FukushiManche en Cotentin: audience de justice surréaliste à Cherbourg

Le Cotentin est une des régions les plus nucléarisées du monde, c‘est un Fukushima qui s’ignore:

  • à La Hague, une usine de retraitement qui stocke sous des hangars et retraite le combustible d’une centaine de réacteurs ;
  • à Flamanville, deux réacteurs de 1300 mw et un EPR en construction , étendard mondial et déjà mité des centrales nucléaires françaises ;
  • à Cherbourg, un arsenal militaire consacré à la terreur atomique mondiale et au démantèlement des coeurs de sous marins ;
  • à Digulleville, un centre de stockage de déchets radioactifs qui contaminent la nappe phréatique ; 
  • partout autour, ces territoires quadrillés, assujettis et balafrés par ces lignes « très haute tension » (THT) destinées à alimenter le marché concurrentiel et international de l’énergie.

Pas étonnant que l’ on cherche à anéantir toute contestation quitte à inventer des coupables parfaits.

Mardi matin à Cherbourg,  il y avait salle comble pour le procès de  3 inculpés du camp de Valognes en novembre 2011.

Le Tribunal  les a relaxés au terme d’un procès démontrant l’absence de preuves.

Ce procès s’est déroulé dans une ambiance surréaliste où le public se sentant malmené a réagi aux propos et attitudes peu amènes du Tribunal.

Le journaliste de la Presse de la Manche rapporte l’ambiance.

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De l’ambiance à l’audience…Si les audiences du tribunal correctionnel de Cherbourg se déroulent en règle générale dans une ambiance feutrée, par respect pour l’institution judiciaire et le bon déroulement de l’audience, ce n’était pas vraiment le cas hier. « Je vous préviens, je ne veux ni rires, ni huées, ni sifflets ou applaudissements pendant l’audience », avait pourtant mis en garde fermement le président, Jean-Wilfrid Noël, en guise d’introduction. Après un quart d’heure relativement tranquille, premier incident. Lors d’une perquisition au domicile de l’un des prévenus, des cahiers de notes évoquant des actions militantes, une carte IGN, des bons de livraison de tracts et banderoles anti-THT avaient été trouvés… « Vous êtes ridicules ! », éructe alors un homme au fond de la salle, avant de se répéter. « Moi aussi j’ai des tracts chez moi ! » Outré, le président réclame qu’on le sorte.Au moment où le procureur entame son propos…
« Micro ! On n’entend rien ! », peut-on entendre dans l’assistance.
« Et alors ? », ricane le magistrat. Les avocats de la défense : « On aimerait tout de même entendre vos réquisitions ! ». « Ah bon ? Pourquoi ? » Le ton monte. Jean-Wilfrid Noël calme le jeu : « C’est une taquinerie, il ne faut pas le prendre au premier degré ! ».Éric Bouillard est vraiment au cœur des tensions, ses mots sont régulièrement ponctués de rires ironiques de la part des soutiens aux prévenus. Quand son tour est passé, et qu’il murmure quelques mots à ses substituts, la plaidoirie de la défense est ainsi interrompue : « Est-ce que Monsieur le Procureur peut écouter ? » Un jeune homme s’avance même jusqu’au magistrat pour réitérer la demande. Du jamais vu…

Après avoir prononcé la relaxe, Jean-Wilfrid Noël, visiblement irrité, annonce : « Tous ceux (NDLR : quatre ou cinq personnes) qui se sont permis très grossièrement de perturber cette audience seront entendus et éventuellement jugés sur ces faits d’outrage. »

Entre les militants antinucléaires du collectif Stop Castor et les représentants de la justice, qui sont pourtant amenés régulièrement à se rencontrer (!), ce n’est pas de l’amour vache… c’est de la rage.

La Presse de la Manche, le 10/10/2012

Avec un merci spécial à Percysoustension

http://percysoustension.pagesperso-orange.fr/nucleaire/archives/cherbourg_01.html

FukushiManche en Cotentin

Fukushimanche

c’est le doux pays du ministre des affaires européennes, député AREVA indéfectible, défenseur du lobby nucléaire dans le Cotentin.

Le Cotentin est une des régions les plus nucléarisées du monde : à La Hague, une usine de retraitement qui stocke sous des hangars et retraite le combustible d’une centaine de réacteurs ; à Flamanville, un EPR, étendard mondial et déjà mité des centrales nucléaires françaises ; à Cherbourg, un arsenal militaire consacré à la terreur atomique mondiale et au démantèlement des coeurs de sous marins ; à Digulleville, un centre de stockage de déchets radioactifs qui contaminent la nappe phréatique ; partout autour, ces territoires quadrillés, assujettis et balafrés par ces lignes « très haute tension » (THT) destinées à alimenter le marché concurrentiel et international de l’énergie. La Manche et son cotentin est un Fukushima qui s’ignore…

Si le Cotentin a accueilli Bernard Cazeneuve pour lui offrir Cherbourg, sa communauté urbaine et sa circonscription PS, elle a confié son destin à un nucléocrate indéfectible.

C’est lui qu’AREVA appela en pleine discussion entre les Verts et le PS sur la question de l’EPR et du MOX.

En quelques mois, le nouveau gouvernement socialiste aura nommé Cazeneuve ministre, relancé la recherche sur le surgénérateur Astrid de quatrième génération, acté le maintien du parc nucléaire actuel, annoncé l’ouverture de la plus grande mine d’uranium du monde à Imouraren au Niger, validé le développement de l’EPR en France et à l’international, poursuivi la construction de la ligne THT Cotentin-Maine, etc.

