OGM : les ex ministres de l’Ecologie plaident pour Séralini

Le 27 novembre, Lepage, Voynet , Jouanno, Royal et Koziusko-Morizet soutiendront publiquement l’auteur de l’étude sur la toxicité du maïs OGM.Par   Nouvel Obs 22-11-2012 

Mardi 27 Novembre, à 17h30, au Marché des Enfants-Rouge, dans le Marais à Paris, cinq anciennes ministres de l’Ecologie Corinne Lepage, Dominique Voynet , Chantal Jouanno,Ségolène Royal et Nathalie Koziusko-Morizet viendront soutenir la démarche du chercheur en biologie moléculaire Gilles-Eric Seralini et exiger une refonte de l’évaluation des plantes agricoles génétiquement modifiées.

Il y a un mois, Ségolène Royal, Dominique Voynet et Corinne Lepage sont déjà montées au créneau pour réclamer, dans unetribune parue dans le journal « 20 minutes », une révision des autorisations de mise sur le marché du maïs Monsanto K603 et du Round Up.

Cette mobilisation des anciennes ministres fait suite à la polémique née de l’étude du professeur Séralini.   

Dans ce texte, elles déclaraient se réjouir « de la volonté exprimée par le gouvernement (…) de remettre à plat les systèmes d’évaluation des OGM et des pesticides » après la polémique née de l’étude du professeur Gilles-Eric Séralini. « En attendant que soient réalisées les nouvelles études et afin de s’assurer de la protection de la santé humaine, en l’absence de mesure de suspension du NK603 et du Round Up, nous demandons que soient revues, comme le permettent les textes communautaires et nationaux, les études qui ont permis (leur) autorisation de mise sur le marché », écrivaient-elles.

Guillaume Malaurie

Ségolène Royal et Corine Lepage, le 14 septembre 2012. (MOUSSE-POOL/SIPA)

Ségolène Royal et Corine Lepage, le 14 septembre 2012. (MOUSSE-POOL/SIPA)

Publicités

OGM : la guerre secrète pour décrédibiliser l’étude Séralini

Pour décrédibiliser définitivement l’étude controversée du professeur Gilles-Eric Séralini tendant à démontrer la nocivité potentielle des OGM, il y aurait un moyen simple : obtenir de la très sérieuse revue Food and Chemicals Toxicology (FCT) qui l’a publiée, qu’elle se rétracte et « retire » l’étude de la liste de ses publications.

C’est à quoi s’emploient de nombreux experts, dans une bataille qui ressemble à un mouvement orchestré. Une véritable guerre de relations publiques où tous les coups sont permis. Benjamin Sourice Journaliste pigiste Le Monde 12/11/2012 

La revue scientifique a reçu de nombreuses lettres de détracteurs. Elle en a publié une vingtaine, ainsi qu’une « réponse aux critiques »que l’équipe Séralini à également mises en ligne. Débat scientifique légitime, me diriez-vous ? Pourtant, derrière la cohorte des titres universitaires affichés, se dessine une « biotech-sphère » où s’entremêlent chercheurs en biotechnologie, spécialistes en politique de régulation et représentants de l’industrie.

Ces partisans de la biotechnologie dénoncent la « mauvaise science » (« junk science ») de ces « chercheurs-militants » systématiquement présentés comme des « activistes liés à la cause écologiste » et « animés d’intérêts personnels ».

Un réseau international

L’une des premières lettres publiées est collective. Elle est signée par 26 personnes, pour la plupart des scientifiques, dont le détracteur national de Séralini : Marc Fellous de l’Association française pour les biotechnologie végétale.

L’AFBV est également derrière le communiqué vengeur des Académies [PDF] dénonçant l’« orchestration de la réputation d’un scientifique […] pour répandre des peurs » ou insistant sur le profil « militant » de Gilles-Eric Séralini.

Nombre des co-signataires, aux côtés de Marc Fellous, sont liés au groupe pro-OGM Agricultural biotechnology world (AgBioWorld) animé par le généticien C.S Prakash, lui-même signataire de la lettre collective.

Prakash et son organisation sont également les auteurs de deux pétitions [la première recueille 57 signatures  ; la seconde 731] pour réclamer « la diffusion des données brutes » de Gille-Eric Séralini. Etonnamment, les premières signatures de chaque pétition correspondent aux mandataires de lettres envoyées à la revue FCT.

Campagnes virales et diffamation

En 2002, le quotidien britannique The Guardian révélaitqu’AgBioWorld avait joué un rôle majeur dans une « campagne virale » de diffamation contre le lanceur d’alerte Ignacio Chapelaaprès qu’il eu découvert la pollution génétique du maïs mexicain.

L’enquête indique que le site de l’association était hébergé par le cabinet de communication Bivings, mandaté par Monsanto et dirigé par un certain Jay Byrne.

Celui-ci utilisait de fausses identités (« Mary Murphy et Andura Smetacek ») pour parler au nom « de la communauté scientifique » et insister sur les liens de Chapela avec les écologistes, assimilés à des « terroristes » et des « vandales ».

La société Bivings a été dissoute en décembre 2011 suite à une cyber-attaque des Anonymous dans la cadre de l’opération « End Monsanto ». Mais Byrne a depuis repris ses quartiers à Saint Louis (Illinois, USA), où siège Monsanto, avec sa nouvelle société V-fluence.

C’est le même type de stratégie de diffamation que suit Henry Miller, signataire du courrier collectif à FCT, référent « régulation sanitaire » d’AgBioWorld et membre du think-tank néoconservateurHoover Institution.

Dans une série d’articles publiée par Forbes, il qualifie l’étude Séralini de « frauduleuse » et dénonce les « profiteurs de peur » issus d’une « industrie de la protestation financée par les intérêts du bio ».

Or, cette tribune au vitriol est cosignée… par Jay Byrne. Le magazinea dû révéler a-posteriori son CV de responsable de la communication virale pour Monsanto (1997-2001).

Le CV de Henry Miller est tout aussi intéressant puisqu’il s’agit du « père fondateur » (1989-1994) de la réglementation des OGM au sein de l’Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and drug administration). Il est l’architecte, avec l’ancien avocat de Monsanto Michael Taylor, du fameux« principe d’équivalence en substance », la pierre angulaire de la réglementation des OGM dans le monde entier.

Des conflits d’intérêts masqués

Autre tactique saisissante parmi les détracteurs de Séralini : dissimuler leur lien avec l’industrie en se présentant systématiquement comme des scientifiques rattachés à des universités ou des centres de recherche.

Il en va ainsi pour Anthony Trewavas et Bruce Chassy, référents « biologie » et « OGM » d’AgBioWorld. Tous deux auteurs de courrier réclamant la rétractation de Food and Chemicals Toxicilogy.

