Vérité sur la bombe atomique: un médecin survivant témoigne

Ces vidéos de la conférence  » Un monde fabriqué par les adultes  » ( 19.03.2011) avec la professeur Shuntarô Hida, médecin japonais, survivant du bombardement d’Hiroshima, ont été mises en lignes récemment en Aout 2012.
Ces vidéos sont sous-titrées en français
Merci M. Hida de votre témoignage!!!

partie 1 : Vérité sur la bombe atomique ; un médecin survivant témoigne

partie 2 : Vérité sur la bombe atomique : un médecin survivant témoigne

partie 3: Vérité sur la bombe atomique : les maladies causées par la bombe atomique

partie 4 : Vérité sur la bombe atomique : Fukushima « Danger à partir de 1 msv »

Une précision : il y aurait apparament une 5ème partie.

Paul Quilès: La bombe nucléaire s’apparente à une assurance-mort.

Ex-ministre de la Défense de François Mitterrand de septembre 1985 à mars 1986, président de la commission de la défense de l’Assemblée nationale de 1997 à 2002, Paul Quilès déconstruit ce qu’il appelle les mythes de la dissuasion nucléaire française. Il vient de publier Nucléaire, un mensonge français (1), consacré au nucléaire militaire. Il va présenter une contribution thématique pour le prochain congrès du PS sur ce thème. Que Michel Rocard a accepté de signer. INTERVIEW Paul Quilès, ministre de la Défense de 1985 à 1986, prône l’abandon de l’arme nucléaire; Par LAURE NOUALHAT, 13 juillet 2012.

Quels «mythes» du nucléaire militaire avez-vous répertoriés ?

Il existe une batterie d’éléments de langage qui revient régulièrement sur ce sujet. On mentionne souvent l’arme comme une «assurance-vie» pour le pays. En réalité, les assurances-vie ne servent qu’aux survivants, la bombe s’apparente plutôt à une assurance-mort. Et si c’est une assurance-vie, au nom de quel principe interdire aux autres pays d’en disposer ? On dit que la dissuasion interdit toute attaque nucléaire. Dans ce cas, pourquoi prévoir un coûteux bouclier antimissile, dont l’existence signe l’échec de la logique de dissuasion ? On nous dit que cet armement ne coûte pas cher. Il coûte 3,5 milliards d’euros par an ! Et il coûtera bientôt plus, lorsqu’il faudra renouveler des équipements comme les sous-marins lanceur d’engins. Cela fait beaucoup d’argent consacré à quelque chose qui n’est pas censé servir. Au niveau mondial, les dépenses devraient s’élever à 700 milliards de dollars ces dix prochaines années. Les défenseurs de la bombe disent que notre arsenal correspond au principe de «stricte suffisance». Mais la suffisance a-t-elle besoin d’être stricte ? On veut faire croire que l’armement est calculé au millimètre. Mais il est impossible de définir un niveau de suffisance au-delà duquel l’arme nucléaire serait déstabilisante et en deçà duquel elle perdrait sa crédibilité.

On nous dit aussi que la bombe assure notre indépendance, mais envisage-t-on de se défendre seuls contre une attaque nucléaire ? Venant d’où ? De Chine ? D’Iran ? De Corée du Nord ? Puis il y a le mythe fondateur, celui selon lequel la France dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU grâce à la bombe… C’est faux : en 1945, parmi les membres permanents, seuls les Etats-Unis disposaient de la bombe atomique. Les armes nucléaires n’ont pas empêché les nombreuses guerres de la seconde partie du XXe siècle.

Pourquoi un tel consensus dans la classe politique sur ce sujet ?

Les politiques ne veulent pas de débat sur cette question. Ils préfèrent postuler qu’il y a un consensus, mais c’est un terme mystificateur. Un débat supposerait la confrontation et les désaccords, ainsi qu’une information complète du public, des conditions qui ne sont pas réunies aujourd’hui. La droite est très imbibée de la doctrine gaullienne selon laquelle la puissance de la France, sur la scène internationale, provient de la bombe. Et la gauche s’y est convertie au début des années 80. Pourtant, en 1986, lors du sommet de Reykjavík, Reagan et Gorbatchev donnaient le coup d’envoi de la réduction de leurs arsenaux nucléaires…

Les détracteurs du désarmement estiment que cette posture n’est pas réaliste.

Dans le discours français actuel, l’arme nucléaire est «l’ultime garantie de l’indépendance nationale de la France et de son autonomie de décision stratégique». Le monde a changé. Aujourd’hui, il serait illusoire de vouloir fonder la sécurité de la France principalement sur la détention de l’arme nucléaire. Du temps de la guerre froide, le nucléaire dissuadait d’une agression massive avec des moyens conventionnels. Aujourd’hui, il n’est plus besoin de nucléaire pour assurer notre défense face à des attaques conventionnelles, du reste fort improbables. Le nucléaire ne dissuade donc plus que du nucléaire. Il pourrait aussi garder la capacité de dissuader l’emploi des armes chimiques ou biologiques. Mais la plupart des pays sont liés par un traité d’élimination des armes chimiques sous contrôle international. Si ce n’est pas encore le cas des armes biologiques, c’est à cause d’un blocage américain.

Comment désarmer la France ?