On ne pouvait sacrifier FukushiManche sur l’autel de l’écologie et de l’avenir de l’humanité.

à suivre

Scoop-Nucléaire : le réacteur français EPR rejeté par l’Autorité de sûreté des USA !

Info non relayée par les grands médias français car bloquée aux frontières: Nouvelle déconvenue majeure pour l’industrie nucléaire française et son « avenir ». L’Atomic Safety and Licensing Board (ASLB), instance de la NRC (autorité de sûreté nucléaires des USA) chargée d’accorder les licences d’exploitation, vient d’atomiser les espoirs de l’industrie nucléaire française en refusant jeudi 30 août la licence demandée par EDF pour construire un réacteur EPR à Calvert Cliffs (Maryland) (*).  31 août 2012 Blog Mediapart Par Patrig K Source Observatoire du nucléaire. Seul un Simpson pouvait illustrer cet article.

Le combat juridique contre ce projet a été mené pendant 5 ans par les associations NIRS, Public Citizen, Beyond Nuclear and Southern Maryland CARES, aux moyens pourtant dérisoires face à EDF qui a eu recours à l’un des plus puissants cabinets d’avocats aux USA, Winston and Strawn.

L’argument principal retenu par la NRC est que EDF n’a pas pu trouver aux USA de partenaire crédible pour co-exploiter des réacteurs nucléaires, condition incontournable imposée par les lois fédérales, ce qui illustre d’ailleurs parfaitement le fait que le nucléaire est considéré aux USA comme une énergie sans avenir.

Cette décision n’obère donc pas seulement les projets d’EDF à Calvert Cliffs mais dans tous les USA. Une fois de plus, il est démontré que le réacteur français EPR est rejeté de toutes parts.

La construction de réacteurs EPR a fait l’objet ces dernières années de nombreux effets d’annonce par EDF, Areva, mais aussi souvent par M. Sarkozy lors de ses nombreux déplacements à l’étranger. Il a ainsi été question de l’Italie, de la Lybie, des Emirats arabes unis, du Brésil, de l’Inde, des USA, de la Grande-Bretagne, etc

Toutes ces annonces se sont évanouies. Il ne reste guère que le projet d’EPR en Inde, qui est massivement rejeté par la population et qui sera probablement abandonné sous peu, et le projet d’EPR de Grande-Bretagne, où EDF a carrément racheté British energy pour pourvoir commander elle même des EPR. Mais aucun réacteur ne sera construit sans des aides publiques massives ou de lourds prélèvements sur les factures d’électricité des citoyens, deux options qui n’ont aucune chance d’être acceptées par la Commission de Bruxelles.

A ce jour, les deux chantiers EPR de Finlande (Areva) et de Flamanville (EDF) continuent d’accumuler les retards (4 à 5 ans), les surcoûts (6 à 7 milliards au lieu de 3) et les malfaçons. Quant aux deux EPR en chantier en Chine, il faut se rappeler que seuls les deux ilots nucléaires ont été vendus par Areva, qui plus est à pertes (3,66 milliards LES DEUX !)

Malgré les déclarations de matamores de divers ministres du gouvernement PS-EELV, l’avenir du nucléaire français est aussi sombre que celui du reste de l’industrie nucléaire mondiale dont le déclin avait d’ailleurs commencé avant la catastrophe de Fukushima. Aujourd’hui, le nucléaire de produit plus que 10% de l’électricité mondiale contre 17% en 2005. Il est urgent de ramener cette part à 0% avant que de nouvelles catastrophes se produisent.

(*) Décision consultable ici :http://www.nirs.org/nukerelapse/calvert/contention1decision.pdf

Voir aussi : Flash USA : le rêve d’EPR américain EDF/AREVA disloqué par la NRC

http://gen4.fr/2012/08/nrc-retoque-epr-us.html

Tous les emplois dans le nucléaire seront maintenus, assure Batho

Tous les emplois de la filière seront maintenus a assuré, mecredi 25 juillet, Delphine Batho, la ministre de l’écologie et de l’énergie. Et ce malgré la promesse du candidat Hollande de réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité. Le Monde 25 juillet 2012

« Il n’a jamais été question ni de sortir ni d’abandonner le nucléaire », mais de réduire sa part dans la production d’électricité de 75 à 50 % d’ici à 2025, a rappelé la ministre lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée. Mme Batho a souligné qu’en matière de démantèlement des installations nucléaires, il y avait « une filière industrielle que nous devons développer »

Le président a martelé, avant et après son élection, qu’il ne fermerait durant son quinquennat qu’une seule centrale, celle de Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne du parc nucléaire hexagonal, et qu’il achèverait la construction de l’EPR – réacteur de 3e génération – de Flamanville.  Le gouvernement lancera à la rentrée un grand débat sur la « transition énergétique », dans laquelle s’inscrira cette réduction de la part du nucléaire dans le système électrique.

Moins nucléocrate que moi tu meurs….tel pourrait être le slogan du nouveau, gouvernement:  Batho, Fabius même combat.

Au rythme de ces annonces , le débat énergétique promis à l’automne sera vite « plié ».

Communiqué du CRILAN du 24 juillet 2012: arrivée de déchets italiens à la Hague:

Transparence , droit et démocratie : des slogans de propagande.