Se présentant comme professeur émérite en sécurité alimentaire à l’université de l’Illinois, Chassy est un lobbyiste ayant participé à la rédaction de travaux pour Dow Chemicals, autre géant des biotech, afin de simplifier, voir supprimer, les réglementations sanitaires sur les OGM. Il est également le directeur de publication, avec un salarié de Monsanto, de deux rapports d’orientation [2004, PDF ; 2008, PDF] sur la réglementation des OGM pour l’International life science institute (ILSI), le principal lobby sur les questions scientifiques touchant à l’agroalimentaire.

A noter que deux dirigeants du panel OGM de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA), Harry Kuiper, qui l’a dirigé pendant près de dix ans (2003-2012) et Gijs Kleter, son actuel vice-président, ont travaillé sur ces documents stratégiques de l’ILSI sous la direction de Chassy.

Par ailleurs, si trois auteurs de lettres spécifient ouvertement leur lien contractuel avec Monsanto, le Dr. Andrew Cockburn se présente modestement comme « toxicologiste à l’université de Newcastle ». Pourtant, jusqu’en 2003, M. Cockburn était Directeur Scientifique pour Monsanto Europe/Afrique avant de monter sa société de lobbying Toxico-Logical Consulting Ltd

Et puisque ce monde est petit, le Dr. Cockburn est égalementdirecteur du Groupe d’Experts de l’ILSI sur l’évaluation des aliments contenant des nano-matériaux…

Un lobby à 13 milliards de dollars

La litanie des conflits d’intérêts et autres positionnements pro-biotech de la cinquantaine de détracteurs publics de l’étude Séralini pourrait se poursuivre sur des pages. On croise des représentants de syndicats indiens de promotion des biotechnologie, d’autres souhaitant stopper la faim dans le monde avec une ration d’OGM, ou encore des spécialistes de la communication pro-OGM (David Tribe) et autres lobbyistes travaillant entre São Paulo (Lucia de Souza), Washington et Bruxelles, le triangle d’or des OGM…

Un monde clos qui réagit de façon épidermique à l’étude Séralini, celle-ci menaçant la stratégie commerciale bien huilée d’une industrie des semences OGM engrangeant 13 milliards de dollars en 2011. Face au poids de ce lobby, déterminé à enterrer toute voix discordante, la revue Food and Chemicals Toxicology pourra-t-elle résister ?

OGM : le Haut conseil des biotechnologies réfute les conclusions de Séralini

L’étude de Gilles-Eric Séralini est de nouveau remise en question. Lundi 22 octobre, le Haut conseil des biotechnologies (HCB) a réfuté les conclusions du biologiste de l’université de Caen sur la toxicité d’un maïs génétiquement modifié, mais il a recommandé une étude « indépendante » de long terme sur ce maïs. Le Monde.fr avec AFP  22.10.2012 

Bof, on s’attendait à cette position du lobby agrochimique. Comme en matière nucléaire ces gens veulent faire  la loi. 

Maïs génétiquement modifié au Mexique.

Le HCB, mandaté par le gouvernement pour examiner, pendant un mois, l’étude controversée, estime qu’il n’y a « pas de causalité entre les événements observés et la consommation de maïs NK603, traité ou non avec l’herbicide Roundup ». Selon cette étude, la consommation du maïs transgénique NK603 et d’un herbicide contenant du glyphosate (Roundup) de Monsanto par des rats était associée à un risque accru de tumeurs.

« Le dispositif expérimental mis en œuvre est inadapté aux objectifs de l’étude », juge également le HCB. Et de relever « un nombre de rats par groupe insuffisant (…) pour pouvoir conclure à des effets statistiquement significatifs ». L’organisme relève en outre une « présentation des résultats parcellaire et imprécise ».

Lire :  Le protocole d’étude de M. Séralini présente des lacunes rédhibitoires et OGM : les vrais et faux arguments du Pr Séralini

« Les conclusions d’effets délétères de la consommation de maïs NK603 ne sont pas soutenues par l’analyse des résultats présentés dans l’article », publié dans la revue scientifique Food and Chemical Toxicology le 19 septembre, conclut le HCB. L’organisme estime donc que « cet article ne remet pas en question les conclusions des évaluations précédentes sur cet OGM ».

MENER UNE ÉTUDE « INDÉPENDANTE »

 

Le biologiste Gilles-Eric Séralini (au centre), dans son laboratoire, à Caen, en septembre 2012.

 

Le HCB recommande toutefois qu’une « étude de long terme, indépendante et contradictoire soit entreprise sous l’égide des pouvoirs publics quant à la sécurité sanitaire du maïs NK603 ». Tout en jugeant que l’article du Pr Séralini« n’est pas conclusif », le Haut conseil veut néanmoins « répondre aux interrogations de la société » sur l’innocuité de ce maïs OGM.

Gilles-Eric Séralini avait estimé, la semaine dernière, avoir été « extrêmement mal reçu » au HCB. « Je ne comprends pas cette agressivité de la part d’agences, si ce n’est que mon travail démontre leur laxisme », a-t-il déclaré. Le Pr Séralini a reconnu que son étude avait « des limites statistiques, comme toutes les études faites avec dix rats » par groupe étudié. « Mais l’EFSA [l’agence européenne] a autorisé des maïs transgéniques sur la foi d’études avec 5 ou 6 rats, des travaux produits par l’industriel lui-même qui ne communique pas les données brutes de l’étude », déplore le biologiste.

Lire : OGM : Séralini appelle à mettre fin à quinze ans de ‘débat stérile’

FEU DE CRITIQUES

Depuis la publication de son étude, le travail du chercheur a été sous le feu des nombreuses critiques de la communauté scientifique. Vendredi, fait rare, six académies nationales (agriculture, médecine, pharmacie, sciences, technologies et vétérinaire) ont publié un texte commun dans lequel elles se montrent très sévères avec l’étude en question : « un non-événement scientifique » dont « les nombreuses insuffisances » ne permettent « aucune conclusion fiable ». Plusieurs aspects de son étude sont visés : la taille des échantillons, le type de rats utilisés pour l’expérience (connu pour développer des tumeurs), le manque de précisions sur la composition des menus administrés aux rats, la faiblesse des modèles statistiques.

Lire : OGM : six académies pointent les insuffisances » de l’étude Séralini »

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait également estimé que l’étude de M. Séralini était « inadéquate » et « insuffisante » pour remettre en question l’innocuité de ce maïs. L’agence sanitaire allemande est allée dans le même sens.

Lire : L’étude sur les OGM de M. Séralini rejetée par les experts européens

L’agence sanitaire française (Anses) doit rendre son avis cet après-midi. Le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll attend pour prendre position sur le dossier, mais il a indiqué que, « quoi qu’il arrive », il souhaite « poser la question globale des protocoles d’autorisation sur les OGM ». La France, comme d’autres pays (Autriche, Hongrie, Grèce, Luxembourg, Roumanie, Bulgarie), a déjà pris ses distances avec certaines décisions européennes sur les OGM, comme sur le maïs MON810 de Monsanto, dont elle interdit la culture.

