Surtout pour la santé et les finances de la France et des Français.

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