Au mépris de la transparence, du droit et de la démocratie, en pleines vacances, encore un train de déchets nucléaires italiens vers le terminal ferroviaire d’AREVA à Valognes et l’usine de retraitement, en réalité d’extraction du plutonium de la Hague !

Rappelons-nous : lorsque le contrat entre AREVA et les gestionnaires des déchets italiens ont été signés en 2007, Berlusconi envisageait de relancer le nucléaire civil, malgré le referendum de 1988 qui avait décidé à 80% d’arrêter ce dernier. Il pensait même avec ENEL( électricien italien) commander quelques EPR qui auraient pu utiliser le plutonium extrait à la HAGUE pour fabriquer du MOX ( combustible Mixte plutonium- uranium).
Après Fukushima, un nouveau referendum confirmait à 90% la sortie du nucléaire: aucune centrale nucléaire n’est opérationnelle en Italie depuis presque 25 ans et ne le sera pas.
Alors que faire des 95% d’uranium issus du retraitement, dit valorisables par AREVA , mais non valorisés, même en France ? Que faire du 1% du plutonium extrait, non utilisé à des fins civiles par les centrales italiennes et non utilisé à des fins militaires ?
Restent les 4% de déchets dits de haute activité à vitrifier. Aucun site de stockage n’est accepté et prévu en Italie .
L’ensemble transporté à travers la France devrait être stocké, ici, et ailleurs, sur le territoire français, jusqu’en 2025 , prétend AREVA.
Qui plus est, il apparaît que dans ce transport, la quantité de combustibles irradiés ( 700 kg), est très faible par rapport aux conteneurs utilisés. Que cache-t-on ? Ne transporterait-on pas, par la même occasion, des résidus de démantèlement, certains posant des problèmes particuliers, peut-être même des déchets dits de faible et moyenne activité non retraitables ? Ce n’est pourtant pas autorisé par la loi française qui interdit le stockage en France de déchets nucléaires étrangers et par la réglementation européenne qui déclare que les producteurs doivent en être responsables…
Aucune Région du Monde, pas même le Cotentin ne mérite pour des raisons marchandes de devenir le dépotoir nucléaire de tous les producteurs, au mépris des risques, ici, et au cours des transports, et ceci, quels que soient les Gouvernements.

Pour le CRILAN,

Didier ANGER

6 juillet: Meeting AREVA au Stade de France

Le Meeting AREVA du 06 juillet 2012 au Stade de France est véritablement scandaleux.  Il  détourne l’argent public des citoyens des villes de Saint-Denis et de Paris pour désinformer sur l’industrie nucléaire par captation de l’image positive du sport, avec la complicité du journal l’Humanité !. Pendant ce temps là on feint d’ignorer le vécu des enfants sportifs de Fukushima ( voir plus bas)

http://accueil.stadefrance.com/interstitial.html?page=http%3A%2F%2Faccueil.stadefrance.com%2Ffr%2Fcustomers%2Fevenement%2Fmeeting-areva-2012

Pendant ce temps là au Japon, on nie les dangers de la radioactivité mortifère d’AREVA.

Sur le blog Janick Magne au Japon: un rappel de novembre 2011

http://janickmagne.blog.lemonde.fr/2011/11/14/a-fukushima-les-chevaux-sont-mieux-proteges-des-radiations-que-les-enfants/

A Fukushima, les chevaux sont mieux protégés des radiations que les enfants

« Je lis avec effroi aujourd’hui à travers blogs, posts et twitters d’amis et de correspondants cette invraisemblable nouvelle qui a fait le tour de la communauté étrangère de Tokyo et sans doute de tout le Japon : la course traditionnelle qu’on appelle ‘ekiden’ (ce terme est désormais utilisé en athlétisme en France et ailleurs pour désigner des courses de relais sur route) et dont la longueur totale est celle du marathon (42,195 km) a bien eu lieu aujourd’hui dimanche 13 novembre dans la ville de Fukushima. Elle a été courue par un collectif de très jeunes filles, collégiennes et lycéennes dont les plus jeunes avaient 13 ans, venues de tout le pays ou résidentes de Fukushima et la région. A priori, on se dit que les précautions nécessaires ont dû être prises.

Eh bien non, justement. »

Tout l’article ici Ici

Regardez bien le tracé de cette course mortifère: son  parcours en zone « verte ».

A se demander si ce n’est pas voulu à titre « expérimental », ce ne serait pas la première fois.

Radioactive-Ekiden-Marathon-In-Fukushima

1,47 micro Sv / heure équivalent 129 mSv/an

Dose annuelle moyenne reçue en France : ~2,4 mSv/an/personne

Le niveau de rayonnement est aussi élevée que dans la zone d’évacuation obligatoire de Tchernobyl…

Mais ce n’est pas tout! ( info Hélios)

Aout 2012: : un match de football féminin entre le Canada et le Japon va se dérouler à Fukushima City au pays du Japon radioactif 

Ce sont maintenant des jeunes femmes de moins de 20 ans qui vont rejoindre les étudiants des collèges et lycées pour faire un travail de nettoyage bénévole à Tohoku, y compris à Fukushima et qui vont dissiper avec les entreprises de décontamination américaines les  »rumeurs sans fondement » et faire un appel au monde entier pour dire que Fukushima est  »sans danger » (comme l’ambassadeur américain au Japon John Roos)

D’après les tweets de NHK Kabun :

La coupe mondiale de football féminin pour les moins de 20 ans se déroulera au Japon le mois prochain. Pour soutenir la reconstruction, un match amical est prévu entre l’équipe japonaise et l’équipe canadienne à Fukushima City.