OGM, Lepage : l’EFSA a manqué à une déontologie élémentaire

L’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu un avis qui tend à invalider l’étude du chercheur Séralini sur la toxicité des OGM. Pour Corinne Lepage, auteure d’un livre récemment publié sur ce sujet, il pourrait bien y avoir un conflit d’intérêts mettant en évidence un manquement déontologique grave de la part de l’EFSA. Explications.Par  Présidente de CAP21 Édité par Gaëlle-Marie Zimmermann   Nouvel Obs le Plus 07-10-2012 

Rat avec tumeurs de l'étude de Séralini sur les OGM (- / CRIIGEN / AFP)Rat avec tumeurs, dans le cadre de l’étude de Séralini sur les OGM (CRIIGEN / AFP)

La méthode d’évaluation de l’étude sur les OGM est assez surprenante car assez inhabituelle de la part d’une agence.

Une fois de plus, elle prouve la manière dont l’EFSA couvre sa propre responsabilité dans le dossier OGM et la façon dont elle se protège. Reconnaître la validité de l’étude reviendrait à couper la branche sur laquelle elle s’est assise depuis des années, puisque tous les avis qu’elle a rendus sur les OGM étaient positifs.

L’EFSA se contente de compiler les arguments des détracteurs de Séralini

D’ailleurs, le pré avis fourni par l’EFSA me laisse perplexe car on y retrouve mot pour mot les critiques et les attaques fournies par les opposants à l’étude. De la race des rats, aux nombres de rats par cohorte, en passant par les protocoles OCDE invoqués en cancérogénèse (alors qu’il s’agit d’une étude de toxicologie), l’agence ne semble rien faire d’autre que copier-coller les arguments des détracteurs de Gilles-Eric Séralini. Et ceci sans même se rendre compte que les avis qu’elle-même a fournis l’ont été sur des critères qui se sont révélés bien moins exigeants que sur l’étude en question.

Alors quand j’apprends avec consternation que le peer reviewier, (c’est-à-dire l’expert examinateur de l’étude) qui a travaillé au pré avis rendu par l’EFSA jeudi dernier, est en fait l’un des rédacteurs de l’avis qui a été soumis au panel OGM en 2003, je note une fois de plus, un non-sens et un conflit déontologique. Cela le rend en même temps juge et partie sur cet avis.

Malgré les engagements de réforme donnés aux députés européens lors de son audition en commission Environnement santé publique et sécurité alimentaire, le 20 septembre dernier, l’EFSA prouve les lacunes liées à l’évaluation de risques sanitaires alors que les européens ont besoin de confiance et de transparence. La mission de l’EFSA est d’assurer la sécurité des européens et non de couvrir des évaluations insuffisantes.

On ne peut pas être à la fois juge et partie : l’EFSA doit en tirer les conclusions

L’organisation de sa responsabilité est totalement à revoir. L’article 23 du fonctionnement de l’EFSA prévoit que les tâches de l’Autorité sont les suivantes:

1. Veiller à ce que le public et les parties intéressées reçoivent rapidement une information fiable, objective et compréhensible dans les domaines qui relèvent de sa mission ;

2. Exprimer de manière autonome ses propres conclusions.

La remise en cause par l’agence de l’étude de Gilles Eric Séralini devrait conduire, si cela était suivi dans l’avis, à remettre en cause toutes les autres études et  corollairement à publier toutes les données brutes de toutes les études.

J’avais lors de l’audition attiré l’attention de la directrice de l’EFSA sur le fait que les pairs ayant à évaluer cette étude ne devaient pas être les mêmes que ceux qui avaient travaillé à l’avis initial. Manifestement l’EFSA fait la sourde oreille, ne voit pas l’utilité de travailler avec ce type d’experts  ou fait fi de toute déontologie.

Les évaluateurs ne devraient pas être les normalisateurs. Mais là encore, le travail reste totalement à faire. En témoigne le profil du deuxième examinateur de l’étude Alberto Mantovani. Il représente le panel pesticides de l’EFSA, pour la relecture de l’étude de Gilles Eric Séralini, et s’avère aussi membre de l’Endocrine Disrupters Tesing and Assessment – EDTA Task Force de l’OCDE qui fait les normes. La boucle est bouclée.

Catherine Geslain-Lanéelle doit en tirer les conclusions utiles en démissionnant.

EXCLUSIF OGM : Séralini répond à ses détracteurs

A en croire ses contradicteurs, dont beaucoup sont liés à l’industrie agro-alimentaire, M. Séralini aurait réalisé une étude sans aucune valeur. Il était temps de lui redonner la parole. C’est ce que Reporterre a fait, calmement, pour comprendre les arguments scientifiques et revenir à un débat réfléchi. Reporterre – 4 octobre 2012
 

 


Le professeur Gilles-Eric Séralini et son équipe scientifique ont publié le 19 septembre dans la revue Food and Chemical Toxicogology une étude concluant à la dangerosité d’un régime alimentaire comprenant un maïs transgénique résistant au pesticide Roundup.

Accompagnée d’une vaste opération de communication (film et livre grand-public lancés au même moment), cette publication a suscité un fort émoi public. Très rapidement se sont déclenchés des contrefeux vigoureux : lescritiques se sont multipliées, contestant la valeur scientifique de l’étude. Si certaines émanent de chercheurs honnêtes, avec qui Reporterre est en relation, beaucoup sont mises en scène par le lobby agro-industriel, tandis que des censeurs parmi les plus virulents sont nettement liés à l’industrie chimique.

Dans cette polémique, l’enjeu de la véracité des faits étudiés tend à se perdre. C’est pourquoi il a paru nécessaire à Reporterre de redonner la parole à Gilles-Eric Séralini, calmement, pour connaître ses réponses aux arguments, légitimes mais pas définitifs, que lui opposent ses contradicteurs.

Voici ses réponses :

M. Séralini explique d’abord les grandes lignes de l’étude qu’il a dirigée.

Première question : le contrôle de micotoxines dans la nourriture des animaux étudiés n’est pas détaillé dans l’article publié. A-t-il été bien mené ?

M. Séralini répond que l’expérience a suivi toutes les règles relatives aux« bonnes pratiques de laboratoire » suivies par les établissements d’expérimentation. La composition de la nourriture et la présence des mycotoxines et autres éléments étaient précisément contrôlées. Mais il n’était pas possible d’indiquer tous ces détails dans l’article princeps, c’est-à-dire principal.

Celui-ci devrait être suivi, si l’on comprend bien, d’autres articles détaillant les conditions de l’expérience.

Deuxième question : les groupes témoins de rats mâles et femelles étaient trop restreints dans l’étude, ne comportant que dix animaux. Cela n’enlève-t-il pas la valeur des résultats trouvés ?