Compte tenu de la disproportion entre les arsenaux russes et américains, d’une part, et ceux des autres puissances nucléaires, d’autre part, je vois mal la France adopter une stratégie de désarmement unilatéral. Mais elle pourrait s’engager à geler les modernisations en cours, comme celle du missile M51, dont on a allongé la portée à 9 000 km. On pourrait aussi renoncer à la composante aérienne des forces nucléaires. On oublie que l’Allemagne n’a pas d’arme nucléaire et qu’elle n’en est pas moins puissante. La Suède, l’Afrique du Sud ont renoncé à l’arme atomique. Je rappelle qu’Obama défend l’idée d’un monde sans armes nucléaires.

(1) Editions Charles Léopold Mayer

EELV fait sa rentrée: Gabriel Cohn-Bendit n’a pas confiance en Ayrault pour faire avancer l’écologie

Les journées d’été des écologistes commencent ce mercredi à Poitiers. Après deux mois au gouvernement, il est encore difficile de juger le travail des ministres issus d’Europe Ecologie – les Verts, Cécile Duflot et Pascal Canfin. Mais ces ministères ne seront pas le meilleur endroit pour faire avancer l’écologie, selon Gabriel Cohn-Bendit, ancien membre d’Europe Ecologie – les Verts. Par NouvelObs LE PLUS.22-08-2012. 

 Il est encore trop tôt pour juger de ces deux premiers mois d’actions et de concertations du gouvernement. Le travail de l’équipe de Jean-Marc Ayrault ne pourra être analysé que sur plusieurs années.

L’écologie est un point central de l’action politique aujourd’hui, mais ce n’est pas tout. Les écologistes sont dans des ministères qui n’ont pas tous directement à voir avec ces questions : Pascal Canfin est ministre délégué chargé du Développement auprès du ministère des Affaires étrangères et Cécile Duflot, ministre à l’Egalité des territoires et du Logement. 

Les écologistes au pouvoir

Quelques constats cependant quant à l’écologie au sein de gouvernement Ayrault. La socialiste Nicole Bricq, a été écartée du ministère de l’Ecologie. Elle a été mise autoritairement de côté et mutée au ministère du Commerce extérieur par Jean-Marc Ayrault après avoir posé une question importante à propos de la suspension des forages Shell en Guyane. Sans grande réaction de la part des écologistes, la socialiste Delphine Batho l’a remplacée. Impossible de ne pas s’attrister aussi de la distribution par Cécile Duflot de Légions d’honneur à six élus EELV, une décoration napoléonienne, qui ne correspond pas vraiment à nos valeurs. 

On peut être écologiste et faire partie du PS, mais Europe Ecologie – les Verts est un parti à la gauche de la gauche, ce qui explique que beaucoup de Français ne s’y reconnaissent pas. Nathalie Kosciusko-Morizet et Chantal Jouanno sont aussi présentes sur le sujet, mais on ne peut pas dire qu’au PS ou à l’UMP, ils aient réussi à convaincre leurs grandes formations d’avoir une ligne écologiste. Le parti Europe Ecologie – les Verts est né de ce constat mais, sur différents sujets, les désaccords entre écologistes existent mais ne doivent pas les diviser.

Que peuvent donc faire les écologistes ? La réponse n’est pas simple. Je ne fais cependant pas confiance au gouvernement de Jean-Marc Ayrault pour l’instant pour faire avancer de manière significative les enjeux environnementaux. L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui doit être construit près de Nantes – le fief du Premier ministre – et auquel s’opposent les écologistes, montre à quel point l’ancien député-maire de Nantes n’est pas très sensible à cela. C’est François Hollande qui est intervenu pour éviter les complications.

À l’Assemblée, au gouvernement et au Sénat, les écologistes n’ont certes jamais eu autant de poids dans les institutions. La majorité socialiste est claire donc le poids d’Europe Ecologie – les Verts est limité à l’Assemblée. Au Sénat, cela dit, ils pourraient faire mettre en minorité un texte, mais cela leur coûterait cher. Les élections européennes et régionales ayant été des grands succès, ce sont sur ces résultats que se sont battis les accords, notamment pour les candidatures réservées dans certaines circonscriptions dans le cadre des élections législatives. Mais le résultat catastrophique de l’élection présidentielle – qui était prévisible – vient relativiser tout cela.

Un groupe de réflexion

De nombreux écologistes comme José Bové, André Chassaigne (PC), Corinne Lepage, Jean-Luc Bennahmias (MoDem), Chantal Jouanno et Nathalie Kosciusko Morizet à l’UMP souhaitent se rencontrer afin de réfléchir aux façons de peser sur ces questions dont nous disons tous qu’elles sont prioritaires. La rencontre pourrait avoir lieu le 5 décembre prochain au Sénat. Nous avons pour but de créer groupe de réflexion qui lancerait des pistes sur les problèmes écologiques malgré nos différends à propos de politique étrangère, sur les questions sociales et économiques. Ensemble, nous pourrions véritablement nous faire entendre avant des votes et des prises de décision du gouvernement, de l’Assemblée et du Sénat.

Ce regroupement ne pourrait en effet pas se présenter aux élections puisque nous sommes divisés sur les sujets autres que l’écologie. C’est une des solutions pour ne pas avoir à choisir, tout en influençant les décisions de manière plus importante. Unissons-nous sur ces sujets et portons ces enjeux ensemble. Sur d’autres, comme le nucléaire par exemple, où nous avons des avis différents, discutons-en entre écologistes.

