Japon : quand la TV censure l’empereur

L’empereur du Japon a fait un discours pour la cérémonie du 1er anniversaire, les infos TV ont ignoré sa référence à la contamination radioactive. Voilà ce que disent de nombreux tweets au Japon. Ils disent que les chaînes de TV ont coupé le passage où il parle de la contamination. Par Hélios


L’empereur a donc fait son discours au Théâtre National, bien qu’il soit en convalescence après une chirurgie cardiaque. Il a fait un discours abordant les 3 composants de la catastrophe, séisme, tsunami, nucléaire.

Mais sauf pour ceux qui ont assisté à la cérémonie ou l’ont regardé en direct, ou ceux qui ont lu le discours dans le journal, les gens au Japon n’ont pas su en regardant les infos TV que l’empereur a parlé de la contamination et qu’il l’a reconnu comme un difficile problème. 

Extrait du discours où il aborde le problème de la contamination (Asahi Shinbun) :

 »Ensuite, la catastrophe a déclenché un accident nucléaire à la centrale. Des gens ont dû évacuer des zones rendues dangereuses, où ils vivaient et travaillaient depuis de nombreuses années. Pour qu’ils puissent rentrer chez eux vivre en sécurité, nous avons de difficiles problèmes de contamination radioactive à surmonter. »

Rennes. Un an après Fukushima, les antinucléaires se rassemblent

11 mars 2012… Un an après la catastrophe de Fukushima, l’association rennaise Sortir du nucléaire a appelé à un rassemblement ce matin, place de la Mairie. « On était obligés d’être là. On voulait marquer le coup à Rennes. Fukushima est devenu un lieu invivable pour l’éternité », indique Vincent Aubry, président de l’association.

Ce matin, une trentaine de personnes se sont rassemblées, place de la Mairie, pour rappeler « l’urgence de sortir du nucléaire ».

Ce matin, une trentaine de personnes se sont rassemblées, place de la Mairie, pour rappeler « l’urgence de sortir du nucléaire ».

Une trentaine de personnes se sont réunies pour délivrer « un message de soutien aux victimes du nucléaire en général » et rappeler « l’urgence d’arrêter les vieux réacteurs en France ». Une pétition contre le nucléaire sur le territoire de Rennes Métropole a aussi été lancée.

 Plusieurs militants rennais ont ensuite pris la route de Saint-Malo, où une chaîne humaine doit se constituer cet après-midi. nucléaire dimanche 11 mars 2012

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Rennes.-Un-an-apres-Fukushima-les-antinucleaires-se-rassemblent_40823-2053823——35238-aud_actu.Htm

Restons informés avec le Blog de Fukushima

 10 et 11 mars 2012 : action ! Selon Jacques Repussard, directeur de l’IRSN, la France doit se préparer à des accidents nucléaires « complètement inimaginables », qui représentent le plus grand danger pour ses installations, comme le prouve la catastrophe de Fukushima. Le Blog de Fukushima Jeudi 8 mars 2012
Mais les Français ne sont pas d’accord. Ils ne veulent pas se préparer à un accident inéluctable. Ils ne veulent plus qu’on leur impose ce risque permanent. Ils veulent sortir du nucléaire.
Et les 10 et 11 mars 2012, ils vont le dire haut et fort !
 
Pour ceux qui doutent encore de la nécessité de sortir du nucléaire le plus rapidement possible, lire la synthèse implacable d’Aizen Kaguya sur le site Kibô Promesse et l’article de Stéphane Lhomme, président de l’Observatoire du nucléaire :
 

Nucléaire : rien ne sera plus comme avant

Fukushima est désormais l’un de ces noms de sinistre mémoire qui hantent l’histoire. Celui d’une catastrophe nucléaire qui frappa l’une des plus grandes puissances planétaires. En 1986, quand la centrale de Tchernobyl explose, le monde découvre des « liquidateurs » et des populations civiles sacrifiées au pays des soviets. Vingt-cinq ans plus tard, c’est le pays de l’innovation et des robots qui est meurtri. Cette fois-ci, l’Occident tétanisé se voit dans le miroir. Et prend peur. Edito du Monde  LEMONDE  10.03.12

Pourtant, aujourd’hui, les industriels en seraient presque à tourner la page. La plupart des programmes nucléaires ont été maintenus. Une cinquantaine de pays ne dévient pas de leur route vers l’atome. La Chine, l’Inde, le Vietnam, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Bangladesh vont continuer de développer cette source d’énergie.

Par inertie ou par choix politique, le nombre de centrales en chantier dépasse aujourd’hui celui de celles qui ont été arrêtées, indique-t-on chez Areva, le champion français du nucléaire.