M. Séralini répond qu’on peut toujours faire mieux. L’idéal aurait été d’avoir soixante-cinq rats par groupe. Mais c’est impossible [en raison du coût que cela représente, comprenons-nous]. Toutes les études se font habituellement avec des groupes de dix rats. M. Séralini souligne qu’il n’a pas mené une étude de cancérogenèse [c’est-à-dire visant à vérifier si le produit étudié provoque des tumeurs cancéreuses], mais une étude de toxicologie [étudiant des effets toxiques, qu’elle qu’en soit la nature], qui est « la première étape » avant une étude de cancérogenèse. Les normes OCDE pour ces études demandent qu’il y ait dix rats par groupe.

Troisième question : sur dix individus par groupe, la valeur statistique des résultats observés sur les groupes est très faible.

M. Séralini répond que l’on peut dire cela de toutes les études. Il affirme que 98 % des études toxicologiques de recherche portent sur trois à quatre rats par groupe. Et que les études réglementaires sur les OGM, qui ne durent que trois mois [alors que son étude a suivi les animaux pendant deux ans], comprennent dix rats par groupe. C’est d’ailleurs, dit-il, un reproche qu’ont émis les agences réglementaires à l’égard d’un test présenté par la société Monsanto ; mais elles n’ont pas exigé le retrait du maïs transgénique concerné.

Quatrième question : la souche de rats utilisée, Sprague-Dawley, présente des spontanément des tumeurs cancéreuses.

M. Séralini répond que cette souche de rats est utilisée dans presque tous les tests, et c’est en particulier la souche qui a servi pour homologuer tous les OGM. L’étude de M. Séralini a duré plus longtemps, et il est exact que des tumeurs se développent en fin d’expérience. Mais ce qui compte, « c’est le différentiel par rapport au [groupe] contrôle ». Et il faut aussi une souche« suffisamment sensible aux tumeurs pour représenter quelque chose de proche de l’humain ». Ici, l’étude a montré les perturbations hormonales [induites par l’alimentation comprenant un OGM et le pesticide Roundup].

Par ailleurs, il y a de nombreuses observations sur chaque rat, donc de nombreuses valeurs qui, par des méthodes statistiques complexes, ont permis de mettre en évidence diverses corrélations. Les observations ont été de plusieurs types : anatomo-pathologiques, biochimiques, micro-biologiques, et comportementales.

Cinquième question : d’autres études ont été menées avec des animaux nourris aux OGM sur de longues durées. L’étude dirigée par le professeur Séralini ne serait donc pas exceptionnelle. L’intervieweur produit trois études.

M. Séralini répond que ces trois études ne sont pas toxicologiques. Il précise que l’étude qu’il a dirigé est la plus longue, « vie entière », sur cet OGM, le maïs NK 603. Il souligne qu’il n’existe pas, par ailleurs, d’étude à longue durée sur l’exposition au pesticide Roundup, qui est le plus répandu dans le monde. Des études existent sur son composant principal, le glyphosate, mais pas sur le Roundup en tant que tel.

Sixième question : si les OGM ont des effets aussi néfastes que semble l’indiquer l’étude de M. Séralini, pourquoi ne les observe-t-on sur les animaux et les populations qui consomment des OGM, notamment aux Etats-Unis, depuis plus de dix ans ?

M. Séralini répond qu’il n’y a pas de traçabilité dans ce pays sur les OGM, et que l’on ne peut donc pas y mener une étude épidémiologique sur les aliments transgéniques. Il se trouve qu’on observe énormément de pathologies hépato-rénales. On ne peut pas les attribuer aux OGM et au Roundup, mais les produits mal évalués pour la santé peuvent en être responsables.

Septième question : que se passe-t-il en Argentine et au Brésil qui cultivent à grande échelle les produits transgéniques.

M. Séralini répond qu’il est dommage que seule une petite équipe comme celle qu’il dirige à Caen étudie les effets du pesticide Roundup. Il y a un vrai doute sur la manière dont on évalue les maladies chroniques. Le système hormonal semble perturbé par ces produits. Il est anormal qu’il n’y ait pas d’études à long terme sur ce type de produits.

Propos recueillis par Eduardo Febbro et Hervé Kempf


 

Source : Reporterre

Photo : nouvelobs.com

Cette interview a été reprise sur Rue 89 en amicale association

 

Les OGM vus de Bruxelles : circulez, il n’y a rien à voir !

La note publiée par l’Efsa (l’agence de sécurité alimentaire européenne) estime l’étude publiée par Gilles Eric Séralini comme « de qualité scientifique insuffisante  pour être considérée comme valable pour l’évaluation des risques ». Mieux : l’Efsa « ne voit pas la nécessité de réexaminer sa précédente évaluation de l’innocuité du maïs NK603, ni tenir compte de ses conclusions dans l’évaluation du  glyphosate ». Guillaume Malaurie, Nouvel Obs jeudi, 04 octobre 2012.

Clair, net  et sans curiosité excessive. Les rats de Séralini sont donc morts en excellente santé. Dans le genre bulle papale et excommunication, il est difficile de faire plus cassant. Les arguments sont pourtant les mêmes que ceux évoqués ces deux dernières semaines par les détracteurs de l’équipe de Caen.

Les rats choisis, disent-ils, sont connus pour être sensibles au développement de tumeurs. Un constat que Gilles-Eric Séralini n’a jamais nié. S’il a pris ces rats, c’est d’abord, dit-il, parce qu’ils sont standards dans ce type de recherche et que c’est précisément cette même race qu’utilise Monsanto pour son étude à 90 jours sur un maïs OGM.

Un écart qui laisse l’Efsa mutique

 Mais  ce qui fait tout l’intérêt de son étude, c’est le fait que les rats nourris aux maïs OGM déclenchent les tumeurs et les affections du rein et du foie très tôt (une explosion vers les 12e et 13e mois) alors que les rats non traités ne déclencheront en moyenne  des tumeurs qu’en fin de  vie. Soit dix mois plus tard. Or ce sont des rats issus de la même espèce. Sauf que les uns ont été nourris au maïs OGM le plus souvent traité au Roundup et les autres non.

Une différence de dix mois chez le rat, vulnérable ou non aux tumeurs,  c’est un écart de 40 à 45 ans chez l’Homme. C’est cet écart qui est bien évidemment significatif et qui fait débat. C’est cet écart qui est glaçant. Et qui semble laisser étrangement mutique l’Efsa.

Un nombre de rats équivalent à celui utilisé par Monsanto

L’autre argument, c’est le nombre  insuffisant de rats. Selon « le protocole OCDE », il en faudrait 50 par groupe et non 20. C’est exact. Sauf que « le portoco l’OCDE » n’en recommande  50 par groupe que lorsqu’il s’agit d’une étude de « cancérogénèse ». Or l’étude de Séralini ne portait  pas sur la  cancérogenèse mais  sur la toxicologie.  Nuance de taille, mais zappée par l’Efsa ….

