Ligne à très haute tension de l’EPR: la résistance d’irréductibles éleveurs

Le Chefresne (Manche) – Du haut de leurs tracteurs et à l’aide de recours juridiques, d’irréductibles agriculteurs normands se battent contre la ligne à très haute tension (THT) en construction dans le bocage manchois et dénoncent le mépris d’EDF qu’ils viennent de faire condamner. AFP 18 09 2012 

Je ne suis pas violent, même si je peux l’être verbalement. Je suis le petit paysan du fond de la campagne qui a gagné contre le mastodonte RTE, la filiale de l’opérateur visée, confie Yves Larsonneur, 52 ans, éleveur au Chefresne.

Héros, invincible gaulois, pot de terre contre le pot de fer selon ses pairs, l’agriculteur a fait condamner RTE à arrêter les travaux dans ses champs. Le juge des référés de Coutances a estimé la semaine dernière que l’entreprise était entrée illégalement chez lui pour y construire deux pylônes.

Une victoire pour cet éleveur sûr que sa ferme sera invendable lorsque la ligne à 400.000 volts passera au dessus de ses vaches, mais aussi pour tous les opposants à cette ligne de 163 km liée au projet d’EPR à Flamanville (Manche).

Selon RTE, environ 5% des 1.343 propriétaires concernés par la THT ont refusé de signer une convention amiable avec l’entreprise, qui souligne que c’est le premier procès qu’elle perd sur 75 intentés.

La THT, déclarée d’utilité publique, est vivement contestée par les anti-nucléaires et des élus locaux inquiets des risques que ces lignes sont soupçonnées de faire peser sur la santé humaine et sur celle des animaux, dans cet important département laitier, déjà traversé par une THT.

La mobilisation marque cependant le pas chez les élus, qui ne sont plus qu’une poignée à se battre encore, contre 35 au départ. Leur leader, l’ancien maire du Chefresne, est parti en Bolivie après avoir démissionné à la suite d’une garde à vue.

Une machine à broyer

Mais les agriculteurs sont plus que jamais mobilisés et les opposants à la nouvelle THT peuvent de plus en plus compter sur le soutien -et les témoignages- de leurs confrères concernés par la ligne déjà existante.

On n’est pas anti-THT. On se bat pour notre outil de travail, explique Martine Leroy, 53 ans, une frêle exploitante voisine de M. Larsonneur, qui estime ridicules les dédommagements proposés par RTE.

Les éleveurs affirment n’avoir suivi que de loin les heurts qui, le 24 juin, ont fait trois blessés graves chez les manifestants et deux légers côté gendarmes. C’était à Montabot, commune jouxtant le Chefresne.

Mais ils n’en sont pas moins en guerre avec RTE. Le 31 juillet, lorsque l’entreprise est arrivée chez lui, Yves Larsonneur a passé dix heures en garde à vue après une interpellation musclée. Et on est censé être en démocratie. Si j’avais été chez Poutine, je serais mort!, lâche le paysan.

Sa compagne s’est vu de son côté prescrire 21 jours d’interdiction temporaire de travail après avoir été renversée par une grue du chantier en août.

Sur leur exploitation, la tension est palpable. Les deux pylônes sont entourés de grillage et gardés par des vigiles peu accueillants. Les agriculteurs admettent se moquer d’eux de temps à autre avec leur tonne à lisier, notre seule arme, selon une éleveuse.

Ils racontent avoir chassé de chez eux des individus soupçonnés de prendre des mesures discrètement, avoir vu débarquer des dizaines de gendarmes armés jusqu’aux dents accompagnant RTE pour les relevés topographiques officiels. Ils parlent de contrôles d’identité parfois matin et soir, de fouilles de voitures, d’hélicoptères.

C’est une machine à broyer qu’on a en face, pense Mme Leroy, Mais les gens commencent à parler.