Un think-tank issu de ce groupe de réflexion pourrait ainsi être créé, et ouvert à tous les écologistes, afin que la discussion ne soit pas monopolisée par les Verts.

Avatar de Gabriel Cohn-Bendit

Par 
Amis de la regrettée Europe Ecologie

Propos recueillis par Mélissa Bounoua.

Moruroa risque l’effondrement

L’association Moruroa e tatou s’inquiète du risque d’effondrement de l’atoll de Moruroa. Un rapport du ministère de la Défense vient de paraître et l’association parle de “cataclysme” et de possible “pollution radioactive de l’océan”. Jenny Hunter Publié le mardi 07 août 2012 

Dans un rapport de la Défense qui vient d’être communiqué aux autorités locales, le risque d’effondrement de Moruroa est mis en exergue: “On nous parle d’un probable cataclysme avec des répercussions plus considérables”, rapporte Moruroa e tatou
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“Avant on nous parlait d’un glissement d’une loupe sur la pente externe océanique. Aujourd’hui, selon un nouveau rapport, on nous parle d’un probable cataclysme avec des répercussions plus considérables. Ce n’est plus du tout la même chose. Ce n’est pas juste une vaguelette qui va nous mouiller les pieds”, s’inquiète l’association Moruroa e tatou à propos des failles de l’atoll de Moruroa.
Jenny Hunter
À l’occasion de l’anniversaire du bombardement d’Hiroshima, le président de l’association Moruroa e tatou fait le point sur le nucléaire en Polynésie française. Avec Bruno Barrillot et certains membres de l’association, Moruroa e tatou a développé plusieurs sujets : le rapport 2010 relatif à la surveillance radiologique et géométrique des sites de Moruroa et Fangataufa rendu public récemment ; le rapport sur l’étude des denrées alimentaires de base à Hao ; la modification de la loi Morin et enfin les derniers jugements devant les tribunaux en mai dernier.
Le premier point n’est pas des moindres. Il s’agit tout de même du risque d’effondrement de Moruroa. Et pas d’uniquement un petit bout de récif comme le laisser entrevoir le ministère de la Défense. En effet selon Bruno Barrillot, “avant, on nous parlait d’un glissement d’une loupe sur la pente externe océanique. Aujourd’hui, selon un nouveau rapport, on nous parle d’un probable cataclysme avec des répercussions plus considérables. Ce n’est plus du tout la même chose. Ce n’est pas juste une vaguelette qui va nous mouiller les pieds”. L’association craint une “dilution dans le milieu océanique des matières nucléaires contenues dans les cavités des 13 tirs souterrains dont huit sont de l’ordre voire plus puissants qu’Hiroshima qui ont été effectués sous les zones Camélia et Françoise. Ce serait une pollution radioactive de l’océan complètement inédite et difficilement évaluable”.
Le rapport 2010 de surveillance de l’évolution géomécanique de l’atoll de Moruroa, daté du 29 mars 2012, a été communiqué, le 11 juin dernier, aux autorités locales.

Le rapport indique à la page 28 : “Les valeurs des vitesses déduites des mesures de déplacement des câbles (dont les profondeurs d’ancrage sont comprises entre 129 et 319 mètres), ne présentent pas d’évolution notable en 2010. Elles restent, en moyenne, inférieures à 0,5 mm/mois pour l’ensemble des mesures issues des FIL. Elles étaient de l’ordre de 2 mm/mois en 1996. En zone Françoise, les mesures, issues du câble à 45° implanté dans le forage incliné au PK 10, ne sont plus utilisables depuis fin 2004. Les dernières données mesurables indiquaient une vitesse de 2 mm/mois. Les mesures des capteurs de la zone Camélia (FIL 8.30 et 8.40) indiquent des vitesses très faibles (<0,2 mm/mois). Ces vitesses, apparemment plus faibles que les mesures dans les autres zones, pourraient cependant être sujettes à caution. Elles pourraient s’expliquer par le fait que toute cette partie du platier serait en mouvement, embarquant avec elle toute l’instrumentation des FIL 8.30 et 8.40 dans un mouvement de “corps rigide”. Elles représentent alors des mesures différentielles du déplacement des câbles entre les têtes de puits et leur ancrage”.
En clair, comme Moruroa e tatou l’explique, cela signifie qu’une catastrophe, naturelle et écologique, pourrait survenir. L’association parle même de risque sismique qui pourrait toucher durement les atolls avoisinants comme Tureia.
Aussi, Moruroa e tatou n’en démord pas : “Il serait temps d’exiger que des scientifiques indépendants soient autorisés à faire une expertise complète sur les risques environnementaux causés par les expériences nucléaires de Moruroa et de Fangataufa”. Elle explique au passage que le fameux rapport est trop “discret” à son goût.

