France: Risque de coupures d’électricité accru cet hiver

L’ouest de l’Europe pourrait être confronté à des coupures de courant cet hiver en raison du vieillissement des centrales nucléaires françaises et belges, l’Allemagne ayant déjà réduit sa production issue de l’atome. Par Muriel Boselli et Vera Eckert. Les Echos 10/10/2012. PARIS/FRANCFORT, (Reuters) 

Des pannes localisées pourraient apparaître en cas de conditions climatiques extrêmes, qui provoqueraient en outre une forte hausse des prix sur le marché européen de l’électricité fournisseur d’industries écrasées par le coût de l’énergie.

A l’approche de l’hiver, responsables politiques et énergéticiens subissent une forte pression pour trouver en amont des solutions qui atténueront les risques de coupures.

En France – pays le plus dépendant du nucléaire au monde – un tiers des centrales sont arrêtées pour maintenance et les retards de remise en activité s’accumulent depuis six mois.

L’Allemagne a d’ores et déjà fermé ses huit plus vieux réacteurs après la catastrophe de Fukushima.

En Belgique, deux réacteurs – à Tihange et Doel – ont été arrêtés après la découverte de fissures potentielles sur la cuve.

« Evidemment, on a des probabilités plus élevées que si on avait gardé ces centrales et plus d’inquiétudes face à des scénarios extrêmes », a dit à Reuters Fabien Roques, directeur de la branche européenne de l’électricité au centre IHS CERA.

Une vague de froid associée à des conditions anticycloniques – pas de vent – et à un temps très couvert représenterait un exemple de ces conditions extrêmes, dit-il.

« Ce serait la situation catastrophe, pas juste en Allemagne mais aussi dans les pays voisins, des températures extrêmement froides, pas de vent et des nuages qui passent, évitant la production solaire », ajoute-t-il.

Les importations d’électricité permettent aux pays européens d’ajuster en permanence leur production intérieure à la demande grâce à un réseau d’interconnexions. Entre la France et l’Allemagne, elles peuvent atteindre jusqu’à l’équivalent de cinq réacteurs nucléaires en puissance.

Mais depuis le début de 2012, l’Allemagne a vu ses importations d’électricité française chuter de 40%, quand elle comptait sur elles pour compenser la baisse de sa production nucléaire.

APPEL AU CIVISME

En février dernier, la vague de froid qui a touché l’ouest de l’Europe a provoqué en France un record de consommation à plus de 102.000 mégawatts (MW), obligeant le pays à importer 9.000 MW à ses voisins, notamment allemands.

Mais une telle situation serait plus critique aujourd’hui, en raison de la disponibilité d’une partie du parc nucléaire français, passée de 95% en février à 73% à l’heure actuelle.

Si une vague de froid apparaissait très tôt cet hiver, EDF , qui n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet, pourrait ne pas être en mesure de reconnecter assez rapidement ses réacteurs, a indiqué un trader.

De plus, les éoliennes du nord de l’Europe, en Allemagne mais aussi en Belgique et au Danemark, ont fonctionné à plein régime pendant la vague de froid de février. Une conjoncture salutaire qui pourrait ne pas se reproduire cette année, souligne Fabien Roques.

La France sera d’autant plus sensible au secours des énergies renouvelables européennes qu’elle manque de capacité dans sa production dite « de pointe », traditionnellement fournie par les centrales thermiques à gaz, charbon ou fioul.

Ces centrales permettent de répondre aux pics de consommation, notamment vers 19h en hiver quand les ménages allument chauffage et appareils électroménagers.

« Si la production est insuffisante, plusieurs solutions existent comme un appel au civisme pour faire baisser le chauffage » rappelle Jean-Marie Chevalier, économiste spécialiste de l’énergie à l’université Paris-Dauphine.

Il précise que des techniques d' »effacement » existent, comme le fait de couper volontairement l’électricité « pendant une heure ou deux dans les quartiers où il n’y a pas d’hôpitaux ».

Les experts soulignent qu’il devient urgent de développer ces techniques, afin d’effacer des pics de consommation qui progressent à chaque nouvelle vague de froid.

« Nous, ce que nous anticipons dans les années qui viennent c’est un développement de l’effacement aussi bien chez les industriels que chez les particuliers en réponse à la mise en ÷uvre d’incitations tarifaires », ajoute Fabien Roques.

CHAUFFAGE ÉLECTRIQUE: « AU-DELÀ DU RAISONNABLE »

En France, les vagues de froid ont un impact très fort sur la consommation : les gouvernements successifs ont abondamment favorisé l’équipement en chauffage électrique afin d’absorber l’électricité de ses 58 réacteurs nucléaires.

A l’inverse, les ménages allemands se chauffent principalement au gaz et au fioul.

« La France a favorisé le chauffage électrique au-delà du raisonnable. Donc, pendant les pics de froid, il y a une très forte demande additionnelle qui est difficile à gérer », note Jean-Marie Chevalier.

Chaque diminution d’un degré de la température extérieure provoque une augmentation de la consommation d’électricité de 2.300 MW à 19 heures, soit l’équivalent de la consommation électrique d’une ville comme Marseille.

Ainsi, tandis que la France compte 15 millions d’habitants de moins que l’Allemagne, sa consommation d’électricité peut atteindre le double de celle de sa voisine.

Elle observe également beaucoup de retard sur les capacités en énergies renouvelables : l’Allemagne cumule 60.000 MW de solaire et d’éolien, soit l’équivalent du parc nucléaire français.

(Mais si cette électricité « verte » fournit une alternative lorsque les conditions climatiques sont favorables, elle peut aussi s’avérer inutile pendant les pics de consommation, entraînant de fortes hausses des prix. ( ?)

(Avec Marion Douet, édité par Yves Clarisse)

  • Tensions sur la production nucléaire
  • La France plus sensible au froid que ses voisins
  • Le renouvelable allemand égal au nucléaire français

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