Une précision qui est pourtant tout à fait limpide dans l’intitulé même de la recherche de Séralini. Celui-ci n’imaginait d’ailleurs pas cette explosion de tumeurs. Et pensait plutôt que se produiraient des affections aux niveau des reins et du foie.

Le nombre de rats, qu’il souhaitait plus important, est  enfin équivalent à celui utilisé   par Monsanto dans ses propres études sur les animaux. Des études qui, à l’époque,  ne faisaient pas sourciller l’Efsa.

Au moins pouvait-on espérer que l’agence, après avoir « excommunié » Séralini  sans l’entendre, exprime le souhait de diligenter des études de type « vie entière »  avec autant de rats qu’elle le souhaite. Qui le lui interdit ? Pourquoi n’est-ce pas même envisagé ?  Pourquoi d’ailleurs ce ne fut jamais envisagé ? Mystère. Mais c’est comme ça et pas autrement.  

Oui, pourquoi pas un traître mot sur cette éventualité ? Aucun doute ne semble effleurer cette agence, qui s’est pourtant fait étriller récemment pour des conflits d’intérêt sur les OGM mis au jour en son sein. Et jusqu’au niveau de sa présidente qui fut contrainte de démissionner.

Exit les doutes

Force est de contaster que l’Efsa fait  preuve  d’un esprit de fermeture inquiétant. Comme si une certitude scientifique  se devait d’être intangible et ne jamais se confronter à l’expérience. L’agence  accrédite en outre l’idée que son souci majeur est de continuer à avoir raison et non d’explorer les doutes nouveaux qui surgissent pour les invalider ou les valider de telle manière que  la sécurité alimentaire des Européens dont elle a la charge soit garantie.  

Donc : exit les doutes ! Exit les recherches qui ne sont pas raccord. Et tant pis pour les consommateurs qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Les craintes d’une grande majorité d’Européens concernant les OGM semblent sans intérêt aux yeux de l’Efsa et de la Commission. Des craintes qui ne valent pas le petit effort  que seraient  les expérimentations animales « vie entière » permettant de refonder ou non une confiance. Comme il est d’usage pour tester  les médicaments. Ou  les pesticides. 

Au lieu de ça, l’Efsa semble nous dire : tous des obscurantistes, ces Européens !  Des chochottes ! Nos experts ont dit ok. Une fois pour toute. Et puis le business c’est le business. Bienvenue en Eurocratie ! 

Et le Bisphénol A ?

Encore une fois : si l’étude n’est pas idéale, pas satisfaisante à ses yeux, si l’Efsa la juge bâclée, pas avec les bon rats, pas avec le bon nombre de rats, pourquoi ne la renouvelle-t-elle pas dans des conditions optimum ? Pourquoi cet autisme ? Pourquoi ce déni ? 

Parceque  l’Efsa serait infaillible  ?  S’agissant du Bisphénol A, il y a de quoi s’interroger. L’agence européenne continue à garantir mordicus son innocuité alors que l’Anses (Agence de sécurité alimentaire française) concluait cette année après une énorme mise à jour de la littérature scientifique à une suspicion sérieuse sur la santé humaine.  La connaissance évolue. L’Efsa ne voit toujours rien. 

Pour le grand public, cette guerre civile des blouses blanches est incompréhensible. Et pourtant il faut bien avancer une hypothèse pour expliquer cette fermeture d’esprit et ce refus de l’expérience.

Attendons les conclusions de l’Anses

Il faut en effet savoir que les experts de l’Efsa avaient jugé ce maïs NK603 sans danger et ils avaient donc donné leur feu vert pour sa culture en Europe. On comprendra qu’il n’est pas confortable de se dédire ou même simplement  de penser contre soi-même. Il peut être même périlleux de le faire sans engager sa  responsabilité.

Etre juge et partie, un art gymnique délicat.

Il faudra donc attendre le jugement de l’Agence de sécurité alimentaire française  (Anses) ce mois d’octobre pour obtenir un avis de sang froid. Un avis qui  a la mission d’ouvrir des perspectives nouvelles pour lever  ou pas les doutes sur les OGM et le Roundup qui lui est associé.  

Guillaume Malaurie

OGM : Séralini « Nous n’attendons rien de l’Efsa »

Le chercheur Gilles-Eric Séralini répond à l’autorité européenne de sécurité alimentaire, qui juge son étude « insuffisante » et réclame des précisions. Par  04-10-2012 

Gilles-Eric Séralini dénonce les conditions d'opacité dans lesquelles ont été réalisées les évaluations de l'Efsa. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Gilles-Eric Séralini dénonce les conditions d’opacité dans lesquelles ont été réalisées les évaluations de l’Efsa. (JACQUES DEMARTHON / AF

Le chercheur français Gilles-Eric Séralini a répondu jeudi 4 octobre à l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui a jugé son étude insuffisante. 

Le professeur de l’université de Caen, qui a dirigé une étude choc sur un maïs OGM de Monsanto, a indiqué au « Nouvel Observateur » : « Nous n’attendons rien de l’Efsa, lourdement mise en cause pour conflits d’intérêts sur les OGM, comme je l’écris dans mon livre. De plus, l’agence est juge et partie en ayant autorisé les produits que nous avons évalués à long terme et dont nous avons publié les résultats dans l’une des meilleures revues mondiales de toxicologie ». 

Gilles-Eric Séralini dénonce les conditions d’opacité dans lesquelles ont été réalisées les évaluations de l’Efsa : « L’Efsa, pour autoriser ces mêmes produits, a travaillé de manière laxiste à très court terme, avec les données problématiques et très très ‘insuffisantes’ de Monsanto, qu’elle garde anormalement secrètes. Nous demandons immédiatement un accès public sur internet à ces données ». Pour l’heure, il maintient qu’il ne donnera aucune donnée supplémentaire à l’Efsa. 

Une étude « insuffisante »

L’EFSA a jugé « insuffisante » l’étude du chercheur français sur la toxicité du maïs NK 603 du groupe Monsanto et lui a demandé de fournir davantage d’informations sous peine de la rejeter. « Sans ces éléments, il est peu probable que l’étude se révèle fiable, valide et de bonne qualité », indique l’EFSA dans un communiqué. L’examen préliminaire publié jeudi « constitue la première étape d’un processus qui se déroulera en deux phases. Une seconde analyse, plus complète, sera publiée d’ici la fin octobre », précise l’EFSA. (> Lire notre dossier ici

L’avis préliminaire est la conclusion d’une analyse de l’article publié par le chercheur français dans la revue Food and Chemical Toxicology. Les résultats de cette étude choc sur l’alimentation d’un groupes de rats avec le NK 603, publiés par « Le Nouvel Observateur », établissaient la toxicité du maïs OGM. 