De Hao à la loi Morin en passant par les décisions de justice
Quant à l’atoll de Hao, Moruroa e tatou revient sur le rapport du ministère de la Défense. Elle fait remarquer que la “révélation des pollutions aux métaux lourds et autres produits nocifs n’a rien d’étonnant”. “Nous avons toujours dit que le ministère n’avait rien vu, rien mesuré. Pendant des années, Hao a été un laboratoire. Aujourd’hui, la population de Hao et ses générations futures sont en droit d’avoir l’assurance que leur atoll est exempt de toute trace radioactive et qu’il y sera remédié, comme pour les autres pollutions, au cas où subsisteraient des zones contaminées sur son sol, dans son lagon, commente Roland Oldham. Je trouve quand même cela dégueulasse qu’on nous donne soi-disant de l’argent et après qu’on nous dise de nous taire. C’est du chantage de l’État depuis le début du nucléaire dans notre pays. Maintenant, il faut nettoyer tout cela. En revanche nous sommes opposés à ce que ce soient des jeunes inexpérimentés qui procèdent à cette décontamination. C’est à l’État de gérer ce problème.”
Concernant la loi Morin, une fois de plus l’association s’indigne. “Cette loi n’indemnise rien du tout. La France ne reconnaît rien. Nous rappelons aux hommes politiques leur promesse électorale. Il faut arrêter de s’occuper que des élections. Il faut maintenant s’occuper de ce gros problème”, explique Roland Oldham. Aujourd’hui, il attend beaucoup de l’État français et souligne que si rien n’est fait “les actions se radicaliseront davantage”.
Selon l’association, il faut une véritable réforme car la loi Morin est considérée comme “un échec”. Il en appelle au Premier ministre. Moruroa e tatou souhaiterait le rencontrer afin d’évoquer le dossier. “Moruroa e tatou demande qu’une réunion de concertation soit organisée avec le gouvernement central afin de discuter de plusieurs points”, souligne John Doom, de l’association.
Enfin, l’association est revenue sur les dernières décisions de justice concernant d’anciens travailleurs de Moruroa au mois de mai. Pour son président, toutes les décisions “sont inacceptables”. “On veut nous faire avaler n’importe quoi. On nous dit qu’on a gagné puis on nous dit que, tout de même, il faut faire de nouvelles expertises pour que les anciens travailleurs soient indemnisés. C’est n’importe quoi. L’État a commis une faute et il faudrait réparer tout cela. Mais au lieu de cela, on nous demande des énièmes expertises alors que souvent les gens sont déjà morts. La justice est injuste“, réplique Roland Oldham. Il espère que le Premier ministre les reçoive au plus tôt.
Jenny Hunter

Le démantèlement des bâtiments à propulsion nucléaire

Le démantèlement est une étape incontournable de la vie d’un bâtiment à propulsion nucléaire. La maîtrise d’ouvrage de cette opération, conduite dans des conditions de sécurité nucléaire optimisées, a été confiée à la direction générale de l’armement (DGA). Elle a pour objectif de garantir la conservation des six tranches réacteurs des SNLE type Le Redoutable avant d’achever leur démantèlement. Mise à jour : 11/07/2010 

Depuis 2002 le SNLE le redoutable est ouvert au public à Cherbourg

http://www.defense.gouv.fr/dga/equipement/dissuasion/le-demantelement-des-batiments-a-propulsion-nucleaire

http://radioprotection.unblog.fr/2010/09/05/page/2/

Dans le monde d’aujourd’hui la dissuasion nucléaire n’a plus aucun sens

Michel Rocard a proposé dernièrement de supprimer la dissuasion nucléaire. Toute la classe politique française s’est alors dressé contre lui sous-entendant que l’arme nucléaire est un moyen de tenir son rang de puissance. Pourtant, les contres exemples ne manquent pas et l’arme nucléaire apparaît de plus en plus comme une illusion de pouvoir. Atlantico 22 juin 2012

Interview de Paul Quilès , homme politique français socialiste. Il est le maire de Cordes-sur-ciel dans le Tarn depuis 1995 et anime également le club Gauche Avenir.

Atlantico : François Hollande n’a pas donné suite à la proposition de Michel Rocard d’abandonner l’arme nucléaire. L’armement nucléaire a-t-il toujours un sens aujourd’hui en France ?

Paul Quilès : Il faut replacer la proposition de Michel Rocard, comme il l’a admis lui-même, dans une démarche de provocation. Il a voulu susciter le débat et je ne m’en plaindrai pas. Il faut quand même noter que le chiffre qu’il a donné concernant les dépenses suscitées par le nucléaire était inexact. Il voulait parler, à l’évidence, des dépenses sur 5 ans, et non pas sur un an.

La réaction de François Hollande est classique. Il s’agit de justifier la dissuasion nucléaire par la volonté de tenir le rang international de la FranceOr, en faisant apparaître l’arme nucléaire comme un attribut de puissance et en donnant le sentiment, comme la France, que c’est un avantage, il n’est pas étonnant que d’autres pays cherchent à acquérir l’arme nucléaire. Mais cette thèse ne tient pas. Beaucoup de pays, comme l’Allemagne, n’ont pas besoin de l’arme nucléaire pour être entendus. De plus, on fait trop souvent la confusion entre les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et les Etats dotés de l’arme nucléaire, ce qui est historiquement inexact, puisqu’en 1945, seuls les Etats-Unis possédaient cette arme !

Pourquoi l’arme nucléaire n’a-t-elle jamais servi depuis Hiroshima et Nagasaki en 1945 ?