Pour référence, voici les niveaux de radiations  »nouvellement normaux » dans les parcs de Fukushima City le 5 juillet à 7h40 près de 16 mois après l’accident nucléaire, il semble qu’il y ait au moins 1 microsievert/h pour les radiations aériennes :

Le match devrait se dérouler sur le terrain de l’Athlétique Shinobugaoka au centre de Fukushima. On voit que le niveau de radiations à environ 500 mètres du terrain est de 1,517 microsievert/h. Le taux devrait être plus bas sur le terrain même, parce qu’il n’y a pas d’arbres à perdre leurs feuilles et que la ville a dû faire de la  »décontamination » en novembre l’année dernière (je l’espère) à l’époque de la course Ekiden, avec également des jeunes de moins de 20 ans, qui s’est déroulé dans la ville.

(Hum. En novembre l’année dernière l’entrée du terrain de sports mesurait 1,23 microsievert/h…)

La règle des nucléocrates : Ne rien entendre, ne rien voir, ne rien dire…

Pourquoi le Japon persiste-t-il à stocker du plutonium et à importer du MOX ?

Alors que les réacteurs Japonais s’éteignaient l’un après l’autre et que la « nouvelle » politique énergétique du pays semblait un moment s’orienter vers les énergies renouvelables, il est curieux d’observer que le Japon continue à importer du carburant nucléaire MOX ainsi qu’à recycler – dans de faibles quantités il est vrai – le combustible déchargé de ses piscines de désactivation. Gen 4 04/06/2012

http://www.gen4.fr/blog/2012/06/pourquoi-le-japon-persiste-t-il-%C3%A0-stocker-du-plutonium-et-%C3%A0-importer-du-mox.html

2011/2012 : chute puis arrêt total de la production électronucléaire au Japon

Production par source d’énergie primaire, Kepco (électro-nucléaire en vert)

Un réacteur nucléaire « arrêté » consomme-t-il du combustible ?

La majorité des réacteurs Japonais a été arrêté « à froid » suite à l’accident de Fukushima-Daiichi mais les cœurs continuent-t-il à « brûler » du combustible dans cet état bâtard ? La réponse est non : si la réaction de fission est stoppée, le combustible ne « brûle » plus. Par contre, la partie du combustible en cœur qui a subi une irradiation suffisante peut continuer à se dégrader, une fois le réacteur stoppé, par une réaction de contamination interne due à certains produits de fission absorbants, le Xénon ou le Samarium par exemple. Le combustible n’est pas endommagé définitivement mais sa réactivité diminue momentanément car il diminue le facteur de multiplication des neutrons. Si l’arrêt se prolonge quelques heures, le combustible peut devenir suffisamment « empoisonné » pour qu’il rende délicat le redémarrage de l’unité. Cette réaction est en partie à l’origine de l’accident de Tchernobyl au cours duquel les opérateurs avaient empoisonné fortement le cœur lors de leur « expérience » d’où un fonctionnement dans un régime de puissance faible, point critique des réacteurs RBMK.

Cette problématique n’est que momentanée, elle ne peut perturber le pilotage du réacteur au-delà de quelques jours d’arrêt et n’endommage pas à proprement parler le combustible nucléaire. (source : physique des réacteurs, Baeten, 2006)

Le Japon pourrait ajouter en 2012 500 Kg de Plutonium à une estimation actuelle de 35 à 50 tonnes

L’industrie nucléaire Japonaise « espère » ainsi produire environ une demi-tonne de Plutonium dans les prochains mois alors qu’il est impossible dans la situation actuelle de lui trouver un usage « civil ». Le Professeur Von Hippel de l’Université de Princeton, fervent partisan de la non-prolifération nucléaire, estime d’ailleurs que : « Les Japonais n’ont absolument aucune raison valable d’agir ainsi. » Le Japon détient ainsi le cinquième stock mondial de Plutonium et l’industrie n’attend qu’un signal : le redémarrage des installations de retraitement de Rokkasho, à l’extrême Nord de l’île de Honshu, dont les installations ont d’ailleurs été affectées par le séisme du 11 mars 2011.

Du côté des fabricants de Plutonium, silence radio !

La JNFL et la JAEA qui exploitent respectivement les installations de retraitement de Rokkasho et Tokaï doivent théoriquement communiquer à l’AIEA, pour des raisons évidentes, leurs prévisions de fabrication de Plutonium-239 au cours de l’année civile. Or, ces deux sociétés (la seconde est d’ailleurs un établissement public Japonais) n’ont pas communiqué leurs prévisions de Plutonium depuis…décembre 2009.

Certaines sources estiment que les 35 tonnes de Plutonium stockés à ce jour par les Japonais permettraient de fabriquer très rapidement environ de 1000 à 5000 têtes nucléaires (1), si la volonté politique en venait à se manifester (2). D’autres observateurs pensent que les Japonais sont bien plus avancés dans le domaine militaire qu’ils ne veulent bien le dire, rejoignant ainsi la liste non-officielle des « ni-oui ni-non » atomiques. (3)

Un Plutonium Japonais « AFR » (4) principalement stocké… en France !

Tokyo s’était pourtant engagé auprès de l’AIEA à ne pas sur-produire de Plutonium mais il en stockerait (5) environ 10 tonnes dans les piscines de Sellafield en Grande-Bretagne et 25 tonnes dans les bassins d’AREVA (6), à La Hague, en France.

