QUAND LE GOUVERNEMENT S’EMBOURBE À NOTRE-DAME-DES-LANDES

Tho_1

Par Pierre Thomé. 27/11/2012 


Militant de gauche de longue date, passionné par les mouvements sociaux et les alternatives proposées par l’économie sociale et solidaire, il est aussi auteur de « Créateurs d’utopies. Démocratie, autogestion, économie sociale et solidaire » (2012, éditions Yves MICHEL).

Depuis samedi dernier (17 novembre 2012) ministres, et non des moindres tels E. Valls, N. Belkacem…, et leaders du Parti socialiste s’emmêlent les pieds avec des rappels virulents à la loi, au droit, précisant qu’il s’agit de lois décidées par des instances démocratiques. Tout cela paraît bien vain au regard des enjeux écologiques, économiques et politiques soulevés par l’implantation d’un aéroport pharaonique à Notre-Dame-des-Landes (NDDL). La contestation, par définition, s’oppose à des lois ou règlements jugés inappropriés. Les lois, même décidées par des instances démocratiques, ne sont pas pour autant forcément justes ou adaptées à la situation du moment et la désobéissance civile devient alors nécessité et « nécessité n’a point de loi ! ».

http://gensol.arte.tv/blog/2012/11/27/quand-le-gouvernement-sembourbe-a-notre-dame-des-landes/

Notre Dame des Landes: communiqué de l’équipe médicale du 24 novembre 2011

Après les affrontements particulièrement violents du week-end, les opposants au projet d’aéroport dénombrent « une centaine de blessés ». 

Des dizaines de personnes convergaient à nouveau lundi matin vers « la Châtaignerie », à Notre-Dames-des-Landes, pour soutenir les opposants au projet d’aéroport, qui ont réinvesti des cabanes évacuées vendredi 23 novembre. Une quarantaine de tracteurs sont enchaînés autour de ce terrain appartenant à un agriculteur qui n’a pas encore été exproprié. Après un week-end de violence, les forces de l’ordre sont de nouveau intervenues sur le site pour « déblayer des gravats » d’une ferme détruite vendredi (le Rosier), selon la préfecture citée par l’AFP. Les gendarmes mobiles se sont déployés en début d’après-midi autour des « barricades du Far West », qui bloquent la route départementale D42 depuis près de trois semaines. Au terme des affrontements violents qui ont eut lieu samedi, la préfecture de Loire-Atlantique dénombrait 4 blessés du côté des opposants et 2 parmi les gendarmes. Le cas d’un CRS blessé par un jet de pavé faisait, quant à lui, le tour des médias samedi.

« Depuis des semaines d’occupation et de harcèlement policier et militaire, alors que nous continuons à défendre la zone du bétonnage programmé, nous avons atteint aujourd’hui, samedi 24 novembre, un pic de violence avec une centaine de blessé.e.s, dont une trentaine graves pris en charge à l’infirmerie de l’équipe medic établie à la Vache rit, l’une des nombreuses équipes de soins sur la zone.

On dénombre une vingtaine de personnes touchées par des éclats de grenades assourdissantes, aux jambes, aux bras, à la lèvre, au bas ventre. Ces bouts métalliques ou plastiques entrent dans les chairs, on peut rarement les extraire, et ils restent souvent à vie.

Les grenades assourdissantes sont censées être utilisées selon un protocole précis : notamment en cas d’encerclement des forces de l’ordre, et en direction du ciel, ce qui n’était clairement pas le cas aujourd’hui. Les gendarmes mobiles les utilisent de façon à ce qu’elles explosent à côté ou sur les manifestants, provoquant des blessures graves.

Une personne a été touchée au bas ventre par un éclat d’une de ces grenades offensives, provoquant un gros hématome et des lésions internes. On constate chez deux personnes 10 impacts chacune dans les jambes. Une personne risque de perdre son oeil droit. On constate également une plaie au tympan due à un tir de grenade, provoquant une surdité brutale. Suite à des tirs tendus de flashball, on dénombre quatre blessures au thorax, avec fractures de côtes et état de choc, de multiples blessures aux jambes et aux mains, une blessure hémorragique au visage. Et de nombreux.ses autres blessé.e.s.

Il était difficile d’évacuer les blessé.e.s les plus graves par ambulance ou par véhicule particulier suite aux différents barrages de police. Ces scènes de défilé ininterrompu de blessé.e.s du matin au soir ravive dans nos mémoires le souvenir de l’action de masse contre les pylônes THT (Très Haute Tension) dans la Manche le 24 juin 2012 pendant laquelle les forces de l’ordre ont fait l’usage démesuré des mêmes armes, faisant plus d’une vingtaine de blessé.e.s en une heure.

L’habituelle stratégie de frapper fort celles et ceux qui résistent à leurs plans de destructions ne semble pas fonctionner ici à Notre-Dame-des-Landes. La force et la détermination est bien vive sur les visages. Nous ne lâcherons rien. »

Même les CRS en ont marre de Notre-Dame-des-Landes

« Aéroport Notre-Dame-des-Landes : maintenant ça suffit. » Les flics avec eux ? Pas tout à fait.

Le syndicat Unité-SGP Police (majoritaire chez les gardiens de la paix) publieun tract sur Facebook pour s’élever contre la désorganisation des opérations policières à Notre-Dame-des-Landes.

« Cette gestion au coup par coup va-t-elle durer jusqu’au décollage du premier avion prévu en 2017 ? » s’interroge la branche CRS du syndicat. Camille Polloni | Journaliste Rue89 le mardi 27 novembre 2012 

Tract d’Unité-SGP Police, le 27 novembre 2012 

Selon le tract, les CRS n’ont « aucune visibilité dans les durées des déplacements », courent « des risques accrus » et subissent « une fatigue importante », tandis qu’ils comptent désormais « plusieurs blessés dont un dans [nos] rangs ». Désormais, ça râle des deux côtés du cordon.

La semaine de la confusion

C’est la semaine de la confusion : lundi après-midi, une dizaine de gendarmesse sont déguisés en manifestants pour lancer l’assaut sur une barricade. Alors qu’un garde mobile, photographié par Rennes TV, arborait ce mardi un autocollant « Non à l’aéroport » sur la poitrine.