C’est l’argument qu’on met souvent en avant pour justifier la possession d’armes nucléaires. Ce serait une « arme de non emploi ». Or elle a servi une fois, et contrairement à ce qu’on dit, elle n’a pas mis fin à la Deuxième guerre mondiale. On sait depuis l’ouverture des archives américaines que le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki a constitué une épouvantable « expérimentation » de l’arme atomique à grande échelle. D’autre part, les conséquences de l’utilisation de l’arme nucléaire sont terrifiantes et on peut dire que ce n’est donc pas une « assurance-vie », formule utilisée par les défenseurs de la dissuasion, mais une « assurance-mort ». Et on oublie qu’elle a failli être utilisée à plusieurs reprises, pendant la crise de Cuba en 1962 notamment. Encore une autre preuve, s’il en faut :  malgré l’échec du projet d’IDS (la « guerre des étoiles » ),  voulu par le Président Reagan dans les années 80, on veut mettre en place aujourd’hui en Europe un bouclier antimissile . Mais si la dissuasion nous protège, pourquoi vouloir construire un bouclier ?

Quid du risque de la possession de l’arme nucléaire par des groupes privés ?

La dissuasion nucléaire n’a jamais protégé des groupes terroristes. On l’a vu par exemple avec les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis ! La possession de cette arme est de moins en moins dissuasive… à supposer qu’elle l’ait été dans le passé.

Dans le contexte actuel, avec un Iran qui s’apprêterait à acquérir la bombe nucléaire, n’est-ce pas dangereux de se désarmer ?

D’abord, il y a d’autres façons de lutter contre la prolifération nucléaire que de continuer à en vanter les mérites et à en limiter la possession à un petit club de pays. Et puis, le désarmement ne peut être que progressif. La question ne se pose donc pas dans ces termes. Il y a encore environ 20 000 ogives nucléaires dans le monde, soit 400 à 500 000 fois la puissance d’Hiroshima. Il faut donc s’engager dans des négociations vers le « désarmement nucléaire général et complet », comme le stipule l’article 6 du TNP, qui n’est malheureusement pas respecté. Ce qui signifie qu’on ne pourra pas faire disparaître toutes les armes d’un coup de baguette magique. Cela peut prendre une vingtaine d’années, comme le propose le mouvement Global Zero.

Le désarmement nucléaire est-il de droite ou de gauche ?

Même si l’insistance mise sur le désarmement est traditionnellement plutôt marquée à gauche, je constate qu’aux Etats-Unis, nombre de Républicains défendent le désarmement nucléaire. En France, les choses sont plus compliquées et il existe une attitude inspirée par le souvenir de De Gaulle qui considère l’armement nucléaire comme indispensable pour assurer notre indépendance…..ce qui reste prouver.

Pourquoi, avant la sortie de Michel Rocard, y avait-t-il si peu de débat à ce sujet en France ?

Contrairement à ce qu’on répète, il n’y a pas de consensus en France, parce qu’il n’y a jamais eu de débat public. L’opinion des Français n’a donc jamais pu être mesurée.  Même dans les partis politiques, la question est très rarement abordée. J’ai été pendant plus de dix ans délégué aux questions de défense et de stratégie du PS auprès de François Hollande et je n’ai pas le souvenir que cette question ait donné lieu à débat. Il est regrettable qu’on en parle dans les médias seulement à l’occasion de cette provocation de Michel Rocard…. mais c’est un bon début, puisque je viens de publier un livre sur ce sujet « Nucléaire, un mensonge français » et que j’ai bien l’intention de m’exprimer ! Si les partis ne veulent pas en parler, je souhaite au moins que les journalistes sortent d’un conformisme qui les amène trop souvent à se caler sur la thèse « politiquement correcte » du consensus français. Je ne me satisfais pas du « circulez, y’a rien à voir », pas plus que de ce commentaire d’un officier supérieur disant hier à la télévision « c’est une assurance-vie, qui ne coûte pas cher -0,2% du PIB- pourquoi s’en priver« . C’est vraiment le niveau zéro du débat. Il est temps de commencer à parler sérieusement de ce sujet qui concerne notre sécurité et notre avenir.

Propos recueillis par Ania Nussbaum

 

Voir aussi: “L’arme nucléaire est inutile et coûteuse”, par le général Bernard Norlain

« L’arme nucléaire est inutile et coûteuse », par le général Bernard Norlain

Les 11 et 12 octobre 1986, au sommet de Reykjavik, les présidents Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev évoquaient pour la première fois la possibilité d’une option zéro, c’est-à-dire l’élimination des armes nucléaires. Un quart de siècle plus tard, cette possibilité est devenue une nécessité, car l’arme nucléaire est inutile et coûteuse et elle représente un danger mortel pour notre survie. Le Monde Samedi 29 octobre 2011

Arme de destruction massive, la bombe a permis pendant plus de cinquante ans le maintien d’une certaine stabilité dans le monde et nous a sans doute évité une nouvelle guerre. Le maintien de cet équilibre aura vu se déployer une course absurde à la parité numérique entre les deux principaux partenaires de cette dialectique de la terreur. Près de 70 000 armes nucléaires de tous types ont été ainsi produites. Le nombre de ces armes a diminué et se situe autour de 25 000, ce qui représente encore une capacité suffisante pour détruire la planète.

Mais cette puissance dévastatrice est-elle toujours adaptée au monde que nous connaissons et celui-ci obéit-il aux mêmes règles stratégiques que celles de la guerre froide ? La mondialisation, l’émergence de nouveaux acteurs stratégiques, dessinent un nouveau paysage stratégique. Il faut se débarrasser des stéréotypes idéologiques de la guerre froide. Face aux menaces du XXIe siècle, la pertinence stratégique de la dissuasion nucléaire paraît bien affaiblie.