(©AFP / 18 septembre 2012 12h41) 

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Ligne THT : ce petit village normand qui résiste encore à l’autoroute de l’électricité

Rien n’arrête « le progrès ». Surtout pas un maire entêté, une poignée de paysans désespérés, des riverains désenchantés et quelques dizaines de militants écolos non violents. L’autoroute de l’électricité, qui reliera le réacteur nucléaire EPR de Flamanville, dans la Manche, à l’agglomération rennaise, continue sa progression, inexorablement. A coup de pressions, de répressions et de millions pour acheter l’opposition. Reportage à Chefresne, en Normandie, dernier bastion de la résistance à la ligne THT. Bastamag par  SIMON GOUIN (10 09 2012)

http://www.bastamag.net/article2582.html?id_mot=38

Une autoroute de l’électricité. Deux fois 400.000 volts. 420 pylônes sur 163 kilomètres. La ligne doit acheminer l’électricité produite par le futur réacteur nucléaire de Flamanville, dans la Manche, jusqu’à l’agglomération rennaise. Parmi les 64 communes concernées par le tracé prévu par RTE, la filiale d’EDF chargée du transport d’électricité, la commune de Chefresne dans la Manche résiste à cette ligne Très Haute Tension (THT), empêchant la poursuite des travaux.

Ce dimanche matin, les opposants à la construction de la ligne THT ont rendez-vous dans ce petit village de 310 habitants, au milieu des collines, des haies et des prés. Les opposants au projet occupent depuis mars le bois de la Bévinière, situé sur le tracé. Des plateformes, posées à une dizaine de mètres de hauteur, entourent deux arbres. Au sol, des bâches, des panneaux, une toile de tente, une cabane. Et un escabeau sur lequel on grimpe pour apercevoir, à travers les feuillages et les ronces, les trois pylônes électriques qui se dressent à l’horizon.

Au menu de l’assemblée générale, des nouvelles des « copains », blessés lors d’affrontements avec les forces de l’ordre, à la fin du mois de juin, dans la commune voisine de Montabot. Lors d’un week-end de « résistance », en réaction à des provocations de certains opposants, des grenades explosives « assourdissantes » ont été utilisées par les forces de l’ordre. « Normalement, ces grenades sont lancées au sol, pour disperser la manifestation, explique un jeune. Là, elles étaient lancées en tir tendu, vers nos têtes. »

Marquer les corps et les esprits

Bilan de l’affrontement : 25 blessés, dont deux graves. La plupart ont reçu des éclats de plastiques ou de métaux provenant des grenades. Et les blessés auraient attendu les secours pendant une heure : le véhicule médicalisé était bloqué par les gendarmes à une dizaine de mètres du camp [1]. Une force disproportionnée, pour marquer les corps et les esprits. Car depuis six ans, des riverains luttent pour éviter la construction de la ligne THT. A coup de procédures judiciaires, de recours devant le Conseil d’État et d’arrêtés municipaux.

Jean-Claude Bossard était, jusqu’au mois de mai, maire du Chefresne. En 2008, il a rédigé, avec son conseil municipal, un arrêté de police afin de prévenir des risques sur la santé de ses habitants. « En tant que maire, nous avons l’obligation de protéger nos habitants », explique-t-il. Le Maire du Chefresne a notamment invoqué la Charte de l’environnement, à valeur constitutionnelle, pour interdire la construction de la ligne à moins de 500 mètres des habitations et 300 mètres des stabulations. Dans la foulée, 45 communes (sur les 64 impactées par le tracé de la THT) suivent cet exemple. Réponse des tribunaux administratifs : c’est l’État et non le maire qui est compétent dans ce domaine. Tous les arrêtés municipaux sont cassés.

Rondes d’hélicoptères et contrôles policiers

Tous, sauf un. Celui du Chefresne. « Le délai de deux mois était dépassé quand la préfecture s’en est rendu compte », raconte Jean-Claude Bossard. Le maire peut alors invoquer son arrêté municipal, quand les travaux sont entamés, début juin. Écharpe autour du cou, le maire se fait alors arrêter pour obstruction de la voie publique. Il est placé en garde à vue et subit 12 heures d’interrogatoire. « Ce qu’on voulait, c’était me mettre la pression. » Il est aussi considéré comme le chef de fil des opposants au projet. C’est lui le propriétaire du bois de la Bévinière, que la ligne doit traverser et qui est occupé par les opposants (voir la vidéo de l’arrestation).