Du Plutonium « non déclaré » découvert à Ibaraki en 2010

L’AIEA a découvert en octobre 2010, lors d’une visite inopinée sur le site d’Oarai (7), une quantité de 3 Kg d’Uranium de qualité « militaire » (8) ainsi qu’une petite quantité de Plutonium-239 (700 grammes). Ces matériaux n’avaient pas été déclarés précédemment à l’agence Internationale comme ils auraient dû l’être et il est probable qu’un certain nombre d’autres stocks de ces matériaux soit dispersé un peu partout au Japon. Suite à une enquête préliminaire de l’AIEA, 14 des 250 installations nucléaires Japonais auraient ainsi omis de satisfaire à ce régime déclaratif.

Un conteneur TN12 de PUO2 (MOX) déchargé au port d’Iwaki en 1999 (dr. AP.)

Le Japon importerait toujours du MOX malgré l’arrêt total de sa production électronucléaire ?

Le 24 mars 2011 soit deux semaines après l’accident de Fukushima-Daiichi, Greenpeace France affirmait sa certitude qu’un chargement de MOX allait appareiller de Cherbourg pour le Japon aux environs du 4 avril 2011. Même si l’information n’a pas été confirmée – ni démentie – par AREVA, le fait même de réfléchir à ce type d’expédition alors que personne ne sait précisément ce qui s’est passé au niveau de l’unité n°. 3 de Fukushima-Daiichi (9) ne peut qu’inquiéter.

Le Président Obama évoque la dangerosité extrême du Pu-239 – que les USA ont inventé en 1944

Lors du récent sommet de Séoul, le Président Obama a déclaré : « Une quantité infime de Plutonium – de la taille d’une pomme – suffirait à tuer des centaines de milliers d’individus et engendrerait une crise mondiale ». Même si le Président des USA évoquait principalement la dispersion de cet élément par une menace terroriste, il est facile de déduire que si le Plutonium n’était ni fabriqué ni déplacé d’un bout à l’autre du globe de manière régulière, cette menace perdurant durant plus de 200.000 ans (10) n’existerait simplement pas.
(1) La masse critique d’une petite bombe « H » est seulement de 5 à 10 kg de Pu-239
(2) Les tensions géostratégiques actuelles en extrème-Orient renforcent d’autant cette éventualité
(3) A l’instar d’Israël, de l’Afrique du Sud et de quelques autres pays ; voir par exemple ici ou 
(4) AFR : Away From Reactor, stockage à distance du site de production
(5) Chiffres de 2005
(6) COGEMA devenu AREVA en 2006
(7) Centre de R/D de la JAEA proche du site de Tokaï, Ibaraki ; intègre notamment le HTTR, réacteur de recherche à haute température
(8) Contenant plus de 90% d’U-235 fissile
(9) Le réacteur n°. 3 de Fukushima-Daiichi contiendrait – ou plutôt aurait contenu – une trentaine d’assemblages de MOX
(10) La demi-vie ou période du Plutonium-239 est de 24.000 ans

Source : Japan Times, 4/6, anglais

Lire également :

« Le Japon empile le Plutonium mais n’en a pas d’utilité », Washington Post, 28/03/2012 (Anglais)
Le dossier de Japanfocus : Le Japon, superpuissance Plutonique ? (Anglais)

Areva tente de tourner la page Fukushima avec sa nouvelle usine du Tricastin

Areva veut tourner la page Fukushima avec sa nouvelle usine d’enrichissement d’uranium du Tricastin, qu’elle espère faire monter à plein régime grâce à des contrats avec la Chine ou l’Inde, venant remplacer des clients perdus comme le Japon. le monde Samedi 02 juin 2012,

L’ancienne usine, «Eurodif, fournissait 25% du marché mondial, y compris le Japon», dit Frédéric de Agostini, directeur de cet unique site d’enrichissement d’uranium du géant nucléaire français, alimentait jusqu’à l’accident de Fukushima en mars 2011 les centrales nippones, désormais à l’arrêt.

Promenant des journalistes sur le site, M. de Agostini minimise cependant les conséquences de cette «actualité», en positivant le fait que Fukushima a «permis d’anticiper» de plusieurs mois la fermeture de l’usine historique, Eurodif/Georges Besse 1, qui alimentait une centaine des plus de 400 réacteurs dans le monde, alors même que la nouvelle Georges Besse 2 produit encore peu.

«Nous étions avec une usine en phase d’arrêt et une autre usine en phase de démarrage. Nous avions prévu un certain nombre de stocks de sécurité pour pouvoir anticiper cette période de transition. Et puis ces impacts de Fukushima nous ont permis d’arrêter en mai, alors que nous avions prévu de l’arrêter à l’automne», tente-t-il de convaincre, dans une salle de contrôle où s’éteignent peu à peu les voyants sur un écran datant de la construction du site, dans les années 1970.

«Aujourd’hui, le marché n’est pas en demande, ça n’est pas la peine de créer des stocks», relativise M. de Agostini, alors qu’Areva a reporté sine die la construction d’une usine similaire, baptisée Eagle Rock, aux Etats-Unis, dans le cadre de son drastique plan de redressement stratégique annoncé fin 2011.

Dans l’usine historique, les seuls ouvriers croisés sont des sous-traitants, certains circulant à vélo pour parcourir les allées sans fin reliant les énormes diffuseurs en acier, s’attelant aux opérations de mise en arrêt.