De plus, est-ce l’arme nucléaire qui peut préserver et garantir notre statut de grande puissance ? Ne sommes-nous pas confrontés à de nouveaux défis qui réclament des réponses nouvelles, alors que notre réponse est une crispation sur un dogme, celui de la dissuasion, « garantie ultime de la sécurité et de l’indépendance nationale » ? Pas un discours officiel qui ne commence par une génuflexion devant l’autel de la dissuasion en ajoutant l’inévitable mantra : « On ne peut pas désinventer le nucléaire. » Mais l’autel est vide et l’on continue à dépenser des milliards alors que nos armées ont d’urgents besoins. Ce n’est plus de la stratégie mais de la théologie.

Deux études américaines récentes réalisées par des instituts indépendants ont chiffré le coût des armements nucléaires dans le monde. Selon ces études, les neuf pays nucléaires dépenseront dans les dix prochaines années 1 000 milliards de dollars (714,8 milliards d’euros) pour leurs armements nucléaires. Les Etats-Unis dépensent de 34 à 61 milliards de dollars par an, la France de 4,7 à 6 milliards de dollars suivant que l’on considère les coûts directs ou indirects. Le chiffre français officiel est de 3,5 milliards par an. De plus, ces études ne prennent pas en compte toutes les dépenses de renouvellement des armements. Comment va-t-on financer les dizaines de milliards d’euros nécessaires ?

Certes, on ne peut que saluer l’excellence technologique et industrielle à laquelle la France est parvenue, seule, et qui nous donne une place dominante dans le nucléaire et dans les secteurs industriels connexes. Certes, nous devons saluer l’efficacité, le dévouement, le courage des équipages de sous-marins nucléaires lance-engins et de bombardiers stratégiques. Mais on ne doit pas se laisser prendre au piège dans un système qui se referme sur lui-même face au monde extérieur.

Enfin, cette arme est devenue trop dangereuse pour la planète. Dangereuse, elle l’a toujours été, mais dans un monde partagé en deux blocs où deux joueurs se sont affrontés de façon plutôt rationnelle. L’efficacité de ce système a été fondée sur un petit nombre d’acteurs. Mais, dans un monde ouvert où l’apparition de nouveaux acteurs stratégiques rend les règles du jeu plus complexes et fugaces, l’arme nucléaire, après avoir joué un rôle de stabilité, devient une source d’instabilité destructrice pour la planète.

Dangereuse, elle peut l’être par accident, comme l’ont montré plusieurs cas de déclenchement de tirs par erreur dans le passé ; par un attentat terroriste, compte tenu de la dissémination de matériaux sensibles et de la diffusion de technologies rustiques ; par la prolifération. Si la prolifération a été lente puisqu’on est passé de cinq pays dotés à neuf pays nucléaires, l’apparition de nouveaux acteurs, si l’on ne fait rien, conduira, pour des raisons de sécurité, ces pays à se doter d’un armement nucléaire au titre du pouvoir égalisateur de l’atome.

Il y a donc un danger à voir l’arme nucléaire se répandre et on ne peut exclure qu’elle tombe entre les mains d’acteurs non pas irrationnels mais obéissant à leur propre rationalité. Le danger est non seulement celui de la prolifération, mais il est aussi lié à la banalisation de l’arme et cela est vrai dans le cas de la France. En effet, la doctrine, ou plutôt le dogme de la dissuasion française, a été et reste encore celui du non-emploi du nucléaire. Pour répondre à la nouvelle situation stratégique, la doctrine est ainsi passée de la dissuasion « du faible au fort » à celle « du fort au faible ou au fou ». Or, comme le dit le politologue Pierre Hassner, la notion de dissuasion du fort au faible conduit à une logique d’emploi et même d’emploi en premier.

Personne ne peut dire alors quelle serait la réaction en chaîne provoquée par l’utilisation de l’arme nucléaire. Compte tenu du nombre d’armes accumulées et de leur dispersion, c’est la perspective de la destruction partielle ou totale de la planète. Pour ces raisons, il n’y a pas d’autre solution que d’éliminer ces armes. Toutes les négociations sur la diminution, sur le déploiement et la mise en alerte de ces armes sont nécessaires, mais elles ne seront effectives que dans la perspective d’un objectif d’élimination complète. Après tout, cela ne serait que la mise en oeuvre de l’article VI du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

La France est opposée à cet objectif. Elle est de ce fait isolée dans le contexte international et européen. De plus, cette crispation stérilise la pensée stratégique française. A l’abri d’une nouvelle ligne Maginot, le fameux consensus français fait de l’arme l’horizon indépassable de notre sécurité. Au moment où doit s’engager une réflexion sur notre système de sécurité, il est temps d’ouvrir le débat en acceptant de ne plus avoir de tabous et en particulier que l’arme nucléaire n’est plus l’alpha et l’oméga de notre sécurité et que notre assurance-vie peut devenir notre assurance-décès.

 

(*) En 1986, le sommet soviéto-américain de Reykjavik entre Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan aboutit au traité de Washington sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), qui a pour but d’éliminer à l’échelle mondiale ce type de missiles.