Le « tweet » de Rennes TV (@RennesTV/Twitter)

Urgent Ayraultport: l’Acipa appelle à la mobilisation dès 05h00 lundi matin

Appel à mobilisation demain lundi 26 novembre sur le site de la Châtaigneraie

Dans un communiqué dimanche soir, l’Acipa a appelé les opposants au projet d’aéroport soutenu par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, à occuper la ZAD « lundi 26 novembre sur le site de la Châtaigneraie dès 5H00 du matin et au plus tard avant 9H00 pour protéger les cabanes ré-occupées et les 40 tracteurs arrivés sur les lieux et enchaînés autour».
  • Le petit déjeuner est prévu.
  • Un point presse est prévu à 11h sur le site.
Soyez mobilisés toute la semaine ! Venez donner un coup de main pour les reconstructions ! Continuez à approvisionner en nourriture et bois de construction.
Le local du Syndicat à côté de la mairie de Notre Dame des Landes est toujours ouvert dès 9h.

Notre-Dame-des-Landes : le gouvernement ne convainc pas

La colère des opposants au projet ne faiblit pas malgré le « souci d’apaisement » exprimé la veille par Matignon. Le « souci d’apaisement » exprimé samedi par le gouvernement face aux opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes n’atténuait pas la colère des anti-aéroport dimanche 25 novembre après une nouvelle nuit d’affrontements. En parallèle, des élus de Loire-Atlantique aux aussi opposés au projet ont été reçus en préfecture après s’être enchaînés aux grilles du bâtiment. Par  le 25-11-2012 

A Notre-Dame-des-Landes, samedi 24 novembre 2012. (AFP / JEAN-SEBASTIEN EVRARD)

A Notre-Dame-des-Landes, samedi 24 novembre 2012. (AFP / JEAN-SEBASTIEN EVRARD)

 
Les opposants posent leurs conditions

Dominique Fresneau co-président de l’Acipa, la principale organisation d’opposants au projet, visiblement en colère après la poursuite des heurts dans la nuit de samedi à dimanche, a posé dimanche comme condition à toute négociation un « retrait » des forces de police. « Le Premier ministre veut amener des mesures d’apaisement alors que c’est lui qui a allumé des incendies partout », a-t-il dit lors d’un point presse avant d’ajouter: « Il va falloir que l’apaisement soit réel ».

L’annonce samedi soir par Matignon de la mise en place d’une « commission du dialogue » au sujet de l’aéroport, est intervenue après deux jours de violents heurts entre forces de l’ordre et opposants. Plusieurs personnes ont été blessées dont un CRS qui a perdu connaissance après avoir été touché par un pavé à Nantes.

« Pas d’apaisement avec une présence massive militaire »

La même exigence de retrait des forces de police a été formulée dimanche du côté du CeDpa (Comité des élus opposés à l’aéroport. « On ne peut pas parler d’apaisement s’il continue a y avoir une présence massive militaire », a déclaré Françoise Verchère membre du Parti de gauche et co-présidente du CeDpa. « Nous n’irons pas si cette commission vient nous expliquer que nous n’avons pas compris », a-t-elle ajouté en réponse au gouvernement qui continue de juger le projet nécessaire.

Des élus mobilisés devant la préfecture

Moins d’une dizaine d’élus se sont enchaînés aux grilles de la préfecture pendant environ une heure en début d’après-midi. Au total, près de 70 élus manifestaient devant le bâtimente. Les élus, d’étiquettes diverses, Parti de Gauche, EELV, Modem ou encore indépendants ont ensuite été reçus à l’intérieur de la préfecture.

Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a réagi dimanche en marge d’un déplacement en Corse en assurant : « Il n’y a jamais de conditions au dialogue ». « Ce projet doit se faire avec le temps et avec le dialogue ». De son côté, Europe Ecologie-Les Verts, opposé au projet d’aéroport mais présente dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, a estimé que l’annonce de Matignon est « une excellente nouvelle ».

Mais le Parti de Gauche a estimé que « 40 jours de répression pour une commission, le compte n’y est pas ! ». A l’autre bout de l’échiquier politique, l’ex-Premier ministre Alain Juppé a qualifié dimanche sur Europe 1 de « reculade » l’annonce du gouvernement. « Il ne s’agit aucunement de revenir sur le projet d’aéroport », lui a rétorque Najat Vallaud-Belkacem. « En revanche, il est pris acte qu’il y a des divergences d’interprétation sur l’impact de ce projet sur l’environnement et pour lever ces divergences, cette commission du dialogue servira à exposer à toutes les parties prenantes la réalité des travaux réalisés, de leur impact sur la biodiversite », a expliqué la porte-parole du gouvernement.

« Renforcer la mobilisation »

Sur le terrain, l’appel au dialogue de samedi soir n’a pas empêché les autorités de poursuivre les opérations visant des barrages d’opposants au cours de la nuit. Selon Patrick Lapouze, le directeur de cabinet du préfet de Loire-Atlantique, ces opérations « sporadiques » ont duré « une partie de la nuit ». Il a aussi indiqué qu’il n’y a pas eu de blessés et qu’une seule personne a été interpellée dans la nuit avant d’être relâchée.

Selon plusieurs sources proches des opposants, des dizaines de personnes auraient été blessées depuis vendredi. Une information qui n’est pas confirmée par les pompiers de Loire-Atlantique, qui e font état d’aucune intervention liée à Notre-Dame-des-Landes au cours de la nuit passée.

Les premiers travaux repoussés

Par ailleurs, peu avant l’annonce de Matignon samedi, le gouvernement avait fait savoir que les premiers travaux de défrichement prévus en janvier 2013 pourraient être reportés de six mois. Les autorités assurent vouloir renforcer les procédures en faveur de l’environnement.

Dimanche vers 13 heures, le groupe d’opposants (ZAD) qui se sont installés sur le site sans droits ni titre pour protester contre le projet d’aéroport, a tenu un pique-nique sur place. Samedi, ils avaient précisé dans un communiqué que leur objectif restait « l’arrêt définitif du projet ».

Notre-Dame-des-Landes : un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps !?