Avec agences

SUR LE MÊME SUJET

Fukushima, santé-environnement, tous cobayes : Le coup de gueule de Michèle Rivasi

Le 26 septembre 2012 par Yves Leers · Michèle Rivasi est députée européenne (EELV). Fondatrice de la CRIIRAD, ce labo indépendant sur la radioactivité créé juste après la catastrophe de Tchernobyl (1986), elle se bagarre contre toutes sortes de pollutions (radioactives, ondes électromagnétiques…) qui ont de graves conséquences sur la santé. On retrouve cette lanceuse d’alertes qui ne désarme pas dans le film « Tous cobayes » de Jean-Paul Jaud, y compris à Fukushima où elle raconte le désarroi de la population après la catastrophe de 2011.

Pourquoi sommes-nous tous cobayes ? Oui, nous sommes tous cobayes et ça ne s’arrange pas ! Aujourd’hui ce sont les multinationales qui décident de tout ce que nous consommons: du contenu de notre nourriture (OGM, pesticides, additifs alimentaires…), de ce que nous respirons, de nos médicaments, de la course effrénée à la nouvelle molécule aux OGM toxiques, bisphénol A, ondes électromagnétiques, gaz de schiste, nanotechnologies, chimie pas vraiment verte, jouets toxiques, lignes haute tension pour évacuer l’électricité nucléaire au lieu de développer les énergies renouvelables de proximité : la liste est longue des scandales qui éclatent jour après jour sur l’environnement et la santé. Il y a face à nous, consommateurs, de telles collusions d’intérêts qu’on a l’impression de se battre contre des moulins. Et les lanceurs d’alerte crient dans le désert alors qu’il faudrait les protéger légalement (*). Regardez le « marché » de la santé qui pèse des milliards : il n’y a pas si longtemps, on se donnait dix ans de recul avant de mettre un médicament sur le marché. Aujourd’hui, de nouvelles molécules sortent tous les jours sans précaution. On met sur le marché dans l’urgence des médicaments « fast tracks » et on verra bien ce que ça donne. Nous sommes bien des cobayes.  

Résultats : 40% des médicaments inutiles. Et tant mieux s’ils ne sont pas dangereux. Où est la surveillance? Tout va bien pour les labos : les Français sont les premiers consommateurs de médicaments en Europe. A Bruxelles, nous nous sommes battus contre la collusion d’intérêts à l’Agence européenne des médicaments en refusant de  voter ses subventions pour son fonctionnement. Tous cobayes mais aussi sur-consommateurs ? Quelle que soit la technologie – alimentaire, cosmétiques, santé – on ne dit pas tout car le profit passe avant tout. En France, on essaye de ne pas voir jusqu’au jour où la vérité éclate enfin si ce n’est pas trop tard comme cela a été le cas pour l’amiante. Comment expliquer un développement de la consommation presque illimitée de produits fabriqués à l’autre du bout de monde alors qu’on ne parle que de crise : on se jette un nouveau téléphone curieusement « androïde » ou la dernière tablette. On dirait que la crise ne joue pas sur ces objets de surconsommation programmés pour … ne pas durer. Le consommateur est-il roi ou dupe ? Je viens d’entendre une pub dans laquelle un jeune incite un autre « à changer son portable préhistorique »… Jean-Paul Jaud vous a suivie au Japon près de Fukushima. Comment avez-vous vécu cette visite sur le terrain et qu’avez-vous vu ? J’étais très émue et très en colère car je retrouvais ce que j’avais vécu au moment de Tchernobyl : le désarroi d’une population qui n’avait aucun choix de s’alimenter autrement qu’avec les produits locaux dans ce qu’on a appelé la zone d’évacuation volontaire. Une opacité totale, une population pas du tout informée de la dangerosité de la radioactivité voire désinformée, des habitants complètement démunis.  On a maintenu sciemment les gens dans l’ignorance en leur disant que la radioactivité n’était pas plus dangereuse que deux verres de saké. Ce qui m’a frappé aussi, c’est l’incompétence des ‘responsables’. A propos de la nourriture, on leur disait juste: « c’est bon ou pas », sans proposer d’alternative. Les gens étaient perdus  jusqu’au jour où une ONG s’est créée avec l’aide de la CRIIRAD et a pu faire des mesures indépendantes. Les petits agriculteurs ont été les plus touchés, en particulier les bio. Je me souviens d’un paysan dans un petit village qui ne comprenait pas où était le problème : nous étions au printemps et les papillons volaient. Tout semblait si « normal » et c’est bien le problème de la radioactivité. Il y a au Japon une culture de la soumission et Fukushima a fait éclater une rupture entre les hommes qui ne voulaient rien voir ni entendre et les femmes qui s’inquiétaient pour l’avenir de leurs enfants. « Je suis très en colère à l’intérieur », disaient-elles. Le cheminement peut être très lent mais cela peut sortir d’un coup. Il y a eu des ruptures terribles. Que dire cette femme dont le mari s’est suicidé parce qu’il ne voulait pas revivre Hiroshima comme ses parents. Elle, elle reste seule avec son fils pour cultiver sa petite parcelle. »   (*)  Une proposition de loi sur la protection des lanceurs d’alerte doit être déposée le 15 octobre au Sénat. 

Les semences et les plantes, propriété exclusive de l’agro-industrie ?

Rien ne va plus pour les agriculteurs, les jardiniers et les artisans semenciers. Vendre ou échanger des semences de variétés anciennes, libres de droit de propriété et reproductibles est devenu quasi mission impossible. L’association Kokopelli en fait aujourd’hui les frais. Un récent arrêt de la Cour de justice européenne consacre le monopole de l’industrie semencière sur les plantes. La réforme en cours de la réglementation des semences n’augure rien de bon pour l’autonomie des paysans et la liberté de planter. Bastamag par Sophie Chapelle 04 09 2012.

Elle a commis plus de 3 400 infractions. Et a été condamnée à payer une amende de 17 130 euros. Le nom de cette dangereuse contrevenante ?Kokopelli. Une association, dont le siège est à Alès (Gard), qui commercialise 1700 variétés de plantes potagères, céréalières, médicinales, condimentaires et ornementales. Toutes les semences de Kokopelli sont libres de droit de propriété et reproductibles. Ce qui donne la possibilité de conserver une partie des semences de sa récolte pour les ressemer l’année suivante. L’association contribue à faire vivre la biodiversité agricole. Elle est pourtant considérée aujourd’hui comme hors-la-loi par les juridictions française et européenne. Son délit ? Vendre des semences de variétés non inscrites au catalogue officiel. Et ne pas avoir indiqué clairement leur destination exclusivement non commerciale (usage amateur, conservation ou recherche).

