Fukushima: les batteries qui auraient pu éviter le pire…

Fukushima : l’explosion du réacteur 3, la fusion du cœur du réacteur 2, peut-être parce que TEPCO n’a pu enfreindre les règlements en apportant des batteries à la centrale. Helios 7 10 2012

Ultraman a publié très tard cet article sur les batteries qui auraient pu éviter le pire… Quels règlements, demanderez-vous ? De bons règlements sociaux, comme  »Si vous voulez quelque chose dans un magasin, vous l’achetez avec des sous. » Ou  »Pour transporter des matériaux ou de l’équipement potentiellement dangereux, vous demandez une autorisation du gouvernement et attendez jusqu’à obtention du permis. » Ils sont tous valables et corrects en temps de paix.

TEPCO n’est plus en temps de paix depuis le 11 mars 2011. Mais la compagnie et les ouvriers ne savaient pas clairement comment opérer dans la situation hors du commun où ils se sont retrouvés. Ils se sont donc cantonnés à ce qu’ils connaissaient le mieux – respectueux des règlements et de la loi – en bons citoyens.

D’après la vidéo de la téléconférence que TEPCO a récemment publié, à 7h17 le matin du 13 mars 2011 à la centrale de Fukushima :

Voilà l’équipe des matériaux, désolé de l’interruption. Nous allons sortir pour acheter des batteries et autres choses. Mais, heu, nous sommes un peu juste en argent. Pour ceux parmi vous qui ont de la monnaie sur eux, nous apprécierions que vous puissiez nous en prêter. Nous sommes désolés [et embarassés] mais si vous avez de la monnaie, pourrions-nous vous en emprunter ? Merci d’avance.

Après cette annonce, on entend un responsable haut placé (je pense que c’est M. Komori du quartier général de TEPCO à Tokyo) murmurer,  »Pas d’argent ? C’est lamentable. Il faut faire quelque chose… »
L’Asahi Shinbun a transcrit la totalité des 150 heures de la vidéo de la téléconférence, et a écrit plusieurs articles (pour les abonnés uniquement) sur leurs découvertes. Cet épisode sur les batteries se trouvait dans le troisième épisode de la série d’articles qui ont été publiés début septembre. La suite est mon résumé de la situation, basé sur l’article de l’Asahi du 5 septembre, lui-même basé sur leur propre transcription de la vidéo :

Tôt le matin du 13 mars 2011 (28 heures avant l’explosion du bâtiment du réacteur 3). Les ouvriers de TEPCO ont imaginé qu’en installant des batteries de voiture ils pourraient avoir juste assez de courant pour faire fonctionner la soupape principale de décharge pour relâcher la pression dans la cuve du réacteur 3. Cela ne nécessitait que 10 batteries de 12 volts à ce moment-là, pensaient-ils. Le problème était qu’ils n’en avaient pas dix. Ils ont demandé aux ouvriers avec des voitures de bien vouloir les enlever pour s’en servir.

20 batteries de voiture ont été proposées. Mais ils en avaient besoin de plus. Beaucoup plus, pour surveiller la situation des réacteurs 3 et 2. Les systèmes de surveillance de la salle de contrôle centrale étaient dans le noir, par manque d’électricité. Ils avaient besoin de 50, 100 batteries.

La ville d’Iwaki se trouve à 30 km au sud de la centrale et il y avait des magasins de fournitures pour auto. Donc, des ouvriers de TEPCO décidèrent d’y aller en voiture et d’acheter des batteries au magasin.

Mais ils ne purent trouver que 8 batteries à Iwaki. L’article de l’Asahi Shinbun ne dit pas si c’était par manque d’argent ou manque de stock du magasin.

Ce n’était pas que le quartier général de TEPCO était resté assis sans rien faire. Il avait déjà demandé 1000 batteries à Toshiba le 12 mars et s’était arrangé pour les faire venir immédiatement à la centrale.

Il y avait un problème. Il fallait une autorisation du gouvernement, apparemment, pour transporter ces nombreuses batteries par la grande route, et l’autorisation ne venait pas facilement. Le véhicule chargé des 1000 batteries ne pouvait quitter Tokyo avant que le problème de l’autorisation ne soit résolu.

Finalement 320 batteries sur les 1000 arrivèrent à la centrale dans la soirée du 14 mars, longtemps après l’explosion du réacteur 3. Le cœur du réacteur 2 avait déjà été exposé.