 

Le général d’armée aérienne (2è section) Bernard Norlain préside aujourd’hui la Fondation pour les Etudes de Défense nationale ainsi que l’association qui édite la revue Défense nationale (http://www.defnat.com/)

Voir aussi

http://ufoetscience.wordpress.com/tag/remise-en-cause-de-la-force-de-dissuasion-nucleaire/

Dans le monde d’aujourd’hui  la dissuasion nucléaire  n’a plus aucun sens

Jean-Pierre Cot: La politique atomique de la France porte atteinte à son autorité dans le monde

Un article de Jean-Pierre Cot, écrit en  avril 1963 et à relire en lien avec l’actualité  en écho à la visite de F Hollande à L’ile Longue le 30 janvier et en écho à la prise de position de Michel Rocard ce 20 juin 2012.

Source : Le monde diplomatique, 23 sept 2011

Malgré les conseils de ses alliés, les avertissements de l’Union soviétique, la réprobation du « tiers monde » et les réticences de sa majorité, le gouvernement français poursuit la construction d’une « force nationale de dissuasion fondée sur la bombe atomique ». Cette attitude a provoqué dans l’opinion publique internationale des réactions qui vont de la surprise à l’inquiétude : on nous croyait moins repliés sur nous-mêmes, plus soucieux du maintien des solidarités internationales. Ces réactions réduisent incontestablement notre influence et notre autorité dans le monde.

Pour apprécier leur importance, examinons les principaux reproches qui nous sont adressés, et d’abord ceux qui viennent de nos partenaires de l’O.T.A.N. et de l’U.E.O.

On peut bien sûr regretter qu’en 1948, en signant le traité de l’Atlantique nord, et en 1954, en signant les accords de Paris, nous nous soyons engagés, puis enfoncés dans un système d’alliances militaires qui contribue à maintenir la division du monde en deux blocs. Mais le fait est que nous avons choisi ce système ; nous sommes liés par nos signatures, et le gouvernement actuel, pas plus que ses prédécesseurs, ne songe à revenir là-dessus : c’est dans le cadre de l’O.T.A.N. et de l’U.E.O. que s’inscrit et s’apprécie tout notre effort de défense.

Or nos partenaires estiment que notre politique de force nationale de dissuasion est contraire aux engagements que nous avons pris envers eux.

La contradiction, il est vrai, n’existe pas avec les textes des traités : rien, dans ces textes, ne nous interdit de dépenser notre argent à construire des joujoux atomiques. Mais elle résulte de l’esprit de ces textes et de leur mise en application.

« Se lancer dans la recherche de l’arme atomique, quand on appartient à une alliance dont le membre le plus important dispose de cette arme, disait M. Paul Reynaud à l’Assemblée nationale, le 18 octobre 1960, c’est implicitement l’accuser ou le soupçonner d’abandonner ses alliés. » C’est au moins introduire un élément de méfiance dans le fonctionnement de l’alliance, et c’est risquer de fortifier, chez « le membre le plus important », la tendance isolationniste. Est-ce là ce que nous voulons ?

Il y a plus : consacrer d’énormes moyens à la construction de la force nationale atomique, c’est au moins retarder la modernisation des forces conventionnelles que nous avons promis de mettre à la disposition de l’O.T.A.N. C’est laisser la première place, dans le dispositif de l’O.T.A.N., à la République fédérale d’Allemagne. N’est-ce pas dangereux et fâcheux pour la France ? Est-ce là ce que nous souhaitons ?

Mais passons aux reproches qui viennent non seulement de nos adversaires mais d’autres horizons. Ce n’est plus ici au nom des intérêts occidentaux qu’on nous critique, mais au nom de la solidarité qui lie tous les peuples du monde, ce qui est bien plus important.

On considère que nous allons, par notre initiative, favoriser une « dissémination »redoutable de l’arme atomique.

Aujourd’hui trois pays possèdent cette arme. Tous trois ont à leur tête des gouvernements sérieux, responsables, bien informés du risque de destruction au moins partielle qu’une guerre thermo-nucléaire ferait courir non seulement à leur pays, mais à beaucoup d’autres. Dans ces conditions, un optimisme relatif paraît à certains justifié, et le plus grand danger, dans l’immédiat, semble celui d’une guerre atomique déclenchée par erreur ou par accident. La dissémination de l’arme atomique modifierait ces perspectives et créerait des changements non seulement quantitatifs mais « qualitatifs dans les conditions actuelles.

D’abord parce que parmi ceux qui pourraient alors appuyer sur le bouton de la guerre atomique se trouveraient, en plus des sages, des hommes politiques et des militaires qui le seraient moins — voire des aventuriers ; ensuite parce que demain le sous-marin atomique constituera l’arme du « crime parfait » international, celui qui n’est pas signé, dont on ne peut ni repérer ni identifier les auteurs, et qui par là même rend possibles les plus affreuses tentations ; enfin parce que toute dissémination de l’arme atomique réduirait les chances déjà faibles d’un accord international sur l’arrêt des expériences d’armes atomiques et thermo-nucléaires — les déclarations du général de Gaulle à sa dernière conférence de presse sont, à cet égard, tristement significatives — et plus encore les chances d’un accord sur l’interdiction de fabriquer et d’employer ces armes.