Mais faire le total des plus ou des moins ne suffit pas. Car la terre du nucléaire tremble. Elle tremble depuis que l’Allemagne, la Suisse et l’Italie ont annoncévouloir définitivement renoncer à l’atome. Berlin arrêtera son dernier réacteur en 2022 et veut promouvoir un nouveau modèle énergétique.

En France, où le nucléaire faisait, depuis le début des années 1970, l’objet d’un large consensus entre droite et gauche, le débat s’anime. Si, le 6 mai, François Hollande sort vainqueur de l’élection présidentielle, le candidat socialiste s’est engagé à réduire la part du nucléaire dans la production française d’électricité, de 74 % à 50 % d’ici à 2025.

Le nucléaire est une énergie « politique » qui a besoin du soutien des gouvernements et des populations. Sans cette double adhésion, l’avenir peut vite s’assombrir.

Depuis Fukushima, les langues aussi se délient. Longtemps la parole fut confisquée par « ceux qui savent », la grande famille du corps des Mines, en l’occurrence. En France, grâce au rapport de la Cour des comptes rendu public le 31 janvier, on connaît mieux le coût réel de la filière, même s’il reste « de nombreuses incertitudes ».

Fukushima est l’artisan de cette transparence recouvrée, qui permet aussi que la sûreté des centrales soit renforcée. Les audits se multiplient. Des travaux sont exigés par les autorités de contrôle. Début décembre 2011, le coup de force de Greenpeace, qui s’est introduit dans deux centrales, a également mis en évidence que l’infaillibilité n’existait pas. Tout cela conduit à s’interroger aussi sur le prix de l’électricité issue de l’atome. Qui va augmenter, aucun expert n’en doute plus.

Mais ces questionnements en appellent d’autres : vers quel modèle se diriger, puisqu’il faut à tout prix réduire la part des énergies fossiles, qui chaque jour réchauffent un peu plus notre planète qui n’en peut plus ?

Le nucléaire n’est plus un rêve devenu réalité. Depuis Fukushima, le rêve s’est dissipé dans le réel.

« L’explosion de la centrale de Fukushima est encore possible »

Un an après la catastrophe de Fukushima, Roland Desbordes, président de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad), fait le point sur la situation. L’Express Par Léonore Guillaume, le 10/03/2012

Le 11 mars 2011, un séisme suivi d’un tsunami provoquait la fusion partielle des coeurs de trois réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima, et d’importants rejets radioactifs. Un an après, quelle est la situation sur place?

Elle est très incertaine. Lorsque nous nous sommes rendus sur place en juin dernier, quelques semaines après la catastropheles habitants n’avaient aucune idée du danger et des risques qu’ils encouraient. Nos experts ont constaté que la radioactivité dans les maisons était aussi importante que dehors. Aujourd’hui, elle a baissé mais des iodes radioactifs sont toujours rejetés par la centrale. De plus, le discours de Tepco, qui exploite la centrale, est très contradictoire et empêche de savoir réellement où on en est. D’un côté, l’entreprise répète que la situation est sous contrôle mais en même temps la zone reste interdite d’accès. 

Où en sont les travaux?

Il y a très peu de communication de la part de Tepco autour de cela. Pour l’instant, les autorités japonaises semblent attendre que le site soit moins exposé pour agir. On ne peut donc qu’envisager des scénarii plus ou moins optimistes. Dans le meilleur des cas, les coeurs vont se refroidir seuls, et cela prendra plusieurs mois. A l’inverse, l’explosion de la centrale est encore possible parce que les combustibles sont présents en grande quantité.  

Comment a-t-on pu en arriver à une telle situation?

Les Japonais ont fait des erreurs. Ils auraient dû évacuer la chaleur en amenant l’eau de mer dans la centrale. Mais ils n’ont pas pu le faire immédiatement, parce que les groupes électrogènes ont été noyés lors du tsunami. Ils auraient pu faire venir de l’électricité des villes voisines, mais ils n’ont tout simplement pas cru qu’un tel accident pouvait se produire.  

Le Japon est une zone sismique. Comment se fait-il que les autorités n’aient pas envisagé un tel accident?

Il n’existe pas de prévention des risques sismiques et de tsunami dans des cas si graves. La sûreté nucléaire et les risques se calculent en termes de probabilité, et ce risque était tellement faible qu’il n’a pas été prévu. De plus, la centrale n’était pas aux normes antisismiques japonaises à l’origine puisqu’elle avait été fabriquée par des Américains. Elle a été « bidouillée » sur place… Contre les tsunamis, rien n’était prévu non plus. En témoigne le fait que les groupes électrogènes, indispensables en cas d’accident, étaient situés en dessous du niveau de l’eau… 

Depuis l’accident, de nombreux rapports ont été publiés sur la sûreté et la sécurité des centrales. Est-ce la preuve d’une prise de conscience des dangers du nucléaire?

