L’Église apporte sa contribution au débat public sur la gestion des déchets nucléaires

En marge de l’assemblée des évêques, le groupe de réflexion constitué à l’initiative de Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi-France, a présenté à la presse ce mercredi 7 novembre à Lourdes l’état de sa réflexion sur la gestion des déchets nucléaires. La Croix 7 nov 2012

Il était temps en effet que ceux qui ont une responsabilité spirituelle dans ce pays s’expriment sur le sujet du nucléaire.

Au Japon et suite à la catastrophe de Fukushima, les évêques et des bouddhistes ont pris position sur le sujet pour le respect de la vie humaine;  voir les liens en bas de cet article. AJ

La démarche est née d’une interpellation lancée à l’Église pour qu’elle prenne position au sujet de la construction d’un centre d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, petit village meusien aux confins de la Haute-Marne et des Vosges.

« Plutôt que de prendre position, nous avons préféré faire surgir les questions que pose une gestion des déchets par enfouissement pour aider le discernement de ceux qui auront à se prononcer au moment du débat public au cours de l’année 2013 », explique Mgr Stenger, qui situe cette réflexion dans l’esprit du document produit par le groupe de travail Écologie et foi de la conférence épiscopale et publié sous le titre Enjeux et défis écologiques pour l’avenir .

« DÉGAGER LE DÉBAT DE SES ORNIÈRES IDÉOLOGIQUES »

« Les documents produits, souligne Mgr Philippe Gueneley, évêque de Langres, sont une invitation à la réflexion faite au plus grand nombre, pour que le débat ne soit pas accaparé par quelques spécialistes ou quelques associations militantes. » « L’Église a voulu participer à un débat qui s’avère complexe et bien souvent technique, parce les enjeux sont de nature éthique », poursuit Mgr Jean-Paul Mathieu, évêque de Saint-Dié. « Sur ce dossier des déchets nucléaires, poursuit-il, la difficulté est de repérer les enjeux pour l’humain à très long terme. »

Les enjeux économiques ne sont pas à négliger, note Mgr François Maupu, évêque de Verdun, le plus directement concerné par le projet. Les compensations financières prévues pour les communes situées autour du site d’enfouissement sont en effet loin d’être négligeables et peuvent occulter d’autres enjeux.

Le groupe de travail souhaite que les documents qu’il a produits – un texte d’une trentaine de pages et une note de synthèse – fassent l’objet de rencontres et de débats « dans une écoute respectueuse de la diversité des points de vue et dans le souci d’être au service de l’homme et la vérité ».
Cette phase de confrontation n’a pas encore commencé. Mgr Maupu note toutefois que l’engagement de l’Église sur le dossier a déjà permis de dégager le débat de ses ornières idéologiques et de sortir de « plus de dix ans de dialogue de sourds » entre partisans et opposants au projet.

Compléments:

http://catholique-troyes.cef.fr/spip/GESTION-DES-DECHETS-NUCLEAIRES

http://catholique-troyes.cef.fr/spip/IMG/pdf/GESTION_DES_DECHETS_NUCLEAIRES_Synthese.pdf

Source:

http://www.la-croix.com/Religion/Urbi-Orbi/France/L-Eglise-apporte-sa-contribution-au-debat-public-sur-la-gestion-des-dechets-nucleaires-_NG_-2012-11-07-873067

Voir aussi

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Au Japon, le président du principal mouvement bouddhiste s’élève contre le nucléaire

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Nouvelles questions sur le stockage profond des déchets nucléaires

 

Le 10 septembre, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) entrera dans le vif d’une problématique nouvelle concernant l’enfouissement des déchets nucléaires à vie longue, dont la radioactivité perdure pendant des milliers d’années. Pour la première fois, se réunira le comité de pilotage d’un nouveau programme, GEOSAF2, visant à étudier les méthodes d’exploitation des centres de stockage de ces déchets. Par Hervé Kempf, LE MONDE  29.08.2012

“Jusqu’à récemment, on analysait la faisabilité du concept. Il s’agit maintenant de faire le lien entre la sûreté à long terme du stockage et la sûreté de l’installation en phase d’exploitation”, explique Michael Tichauer, président de ce comité et chercheur à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRNS) français.

Pendant une centaine d’années après la décision de créer un site de stockage en profondeur, il faudra à la fois creuser les galeries et y installer les équipements nécessaires, tout en commençant à l’exploiter, c’est-à-dire à y entreposer les conteneurs de déchets.

“La sûreté pendant la phase d’exploitation est un des sujets qui nous mobilise le plus”, affirme Marie-Claude Dupuis, directrice de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Celle-ci conduit le projet français de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo), qui doit être mis en service en 2025.

“Il y aura des dizaines de kilomètres de galeries, ce sera une installation immense, bien plus grande que celle de la Hague, dit M.Tichauer. Il y aura d’un côté des mineurs, de l’autre des travailleurs du nucléaire plaçant les colis dans les alvéoles : ce sont deux cultures qui n’ont rien à voir.” Cette cohabitation va créer des problèmes de sûreté nouveaux. “L’objectif est de confiner au maximum les colis nucléaires, mais dans les travaux souterrains, la priorité absolue est l’évacuation du personnel”, note MmeDupuis.

RISQUE D’INCENDIE

Une préoccupation importante est le risque d’incendie, soulevé par un ingénieur indépendant, Bernard Thuillier, qui a analysé les dossiers publiés par l’Andra et qui, reconnaît sa directrice, “pose de bonnes questions”.

Ce risque découle de la présence de bitume dans des colis de déchets anciens, ainsi que de l’éventuelle formation d’hydrogène sur certains colis. Le danger semble gérable à l’IRSN et à l’Andra, qui évoquent cependant la nécessité de reconditionner les colis contenant du bitume et de doubler les galeries, pour pouvoir évacuer les mineurs en cas de besoin. Des précautions qui entraîneraient des surcoûts.

D’autres problèmes apparaissent, comme le rejet par l’installation de gaz faiblement radioactifs, sa consommation d’eau comparable à celle d’une ville de 50 000 habitants, ou sa consommation électrique requérant une puissance de 72 mégawatts. Des questions nouvelles, aussi : “L’exploitation se déroulera sur cent ans. Comment maintenir les compétences sur une telle durée ?”, interroge M. Tichauer. Toutes ces questions devront trouver des réponses avant le débat public qui aura lieu en 2013 sur ce projet de stockage.

Lire aussi le reportage sur le centre de stockage de Bugey dans l’Ain

Hervé Kempf