Il est peut-être temps de prendre UN PEU de hauteur, de dépassionner le débat, et de ramener UN PEU de sérieux sur ce sujet de haute voltige.  par  le nov 24, 2012

http://www.pierrederuelle.com/notre-dame-des-landes-un-projet-de-1967-pour-repondre-aux-defis-de-notre-temps/

Un peu d’histoire(s)

Le site de Notre-Dame-Des-Landes fut choisi en 1967 (selon les normes européennes environnementales et de préservation de la biodiversité qui devaient à l’époque déjà probablement être les mêmes qu’aujourd’hui) par le Service technique des bases aériennes, puis validé en 1970 par le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire pour remplacer le “déjà” actuel aéroport de “Nantes Atlantique” notamment pour y développer le fret, et aussi un peu pour pouvoir accueillir fièrement le tout nouveau Concorde. Mais si, vous savez, cet avion qui a eu un petit souci le 25 juillet 2000, tuant 113 personnes, et qui ressemblait à un burn-out de cigogne sous extasy avec une paire de Ray-Ban.

S’il semble aujourd’hui – mais je m’avance un peu peut-être – que le projet n’accueillera finalement pas le Concorde, dès mai 1967, les autochtones du crû les plus civilisés pouvaient déchiffrer dans la presse locale avec leurs quelques rudiments de langue française que “La métropole Nantes-Saint Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire”. Les hommes politiques et leurs experts avaient parlé. Et tout le monde sait ça, ils tiennent toujours leurs promesses.

En 1971, une vague histoire de choc pétrolier mit semble-t-il un peu de sable d’embargo de pays arabes de l’OPEP dans le moteur du projet de nouvel Aéroport à Notre-Dame-Des-Landes. Enfin, comme ces problèmes de pétrole sont définitivement derrière nous, ne vous inquiétez pas, l’histoire peut reprendre son cours.

Après ces quelques années de trafic stagnant, dans les années 80 la CCI qui gérait Nantes Atlantique posa la question totalement saugrenue de construire une nouvelle piste perpendiculaire à l’existante, qui eu permis aux avions de ne plus survoler Nantes. C’était sans compter sur l’avis du Conseil général de l’époque qui considéra qu’importaient peu trajectoires rectilignes, sens des vents dominants, et beaucoup moins de nuisances sonores sur la population : “Faisons au plus simple, de toutes façons, après, il y aura Notre Dame des Landes”.

La solution retenue par les experts fut donc de prolonger la piste existante, très mal orientée selon les pilotes et par voie de conséquence selon les riverains qui ne comprennent décidément rien aux expertises des experts agrées par des hommes politiques experts dans l’art d’agréer les experts des expertises.

Les même experts de prévisions de trafic de l’époque annonçaient donc entre 5 et 9 millions de passagers pour l’an 2000, et comme vous l’avez compris puisqu’ils ne se trompent jamais, l’aéroport de Nantes Atlantique en accueille aujourd’hui 3,2 millions par an.

Heureusement, en 2000, sous le gouvernement Jospin, parce qu’on peut être de gauche et moderne, le projet ressortit enfin des cartons.

Mieux qu’un aéroport de fret, un aéroport international ! Il remplacerait partiellement l’existant restant en fonctionnement pour la société Airbus, qui heureusement pour les riverains ne fait jamais décoller d’avion. Quel rêve merveilleux pour les hommes politiques locaux de s’imaginer accueillir à bras fiscaux ouverts les hommes d’affaires du monde entier apportant la croissance et la mondialisation dans leurs valises en descendant de gros aéronefs sur deux pistes neuves ! Et quel argumentaire économique merveilleux pour un programme de réélection à un mandat local ! Faire décoller et atterrir des avions c’est un peu magique non, vous ne trouvez-pas ?

L’actuel aéroport de Nantes Atlantique .

La France compte plus de 156 aéroports, contre 44 en Allemagne et 43 en Grande-Bretagne. S’il faut bien qu’on les batte sur quelque chose, c’est fait.

L’aéroport actuel de Nantes-Atlantique s’étend sur 320 hectares. Sa piste mesure2.900 mètres par 45 mètres, et a été bétonnée en 1939, parce que l’herbe, c’est quand même plus pratique pour jouer au golf que pour faire atterrir mamie qui rentre des Seychelles. Cette piste permettrait d’absorber 35 avions par heure, même s’il n’y en a que 10 à 12 actuellement, mais c’est un argument de gauchiste en tongs pas rasé.

Le décret n° 2001-705 du 31/07/2001 a inscrit l’aéroport de Nantes Atlantique parmi ceux sur lesquels l’Autorité de Contrôle des Nuisances Sonores Aéroportuaires(ACNUSA) a des compétences élargies (10 aéroports en France). Traduction : il casse les oreilles à 42 000 personnes, mais comme  le nouvel aéroport va arriver, on ne va surtout pas construire une nouvelle piste orientée correctement, ni même régler les questions de gestion du trafic aérien.

Forcément, il a toujours un collectif de crypto-anarchistes pilotes de lignes doutant de la pertinence du projet de Notre-Dame-des-Landes pour affirmer que “30 % des avions qui survolent le centre-ville pourraient l’éviter en passant par le sud de l’agglomération”. Comment croire Thierry Masson, cet officier-pilote de ligne de 50 ans basé à Nantes qui a tout du conspirationniste notoire quand il déclare : “Deux tiers du trafic transitent par le sud-est de l’agglomération. J’aimerais bien savoir pourquoi, en arrivant de Limoges, de Poitiers ou de Bordeaux, il faut faire un détour par le nord-est de l’agglomération et survoler le centre de Nantes

Par sa superficie, Nantes-Atlantique a déjà la dimension d’un aéroport international.

En 2011, pour 60 800 mouvements (les décollages/atterrissages sont un peu les pompes/abdos du contrôleur aérien) l’aéroport à reçu3,2 millions de passagers.

Sa surface est plus grande que celle de l’aéroport de Londres-Gatwick, qui, par comparaison, assure 280 000 mouvements par an et reçoit 31 millions de passagers, et quasi-égale à celle  de l’aéroport de San Diego, en Californie (USA) qui voit passer annuellement 223 000 mouvements et achemine 17 millions de passagers. L’aéroport de Genève, qui ne possède qu’une seule piste, accueille 10 millions de passagers par an, 170 000 mouvements d’avions, et occupe 340 hectares.

En fait, ce qui sature un aéroport ce n’est pas le nombre de passagers mais bien évidemment le nombre de décollages/atterrissages, et sur ce point Nantes Atlantique est passé de 54 858 mouvement en 2007 à 60 800 mouvements en 2011. En suivant cette courbe, Nantes Atlantique devrait atteindre les 200 000 mouvements en 2750 après la troisième apocalypse, quand Nantes sera devenue la capitale du monde.