Anti-THT : le maire du Chefresne (50) en garde à… parfrance3bassenormandie_845

Jean-Claude Bossard et sa famille subissent une pression policière de plus en plus pesante. Au bout de son chemin, les gendarmes stationnent et les contrôlent presque à chaque passage, de jour comme de nuit. Dans le ciel, un hélicoptère effectue régulièrement des rondes. « Lors d’une fête de famille, les gendarmes sont venus contrôler tout le monde, à cinq estafettes, et un hélicoptère au-dessus de nous », raconte-t-il. Il a également reçu des menaces de mort : « On m’a dit qu’on allait s’occuper de mon cas. »

 100 millions d’euros pour acheter l’opposition

Suite à son arrestation, le maire de Chefresne a décidé de démissionner. Par solidarité, son conseil municipal l’a suivi, excepté un conseiller. De nouvelles élections municipales se sont déroulées le 9 septembre. Les nouveaux élus pourront décider de continuer l’opposition à la ligne THT. Ou accepter la grosse subvention allouée par RTE, en contrepartie des « dommages » esthétiques et matériels provoqués par la ligne. Dans le cadre du Plan d’accompagnement au projet (PAP), le Chefresne s’est vu proposer près de 200.000 euros contre l’acceptation de la ligne. Une somme énorme pour une commune dont le budget annuel avoisine les 150 000 euros. « Nous avons réuni la population, lors d’une de nos réunions de démocratie participative qui précèdent les conseils municipaux », relate Jean-Claude Bossard. La somme a été refusée.

Le Chefresne décide alors de monter un projet alternatif, et d’installer des panneaux photovoltaïques sur l’église du village. Une garantie de vente d’électricité de 200 000 euros, répartie sur 20 ans. Sur les 45 communes qui étaient opposées au lancement du projet, seules cinq ont refusé les subventions PAP. « On la surnomme la ligne T’es acheté », souligne Jean-Claude Bossard. Au total, 100 millions d’euros sont distribués par RTE, pour faire accepter le projet. Soit environ 50% du coût de construction de la ligne [2]. Dans le langage de l’entreprise, ce sont des « mesures de réduction ou de compensation des impacts du projet sur l’environnement ». Mais l’environnement ne signifie pas la santé de l’homme. Pas question, pour RTE, d’évoquer ou de reconnaître le moindre souci sur la santé des humains.

Des champs magnétiques dangereux pour la santé ?

« Pourquoi dépenser autant d’argent s’il n’y a pas de dangers sanitaires ?,s’interroge Jean-Claude Bossard. Depuis le début, nous réclamons une étude épidémiologique sur les effets de la THT. » En France, une telle étude n’a jamais été réalisée. Les conclusions de l’enquête publique, en 2006, appelaient à la réalisation d’une étude épidémiologique. Mais le projet a ensuite été déclaré d’utilité publique. Et les conséquences sanitaires de la THT sont devenues secondaires…

RTE tente de rassurer : « Après plus de trente ans de recherche, la position de la communauté scientifique est claire, les champs électromagnétiques générés par les lignes à haute tension n’ont pas d’impact prouvé sur la santé humaine », affirment Philippe Rémy, directeur du Projet Cotentin-Maine et Jean-Michel Ehlinger, directeur d’aménagement [3]. RTE entreprend d’ailleurs de casser les « idées reçues » dans de petits clips vidéos, sur son site internet La Clef des Champs.


clefdeschamps.info : tout sur les champs… by rte_france

Des informations contredites par des spécialistes des ondes électromagnétiques. Les appareils électroménagers émettent des champs semblables à ceux de la ligne ? « Contrairement aux lignes électriques, nous ne passons pas 24h sur 24 à proximité du rasoir, de la cafetière ou du grille-pain, explique Catherine Gouhier, secrétaire du Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem). L’OMS déclare que « les champs magnétiques induits d’extrêmement basse fréquence [sont] potentiellement cancérigènes », note Catherine Gouhier. Et « l’exposition aux lignes électriques est passive et sur une longue durée. »

Des agriculteurs soumis à une clause de confidentialité

En 2008, le Criirem a réalisé une enquête sur les effets de la THT, en étudiant les conditions de vie de riverains d’une ligne. 2000 foyers répartis sur 160 communes ont été interrogés. Irritabilité, état dépressif, vertiges, maux de tête, sommeil perturbé… La santé de ceux qui vivent à proximité des lignes est impactée. Les exploitations agricoles sont elles aussi touchées : « Quatre fois plus de nervosité et trois fois plus d’hésitation chez les bovins, comportements de fuite, deux fois plus d’irrégularité de production laitière » à proximité des lignes que dans une zone non exposée (lire l’enquête).