Oui, mais la situation reste paradoxale. En France, on estime que les centrales sont les plus sûres du monde, mais les évaluations complémentaires de sûreté (ECS) ne prévoient rien contre les menaces terroristes ou les séismes de forte magnitude. Même les accidents les moins probables risquent de se produire. Il faut donc encore améliorer les méthodes d’évaluation de la sûreté. En France, si un barrage explose à proximité d’une centrale et la submerge, les conséquences pourraient être les mêmes qu’au Japon. Mais ce risque est tellement faible, qu’on préfère imaginer une montée lente des eaux, plus probable. Ce n’est pas suffisant. 

Le Japon, un an après la catastrophe

Fukushima: «une tragédie humaine»

Une année après la catastrophe nucléaire de Fukushima, Greenpeace a invité des Japonais en Suisse pour témoigner du drame. L’organisation écologiste entendait ainsi donner «un visage humain» à la catastrophe. Par Christian Raaflaub et Chihaya Koyama, swissinfo.ch 09. mars 2012 – 08:55

Les agriculteurs Satoshi Nemoto (gauche) et Walter Ramseier à proximité de la centrale de Mühleberg.

Les agriculteurs Satoshi Nemoto (gauche) et Walter Ramseier à proximité de la centrale de Mühleberg. (swissinfo) Le paysage ne pourrait être plus idyllique. Nous nous trouvons au bord de l’Aar, dans la lumière du soir, et le fleuve s’écoule paisiblement à nos pieds. Mais juste en face se dresse la centrale nucléaire de Mühleberg, 40 ans d’âge. Le centre de Berne se trouve à environ 13 kilomètres.

 
«Je suis étonné que nous puissions nous trouver si près d’une centrale», relève Satoshi Nemoto, un ouvrier de la construction âgé de 55 ans et habitant dans la région de Fukushima. «Au Japon, la police serait déjà arrivée.»
 
Discutant avec l’agriculteur biologique Walter Ramseier, Satoshi Nemoto lui explique que son entreprise, située dans la ville de Nihonmatsu, se trouve à 60 kilomètres de la centrale de Fukushima Daiichi. Les deux hommes s’accordent pour dire que la proximité est un concept très relatif.
 
Satoshi Nemoto et Yuko Nishiyma, traductrice et professeure d’anglais, ont été invités en Suisse par Greenpeace. Ils participent à plusieurs manifestations destinées à informer les Suisses sur la situation au Japon, une année après le tsunami.
 
«Une catastrophe nucléaire est toujours, en premier lieu, une tragédie humaine. C’est ce que nous avons voulu montrer en invitant des personnes touchées par le drame», explique Franziska Rosenmund, porte-parole de Greenpeace Suisse.

Riz irradié

Avant mars 2011, Satsohi Nemoto cultivait aussi du riz, des légumes et des kakis. Mais il ne peut plus vendre son riz depuis que Fukushima a laissé échapper ses dangereuses fuites radioactives et n’en cultive plus que pour ses propres besoins.
 
A Nihonmatsu, des valeurs supérieures à 500 becquerels, l’unité de mesure de l’irradiation, ont été mesurées. «Même si le riz n’était pas touché, les consommateurs n’achèteraient plus de produits de ma région», affirme le Japonais.
 
Walter Ramseier connaît ce problème. Son domaine ne se trouve qu’à un kilomètres à vol d’oiseau de Mühleberg. «Lorsque les gens ont appris qu’il y avait des légumes bios à côté d’un réacteur, ils ont secoué la tête et déclaré que ce n’était pas compatible. Cela nous a coûté de l’argent.»
 
Autrefois, on croyait davantage dans la sécurité des installations. «Aujourd’hui, j’ai de plus en plus peur», affirme l’agriculteur de 68 ans, qui est passé au bio en 1979 déjà. Surpris que deux des 54 centrales japonaises soient encore en service, il est convaincu que l’heure est venue de passer à d’autres sources d’énergie.

Obtenir des dédommagements

Un changement d’attitude que Satoshi Nemoto appelle aussi de ses vœux. Président de l’association locale des paysans «Nomiren Fukushima», il se bat pour que les agriculteurs obtiennent des dédommagements. C’est lui qui les représente auprès des autorités.
 
Les agriculteurs touchés par les irradiations doivent eux-mêmes changer de mentalité, selon lui. «Les champs contaminés pourraient être utilisés pour la production d’énergies renouvelables. Nous ne devons pas revenir en arrière, mais penser à l’avenir, affirme Satoshi Nemoto. Ce changement me fait même plaisir!»
 