Seul un mince nuage de vapeur d’eau s’échappe encore des tours de refroidissement, visibles depuis l’autoroute A7 proche, et tout cessera définitivement le 7 juin, après quoi sera préparé le démantèlement, qui durera plusieurs années.

Toutes les centrifugeuses installées

A quelques centaines de mètres de là, l’usine Georges Besse 2 monte en puissance depuis sa mise en production en 2011. A l’intérieur, toutes les cascades de centrifugeuses sont installées, selon un procédé acheté par Areva à son concurrent, Urenco.

Le principal atout de ce virage industriel, avec le passage d’une technique de diffusion gazeuse à la centrifugation, est d’être «beaucoup moins énergivore», utilisant «50 fois moins d’énergie électrique» que la vieille usine, fait valoir Pascal Turbiault, responsable de Georges Besse 2.

Autre avantage de la nouvelle usine, qui représente un investissement de plus de trois milliards d’euros: «une souplesse importante» de la production qui permet de «s’adapter au marché», ajoute-t-il, en montrant à l’AFP une cascade de centrifugeuses.

Seules 400 personnes seront employées ici, contre 1.200 à Georges Besse 1, les autres étant redéployées ou partant en retraite.

Pour l’heure, la nouvelle usine, censée conforter la position d’Areva sur le marché de l’enrichissement d’uranium, tourne à 1,5 millions d’UTS annuels (unité de travail de séparation, outil de mesure nucléaire), contre une capacité de 7,5 millions d’UTS à son niveau de pleine production, visé pour fin 2015. Loin des niveaux des années fastes du nucléaire où Eurodif tournait à 10 millions d’UTS.

Néanmoins, «le carnet de commandes est complet jusqu’en 2020-2022. On en a sécurisé une bonne partie», assure M. de Agostini.

Il veut croire à un redémarrage mondial du secteur et aux «marchés de demain que sont l’Inde et la Chine», la France bâtissant des réacteurs EPR pour Pékin.

Pourquoi il faut abandonner l’EPR de Flamanville

Jeudi 24 mai, après avoir visité l’EPR de Flamanville en construction en compagnie de Daniel Vaillant ancien ministre de l’intérieur, le candidat PS aux législatives tenait une réunion publique à Les Pieux (Manche). Force était de constater que les militants PS étaient  peu nombreux au rendez vous, les antinucléaires du CRILAN étant bien présents à l’extérieur de la salle  pour distribuer leur tract et engager la discussion. Monsieur Vaillant a pu constater que l’ EPR ne faisait pas l’unanimité dans le Cotentin.

Le tract du CRILAN

http://www.tendanceouest.com/medias/pdf/32135/4546.pdf

L’EPR en détail:

Il est construit dans une zone sismique potentielle de 6 à 6.5 degrès alors qu’il ne peut supporter qu’un séisme de 5.7.

Il est donc disqualifié au même titre que les deux  réacteurs  1 et 2 de Flamanville.

Voir article spécifique

Ce n’est pas la première fois que EDF prend des libertés avec les risques sismiques

la conception du réacteur indique que des problèmes d’éjection de grappes de combustible peuvent entrainer un emballement  et une explosion du réacteur:

EDF reconnait pudiquement ce risque accidentel

les soudures du couvercle du réacteurs sont trop fragiles pour garantir un fonctionnement sous pression pendant 60 ans; Elle seraient en cours de reprise…..

Le système de contrôle commande a  fait l’objet de réserves de la part de l’ASN. Elles seraient levées depui mai 2012;

La conception du réacteur étant trop complexe et le savoir faire étant trop dilué, qui aura encore la connaissance de ce réacteur dans 60 ans??? 

http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=actualites&sousmenu=dossiers&soussousmenu=EPRrevelations2&page=index

les groupes et pompes de secours ne sont pas en mesure de supporter un raz de marée alors que cette région est historiquement sensible à ce phénomène, notamment au regard de la sismologie du Cotentin

http://www.youtube.com/watch?v=pvZK302sIFg

le béton et la construction montrent de nombreux défauts, le bétonnage est interrompu suite à des défauts sur les consoles de fixation du futur pont servant à l ‘alimentation du réacteur. 

l’EPR va rejeter des effluent liquides et gazeux  en quantité jamais connue avec les 2 précédents réacteurs.

Pour le CRILAN, les droits à polluer accordés par l’ASN en 2010 en comparaison des rejets potentiels de ce réacteur, calculés à partir des rejets des réacteurs 1&2 du CNPE Flamanville sont respectivement multipliés par 2,9 pour le tritium liquide,  par 11,5 pour les rejets de tritium gazeux, plus de 8 pour les iodes gazeux, près de 3 pour les iodes liquides, entre  5,9 et 7,5  pour le carbone 14 et entre 2,5 fois et 5,4 pour les autres éléments beta, gamma.1.

Le CRILAN observe que ces dispositions sont contraires:

  • à la convention OSPAR signée par la France, visant à réduire à  zéro les rejets chimiques et radioactifs dans les mers de l’Atlantique nord, dont la Manche, d’ici 2019
  • au principe de précaution, inscrit dans la charte de l’environnement.

L’EPR est sensé utiliser le MOX , un mélange hautement radioactif contenant de l’uranium et du plutonium (comme dans le réacteur 3 de Fukushima). Selon le CRILAN, des incertitudes à propos de ce combustible se sont fait jour, liées à l’interaction du gainage M5 et du combustible HTC ( MOX) dont l’emploi initialement prévu pour l’EPR , a été abandonné. Enfin, le retraitement du MOX à la Hague suppose de longs délais d’entreposage et de refroidissement et un risque accru lors du retraitement .