Thierry Charuel est un agriculteur spécialisé dans la production de lait, au Mesnil Thébault, dans le sud de la Manche. Son enclos de vaches laitières est situé à 60 mètres d’une ligne THT de 400.000 volts, construite au début des années 80. Défaillance de son robot de traite, inflammations mammaires, cellules dans le lait rendant sa consommation impossible, problèmes de reproduction : l’agriculteur estime être touché de plein fouet par les courants électriques qui partent de la ligne THT. Il évalue ses pertes à 50 000 euros par an.

En 2004, dans le cadre du Groupe permanent sur la sécurité électrique (GPSE [4]), mis en place par le ministère de l’Agriculture pour accompagner les éleveurs, il fait appel à RTE pour adapter son bâtiment. L’entreprise lui conseille des aménagements, comme l’isolation des sols pour éviter les remontées de courant ou l’installation d’une cage de Faraday, une enceinte qui protège des nuisances électriques. Il reçoit plusieurs centaines de milliers d’euros, entre 2004 et 2010, pour les travaux d’aménagement. Mais en signant cette convention avec RTE, l’agriculteur est contraint d’accepter une clause de confidentialité. Laquelle l’empêchait de communiquer l’existence des problèmes sanitaires sur les animaux… sans autorisation de RTE. L’argent contre le silence.

Suicides, liquidations judiciaires, pressions

A partir de 2010, le GPSE a progressivement disparu. Et les aides se sont évanouies, constate Thierry Charuel, qui a décidé d’attaquer RTE en justice.« Si RTE m’avait dit, en 2003, que l’ensemble des problèmes ne serait pas réglé, on aurait construit ailleurs, et pas à cet endroit, » assure l’agriculteur.« Tout est fait pour nous faire craquer, ajoute-t-il. RTE trouve sans cesse une nouvelle faille pour nous faire porter la responsabilité des pertes d’exploitation. »

Si tous n’osent pas aller sur le terrain judiciaire, de nombreux agriculteurs sont dans le même cas que Thierry Charuel. Certains sont placés en liquidation judiciaire, d’autres sont contraints d’arrêter. Quelques-uns mettent fin à leurs jours, explique François Dufour, exploitant agricole et vice-président (EELV) de la Région Basse-Normandie [5]. « D’autres n’ont pas établi le lien direct entre la proximité de la ligne THT et les différents problèmes qu’ils rencontrent sur leur troupeau », écrit-il. Beaucoup, aussi, n’osent pas faire part de leurs difficultés.

« On se sent méprisés »

« Si les animaux sont malades, pourquoi les hommes n’auraient-ils aucun problème ? », s’interroge Marie-Laure Primois, dont la maison et la ferme seront entourées de huit futurs pylônes. Elle a toujours refusé de donner son accord à RTE. « On se sent méprisés, pas écoutés. Nous avons rempli deux cahiers pour l’enquête publique qui précédait la mise en servitude (la possibilité pour RTE d’intervenir sur des terrains privés). Nous n’avons jamais eu les conclusions de l’enquête publique. » La veille de la manifestation de Montabot, des hélicoptères n’ont pas cessé de survoler leur maison.

La pression policière, Stéphane Godreuil la subit depuis plusieurs mois déjà. Il habite à quelques encablures du bois de la Bévinière. Et à 110 mètres d’un pylône. L’armature de métal se dresse en surplomb de sa maison. Un autre pylône devrait bientôt sortir de terre à une centaine de mètres. La future ligne traversera son terrain. Les arbres ont dû être abattus. Son épouse souffre d’un cancer. Le professeur qui la suit lui a simplement conseillé de partir, « de se trouver un petit coin tranquille », afin d’éviter l’impact moral et physique de la ligne.