Satoshi Nemoto ne croit pas que la mise hors service des centrales nucléaires pose des problèmes au Japon. Depuis 2006, l’archipel voit sa population reculer. Les besoins en énergie diminuent. Fukushima est aussi une chance, selon lui. La catastrophe montre la voie pour vivre dans une société «intelligente».
 
La Suisse intéresse particulièrement Satoshi Nemoto, parce que le pays a décidé de sortir du nucléaire peu de temps après Fukushima, ce qu’il salue. Il espère que la Suisse envoie au Japon un signal fort: «énergie nucléaire et humanité – cela ne va pas ensemble.»
 
Mais lui aussi, avant la catastrophe, croyait en la «sécurité absolue» de la technologie nucléaire, telle qu’assurée par les autorités de son pays. «Elles se sont révélées totalement impuissantes. Personne ne savait ce qui se passait dans le réacteur». Pour Satoshi Nemoto, désormais, une chose est sûre: «l’énergie nucléaire n’est pas contrôlable».

«Evacués volontaires»

Yuko Nishiyama fait partie des «évacués volontaires» de Fukushima. Elle ne vivait pas dans la zone aujourd’hui interdite de 20 kilomètres autour de la centrale mais a toutefois décidé de quitter la région avec sa petite fille de deux ans, Mariko.
 
La décision a été difficile à prendre. «Nous n’avions pas assez d’informations, raconte-t-elle. J’ai dû m’imposer contre les recommandations de mes parents, de mon mari et du gouvernement.»
 
Comme elle, la plupart des personnes évacuées sont des mères inquiètes pour la santé de leurs enfants. En décembre dernier, Yuko Nishiyama a créé l’organisation «Minna no te» («toutes les mains») pour aider les personnes ayant fui la région de Fukushima.

Yuko Nishiyama: "Même les enfants peuvent changer le monde".Yuko Nishiyama: « Même les enfants peuvent changer le monde ». (Greenpeace / Nicolas Fojtu)

Une heure par jour de jeux à l’extérieur

Yuko Nishiyama et sa fille peuvent loger gratuitement dans un appartement de l’ancienne ville impériale jusqu’en juin 2013. Mais elle ne sait pas ce qui se passera ensuite. «Je veux vivre avec mon mari, mais dans un endroit sûr», dit-elle. Selon elle, une vie normale à Fukushima n’est plus imaginable. «Les enfants n’osent jouer dehors qu’une heure par jour et il faut laver leurs habits quand ils rentrent.»
 
Son mari ne voulant pas quitter son travail à l’est du Japon et elle souhaitant s’établir à l’ouest, Yuko Nishiyama a donc «un problème de famille». Mais, pour le moment, son mari travaille à Tokyo, à 250 kilomètres de la centrale détruite. «Il ne risque donc rien», lui font remarquer ses interlocuteurs. «Parce que vous pensez que Tokyo est en sécurité?», rétorque-t-elle.
 
«Avant Fukushima, il y déjà eu beaucoup d’accidents, affirme-t-elle. Les responsables n’ont jamais fourni d’explications, mais ils ont essayé de camoufler ce qui se passait.» Elle a toujours été sceptique vis-à-vis des centrales nucléaires et de la société d’exploitation Tepco. «En même temps, je suis Japonaise; je ne croyais pas pouvoir changer la situation.»
 
Mais elle veut transmettre la leçon qu’elle a retirée de la catastrophe et le dire bien haut aux enfants suisses: «Vous devez savoir ce qui s’est passé à Fukushima. Aujourd’hui, je sais que même les enfants peuvent changer le monde!»

Christian Raaflaub et Chihaya Koyama, swissinfo.ch
(Traduction de l’allemand, Ariane Gigon)

Les médias japonais en accusation

Fukushima et les chiens de garde du nucléaire: Le 11-mars sera commémoré par une minute de silence. Ce sera peut-être pour nombre de Japonais l’occasion de se rappeler que la catastrophe nucléaire de Fukushima qui débuta un an plus tôt a prospéré sur le silence des autorités, relayé par une presse bien complaisante à l’égard des informations reçues (lire l’écrivain Ikezawa Natsuki, « La catastrophe comme occasion », Le Monde diplomatique de mars, en kiosques). Le Monde diplomatique mercredi 7 mars 2012, par Yûki Takahata

La grande presse (télévisions et principaux journaux) s’est en effet réveillée tardivement. Ce n’est qu’à partir du mois d’avril que certains médias, notamment les quotidiens Tokyo Shinbun (560 000 exemplaires) et Mainichi Shinbun (3,5 millions d’exemplaires) ont commencé à enquêter sur les mesures prises par Tokyo Electric Power Company (Tepco), l’opérateur de Fukushima Daiichi, et par les autorités japonaises, ou à s’interroger sur la politique nucléaire du pays. Le deuxième grand quotidien japonais, Asahi Shinbun (7,9 millions d’exemplaires), n’a publié qu’à l’automne une série d’enquêtes soulignant les multiples dysfonctionnements et dissimulations qui ont conduit à la prise de mesures inadéquates (dysfonctionnements confirmés par le rapport intermédiaire du comité d’enquête sur l’accident de Fukushima, rendu public le 26 décembre).