Enfin l’EPR est inutile et coûteux ( 6 milliards d’euros) , le prix de revient du MW serait de l’ordre de 60 à 80 euros alors que le tarif officiel est de 40 euros....

L’EPR tourne le dos à la sortie du nucléaire  dans les 15 ans, sa durée d’exploitation étant prévue pour 60 ans.

Les habitants du Cotentin, de l’Ouest de la France et de l’Europe de l’ouest ont nulle envie de vivre la même catastrophe que les habitants du NE du Japon voire de Tokyo. Si ‘EPR de Flamanville est la vitrine mondiale d’AREVA,  les populations refusent d’ être les cobayes des lobbies du nucléaire.

Parce qu’on ne laisse pas les enfants jouer avec des allumettes, il y aura un avant et un après Fukushima: Stop EPR!.

Rokkasho, l’autre défi du nucléaire japonais

Déjà malmenée par l’arrêt de ses réacteurs, la filière nucléaire japonaise doit faire face à un nouveau dossier explosif : des montagnes de déchets radioactifs s’amoncellent dans le pays. Et l’usine censée les recycler n’est toujours pas opérationnelle.Par Yann Rousseau Les Échos 23/05/2012

Construite dans les années 1990 et 2000 sur le modèle de la Hague, avec l’aide des ingénieurs français d’Areva, l’usine de Rokkasho n’a pas réussi à mettre au point sa chaîne de retraitement. –

Le 19 avril dernier, à Tokyo, les débats ont été assez virils devant la Commission japonaise pour l’énergie atomique (JAEC). Les grands électriciens du pays ont vivement mis en garde les experts, qui planchent actuellement sur le futur de la politique énergétique de l’Archipel, contre une remise en cause soudaine de la stratégie du « cycle fermé » sur laquelle s’est construite, depuis des décennies, l’ensemble de la filière nucléaire locale. Déjà malmenés par l’arrêt des 54 réacteurs du pays, ils redoutent une révision de la gestion des combustibles usés utilisés dans leurs centrales. Début mai, le gouvernement a proposé à la commission de reporter, pour le moment, toute prise de décision dans ce dossier trop explosif. En coulisses, les experts notent pourtant que le Japon va devoir rapidement se prononcer sur l’avenir de ses colossales montagnes de déchets hautement radioactifs. « Le pays est face à un problème très, très grave », résume Masako Sawai, une chercheuse du Citizen Nuclear Information Center, un groupe opposé à l’énergie nucléaire. « C’est comme si on avait construit une maison sans toilettes », ironisait récemment dans une interview, Jitsuro Terashima, le président du Japan Research Institute.
Sur le papier, cette controverse n’aurait jamais dû avoir lieu. Manquant de ressources naturelles pour alimenter des centrales électriques traditionnelles en charbon, en pétrole ou en gaz, le Japon avait fait le choix, il y a plusieurs décennies, de pousser la part du nucléaire dans son mix énergétique. Et pour casser encore sa dépendance aux fournisseurs étrangers, le pouvoir avait opté pour la mise en place d’un cycle du combustible complet comprenant, en théorie, l’enrichissement d’uranium, le retraitement des combustibles usés et la fabrication de MOX – un mélange de plutonium et d’uranium pouvant être réutilisé dans de nouveaux réacteurs -ou d’uranium appauvri destiné à un éventuel surgénérateur.
L’échéance de 2017