Depuis 1949, pour pouvoir être commercialisées, toutes les espèces ou variétés végétales doivent obligatoirement être inscrites au « catalogue officiel des espèces ou variétés ». Pour y figurer, elles doivent remplir plusieurs critères, évalués par un comité composé de représentants du ministère de l’Agriculture, de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) et de représentants des semenciers. Pour les espèces potagères, les conditions d’inscription sont au nombre de trois : la « distinction », l’« homogénéité », et la « stabilité ». La variété proposée au catalogue doit être distincte des variétés existantes, donc nouvelle. Elle doit être « homogène », c’est-à-dire que les plantes d’une même variété doivent toutes être identiques. Enfin, la variété doit être stable génétiquement, ne pas évoluer au gré de ses reproductions ou multiplications.

Des semences standardisées pour l’industrie

Pourquoi les variétés commercialisées par Kokopelli ne sont-elles pas inscrites au catalogue officiel ? Selon l’avocate de l’association Blanche Magarinos-Rey, « ce catalogue pose des conditions incompatibles avec les caractéristiques mêmes des variétés vendues par l’association ». C’est l’homogénéité qui pose le plus de problèmes à l’association. « La base génétique de ces variétés est très large, car elles sont le fruit de nombreux croisements entre individus, explique-t-elle. Cela leur confère une capacité d’adaptation et d’évolution au fil du temps et selon les terroirs. Cela signifie également que ces variétés ne sont pas définitivement « fixées ». » Leur stabilité, au sens de la réglementation, n’est donc pas assurée. Les plants et les fruits issus des reproductions et multiplications ne sont pas tous exactement les mêmes. Les tarifs d’inscription au catalogue sont également prohibitifs. « 500 euros en moyenne pour chaque variété, précise l’avocate de Kokopelli, sans compter les droits annuels à payer pour les différents types d’examens obligatoires. »

Alors que la diversité biologique est fondamentale pour affronter la crise alimentaire, le catalogue officiel se révèle être un facteur de réduction de la biodiversité. Entre 1954 et 2002, 80 % des variétés potagères auraient été radiées du catalogue selon le Réseau semences paysannes. Des 876 variétés inscrites en 1954, il n’en restait plus que 182 au catalogue officiel français en 2002. La raison de ces radiations ? Le poids de l’industrie semencière, qui, depuis cinquante ans, cherche « à standardiser les semences pour les adapter partout aux mêmes engrais et pesticides chimiques, estime le Réseau semences paysannes. « Il n’y a que dans les lois dictées par les lobbies industriels qu’on peut prétendre les rendre homogènes et stables ; dans la vraie vie, cela revient à les interdire. »

Rude bataille judiciaire

En 2005, Kokopelli est assignée devant les tribunaux par la société Graines Baumaux, près de Nancy, pour « concurrence déloyale ». L’entreprise prétend que l’activité de Kokopelli, dont les semences ne sont pas inscrites au catalogue officiel à la différence des siennes, lui causerait un préjudice. Le procès, favorable en première instance à Baumaux (janvier 2008), est actuellement en appel au tribunal de Nancy. En février 2011, Kokopelli obtient de la cour d’appel une saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).

La Cour de justice européenne doit répondre à une question : les directives européennes sur le commerce des semences potagères sont-elles bien compatibles avec les principes fondamentaux qui régissent le droit européen comme la préservation de la biodiversité, le libre-échange ou la liberté d’entreprise ? Le 19 janvier dernier, l’avocate générale, Juliane Kokott, rend publiques sesconclusions. Elle donne raison à Kokopelli (lire notre article). La disposition qui interdit de commercialiser des semences d’une variété dont il n’est pas établi qu’elle est distincte, stable et suffisamment homogène, est jugée invalide. « Pour bon nombre de « variétés anciennes », ces preuves ne peuvent pas être apportées », constate l’avocate générale. Elle demande donc aux juges européens de se positionner pour déterminer si cette restriction aux échanges de semences sont vraiment justifiés.

La biodiversité sacrifiée sur l’autel de la productivité

Malheureusement pour Kokopelli, le 12 juillet 2012, les juges européens décident de ne pas suivre les conclusions de l’avocate générale. Pour la Cour de justice, l’établissement de règles unifiées est la garantie « d’assurer une productivité accrue (…) conformément aux objectifs de la politique agricole commune ». [1]

Extrait de l’arrêt page 14

Par cet arrêt, la cour consacre « le paradigme productiviste », dénonce Kokopelli, au détriment de la commercialisation des semences de variétés anciennes. « Ces semences [standardisées] sont incapables de s’adapter à l’amplification des changements climatiques, pointe le Réseau semences paysannes dans un communiquéElles imposent toujours plus d’engrais et de pesticides chimiques qui nous empoisonnent, détruisent l’environnement et la biodiversité sauvage et font apparaître des pathogènes toujours plus virulents. »

Une cour de justice sous influence des lobbies semenciers ?

Dans les 20 pages de son arrêt, la cour qualifie à deux reprises les semences anciennes de « potentiellement nuisibles ». Rien n’est dit en revanche sur les semences enrobées de pesticides Cruiser ou Gaucho, inscrites au catalogue. Faut-il y voir le résultat des pressions de certains lobbies semenciers ? Ceux-ci ont pris soin, durant la procédure, de faire connaître à la cour leur désaccord avec l’avis de l’avocate générale.

C’est le cas notamment d’European Seed Association (ESA), très active dans les couloirs de Bruxelles pour affaiblir la directive européenne sur l’étiquetage des semences OGM. Elle a fait parvenir un courrier aux juges en février 2012 pour exprimer « ses préoccupations socio-économiques » [2]. L’ESA s’est également empressée de publier un communiqué suite à l’arrêt pour marquer sa totale convergence de vues avec la Cour européenne de justice…

Un autre catalogue pour les variétés anciennes ?

Autre possibilité, expliquent les juges européens dans l’arrêt : Kokopelli pourrait inscrire ses semences anciennes dans un catalogue annexe, pour les variétés dites « de conservation ». Une proposition qui n’est pas jugée satisfaisante : ce registre reste limité aux variétés anciennes produites à de très faibles volumes et obéissant là encore aux critères d’homogénéité et de stabilité. « Il faut également faire la démonstration que la variété est menacée d’érosion génétique, ce qui n’est pas une mince affaire », ajoute l’avocate de Kokopelli. « En deux ans et demi d’existence de ce nouveau catalogue, moins de dix variétés françaises y ont été enregistrées : n’est-ce pas la preuve de son échec ? »interroge le Réseau semences paysannes.