Du coup, Nantes-Atlantique a reçu le trophée ERA Award 2011-2012 du meilleur aéroport européen, ce qui est donc une excellente raison pour en construire un nouveau.

Cerise on the cup-cake, il y a donc une usine Airbus en bordure de la piste de Nantes-Atlantique qui emploie 2300 salariés à la fabrication notamment des radômes (extrémités avant des avions) et des caissons centraux de voilure de toute la gamme Airbus, pièces qui partent pour assemblage à bord du Beluga, l’avion-cargo d’Airbus. Que se passera-t-il pour Airbus si Nantes-Atlantique ferme ? Airbus ne va quand-même pas délocaliser sa production ? La piste sera donc privatisée pour son bénéfice ? A moins – idée lumineuse – qu’on refile l’un des aéroports européens les mieux notés aux bons soins de Vinci, qui saura bien en faire quelqu’usage rentable : les bâtiments de l’aéroport seront peut-être transformés en skate-park, en agence Pôle-Emploi, ou en crèche pour les futurs pilotes de ligne.

“Un aéroport qui réponde aux défis de notre temps”

[Jean-Marc Ayrault]

Suite à une enquête publique conclue fin 2006, la Commission d’enquête remit en avril 2007 un rapport au préfet de la région Pays de la Loire.

C’est monsieur Bernard Boucault qui était le préfet en poste à l’époque à la préfecture de la région Pays de la Loire. Il avait à peine eu le temps de lire le rapport et de reconnaître le projet d’utilité publique qu’il fut nommé en juin 2007 directeur de l’ENA, jusqu’à 30 mai 2012 où il fut nommé au poste de préfet de police de Paris. Comme quoi même faire les grandes écoles n’empêche pas de finir au poste.

C’est monsieur Bernard Hagelsteen qui lui succèda le 20 juin 2007 au poste de préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique. Une carrière à talonnettes que celle de monsieur Bernard Hagelsteen : en 1984 il devint secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, puis obtint entre 1989 et 1992 le poste de directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris, et plus récemment celui de secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance. Proche collaborateur du ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, Bernard Hagelsteen avait eu pour tâche de préparer et de défendre la loi sur la prévention de la délinquance, promulguée en mars 2007.

Un mois après l’élection de Nicolas, Sarkozy, il était donc nommé au poste de préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique, et héritait donc du dossier du décret d’utilité publique de l’aéroport.

Ce fameux décret d’utilité publique est finalement publié le 10 février 2008, suite à une enquête publique dans laquelle 80 % des contributions faites aux sept enquêteurs étaient opposées au projet. Mais comme on arrête pas le progrès, l’enquête s’est quand même avérée positive pour déclarer une DUP même si sur les sept enquêteurs qui ont fait le travail, deux ont abandonné leur position avant la fin de la commission d’enquête.

Et puisque la mode était à un truc médiatique appeléGrenelle de l’environnement, le décret comportait la réserve que cet aéroport soit de haute qualité environnementale (norme HQE).

Contesté par la suite devant le Conseil d’Etat, ce décret sera confirmé en 2009 et en 2010.

L’esprit mal tourné pourra s’indigner de ce que la présidente de la section des travaux publics au Conseil d’Etat fut Madame Marie Dominique Monfraix, épouse du préfet Bernard Hagelsteen en charge du décret en question, alors qu’il s’agit bien évidemment du fruit du hasard. Un hasard qui valait bien que Madame Monfraix-Hagelsteen fut élevée au grade de Commandeur de la Légion d’honneur le 13 Juillet 2009, ce qui n’a strictement rien à voir, nous ne salirons pas ici la mémoire une femme irréprochable, décédée depuis.

Le hasard total également si son époux désormais veuf monsieur Bernard Hagelsteen a pris sa retraite le 1er décembre 2011 pour devenir non pas conseiller à la Cour des comptes comme il l’avait annoncé initialement, mais conseiller auprès du DG de Vinci Autoroutespuis responsable des péages pour ASF, filiale de Vinci. Vinci en charge du projet du nouvel aéroport. Tout ne peut pas être dramatique, le hasard fait parfois bien les choses, n’en déplaise à la loi dite de pantouflage concernant les représentants de l’état.

Les scénarios d’optimisation de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique n’ont pas été posés, les solutions alternatives n’ont pas été étudiées : aucun intérêt, puisqu’on fait l’aéroport Grand-Ouest de NDDL. Quand au Grenelle de l’environnement, qui préconisait l’étude de solutions alternatives pour les projets à fort impact environnemental, c’est de toute façon aujourd’hui un truc complètement dépassé, d’ailleurs on en parle même plus à la télévision. J’en ai discuté avec un lobbyste du bétonnage pas cher, on vous jure mordicus que la norme HQE ça sert à rien.

Alors certains viendront braire que la vraie motivation pour ce projet en 2000 a été de faciliter une opération de rénovation urbaine importante dont une partie se situait dans le périmètre des nuisances sonores de l’actuel aéroport. Et vont s’imaginer que pour ne pas s’embarrasser de contraintes d’insonorisation trop fortes, on préfère se débarrasser de l’aéroport et en construire un nouveau.

Et pourquoi pas aussi fantasmer sur les soit-disant appétits économiques des soit-disant lobbies du BTP, tout ça parce que les Président et Directeur général de VINCI ont pu faire ensemble quelques voyages au Cambodge avec monsieur Thierry Mariani.

Écoutez plutôt Jean-Marc Ayrault, un homme qui a eu une vision prophétique de la magnificence de Nantes et lui souhaite “un aéroport qui réponde aux défis de notre temps”. Mais si, vous savez, Jean-Marc Ayrault, l’homme qui a réussi à rendre François Fillon charismatique : ancien maire PS de Nantes depuis 1989, ancien député, ancien président du groupe socialiste, il est aujourd’hui conseiller municipal de Nantes, conseiller communautaire de Nantes Métropole (qui participe au financement du projet) , et accessoirement semble-t-il 1er ministre.