« Les gendarmes nous épient avec des jumelles »

Le couple a donc décidé de mettre en vente leur maison. A moins de 100 mètres, RTE leur aurait racheté leur bien, revendu ensuite en dessous des prix du marché, à de nouveaux propriétaires s’engageant à ne pas poursuivre l’entreprise pour d’éventuels problèmes sanitaires. Mais le tracé de la ligne a été pensé pour racheter un minimum de maisons. A 110 mètres, donc, le couple doit se débrouiller. « Du fait de la présence de la ligne, le prix de vente est déjà inférieur de 30% à la valeur de la maison », indique Stéphane Godreuil. Les acheteurs potentiels sont prévenus par l’agent immobilier. Quand ceux qui sont tout de même intéressés découvrent le pylône, la plupart repartent sans visiter.

Quand Stéphane Godreuil s’approche du pylône pour entretenir son terrain, les gendarmes débarquent illico. Ils sont alertés par les sociétés de surveillance, embauchés par RTE pour protéger les pylônes. « On est étroitement surveillés, raconte-t-il. Au début, on rigolait des contrôles des gendarmes. Puis c’est devenu gênant quand on s’est aperçu qu’on nous épiait avec des jumelles. On nous met la pression. » La veille de la manifestation, les gendarmes sont venus le voir pour essayer de lui soutirer des informations.« Ils m’ont déconseillé d’y aller, me disant qu’ils allaient procéder à des arrestations, que les sanctions seraient lourdes », raconte-t-il.

Déboulonner ou scier les pylônes

De semaine en semaine, la répression s’intensifie. Une liste de 16 supposés « leaders » de la contestation circulerait parmi les forces de l’ordre. De plus en plus d’opposants sont déférés en justice. Trois personnes, citées dans un article de journal, ont été perquisitionnées. Et une ordonnance punit tout rassemblement auprès d’un pylône d’une astreinte de 2000 euros par heure et par personne. Les actions symboliques sont donc rendues très difficiles.

A la place, les sabotages se multiplient. Déboulonner les pylônes – quand RTE ne les a pas soudés. Ou scier les bras de fer. Des moyens de faire perdre de l’argent à la filiale d’EDF pour espérer être entendus. « Les coûts aujourd’hui constatés restent marginaux par rapport au coût global du projet, assure RTE.Ils ne sont pas de nature à déséquilibrer l’économie du projet. » Mais pour que la construction continue, il faudra traverser le bois, déloger les opposants du haut des plateformes. Une dernière bataille, pour l’honneur, avant que l’autoroute de l’électricité ne poursuive son chemin. Sauf contre-ordre de l’État. Craignant des affrontements avec les forces de l’ordre, les opposants ont décidé, début septembre, de ne plus occuper le bois que de façon symbolique, mais d’arrêter d’y vivre.

Simon Gouin

Photo de une : source

Notes

[1] Lors du procès d’un militant accusé d’avoir blessé un gendarme mobile, l’urgentiste régulateur du Samu qui est intervenu ce jour-là a également décrit les demandes répétées d’identités des victimes par la préfecture.

[2] Le coût total du projet est de 343 millions d’euros, comprenant 200 millions d’euros pour la construction de la ligne, 47 millions d’euros pour la construction des deux postes électriques, 96 millions d’euros de mesures de réduction ou de compensation des impacts du projet sur l’environnement (aménagements paysagers, plantations complémentaires, mises en souterrain de lignes électriques de tensions inférieures… .

[3] RTE a accepté de répondre à nos questions, mais par courriel, faute de temps…

[4] Créé en 1999, le GPSE a permis de compenser les pertes des agriculteurs touchés par la ligne THT. Cette initiative permet de financer les travaux d’aménagement, d’assurer un suivi sanitaire et de compenser les pertes d’exploitations

[5] Lettre adressée à plusieurs ministres, le 18 juin 2012

Lignes haute tension : « RTE a installé des pylônes dans mon champ sans mon accord »

LE PLUS. Le contentieux se durcit entre RTE et les opposants à l’installation de la ligne à haute tension Cotentin-Maine. Deux hommes opposés à sa construction ont été condamnés mardi 21 août en correctionnelle, à Coutances. Yves Larsonneur, éleveur à Montabot dans La Manche, explique pourquoi il s’oppose lui aussi au projet. Le Nouvel Obs le +Par  Éleveur 23-08-2012  Édité et parrainé par Sébastien Billard

Une ligne à haute tension à Flamanville, le 25 octobre 2004 (CHAMUSSY/SIPA).