Le dossier revient maintenant devant la cour d’appel de Nancy. L’appréciation des juges européens n’augure rien de bon pour Kokopelli. La société Graines Baumaux demande à ce que l’association soit condamnée à lui payer 100 000 euros de dommages-intérêts, ainsi que la cessation de toutes ses activités.« L’étau se resserre, s’inquiète l’avocate de Kokopelli. Cette jurisprudence européenne qui vous dit que l’objectif d’une productivité accrue justifie tout y compris la dégradation de la biodiversité, est un mauvais signe pour les développements futurs de la législation. »

« Celui qui détient les graines contrôle les peuples »

Bruxelles travaille actuellement sur une réforme générale de la législation sur le commerce des semences. Un cycle de consultation des opérateurs concernés est ouvert, mais les associations de sauvegarde de la biodiversité n’ont pas été invitées à la table des négociations. « Dans la nouvelle proposition de la Commission, c’est l’Office européen des brevets qui sera chargé d’inscrire les variétés. Avant, cela relevait des organismes nationaux rattachés au ministère de l’Agriculture, pointe l’avocate de Kokopelli. En clair, la législation organise le monopole des variétés protégées par des droits de propriété. »La concentration des pouvoirs entre les mains de la commission européenne et de l’Office européen des brevets confirme la perte de compétence des États et la disparition de toute gestion locale des semences au profit des détenteurs de titres de propriété industrielle. « Celui qui détient les graines contrôle les peuples », dénonce Dominique Guillet, président de Kokopelli.

Aujourd’hui, dix firmes contrôlent les deux tiers du marché mondial de la semence [3]. Face à une industrie semencière toute-puissante, la résistance s’organise aux côtés de Kokopelli. Des associations comme les Croqueurs de carottes promettent de continuer de vendre des semences de variétés traditionnelles refusées ou non inscrites au catalogue. « D’abord parce qu’elles donnent entière satisfaction aux jardiniers, aux maraîchers et à leurs clients, précisent les Croqueurs. En outre, parce que les directives européennes autorisent encore cette commercialisation tant qu’elle ne vise « qu’une exploitation non commerciale » comme le jardinage pour l’autoconsommation. » Mais les projets de réforme en cours menacent de supprimer ce dernier espace de liberté. Au sein du collectif Semons la biodiversité, plusieurs associations mènent campagne pour une loi de reconnaissance des droits des paysans, des jardiniers et des artisans semenciers à utiliser, échanger, vendre et protéger leurs semences. L’autonomie des paysans et le maintien de la biodiversité sont en jeu.

Sophie Chapelle

Photo : GNU Free Documentation License

Notes

[1Télécharger l’arrêt de la Cour européenne de justice.

[2Télécharger le courrier de l’ESA (en anglais)

[3] Selon le rapport 2008 de l’ONG ETC Group.

L’auteur d’une étude choc sur un OGM se dit attaqué par des lobbies

Le professeur Gilles-Eric Séralini, qui a dirigé une étude choc sur la toxicité d’un OGM, en cours d’examen par les autorités sanitaires, s’est dit lundi attaqué de manière extrêmement malhonnête par des lobbies en réponse aux critiques sur son étude dévoilée mercredi. AFP 24 09 12. Voir en bas  » Vive les controverses » par Guillaume Malaurie (Nouvel Obs)

Je suis attaqué de manière extrêmement malhonnête par des lobbies qui se font passer pour la communauté

scientifique. C’est le même lobby qui a permis l’autorisation de ces produits et qui est activé par les entreprises de biotechnologies, a estimé l’universitaire de Caen interrogé par l’AFP.

C’est une entreprise de salissement de l’individu pour essayer de discréditer son travail parce que la conséquence, ce
serait qu’on les (les entreprises de biotechnologies, ndlr) oblige à faire des études à long terme, a ajouté M. Séralini, répétant qu’il venait de publier l’étude la plus longue et détaillée jamais faite sur un OGM.

Cette étude du maïs NK 603 et du Round Up, produits par Monsanto et importés en Europe, menée sur 200 rats pendant deux ans, a été publiée dans la revue Food and Chemical Toxicology, qui a aussi publié par le passé des travaux favorables aux OGM.

Il est en particulier reproché à cette étude de porter sur un trop petit nombre de rats: des groupes de 10 rats soumis à des traitements
différents, et sur une race de rats qui a tendance plus que d’autres à développer des tumeurs.

Toutes les études du monde sont faites là-dessus (des échantillons de 10, ndlr). Le NK 603 a été autorisé sur cette base. Si on ne peut pas tirer de conclusions il faut aussi tout de suite interdire tous les OGM, répond le professeur qui ajoute que la pomme de terre OGM de BASF a été autorisée avec des tests sur cinq rats.

Tout ceux qui ont aboyé (contre l’étude) sont à l’origine de l’autorisation de ces produits, et ils l’ont fait sur la base de tests sur la même souche rat, avec des échantillons de 10 rats pendant seulement trois mois et avec pas avec autant de tests, ajoute M.
Séralini, c’est ridicule.

Le professeur se dit conscient que son étude a ses limites et je l’ai dit dans mon livre (à paraître mercredi). On pourrait faire (des groupes de) 50 rats mais c’est aux pouvoirs publics de financer, ça ne peut plus être un laboratoire indépendant qui finance 20 millions d’euros, a-t-il ajouté.

Dans son étude les groupes de rats traités meurent plus tôt sauf un, qui présente des problèmes rénaux graves, insiste le chercheur qui a observé chez les rats traités une explosion des tumeurs ou des affections des reins et du foie au 11e et 12e mois, qui correspond à l’âge de 35/40 ans chez l’homme.

Et on ne se base pas que sur ces courbes de mortalité ou de tumeurs. C’est corroboré statistiquement par la biochimie et par l’observation d’organes et de tumeurs sur 200 rats. On sait de quoi les rats sont morts, ajoute M. Séralini qui réaffirme que son étude conclut clairement que la toxicité de cet OGM est prouvée.

L’étude a coûté plus de 3 millions d’euros, financés notamment par les fondations Ceres et la Fondation Charles Leopold Meyer pour le progrès pour l’homme. Auchan et Carrefour l’ont également aidée.

Les fonds ont été gérés par le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), indépendant des compagnies de biotechnologies et dont M. Séralini préside le conseil scientifique.

Afp

 

Point de départ de cette affaire:

OGM : gros dégâts chez les rats

Une étude inédite par sa durée et inquiétante par ses résultats prouve la dangerosité d’un maïs transgénique de la firme Monsanto.

 

Puis suit:

OGM : l’auteur de l’étude refuse une contre-expertise de l’agence européenne des aliments

Selon le professeur Séralini, l’EFSA se mettrait en conflit d’intérêt, puisque c’est elle-même qui a autorisé la mise en vente du maïs transgénique incriminé.

 Voir aussi

 http://planete.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/09/24/ogm-vive-les-controverses.html

« S’agissant de la santé publique, ça valait bien sept pages dans un hebdomadaire national. Et nous invitons nos lecteurs à suivre la controverse qui va se poursuivre sur le site du « Nouvel Obs ». 

Guillaume Malaurie