Nantes-sur-Ayrault la sublime, nouvelle capitale française : Pensez-donc, avec 1 650 hectares cet aéroport de Notre Dame des Landes sera donc plus grand que celui de Roissy Charles de Gaulle qui accueille, lui, sur 1 400 hectares, 540 000 mouvements d’avions et 55 millions de passagers par an. Si avec ça Nantes-sur-Ayrault ne devient pas Nantes-sur-Ayrault-la-magnifique …

Veni, Vidi, Vinci

Donc, le 30 décembre 2010, Thierry Mariani, secrétaire d’Etat chargé des transports, a paraphé le contrat de concession du nouvel aéroport Grand-Ouest. Signé par la société concessionnaire des aéroports du Grand Ouest, filiale de VINCI Concessions (85 %), en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nantes (10%) et Entreprise de Travaux Publics de l’Ouest (ETPO – CIFE) (5 %), il est entré en vigueur le 1er janvier 2011.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Vinci a obtenu la reprise de l’exploitation des aéroports de Nantes-Atlantique et de Saint-Nazaire Montoir, en plus de la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance du nouvel aéroport du Grand Ouest Notre-Dame des Landes pour une durée de 55 ans.

Ce projet ultra-moderne déposé par Vinci présente deux pistes de 2.700 et 2.900 mètres : trop courtes pour y faire atterrir des A 380, mais comme les gros porteurs ne sont pas trop à la mode, on s’en dénoyaute la cerise. Puisqu’on vous dit que c’est ultra-moderne. Faut suivre un peu.

Deux pistes pour 4 millions de passagers. Une bande de sauvages autochtones qui vit là-bas, l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes) soutient qu’il n’existe aucune règle européenne allant dans ce sens. Peut-être, mais qu’est-ce qui leur dit que demain on ne va pas construire 8 pistes supplémentaires à Roissy, avec 60 millions de passagers sur 4 pistes ? Le bon sens n’est pas toujours près de chez vous, vous diront les experts.

Le projet devrait coûter 561 millions d’euros(aucun budget de dépassement n’a été prévu vu que ça n’arrive jamais sur des gros chantiers), ce qui heureusement en période de crise est une somme tout à fait modeste parfaitement employée. Ce n’est pas comme si avec 561 millions d’euros on pouvait créer des logements, financer des projets écologiques, faire de la recherche… Une paille donc, mais dans l’oeil.

La répartition de l’enveloppe globale s’établit comme suit :

  • Vinci apporte autour de 310 M€ des 441 M€ évalués pour la réalisation de la plateforme aéroportuaire qui se répartit comme tel :

– 100 millions d’euros c’est le résultat du bénéfice fait sur Nantes Atlantique entre 2010 et 2017 (sic!)
– 100 millions d’euros empruntés sur les marchés financiers cautionnés par les collectivités locales, noir sur blanc dans le cahier des charges (re-sic!)
– 100 millions d’euros des actionnaires de Vinci avec un rendement annuel de 12 %imposé.(re-re-sic!)

  • L’Etat (130,5 M€) et les collectivités publiques (115,5 M€) se sont engagés sur une contribution publique totale de 246 M€, financement partagé au travers d’un syndicat mixte comprenant :

– Les Conseils régionaux des Pays de la Loire (40,4 M€) et de Bretagne (28,9 M€),
– Le Conseil général de Loire-Atlantique (23,1 M€)
– Nantes Métropole (17,9 M€)
– La communauté d’agglomération de Saint-Nazaire (2,9 M€) et celle de La Baule-presqu’île de Guérande (2,3 M€)

On rappellera tout de même que lors du débat public de 2002-2003, le baril de pétrole (brent) était entre 30 et 40 dollars. Aujourd’hui c’est plutôt autour de 100 dollars le baril, mais ça n’a évidemment aucune sorte d’importance.

Cinq enquêtes publiques se sont déroulées du 21 juin au 7 août 2012. Quelque 400 contributions ont été déposées ou envoyées aux commissaires enquêteurs, et certains viendront chicaner sur “la précipitation à organiser l’enquête pendant l’été, avant l’entrée en application de la réforme des enquêtes publiques, ce qui a permis à l’Etat d’organiser la procédure conformément à l’ancienne règle, alors que la nouvelle aurait permis une instruction plus longue”.

Il y aura bien des pisse-froid pour venir arguer également que les centaines d’hectares requis pour le nouvel aéroport sont des zones humides, en tête de deux bassins versants, que leur artificialisation est contraire aux dispositions du SDAGE Loire Bretagne.
Que normalement ce projet ne peut satisfaire aux exigences de la loi sur l’eau, mais heureusement l’Etat et Vinci proposent une solution, dite loi-du-contournement-de-la-loi, qui permettrait de passer outre : le concessionnaire Vinci-Aéroport du Grand Ouest aurait recourt à des « unités de compensation zones humides » calculées selon des coefficients de 0,25 à 2 pour évaluer l’intensité de la réponse compensatoire des mesures.

Bon ok, c’est un peu violer la loi française et la directive européenne cadre sur l’eau, parce que normalement une zone humide détruite doit être compensée par deux hectares construits sur le même bassin versant, or ici toute la zone du projet et ses alentours sont classés en zones humides. D’accord, il n’est pas donc pas possible de compenser, l’approche retenue par AGO en termes de fonctionnalités n’est pas viable, mais bon puisqu’on vous dit que tout ça c’est pour le développement économique. L’état a bien le droit de contredire ses propres directives, sans compter qu’en 2012, on s’en fout de l’eau, après tout.

Les indemnités proposées aux propriétaires qui sont priés de dégager illico de la zone avant l’arrivée des pelleteuses sont de 16 centimes par m². Quand on sait que l’un d’eux a par exemple acheté son terrain 24 centimes par m² en 1977, ça laisse rêveur.

Il paraîtrait aussi que le marché des émissions de CO², qui renchérit le coût de l’aviation, a été omis dans les études. Comme ces trucs de CO² sont encore de lubies de baba-cools avec des fleurs sur leurs sandales en cuir, on en tiendra évidemment pas compte.

D’autres empêcheurs de bétonner en rond viendront pérorer que la concurrence du TGV n’a pas été prise en compte. Mais qui prend encore le TGV entre Nantes et Paris de nos jours ?
Et comme si la nouvelle liaison TGV Rennes-Parisprévue pour 2020-2025 allait inciter beaucoup de Rennais à prendre l’avion à Paris plutôt qu’à Notre-Dame-des-Landes. N’importe quoi.