On sait désormais que les informations officielles communiquées par Tepco et les autorités japonaises suite au séisme et au tsunami étaient non seulement insuffisantes mais minimisaient systématiquement la gravité de l’accident et de la contamination radioactive : n’a t-il pas fallu plus de deux mois à Tepco pour reconnaître que c’était bien dans les premiers jours que le cœur du combustible des trois réacteurs avait fondu (melt down) ? N’a t-on pas appris que le Système informatisé de prévision des informations d’urgences environnementales (SPEEDI, en anglais) qui prévoit la diffusion des radionucléides dans l’atmosphère, n’a pas servi à la protection des populations ? Les habitants des villes de Futaba et de Namié, par exemple, ont été évacués vers le nord-ouest sans être informés que le vent dispersait les rejets radioactifs dans cette direction, ce que la simulation montrait ? Les résultats de celle-ci, pourtant obtenus dès les premières heures de l’accident, n’ont été publiés qu’à partir du 3 mai [1].

Chantage à la publicité ?Retour à la table des matières

Plus grave encore, les grands médias japonais ont systématiquement relayé, sans analyse critique de la situation, les déclarations des porte-paroles de Tepco et du gouvernement. Cette atonie peut d’abord s’expliquer par le budget publicitaire colossal que Tepco distribue copieusement à chacun d’eux : 25 milliards de yens par an (230 millions d’euros) selon les chiffres officiels. Si l’on prend celui des dix compagnies électriques japonaises, on dépasse le milliard d’euros, plus que le budget publicitaire de Toyota. A cette pression sonnante et trébuchante s’ajoute un système traditionnel spécifiquement japonais appelé kisha club (club des journalistes), où la proximité excessive entre les journalistes et les organismes ou compagnies qu’ils sont chargés de « suivre » engendre de la connivence.

De plus, au Japon, les télévisions, les radios et la presse écrite sont souvent affiliés aux grands groupes de communication et il n’existe pas d’organe de régulation audiovisuelle ni de commission indépendante. Un exemple significatif : celui du PDG du plus grand quotidien japonais, Yomiuri Shinbun(9,9 millions d’exemplaires), M. Matsutarô Shôriki, qui fut l’artisan majeur de l’introduction du nucléaire civil au Japon : la chaîne Nippon Television (NTV), qu’il venait de créer, fut utilisée pour la campagne pro-nucléaire de 1955. Ancien haut fonctionnaire de la police et criminel de guerre de classe A, il fut le premier président de la Commission japonaise de la sûreté nucléaire en 1956. Après l’accident de Fukushima, Yomiuri Shinbun persiste et signe son engagement pro-nucléaire.

Seuls des journalistes japonais travaillant hors de ces circuits médiatiques (et quelques correspondants étrangers) ont permis de mettre en doute l’information diffusée par les autorités en se rendant immédiatement aux abords de la centrale pour mesurer la radioactivité et en poursuivant les enquêtes alors que les principaux organes d’information avaient rappelé leurs journalistes. De même, lors des conférences de presse de Tepco et des autorités, ils savaient poser des questions dérangeantes retransmises en direct sur Internet par un media indépendant (Web Iwakami)  [2].

Le rôle du Web a donc été capital. Dès le 12 mars, quelques scientifiques et ingénieurs ont alerté la population en présentant leurs propres analyses sur les dangers réels de la situation. Ces initiatives, diffusées sur leurs sites par des associations antinucléaires, ou au travers de blogs et de forums, ont rendu possible l’accès à des informations décrivant la gravité de la catastrophe en cours, pendant que les chaînes de télévision et les grands quotidiens, focalisés sur les seuls effets du tsunami, diffusaient uniquement les propos lénifiants des autorités et de leurs scientifiques « maison »  [3]. On pouvait lire ou entendre que la radioactivité « n’entraînerait pas de conséquences immédiates sur la santé » ou encore que telle « mesure de sécurité [ était prise] par précaution ». Des expressions emblématiques de ce déni.

