L’écologie derrière ses frontières

Le mouvement écologique va mal. Comment l’expliquer, alors que la dégradation constante de l’environnement mondial est de plus en plus perceptible et inquiétante ? Aurélien Bernier apporte un diagnostic qui mérite d’être sérieusement analysé. Par Hervé Kempf Le Monde 9 sept 2012

Cet auteur a publié en 2008 Le Climat, otage de la finance (éd. Mille et une nuits), une analyse critique du marché du carbone, dont l’évolution de celui-ci a depuis confirmé la pertinence. Dans Comment la mondialisation a tué l’écologie, il revient aux racines intellectuelles de l’écologie pour expliquer pourquoi, selon lui, elle a abouti à la présente impuissance. Il rappelle ainsi l’importance d’un penseur aujourd’hui presque oublié, Barry Commoner, qui avait développé, dans L’Encerclement (1971), une analyse politique de la crise écologique, en montrant le rôle de la recherche du profit et des firmes multinationales. Cette approche s’opposait à celle d’un autre écologiste (toujours vivant), Paul Ehrlich, qui insistait sur la  » menace démographique  » et  » la surpopulation «  – une façon, observe Bernier, de dépolitiser la question écologique en évacuant le problème de la répartition des richesses, que Commoner mettait en avant.

Le mouvement écologique a plutôt suivi la voie ouverte par Ehrlich que celle de Commoner, assure Bernier. Aux Etats-Unis et en Europe, les valeurs écologistes cultivaient  » l’individualisme, un certain communautarisme, des références à la spiritualité et à la morale en lieu et place de perspectives politiques. De même, l’hostilité à l’Etat s’est traduite par une préférence pour le fédéralisme, les instances locales, mais aussi le mondialisme «  » qui vise le remplacement de l’Etat par des structures supranationales « .

Ce faisant, juge Bernier,  » les écologistes – ont fait – l’erreur de ne pas voir ce qui se – profilait – déjà dans les années 1960 et 1970 et que l’on appellera plus tard mondialisation « . Pour l’auteur, qui s’affiche clairement hostile au capitalisme, la  » diatribe anti-Etat «  des écologistes est entrée  » en résonance avec celle des néolibéraux qui organisent la mondialisation « .

L’intérêt des entreprises d’abord

Dans les instances internationales, l’écologie a été progressivement pliée aux desiderata des entreprises et des partisans d’un marché mondial le plus libre possible. Une évolution néfaste, rappelle Bernier, puisque de nombreuses études montrent que l’expansion du commerce mondial a entraîné une forte croissance des émissions de gaz à effet de serre.

Au fond, selon l’auteur, l’écologie ne peut retrouver de la force et peser que si elle s’affiche nettement protectionniste, seul moyen d’échapper à la contrainte du profit à court terme et de développer des politiques écologiques souveraines.

Le livre pèche parfois par des analyses trop abruptes ou des affirmations contestables. En revanche, il s’appuie de manière convaincante sur des textes oubliés ou négligés. Son analyse provocante devrait être discutée par les écologistes – du moins ceux qui ne croient pas aux vertus magiques du marché.

Hervé Kempf

Comment la mondialisation

a tué l’écologie

Aurélien Bernier

Mille et une nuits, 354 p., 19,50 €

Ancien membre d’Attac, Aurélien Bernier a travaillé dix ans pour l’Agence

de l’environnement

et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Il collabore au  » Monde diplomatique

 

 

 

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