D’autres encore vous expliquerons que la construction du tram/train depuis Nantes, estimée à 150 millions d’euros, n’est pas prise en compte dans le projet, alors que ses effets sont inclus dans le calcul de bénéfices pour la société Vinci. C’est juste parce qu’ils ne savent pas anticiper sur les bénéfices que réalise le privé à partir des investissements des deniers publics. En attendant, vous viendrez à l’aéroport en voiture et vous paierez le parking, à Vinci bien sûr, qui a obtenu le passage dans le projet de 7 000 à 11 000 places de parking tandis que les pistes ont été revues à la baisse faute de moyens.

En terme d’emploi, de drôles de sbires contestent l’étude estimant que 1000 emplois sont crées par million de passagers tout ça parce qu’elle se base sur les statistiques des trois grands hubs internationaux qui comptent également le fret, alors qu’en France, pour les aéroport régionaux la norme est de 256 emplois par million de passagers. Les gens sont vraiment tatillons quand il s’agit de leur boulot, s’en devient pénible.

A contrario, l’étude de Déclaration d’Utilité Publique nous explique – c’est un ravissement sans égal quand on fait de la politique – que l’aéroport Grand-Ouest de Notre-Dame-des-landes rapportera entre 600 et 700 millions d’euros à la collectivité. N’en déplaise à l’étude du cabinet CE-Delft de 2011.

D’ailleurs qui s’intéresse à l’avis d’un cabinet hollandais, organisme indépendant de recherche et de conseil spécialisé dans les solutions innovantes aux questions environnementale, qui alerte sur les risques d’un déficit entre 90 millions et 600 millions d’euros selon les scénarios, et auteur il y a quelques années d’un rapport ayant contribué à l’abandon de l’extension de l’aéroport d’Heathrow à Londres ? Surtout quand il conclue que l’optimisation de Nantes-Atlantique apparaît plus génératrice de richesses pour la France que la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Franchement, on s’en fout un peu, qui va aller tenir compte de ça, sérieusement ?

Certainement pas Vinci, qui nous propose un monde merveilleux à Notre-Dame des landes :

De 4 millions de passagers à la mise en service, le trafic (actuellement 3,2 millions par an à Nantes-Atlantique) passera à “9 millions de passagers par an d’ici 2065” (ils sont aussi fins démographes). C’est promis. Vinci réduira aussi “la consommation d’énergie par 3 par passager”. Vinci utilisera des “techniques de construction innovantes pour l’ensemble du chantier”. Vinci aura un “bilan carbone positif sur la durée du projet en intégrant la construction”. Vinci est tellement balèze qu’à l’extérieur, “les jardins diffuseront les parfums spécifiques des essences locales” (si si, c’est dans le projet). Comment ne pas être émerveillé par l’odeur de la nature en patch ? Encore un peu de forcing et les agriculteurs du coin pourront même peut-être négocier des horaires de diffusion des odeurs de bouse de vache, ça leur rappellera le bon vieux temps.

Libérer des terrains de l’aéroport Nantes-Atlantique, dans cette partie sud-ouest de l’agglomération répond surtout à une logique d’aménagement global (en fait l’aéroport nous emmerde un peu dans nos projets) : “Selon l’Insee”, répète le commandeur Jean-Marc Ayrault, “Nantes accueillera 150 000 habitants supplémentaires d’ici 2030”. En urbanisme, on appelle ça régler le problème par le vide. En politique et nombre de voix, on appelle ça régler le problème par le plein.

Et qui vient d’obtenir la concession de cinq aéroports de l’Ouest, et aura le droit de construire de nouveaux quartiers sur les terrains libérés par l’ancien aéroport de Nantes Atlantique ?
Vinci, bien sûr. (Vous aviez deviné ? vous avez gagné le droit de financer le projet NDDL).

Décidément, nos politiques sont des génies, mais les gens de chez Vinci, ils sont vraiment trop forts.

PS : On me dit que sur place, le dialogue bat son plein, emmené par un Manuel Valls grand amateur de débats démocratiques. Vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles, en comptant les avions.

Ressources :

ND-des-Landes. Jean-Marc Ayrault annonce la création d’une «Commission du dialogue»

En dépit des affrontements qui ont émaillé l’après-midi dans le bois de Rohanne à Notre-Dame-des-Landes, après la manifestation qui a rassemblé 3 500 personnes à Nantes, les signes de sortie de crise se sont multipliés dans la journée.

D’abord Europe Ecologie les Verts a pris acte des engagements du gouvernement de ne pas entamer les travaux de défrichement avant au moins 6 mois. Cette décision, a dit le patron d’EELV est «un premier signe d’ouverture».

Ensuite, en milieu de soirée, le premier ministre en personne, annonçait que «dans un souci d’apaisement, le gouvernement confiera dès la semaine prochaine à une commission du dialogue le soin d’exposer ce projet et d’entendre toutes les parties prenantes.»

Cette commission devrait être composée de trois personnalités incontestables dont les noms n’ont pas été révélés pour l’instant. samedi 24 novembre 2012 AFP

Un opposant au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes fait face à un gendarme, sur le futur terrain de l'aéroport, le 24 novembre 2012.

Un opposant au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes fait face à un gendarme, sur le futur terrain de l’aéroport, le 24 novembre 2012.

(JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

Plusieurs milliers de personnes défilent à Nantes contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, la manifestation dégénère

Plusieurs milliers de manifestants défilaient samedi 24 novembre à Nantes pour protester contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, où forces de l’ordre et opposants s’affrontent violemment depuis plusieurs jours. Parti de la place Royale, en plein centre de Nantes, le cortège s’est ébranlé derrière une grande banderole estampillée « Aéroport LGV THT TAV nucléaire, Société totalitaire ». Le Monde.fr | 24.11.2012  ( voir suite plus bas) 

Plusieurs milliers de personnes défilent à Nantes contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, principal promoteur du projet d’aéroport en sa qualité de maire de Nantes jusqu’à sa prise de fonction au gouvernement, était l’une des cibles principales des manifestants qui scandaient « Ayrault, salaud, le peuple aura ta peau ». Evoquant les heurts qui se sont tenus sur le site, une autre toile s’interrogeait : « Expulsions, destructions, où va ce gouvernement, à Notre-Dame-des-Landes et ailleurs ? ».« François, ton électorat, l’aéroport, il n’en veut pas », assurait une pancarte.

Manifestation à Nantes contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, le 24 novembre.