C’est dans le petit village de Rokkasho, situé tout au nord de l’île de Honshu, sur une côte sauvage battue par les bourrasques, que cette stratégie devait se concrétiser. Sur place, le pays devait enrichir, stocker, retraiter et refabriquer son combustible. Dans une immense usine, en grande partie copiée sur le modèle français de la Hague et construite, dans les années 1990 et 2000, avec l’aide des ingénieurs d’Areva, le groupe japonais Japan Nuclear Fuel Ltd (JNFL), né de l’association des électriciens du pays, devait, à partir de 2005, être capable de retraiter 800 tonnes de combustibles radioactifs usés par an. Le cycle « vertueux » aurait pu être enclenché. Sept ans plus tard, il est toujours paralysé. Et les électriciens du pays, qui n’envoient plus depuis les années 1990 leurs combustibles usés dans les centres de retraitement français ou anglais, se retrouvent contraints de stocker, dans leurs centrales, des dizaines de milliers de tonnes de déchets. « C’est un potentiel de radioactivité considérable qui n’est pas protégé », prévient Mycle Schneider, un consultant indépendant travaillant sur les politiques nucléaires.
Lorsqu’ils avaient opté pour une reproduction de l’usine de la Hague, les industriels japonais avaient acheté l’ensemble des technologies françaises à l’exception du procédé de vitrification qui intervient à la fin du processus de retraitement. Au cours de cette étape clef, les déchets de haute activité, qui ne peuvent être réutilisés, sont isolés et mélangés à du verre en fusion avant d’être refroidis dans des blocs capturant la radioactivité. Ces « matrices de verres » sont ensuite placées dans des cylindres en acier inoxydable de 1,34 mètre de hauteur et 0,43 mètre de diamètre, pour être stockées pour des milliers d’années.
A Rokkasho, les ingénieurs japonais étaient convaincus de pouvoir utiliser, à grande échelle,une technologie de vitrification expérimentée par leurs propres chercheurs sur le site de Tokai, au nord de Tokyo. Or, des dizaines d’essais ont jusqu’ici échoué et le mélange au verre au borosilicate ne se fait toujours pas correctement. « Nous allons reprendre nos essais début juin », assure un porte-parole de JNFL, qui note que les autres étapes du retraitement (cisaillage, séparation du plutonium et de l’uranium, purification…) fonctionnent, elles, normalement. Mais nombre d’experts étrangers et japonais doutent désormais de la capacité du groupe à tenir ses engagements. « Je ne vois aucun élément scientifique prouvant un quelconque progrès », modère Masako Sawai, qui parie sur un échec complet. « Nous pensons qu’ils vont y arriver », confie au contraire Luc Oursel, le PDG d’Areva, dont les équipes ont été renforcées à Rokkasho afin d’aider à la réussite de la vitrification.
Même les analystes les plus optimistes doutent que le site de JNFL atteigne un jour sa capacité de retraitement de 800 tonnes par an. Dans l’attente d’un fonctionnement complet de sa chaîne de retraitement, l’usine de Rokkasho n’accepte plus que quelques rares chargements des électriciens du pays. Ses piscines de refroidissement, où sont déjà stockées 3.344 tonnes de matériaux radioactifs, sont proches de la saturation. « Nous prévoyons de recevoir approximativement 19 tonnes de combustible usé au cours de l’année fiscale », indique le groupe. Ce qui représente à peine le volume de combustibles usés produit en un an par une tranche nucléaire.
Selon les calculs de la JAEC, les électriciens du pays doivent trouver, au total, chaque année, de l’espace pour un millier de tonnes de crayons de combustibles dans les piscines de refroidissement de leurs centrales. A ce rythme, le stockage semble théoriquement possible dans le pays jusqu’en 2017, selon les projections de la commission. « En réalité, certains électriciens vont se retrouver très embarrassés dès le milieu de la décennie. Les autres vont avoir besoin de solutions d’ici à 2022 », souffle un expert, qui note toutefois que l’actuel arrêt des centrales du pays leur donne un peu de répit.
Vigilance de la population

Ne pouvant plus espérer un envoi à Rokkasho et ne pouvant procéder à des relocalisations dans les centrales de leurs homologues – la pratique est interdite -, les électriciens étudient de multiples solutions. « Mais toutes vont se heurter à l’extrême sensibilité des populations qui sont désormais très vigilantes sur ces questions depuis l’accident de Fukushima-Daiichi », assure Mycle Schneider.
Certains électriciens semblent opter pour un renforcement des capacités de stockage dans les piscines de refroidissement situées près de leurs réacteurs. La technique de « reracking » est connue et pratiquée dans de nombreux pays. Elle nécessite toutefois l’autorisation des autorités locales qui rechignent à voir leur ville devenir des « dépotoirs nucléaires » et pointent l’inquiétante vulnérabilité de ces bassins sur le site de Fukushima-Daiichi. Le groupe Tepco, l’opérateur de la centrale détruite, et la société Japco (Japan Atomic Power Company) font construire, eux, à Mutsu, une bourgade située non loin de Rokkasho, un centre d’entreposage de 3.000 tonnes de déchets radioactifs isolés, à sec, dans des fûts d’acier. Après le tremblement de terre du 11 mars 2011, le chantier du site, où les combustibles seront, théoriquement, entreposés avant d’être retraités dans quelques décennies à Rokkasho, a été suspendu pendant plus de douze mois. Les travaux ont repris en mars dernier et pourraient s’achever en octobre 2013.
Pour les autres électriciens, les options sont rares. Aucun n’ose pour l’instant envisager publiquement une reprise de ses envois vers les centres de retraitements étrangers. Quelques experts japonais soufflent l’idée de lancer rapidement, à Rokkasho, la construction d’une autre chaîne de retraitement basée, elle, sur une technologie ayant prouvée son efficacité. Areva, qui dispose de cette solution, assure qu’aucune discussion sérieuse n’a été entamée sur ce dossier et rappelle que la priorité des autorités du pays et des électriciens reste actuellement l’organisation d’un redémarrage des centrales de l’Archipel. « Après ça, on verra… », souffle un cadre français.
Intervenant il y a peu dans ce débat sensible, la Commission japonaise pour l’énergie atomique a semblé être prête, pour la première fois, à conseiller au gouvernement un abandon partiel du processus de retraitement afin d’envisager la mise en place, en parallèle, de sites de stockage à sec dans des municipalités se portant volontaires en échange de généreuses subventions. Elle a noté que le retraitement de la totalité des combustibles japonais ne s’imposait plus forcément si les produits recyclés (plutonium et uranium) n’étaient pas ensuite réutilisés dans des réacteurs. Pointant encore le coût exorbitant de la gestion des déchets, elle a indiqué que, selon ses calculs, la combinaison d’une solution d’entreposage au programme de retraitement ne coûterait au pays, d’ici à 2030, que 9.100 milliards de yens (87 milliards d’euros) contre 9.700 milliards (93 milliards d’euros) si l’option du retraitement seul était poursuivie et si des réacteurs du pays étaient relancés. Si aucune centrale n’était rallumée, la solution de l’entreposage s’imposerait et les infrastructures de Rokkasho, qui ont déjà coûté plus de 20 milliards d’euros, seraient démantelées.
, ENVOYÉ SPÉCIAL À ROKKASHO

Yann Rousseau

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Yann Rousseau

Écrit par Yann ROUSSEAU
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