La Bulgarie coupe ses réacteurs

La coopération entre la Bulgarie et le groupe français Areva, qui devait fournir deux réacteurs de troisième génération pour la centrale de Kozlodouï, risque d’être interrompue Pour la Bulgarie, Béléné était le symbole du retour à sa position de leader énergétique dans les Balkans et le moyen de créer des milliers d’emplois. 20 septembre, 2012 Maurice Lemaire

La Bulgarie a annoncé son refus de poursuivre le projet de construction de la centrale nucléaire de Béléné. Elle est sur le point de perdre non seulement beaucoup d’argent mais aussi la confiance des investisseurs. Le russe Rosatom a engagé une procédure pour exiger la somme non négligeable d’un milliard d’euros de compensation à la Compagnie électrique nationale bulgare pour le travail déjà réalisé.

Après cinq ans de négociations infructueuses, en mars 2012, le Premier ministre décide d’annuler le contrat, devant rapporter près de 6,3 milliards d’euros à la Russie. Il explique cette décision par le coût trop élévé (la Bulgarie avait indiqué ne pas vouloir dépenser plus de 5 milliards d’euros).

En chiffres :

2 GW, c’est la capacité (2 gigawatts) que devait atteindre la centrale de Béléné. La construction avait débuté en 1981, été gelée en 1991, puis relancée en 2002 et en 2006.
« Areva et Siemens étaient avec Atomstroïexport les principaux sous-traitants pour la centrale de Béléné. Les compagnies française et allemande ont créé un consortium devant fournir à Rosatom des systèmes automatiques de gestion de la sécurité de la centrale. L’annulation de ce projet a enlevé à Areva une importante source de revenus et la possibilité de s’implanter sur le marché du nucléaire bulgare, ainsi que de continuer à développer ses compétences en matière de nouvelles technologies nucléaires », considère Leonid Bolchov, directeur de l’Institut de la sécurité et de développement nucléaire en Russie et membre de l’Académie des sciences russe. Bolchov affirme que Rosatom a de fortes chances de gagner son procès car le groupe agit dans le cadre de la Cour d’arbitrage internationale.

Pour la Bulgarie, Béléné était le symbole du retour à sa position de leader énergétique dans les Balkans et le moyen de créer des milliers d’emplois. Quatre réacteurs de la centrale de Kozlodouï construits à l’époque soviétique avaient été fermés sur demande de l’Union européenne pour des raisons de sécurité, provoquant une vague d’indignation dans tout le pays.

Le projet de Bénélé avait reçu en 2007 toutes les autorisations nécessaires. Son annulation a provoqué une nouvelle levée de boucliers : plus de 700 000 personnes ont signé une pétition adressée exigeant un référendum pour relancer la construction de la centrale. Selon l’ex-Premier ministre bulgare Simeon II, « ce sujet est devenu trop politisé. La construction de cette centrale stratégique est très importante pour notre secteur énergétique, mais elle ne doit pas être un instrument utilisé poir réunir le parti ou se préparer pour les éléctions ».

Areva, qui avait racheté la part de Siemens dans la coentreprise des deux groupes dans le nucléaire, était resté seul sous-traitant de la société russe Atomstroyexport pour les systèmes de sécurité, selon un accord signé en 2008. Le projet prévoyait la construction de deux réacteurs à 1 000 MW chacun jusqu’à 2017, selon une technologie russe moderne qui devait être mise en service pour la première fois dans un pays de l’Union européenne.

Sofia doit prendre une décision définitive et la très forte amende réclamée par Rosatom pourrait s’avérer catastrophique pour l’économie du pays, sur laquelle planerait par ailleurs le risque d’une « famine énergétique » selon certains. La proposition de Boïko Borissov envisageant la construction d’une centrale à gaz sur le site de Béléné laisse les experts perplexes du fait de l’absence d’infrastructure gazière dans la région.

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Le projet de construction de la Centrale nucléaire d’une puissance de 2 gigawatts a connu une histoire mouvementée depuis sa naissance en 1981. Il semblait en bonne voie en 2006, lorsqu’à la suite d’un appel d’offres international, un contrat a été signé entre l’électricien national bulgare NEK et la société russe AtomStroïExport (filiale à 100% de Rosatom). Mais suite à l’arrivée au pouvoir de Boïko Borissov, chef de la droite bulgare, le projet fut gelé, les parties ne parvenant pas à s’accorder sur le coût ni les conditions de l’exécutin des travaux.

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