La plus grande manifestation antinucléaireRetour à la table des matières

La prise de conscience des citoyens s’est faite à travers les échanges sur les réseaux sociaux, à l’image des révoltes du monde arabe. Cependant, l’indignation des Japonais est restée cantonnée à la sphère d’Internet malgré des initiatives exceptionnelles, et notamment la manifestation du 19 septembre 2011 à laquelle participa l’écrivain Ōe Kenzaburō [4], et qui rassembla 60 000 personnes — un fait remarquable pour une population qui n’a pas l’habitude de manifester. Cependant, la majorité des Japonais ignorent l’existence d’un grand nombre d’actions citoyennes à travers lesquelles des militants continuent ici et là à informer par des conférences de spécialistes, à réclamer la sortie du nucléaire et une politique de transition énergétique, ou à appeler à la protection des habitants contraints de rester dans les zones hautement contaminées. C’est le cas, par exemple, du sit-inorganisé fin octobre devant le ministère de l’économie et de l’industrie, à l’initiative de femmes résidant dans la Préfecture de Fukushima, et dont seuls les quotidiens Tokyo Shinbun et Mainichi Shinbun se sont faits l’écho ; aucune chaîne de télévision n’en a montré la moindre image. La vigie devant ce ministère emblématique a débuté le 11 septembre 2011 : avec leurs trois tentes plantées au cœur du quartier ministériel, c’est dans l’esprit du mouvement Occupy que des militants et des citoyens japonais essaient de créer un espace de contestation et d’échanges démocratiques.

Peut-on y voir le début d’une fissure dans le consensus prôné pour faire face au plus grand désastre national depuis la défaite de 1945 ? Rien n’est moins sûr tant les vieux réflexes ont la vie dure. Et pour tous les grands médias, malgré quelques dissidences, la règle reste la même : caresser dans le sens du poil, ne pas susciter de polémique ni déplaire aux clients que sont les lecteurs-consommateurs et le monde économique, encore et toujours rassurer et, surtout, ne pas poser les questions qui dérangent. Ainsi, les propos des scientifiques ou des médecins critiquant les mesures gouvernementales sont rarement cités (alors que leurs livres se vendent pourtant comme des petits pains). La télévision montrera des scènes de décontamination, mais jamais celles où des habitants réclament un dédommagement pour pouvoir partir ailleurs.

La catastrophe nucléaire est désormais un sujet parmi d’autres, et pas question de trop en dire sur la responsabilité de Tepco ou les mesures gouvernementales qui ont enfreint la loi sur le seuil d’irradiation non naturelle. La déclaration stupéfiante, le 16 décembre 2011, du gouvernement japonais proclamant « l’arrêt à froid » des réacteurs de Fukushima a certes suscité quelques critiques, mais les grands médias semblent plutôt vouloir privilégier une attitude aseptisée et policée, loin de l’angoisse, de la révolte et du désarroi d’une population plus que jamais préoccupée par la menace d’une contamination radioactive en expansion.

On peut dire que ces grands médias ont participé à l’écriture du scénario inventé par Tepco et les autorités japonaises, qui veulent à tout prix nier la réalité afin de préserver leur pouvoir et leurs intérêts. En persistant à couvrir ce déni, c’est son rôle de contre-pouvoir que la grande presse sacrifie et avec lui les conditions d’existence d’une démocratie saine. A rebours de leur gouvernement qui affirme sa volonté de continuer le nucléaire, 85 % des Japonais désireraient en sortir [5]. Que choisiront de faire ces grands médias au milieu d’un pareil grand écart ? Et les nouveaux médias citoyens réussiront-ils à avoir enfin prise sur la société pour faire bouger les lignes ?

Yûki Takahata est traductrice et auteure de plusieurs ouvrages sur la société française en japonais. Dernier ouvrage traduit en japonais : Yannick Haenel, Jan Karski.

Notes

[1] Sauf le 23 mars 2011, où le pouvoir a mis en ligne le résultat, aussitôt retiré du site. Rien ne sera plus publié jusqu’au 3 mai (cf. l’enquête publiée par le New York Times, « Japan Held Nuclear Data, Leaving Evacuees in Peril », 8 août 2011). L’agence de presse japonaise Kyodo News a révélé le 16 janvier que les résultats de la simulation étaient communiquées dès le 14 mars à l’armée et aux autorités américaines.

[2] Un journaliste indépendant, Kazuo Hizumi (rédacteur en chef du site d’information News for the People in Japan) vient de publier, en collaboration avec un autre journaliste indépendant, Ryuichi Kino, un livre sur la dissimulation et le mensonge de Tepco et des autorités japonaises intitulé Vérification : l’accident nucléaire de Fukushima — La conférence de presse (en japonais) aux éditions Iwanami shoten.

[3] A de rares exceptions près, notamment l’émission de radio locale d’Osaka « Tanemaki Journal », qui questionne tous les jours un physicien nucléaire et un théoricien anti-nucléaire, M. Hiroaki Koidé, dont les propos sont retransmis sur Internet (en japonais).

