Fukushima, santé-environnement, tous cobayes : Le coup de gueule de Michèle Rivasi

Le 26 septembre 2012 par Yves Leers · Michèle Rivasi est députée européenne (EELV). Fondatrice de la CRIIRAD, ce labo indépendant sur la radioactivité créé juste après la catastrophe de Tchernobyl (1986), elle se bagarre contre toutes sortes de pollutions (radioactives, ondes électromagnétiques…) qui ont de graves conséquences sur la santé. On retrouve cette lanceuse d’alertes qui ne désarme pas dans le film « Tous cobayes » de Jean-Paul Jaud, y compris à Fukushima où elle raconte le désarroi de la population après la catastrophe de 2011.

Pourquoi sommes-nous tous cobayes ? Oui, nous sommes tous cobayes et ça ne s’arrange pas ! Aujourd’hui ce sont les multinationales qui décident de tout ce que nous consommons: du contenu de notre nourriture (OGM, pesticides, additifs alimentaires…), de ce que nous respirons, de nos médicaments, de la course effrénée à la nouvelle molécule aux OGM toxiques, bisphénol A, ondes électromagnétiques, gaz de schiste, nanotechnologies, chimie pas vraiment verte, jouets toxiques, lignes haute tension pour évacuer l’électricité nucléaire au lieu de développer les énergies renouvelables de proximité : la liste est longue des scandales qui éclatent jour après jour sur l’environnement et la santé. Il y a face à nous, consommateurs, de telles collusions d’intérêts qu’on a l’impression de se battre contre des moulins. Et les lanceurs d’alerte crient dans le désert alors qu’il faudrait les protéger légalement (*). Regardez le « marché » de la santé qui pèse des milliards : il n’y a pas si longtemps, on se donnait dix ans de recul avant de mettre un médicament sur le marché. Aujourd’hui, de nouvelles molécules sortent tous les jours sans précaution. On met sur le marché dans l’urgence des médicaments « fast tracks » et on verra bien ce que ça donne. Nous sommes bien des cobayes.  

Résultats : 40% des médicaments inutiles. Et tant mieux s’ils ne sont pas dangereux. Où est la surveillance? Tout va bien pour les labos : les Français sont les premiers consommateurs de médicaments en Europe. A Bruxelles, nous nous sommes battus contre la collusion d’intérêts à l’Agence européenne des médicaments en refusant de  voter ses subventions pour son fonctionnement. Tous cobayes mais aussi sur-consommateurs ? Quelle que soit la technologie – alimentaire, cosmétiques, santé – on ne dit pas tout car le profit passe avant tout. En France, on essaye de ne pas voir jusqu’au jour où la vérité éclate enfin si ce n’est pas trop tard comme cela a été le cas pour l’amiante. Comment expliquer un développement de la consommation presque illimitée de produits fabriqués à l’autre du bout de monde alors qu’on ne parle que de crise : on se jette un nouveau téléphone curieusement « androïde » ou la dernière tablette. On dirait que la crise ne joue pas sur ces objets de surconsommation programmés pour … ne pas durer. Le consommateur est-il roi ou dupe ? Je viens d’entendre une pub dans laquelle un jeune incite un autre « à changer son portable préhistorique »… Jean-Paul Jaud vous a suivie au Japon près de Fukushima. Comment avez-vous vécu cette visite sur le terrain et qu’avez-vous vu ? J’étais très émue et très en colère car je retrouvais ce que j’avais vécu au moment de Tchernobyl : le désarroi d’une population qui n’avait aucun choix de s’alimenter autrement qu’avec les produits locaux dans ce qu’on a appelé la zone d’évacuation volontaire. Une opacité totale, une population pas du tout informée de la dangerosité de la radioactivité voire désinformée, des habitants complètement démunis.  On a maintenu sciemment les gens dans l’ignorance en leur disant que la radioactivité n’était pas plus dangereuse que deux verres de saké. Ce qui m’a frappé aussi, c’est l’incompétence des ‘responsables’. A propos de la nourriture, on leur disait juste: « c’est bon ou pas », sans proposer d’alternative. Les gens étaient perdus  jusqu’au jour où une ONG s’est créée avec l’aide de la CRIIRAD et a pu faire des mesures indépendantes. Les petits agriculteurs ont été les plus touchés, en particulier les bio. Je me souviens d’un paysan dans un petit village qui ne comprenait pas où était le problème : nous étions au printemps et les papillons volaient. Tout semblait si « normal » et c’est bien le problème de la radioactivité. Il y a au Japon une culture de la soumission et Fukushima a fait éclater une rupture entre les hommes qui ne voulaient rien voir ni entendre et les femmes qui s’inquiétaient pour l’avenir de leurs enfants. « Je suis très en colère à l’intérieur », disaient-elles. Le cheminement peut être très lent mais cela peut sortir d’un coup. Il y a eu des ruptures terribles. Que dire cette femme dont le mari s’est suicidé parce qu’il ne voulait pas revivre Hiroshima comme ses parents. Elle, elle reste seule avec son fils pour cultiver sa petite parcelle. »   (*)  Une proposition de loi sur la protection des lanceurs d’alerte doit être déposée le 15 octobre au Sénat. 

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