Le groupe Vinci, qui a obtenu la concession du futur aéroport pour 55 ans, était également conspué aux cris de « Vinci, dégage, résistance et sabotage ». En tête de la manifestation, des militants de la CNT, brandissait leurs drapeaux noir et rouge. A leurs côtés flottaient de nombreux drapeaux bretons, ainsi que ceux du Front de Gauche et les drapeaux blancs anti-aéroport, marqués d’un avion barré dans un cercle rouge.

Notre-Dame-des-Landes : la manifestation dégénére à Nantes Par   à 18h19

Les CRS utilisent des lances à eau pour tenter de disperser les opposants, tandis que ces derniers lancent des pierres contre les forces de l’ordre.

Les CRS utilisent des lances à eau pour disperser les opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, samedi 24 novembre à Nantes. (DAMIEN MEYER / AFP)

Les CRS utilisent des lances à eau pour disperser les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, samedi 24 novembre à Nantes. (DAMIEN MEYER / AFP)

Des milliers de manifestants protestant contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont convergé samedi 24 novembre en fin d’après-midi vers la préfecture de Nantes où les CRS utilisent des lances à eau pour tenter de les disperser.

Certains opposants, dans cette manifestation regroupant des personnes de tous âges et de toutes origines, lancent des pierres contre les forces de l’ordre, en scandant « libérez la ZAD, libérez la ZAD » ou « Ayrault, salaud », en référence au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes jusqu’à son entrée au gouvernement. La ZAD correspond à la Zone d’aménagement différé de l’aéroport.

« Ayrault, salaud, Valls facho »

Autre cible des manifestants, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, qui a justifié vendredi l’intervention des forces de l’ordre en déclarant qu’il était hors de question de laisser un « kyste » se développer sur la zone prévue pour l’aéroport. Les slogans « Ayrault, salaud, Valls facho » ont retenti tout au long du parcours de la manifestation et devant la préfecture où les manifestants étaient toujours massés peu avant 18 heures.

Alors que le cortège avait défilé pendant près d’une heure et demie dans le centre-ville, il a pris soudainement la direction de la préfecture gardée par une poignée de CRS en extérieur. Des huées ont jailli de la foule avant que des projectiles ne soient lancés sur les CRS.

Ayraultport 24 nov: la répression continue et 3 ministres « in-confirment » le projet

 

A paris cette nuit: Rafle pour les militants anti Ayraultport

Huffington post  Plusieurs dizaines de manifestants qui soutenaient les squatteurs évacués de Notre-Dame-des-Landes ont été interpellés et emmenés à bord de bus de la police pour des contrôles d’identité vendredi 23 novembre dans la soirée dans le quartier des ministères à Paris. Une vingtaine de véhicules de gendarmes mobiles et de police se trouvait aux abords de la rue du Bac et de la rue de l’Université (VIIe), quartier qui abrite un grand nombre de ministères dont l’hôtel Matignon.

Cadoret Mannone@MannNnoMan    pic.twitter.com/TaFdq1HK

Une photo prise de l’intérieur du bus des manifestants interpellés à Paris

A Notre Dame des Landes: 24 nov 

http://zad.nadir.org/spip.php?article667

10h25 : 2 pelleteuses et 2 manitous dans la forêt, une des pelleteuses a embourbé ses 80 tonnes…. mêmes les flics semblent se lasser et disent qu’ils en ont marrre

- 18h07 : sur la D8, entre la Vach rit et le carrefour de Fosses noires/D81 en face de fôret, les gens sont très en colère contre les gendarmes après avoir vecu cette journée très violent, pour certaines le prémière fois une telle violence policière. Ils demandent les flics de partir après avoir fait leur salle boulot. il ya environ 70 personnes qui mettent un peut la pression aux gendarmes qui sont visiblement pas très a l’aise.

Notre-Dame-des-Landes : trois blessés lors de l’opération d’expulsion des squatteurs Le Monde.fr avec AFP  24.11.2012

Les forces de l'ordre ont tenté de repousser les opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes en chassant les squatteurs à coup de grenades lacrymogènes, vendredi 23 novembre.

Des affrontements très vifs se déroulaient samedi 24 novembre en fin de matinée, dans la zone du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes où une importante opération d’expulsion et de destruction de squats d’opposants a débuté vendredi matin. Alors qu’une nouvelle manifestation anti-aéroport est prévue samedi après-midi à Nantes, huit personnes ont été interpellées dans la matinée à Notre-Dame-des-Landes, l’une avait un cocktail molotov à la main et l’autre une fronde, a indiqué la préfecture. Trois personnes ont été blessées, dont deux opposants évacués par les pompiers, et un gendarme, victime d’un« trauma sonore », selon la préfecture.

Batho, Cuvillier et Lefoll confirment l’Ayraultport mais promettent qu’ils n’y aura pas de défrichement avant 6 mois  

Le communiqué de presse

« Aucun acte de défrichement ne devrait avoir lieu avant 6 mois à Notre-Dame-des-Landes, a assuré l’entourage du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, en raison des engagements pris par le gouvernement en faveur du respect de la biodiversité et des terres agricoles. Dans un communiqué commun samedi matin, les ministre de l’Agriculture, de l’Ecologie (Delphine Batho) et du Transport (Frédéric Cuvillier) ont confirmé la nécessité de poursuivre le projet de Notre-Dame-des-Landes, tout en annonçant le renforcement des procédures « en faveur du respect de la biodiversité et de la préservation des terres agricoles ».

Ces nouvelles procédures, notamment l’examen par un comité scientifique, signifient qu' »il n’y aura pas de défrichement à Notre-Dame-Des-Landes avant 6 mois », assure-t-on au cabinet de Stéphane Le Foll. 

S’agit-il de lâcher du lest ? De gagner du temps ? De souffler le chaud et le froid ? France Info 24/11/2012:

Dans un communiqué commun, les trois ministres de l’Agriculture, de l’Écologie et des Transports ont confirmé la nécessité de poursuivre le projet d’aéroport, tout en annonçant le renforcement des procédures en faveur de l’environnement.

« Pas de défrichement à Notre-Dame-des-Landes avant six mois »

Cela signifie la création d’un « comité scientifique composé avec toutes les garanties d’indépendance et de transparence, et présidé par un expert scientifique ». Comité chargé de protéger la biodiversité et les zones humides dans le cadre de la loi sur l’eau et de donner sa validation au projet. Concrètement, cela signifie surtout que les tout premiers travaux qui devaient débuter en janvier sont repoussés. « Il n’y aura pas de défrichement à Notre-Dame-des-Landes avant six mois« , précise l’entourage de Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture.