[4] Le prix Nobel de littérature, Kenzaburo Oé sera présent au salon du livre de Paris, du 16 au 19 mars, qui rend hommage à la littérature japonaise.

[5] Sondage effectué les 20-21 août par le quotidien Mainichi Shinbun : « sortie immédiate » à 11 %, « sortie progressive » à 74 %, « pas besoin de diminuer la part d’énergie nucléaire » à 13 %.

Un an après l’accident de Fukushima, Eva Joly compare le nucléaire à la roulette russe

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La détermination d’Eva Joly à sortir du nucléaire ne faiblit pas.

La candidate d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) a dressé tout à l’heure le bilan de l’accident nucléaire de Fukushima (Japon), qui justifie selon elle de renoncer définitivement à l’atome. par Guillaume Duhamel, Zegreenweb Lundi 5 mars 2012

François Hollande entend poursuivre le chantier du réacteur EPR de Flamanville (Manche) et semble avoir lâché du lest au lobby de l’atome ces dernières semaines, réitérant tout juste sa volonté de fermer la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) – et aucune autre – d’ici 2017. Dans ces conditions, disons-le tout net, l’accord qu’ont scellé le Parti socialiste et Europe Écologie-Les Verts (EELV) s’apparente à un peu glorieux échange de bons procédés politiques. Car de leur côté, les écologistes gardent le cap, et ils en sont persuadés : la France peut et doit sortir du nucléaire d’ici vingt ans.

Eva Joly a réaffirmé cet engagement caractéristique du parti tout à l’heure, à l’occasion d’une conférence de presse donnée au siège d’EELV (Xe arrondissement de Paris) pour le premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima, dont les enseignements ont été interprétés différemment selon les partis, en présence de sa porte-parole de campagne, l’eurodéputée EELV Michèle Rivasi, et d’Eisaku Sato, ancien gouverneur de la préfecture de Fukushima. Toujours malmenée dans les sondages, la dame aux lunettes rouges, qui s’était rendue sur place en fin d’année dernière, a ainsi en quelque sorte « riposté » au récent déplacement du ministre de l’Énergie Éric Besson, venu aux dires des écologistes dans le seul but de vanter le modèle atomique français auprès du pays du soleil levant, au sein duquel le nucléaire ne représente plus aujourd’hui que 2 % de la production nationale d’électricité. Désireuse de suivre l’exemple allemand, elle souhaite par dessus tout que « la France ne se retrouve jamais dans la situation du Japon, contraint de se passer de l’énergie nucléaire en quelques semaines ». Et de rappeler les accidents de Three Mile Island (États-Unis), Tchernobyl (Ukraine) et Fukushima, lesquels ont ébranlé le mythe de la sécurité, ainsi que la très inquiétante estimation de Bernard Laponche et Benjamin Dessus formulée dans leur ouvrage En finir avec le nucléaire. Pourquoi et comment, selon lesquels la probabilité d’une catastrophe atomique en France (NDLR : pays où la concentration de réacteurs nucléaires est la plus élevée au monde) est de l’ordre d’une sur six tous les dix ans.

« Il y a six balles dans le barillet, et tous les dix ans, vous appuyez sur la détente »

« C’est l’image du revolver. Il y a six balles dans le barillet, et tous les dix ans, vous appuyez sur la détente », a commenté l’ancienne magistrate, laquelle a également repris à son compte l’évaluation financière des deux experts précités de l’accident de Fukushima, qui aurait coûté mille milliards d’euros, « c’est-à-dire la moitié de notre PIB ». Maintenir le nucléaire signifie, entre autres, « prendre le risque de voir une partie du territoire national gelée, inhabitable pour des dizaines de milliers d’années », estime en outre Mme Joly, qui assure qu’« aujourd’hui, ce qui n’est plus propice à la production à cause de l’accident de Fukushima correspond à trois fois la taille de la Corse, sans parler des morts et des maladies générées »« C’est un risque inutile car nous savons faire autrement, et ne pas faire autrement est impardonnable », a-t-elle conclu.

Des propos qu’aurait aussi bien pu prononcer Mme Rivasi, fondatrice de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la RADioactivité) dans le sillage de l’accident de Tchernobyl et spécialiste des questions énergétiques.« Que ce soit aux États-Unis, à Tchernobyl ou à Fukushima, c’est la même désinformation : nous n’avons pas accès à l’information […] Jusqu’au 20 mars, nous n’avions aucune donnée sur la quantité d’iode radioactif et de césium radioactif en becquerels par mètre cube au niveau de l’atmosphère », a-t-elle rapporté à la suite de l’intervention de la candidate écologiste, regrettant également le déficit de moyens de surveillance et de détection au niveau de la centrale. « Le nucléaire ne veut pas intégrer la technologie, la modélisation et la prise en compte de la population. La radioactivité, c’est l’ennemi invisible […] Par ailleurs, les centrales fuient encore ! Il y a encore beaucoup de césium qui sort des centrales, ce qui fait qu’à la décontamination succède une recontamination […] Enfin, j’ai été surprise de voir que l’Europe se borne à une surveillance alors qu’aux États-Unis, en Chine, en Inde ou en Corée du Sud, les pouvoirs publics ont interdit toute importation de produits en provenance du Japon », a poursuivi la parlementaire.