Or pour justifier sa politique le gouvernement français utilise des arguments qui, s’ils sont valables pour notre pays, le sont aussi pour beaucoup d’autres. On dit et on répète que ceux qui n’auront pas demain d’armement atomique seront réduits au rôle de pays satellites. Quelle imprudence ! Demain, au nom de la Gleichberechtigung et du rôle que nous lui abandonnons dans la « défense » de l’Europe occidentale, la République fédérale allemande demandera qu’on l’autorise à avoir, puis à fabriquer des armes atomiques. De même, nous donnons à la République populaire de Chine au moins un prétexte pour se lancer, elle aussi, dans la construction d’une force de frappe atomique. Bientôt d’autres suivront, et nous aurons ainsi contribué à conduire le monde au bord de la catastrophe. Sans doute dirons-nous que nous n’avons pas été les premiers à donner le mauvais exemple et que nous faisons aujourd’hui ce que le Royaume-Uni a fait hier. C’est oublier plusieurs choses : d’abord que la faute ou l’erreur d’autrui n’est jamais une excuse valable, surtout quand il s’agit de questions capitales, non pour un pays, fût-ce le nôtre, mais pour toute l’humanité ; ensuite que le progrès technique et, partant, les dangers de la dissémination atomique ont marché à pas de géant depuis la décision britannique, que notre décision est prise dans d’autres conditions et que notre responsabilité devant l’histoire risque d’être tenue pour la plus grande.

Enfin d’autres reproches nous sont faits qui mettent en cause et notre intelligence et notre jugement.

On observe que la décision française de construire une force atomique de dissuasion est un signe de plus d’une orientation générale qui étonne autant qu’elle choque. Ce n’est que la partie d’un tout. Elle vient après les remarques désobligeantes sur l’O.N.U. — ce « machin » dont on semble ignorer qu’il fait partie de la réalité internationale contemporaine et dont on ne dit pas par quoi il devrait être remplacé. Elle vient après le refus dédaigneux de participer à la conférence des Dix-Huit, à Genève, et cette indifférence à l’égard d’un effort pour permettre au monde de sortir de l’impasse a été partout sévèrement jugé. Après aussi les fameuses déclarations sur la Grande-Bretagne et le Marché commun… Dans ce mélange de « maurrassisme » et de « machiavélisme », on ne reconnaît plus notre pays, on se demande où nous allons.

On met aussi en question notre jugement, c’est-à-dire notre faculté d’apprécier les réalités et les proportions. Personne hors de nos frontières ne croit que nous pourrons construire une force de frappe capable d’inspirer à l’adversaire éventuel une crainte de représailles assez grande pour écarter de nous l’orage. Ce que nous aurons, dans quelques années, c’est quelque cinquante bombes atomiques dont la puissance se calcule en dizaine de milliers de tonnes d’explosif, alors que l’on fabrique ailleurs des bombes thermonucléaires dont la puissance est appréciée en dizaine de millions de tonnes et cela transporté par des bombardiers d’un type que partout déjà on a condamné pour les remplacer par des fusées et des engins sans équipage ; à qui ferons-nous peur avec notre sabre de bois et nos foudres rouillés ? Quel chef d’Etat ou de gouvernement serait assez fou pour menacer de représailles un adversaire éventuel qui pourrait, en réponse, et d’un revers de main, rayer notre pays de la carte du monde ?

D’autre part les crédits annoncés au Parlement français ont paru à tous les experts étrangers… disons fantaisistes.

Le gouvernement français a prévu, dans le programme de cinq ans qu’il a fait adopter par le Parlement en octobre 1960, la construction d’un sous-marin atomique équipé de fusées du type Polaris.

Les crédits nécessaires pour ce sous-marin sont inclus dans un crédit global de 325 millions destiné à permettre la construction de trois sous-marins dont un atomique. Il est vrai que la construction de ce sous-marin s’étendra sur un délai supérieur à cinq ans ; le gouvernement a sans doute pensé qu’il demanderait — bien qu’il n’en ait rien dit au Parlement — un crédit supplémentaire pour achever notre sous-marin atomique. Au mieux — pour lui — on peut estimer que dans les prévisions du gouvernement les frais de construction d’un sous-marin atomique sont de 300 à 350 millions.

Or les Américains, eux, construiront non pas un mais soixante-quinze sous-marins atomiques, c’est-à-dire qu’ils se trouveront dans de meilleures conditions. Ils comptent que chaque sous-marin, produit en série, reviendra au moins à 600 millions de francs, chiffre récemment indiqué par M. McNamara. Les chiffres inscrits dans les cahiers de crédits étant très supérieurs.

A qui fera-t-on croire que nous sommes capables de construire en France un sous-marin atomique en un seul exemplaire pour un prix très inférieur à celui qui est envisagé aux Etats-Unis pour une fabrication portant sur soixante-quinze exemplaires ? Certainement pas aux experts des questions de désarmement, ni aux ingénieurs du génie maritime, ni aux spécialistes des constructions navales.

Ne nous étonnons pas, dans ces conditions, que notre politique de dissuasion soit critiquée et sévèrement appréciée. Si nous voulons rétablir, auprès du « machin » de nos alliés, des pays de l’Est et du « tiers monde », notre autorité, il serait temps que nous pensions à ce qu’on appelait jadis, en Angleterre, « l’importance d’être sérieux ».

Jean-Pierre Cot

Ancien ministre délégué, chargé de la coopération et du développement (de 1981 à 1982) ; ancien parlementaire européen (1984-1999).