Les ministres s’engagent aussi dans leur communiqué à préserver les terres agricoles dans ce projet. En créant là encore une mission censée « identifier localement les moyens de minimiser l’impact du chantier sur les surfaces agricoles« . Ils affirment en outre que les 250 hectares de terres qui doivent être « artificialisés » pour construire les pistes, seront compensées par la mise à disposition de friches agricoles disponibles. France Info 24 11/2012.

Ya un loup!?

Pas clairs les ministres…ils ont dû remarquer aussi leurs situations d’infractions avec  les lois européennes .

Trompe l’oeil:

  • Le gouvernement reporte le début des travaux de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes de six mois, mais cela ne sera probablement pas suffisant pour permettre aux nombreux recours d’être jugés.
  • Si les 6 mois suffisent pour le recours européen, et une une mise en garde européenne de la France, ils dirons alors : Nous confirmons que l’Europe  ( ces méchants) ne nous permet plus de continuer l’Ayraultport …

L’élu nantais EELV Raphaël Romi voit trois solutions se profiler pour les mois qui viennent :

  • « soit il y a passage en force et il y aura de la casse juridique,
  • soit il y a un moratoire, qui est la décision la plus raisonnable,
  • soit le projet est reconsidéré dans le cadre du Snit et c’est un recul qui n’est pas une reculade. »

Jean-Marc Ayrault saura-t-il saisir la porte de sortie ?

http://www.rue89.com/2012/11/24/notre-dame-des-landes-les-recours-et-leurs-chances-daboutir-un-jour-237297

Justice: 

L’aéroport de Notre-Dame des Landes est illégal

Projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes: la bataille juridique

Aéroport de Notre-Dame-des-Landes: La voie de sortie européenne

 

Réponse de François Hollande à des journalistes la semaine dernière : les études sont toujours en cours et des recours seront possibles. Cette phrase, Daniel Mermet sur France Inter l’a passé en boucle. Tiens, tiens, disait-il « des études sont encore en cours ? » et « des recours possibles ? »… A bons entendeurs, salut !. Il faut tenir et faire connaître autour de nous, sensibiliser familles, amis, etc…

Bilan de la Journée: source 20 Minutes

Le niveau de violence est monté d’un cran samedi. Outre les opposants blessés, un CRS a perdu connaissance après avoir été touché par un pavé devant la préfecture à Nantes, selon le ministère l’Intérieur. Sur le site de Notre-Dame-des-Landes, deux gendarmes et quatre opposants ont été blessés, tous légèrement, a indiqué la préfecture.

Sur le terrain, les forces de l’ordre ont procédé à neuf interpellations sur le site de l’aéroport. Sept personnes ont été relâchées et deux placées en garde à vue pour port d’arme, a-t-on précisé de même source.

Quitter le gouvernement ?

Faut-il quitter le gouvernement ? Telle est la question que certains d’entre nous n’hésitent plus à poser publiquement, comme s’il s’agissait d’anticiper les interpellations de la presse qui nous harcèle sur ce thème en soulignant à l’envi notre « incohérence ». LeMonde 23.11.2012 Par Noël Mamère, député écologiste

Force est de reconnaître que le piège se referme chaque jour un peu plus sur nous : rester en se soumettant serait un suicide politique ; partir signerait l’échec de nos accords passés avec le Parti socialiste en novembre 2011. Même nos plus fervents partisans du compromis prennent aujourd’hui la mesure du danger… A qui la faute ? Faire peser la responsabilité d’une telle situation sur les seuls socialistes et le tandem exécutif est à la fois injuste et lâche, parce que c’est refuser de regarder en face la faiblesse de notre accord programmatique sacrifié sur l’autel de notre accord électoral.

Nous voulions un groupe à l’Assemblée nationale et des ministres. Nous les avons, mais à quel prix ? Le scénario que nous vivons aujourd’hui était déjà écrit sur la liste des désaccords actés entre EELV et le PS. Dans l’euphorie de la victoire, nous avons réussi à dissimuler ce qui ressemble fort à une arnaque politique. Aujourd’hui confrontés au principe de réalité, nous ne pouvons plus nous contenter de langue de bois, d’imprécations ou de contorsions politiciennes… Au prétexte qu’il ne faut pas mettre en difficulté nos ministres.

Comment rester crédible quand on vote le mardi contre le pacte budgétaire européen (TSCG), parce qu’il choisit l’austérité contre la transition écologique, et le mercredi pour la loi organique qui le transpose dans le droit français ? Il faut reconnaître que nous avons contribué à remplir cette coupe que nous trouvons maintenant trop pleine.

Notre faiblesse politique ajoutée à la domination du Parti socialiste nous vaut quelques humiliations : nos ministres ont découvert le texte du « pacte de compétitivité » à l’entrée d’un « séminaire » gouvernemental. Tout était déjà décidé à Matignon, Bercy et l’Elysée. Après la loi de finances qui a gommé l’essentiel des propositions fiscales des écologistes, ledit « pacte » signe la victoire d’un modèle productiviste, à cent lieues de la transition écologique promise par le président de la République.

TROIS CHOIX

Si l’on ajoute à cela la politique d’immigration et de régularisation du ministre de l’intérieur, le recul sur le vote des étrangers dans les élections locales, l’absurdité de Notre-Dame-des-Landes, le doute sur la fermeture de Fessenheim en 2016, la surreprésentation du lobby nucléaire au comité de pilotage du débat sur la transition énergétique, l’exploitation des gaz de schiste qui n’est plus exclue, la liberté de conscience des maires face au mariage pour tous, etc., nos électeurs et sympathisants sont fondés à se demander pourquoi nous avalons autant de couleuvres.

Faut-il, dès lors, quitter le gouvernement ? En 1970, l’économiste et sociologue Albert Hirschman a publié un ouvrage célèbre, Défection et prise de parole(Fayard, 1995). Il explique que trois choix s’offrent aux individus mécontents :

  • la réaction silencieuse,

  • le renoncement à l’action, par fidélité,

  • la protestation et la prise de parole.

Nous devons collectivement faire entendre notre voix, des ministres aux parlementaires et au parti, dire au gouvernement qu’il se fourvoie… Pour autant qu’il soit toujours capable de nous entendre.

Noël Mamère, député écologiste