« Le lobby nucléaire a fonctionné comme un tank écrasant le peuple »

Gouverneur de la préfecture de Fukushima entre 1988 et 2006, M. Sato était également là pour fustiger l’irresponsabilité des pouvoirs publics, mais aussi de troublantes connivences entre l’appareil politique et l’appareil nucléaire. L’équivalent japonais de l’ASN, la NISA, ne dépend-elle pas, il est vrai, du ministère de l’Économie ? « Les voleurs et les pompiers travaillent ensemble », a résumé l’ancien gouverneur, qui a été mis en examen puis condamné (et de fait contraint d’abandonner son poste) après qu’un journaliste pro-nucléaire ait révélé une affaire de corruption dans l’entreprise dirigée par son frère, et selon lequel, au Japon, jusqu’à l’accident de Fukushima, « le lobby nucléaire a fonctionné comme un tank écrasant le peuple ».

L’information, elle, demeurerait étroitement sous contrôle. Docteur en Ingénierie, professeur des universités et ancien concepteur de réacteurs nucléaires Toshiba,Masashi Goto a tout de même relaté que dans la zone de confinement, c’est-à-dire dans un périmètre de vingt à trente kilomètres de la centrale accidentée, les personnes âgées ou à mobilité réduite ont grandement souffert de la fermeture des hôpitaux et de nombreux services sociaux. Pas mieux lotis, les enfants qui n’ont pu jouer dehors seraient quant à eux confrontés à un stress anormal, et d’une façon générale les populations concernées douteraient fortement de la véracité des allégations gouvernementales.

Un scepticisme d’autant plus compréhensible que M. Sato assure n’avoir jamais été pris au sérieux lorsqu’il a cherché à avertir les pouvoirs publics quant à la menace que constituait la centrale de Fukushima. Au début des années 2000, à la suite d’une dénonciation en interne, des têtes sont tombées chez TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany), jadis électricien tout-puissant, mais depuis un an sous perfusion, en raison de dissimulations et de falsifications à répétition. L’accident de Fukushima est un terrible retour de bâton. Le boomerang Dame Nature est venu frapper l’opérateur de plein fouet, provoquant un désastre nucléaire, humain, mais aussi sanitaire et environnemental sans précédent depuis un quart de siècle. Comme à Tchernobyl, l’atome s’est mué en monstre, répandant la mort, le silence et un doute qui courra pendant de longues décennies.

Dans quelques jours, la communauté internationale commémorera le premier anniversaire du drame nippon. Comme après Tchernobyl, il y a cela de terrifiant qu’il n’a pas réussi à éloigner le spectre de la manipulation.

Rennes-Sendai: ciné-conférence le 11 mars : Japon, un an après

En commémoration de la catastrophe qui eut lieu dans le  Nord-Est du Japon le 11 mars 2011,

l’association de jumelage Rennes-Sendai  a le plaisir de vous inviter à la ciné-conférence qui aura lieu:

 le 11 mars 2012 à 11h, au cinema ARVOR à RENNES

 »  Japon, Sendai, tsunami,……un an après  « 

          

La ville de Sendai et sa région, si durement touchées par le séisme et le tsunami de mars 2011, affichent une volonté et un courage exemplaires pour se relever de cette catastrophe et la population se montre déterminée à retrouver une activité économique, industrielle et sociale comme par le passé.

Une projection vous fera découvrir la région de Sendai et l’avancée de la reconstruction.

La conférence fera le point sur la situation actuelle sur le plan social., économique et alimentaire avec :

M. V.Chamaret : Directeur Bretagne-International, President Centre Franco-Japonais de Management
M. P Debroux : professeur de management , Université Soka, Japon
Me M.Sugawara, professeur de japonais, originaire de Sendai

Cette date anniversaire sera aussi l’occasion de saluer le courage des habitants de notre ville jumelle.
Nous vous invitons à consulter l’affiche en pièce jointe et à diffuser ce message auprès de vos contacts.
Bien cordialement.

Association de jumelage Rennes-Sendai
Maison Internationale de Rennes
7 Quai Chateaubriand
35000 – Rennes