Ce seul épisode, je pense, incarne ce qui fonctionne fondamentalement de travers avec les japonais en situation de crise : ils ne peuvent enfreindre les règles.
Ils n’ont donc pu surveiller les réacteurs, ouvrir la soupape de décharge, mais savaient que s’ils avaient eu des batteries, même des batteries de voitures en grande quantité, ils auraient pu faire ces deux actions. En ne le faisant pas, il y a eu une fusion du cœur et la libération d’une grande quantité de matériaux radioactifs. Ce n’était pas l’heure d’observer les règlements imposés par la société ou le gouvernement.

1. Au lieu de faire de la route pour aller à Iwaki pour acheter des batteries de voiture, ils auraient pu arrêté des voitures et des camions en dehors de la centrale, demandé, supplié, menacé les conducteurs pour qu’ils donnent leur batterie pour éviter de multiples fusions à la centrale.

Qu’auraient fait les conducteurs ? Refuser ? Je pense que non. Ils pouvaient même demander aux habitants de passer le mot que la centrale avait besoin de batteries de voiture pour empêcher une catastrophe nucléaire.

Ils auraient pu demander aux forces d’auto-défense de réunir pour eux des batteries dans le voisinage. Les forces d’auto-défense auraient pu dire  »non », malgré tout, ayant besoin d’une autorisation du premier ministre.

2. En allant à Iwaki, ils auraient pu simplement prendre les batteries, au lieu d’essayer de les acheter, si le manque d’argent était le problème. Cela a été la plus grande urgence dans la vie d’entreprise de TEPCO. Ils auraient pu simplement dire aux gérants de magasin d’apporter toutes les batteries en stock et de les prendre. Ils pouvaient écrire un mot disant combien de batteries et à quel prix et TEPCO aurait payé plus tard, après la réparation des réacteurs.

Qu’auraient fait les gérants de magasin ? Refuser de donner des batteries à TEPCO sans être payés ? Je ne le pense pas.

3. Si le gouvernement faisait des histoires pour l’autorisation du transport des batteries, Toshiba ou TEPCO (je ne sais pas qui était responsable du transport) aurait pu dire au gouvernement d’aller se faire voir et de démarrer.
 Ou de ne rien dire au gouvernement et de partir.

Qu’aurait fait le gouvernement ? Stopper les camions par la force ? Quand des réacteurs étaient sur le point d’exploser ? Je ne le pense pas.

4. De même, si le gouvernement japonais faisait les casse-pieds même dans une telle urgence, TEPCO aurait pu demander l’aide du gouvernement et de l’armée US. Pourriez-vous nous apporter des batteries ? L’armée américaine aurait pu facilement transporter des batteries dans leurs chinooks (hélicoptères?). Le gouvernement et l’armée américaine auraient-ils dit  »Non, nous ne pouvons rien faire, sans une requête de votre gouvernement  » ? Quand le transport de batteries aurait pu sauver les réacteurs d’une fusion ? Je ne le pense pas.

Qu’aurait fait le gouvernement japonais au gouvernement/armée américaine ? Se fâcher parce que les US auraient aidé a stopper les fusions ? Laissez-les se fâcher.

50 ou 100 batteries auraient pu ou non empêché les fusions, mais au moins ils auraient donné aux ouvriers sous la responsabilité du responsable de la centrale Masao Yoshida une chance – une meilleure prise de la situation, un peu plus de contrôle sur les réacteurs, et la capacité de réduire la pression pour pouvoir continuer à injecter de l’eau facilement et empêcher le cœur d’être exposé.

Combattre ou s’enfuir (force extraordinaire de la scène de l’incendie). TEPCO a essayé de combattre, c’est très apparent dans les vidéos de la téléconférence. Mais ils ont tenté de le faire dans les limites des règles et normes socialement acceptable au Japon en temps de paix quand les réacteurs nucléaires fonctionnent normalement.

Quand j’ai lu l’article de l’Asahi pour la première fois, la vérité est qu’il ne m’est pas venu à l’idée que TEPCO aurait pu enfreindre toutes les règles dans une urgence de ce genre. J’ai juste pensé  »Les bureaucrates sont des bureaucrates, peu importe » pour l’autorisation de transporter les batteries de Toshiba sur la grande route. J’en ai parlé à un ami américain, qui m’a dit immédiatement,  »Pourquoi devaient-ils attendre pour une autorisation dans une situation comme ça ? »

Après tout, je suis japonais. J’ai pensé comme TEPCO.

 
par Hélios 
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