Une ligne à haute tension à Flamanville, le 25 octobre 2004 (CHAMUSSY/SIPA).

Éleveur, j’ai 53 ans et je possède une exploitation de 80 hectares au sein de la petite commune de Montabot, en Centre-Manche. Une propriété que j’ai acquise progressivement à partir de 1981 et où j’élève désormais près de 70 vaches laitières.

Ce bien, qui est aussi et avant tout mon outil de travail, je m’en sens aujourd’hui complètement dépossédé. 

Deux pylônes en plein milieu de mon champ 

Il y a 5 ans, j’ai appris que RTE, gestionnaire du réseau français d’électricité, entendait faire passer dans ma propriété la ligne à très haute tension Cotentin-Maine, prévue pour acheminer l’électricité du réacteur EPR en construction à Flamanville. Selon le tracé, deux pylônes devaient être installés chez moi.

 

RTE m’a alors précisé que des dédommagements financiers avaient d’ores et déjà été négociés avec les syndicats agricoles et la chambre d’agriculture : ils prévoyaient notamment 2.000 euros par pylône tous les 9 ans. Je leur ai répondu aussitôt que personne ne négociait pour moi !

 

Depuis, je me bats pour être indemnisé sur la valeur réelle de mon bien. En effet, ces indemnités sont bien loin du compte. Avec ces deux pylônes en plein milieu de ma propriété, mon bien pourrait perdre 30 à 50% de sa valeur. À quelques années de ma retraite, et donc de la revente de ma propriété, c’est une perte énorme, non négligeable pour moi et ma compagne.

 Au-delà de la perte financière, je crains également les risques pour la santé de la présence d’une telle ligne. Un manque de transparence entoure toujours ces questions. 

RTE et l’administration sont prêts à tout

 Avec RTE, c’est un dialogue de sourds qui s’est instauré. Ils ne veulent rien entendre, rien céder. Pour me faire plier, au nom de « travaux d’utilité publique », RTE et l’administration emploient la méthode forte.

 Le 31 mars, un huissier est venu pour obtenir mon accord pour cette installation, entouré par près de huit gendarmes. De tels moyens traduisent une volonté de nous impressionner. Et cela fonctionne : la grande majorité des agriculteurs qui ont signé l’ont fait sous cette pression des gendarmes et de l’administration.

 J’ai été reçu dernièrement par le sous-préfet puis par le préfet, sans résultats. Ils m’ont demandé de faire preuve de davantage de sagesse. Ils ne sont pas disposés à bouger. La préfecture reste au service de RTE, prête à mettre à disposition toutes ses forces pour mener les travaux à leur terme. 

Ma ferme mise en servitude

 Le 31 juillet dernier, j’ai été mis en garde à vue pour entrave aux travaux qui devaient débutés. Les gendarmes m’ont plaqué au sol puis menotté dans ma propre propriété. Il y avait près de 60 gendarmes alors que nous étions seulement cinq en face.

Quand je suis revenu chez moi, le soir, les terrassements des deux pylônes avaient été réalisés, en mon absence. J’en avais les larmes aux yeux devant l’ampleur des dégradations. Désormais, le chantier est surveillé par des vigiles 24 heures sur 24.

Ma ferme est mise en servitude. RTE peut rentrer à tout moment chez moi pour avoir accès à ces pylônes. A partir de là, ce n’est donc plus vraiment chez moi. Tout ça va vraiment trop loin, je suis amer. C’est moralement difficile. Jamais je n’aurais pensé que ce genre de choses soit possible en France. Ils font tout depuis le début pour que je fasse une erreur et que je cède.

Propos recueillis par Sébastien Billard

THT: la démocratie disjoncte, pense un maire démissionnaire

Après sept années de combat contre une ligne très haute tension (THT) et la première condamnation mardi de deux militants, Jean-Claude Bossard, maire démissionnaire d’un village de la Manche et fer de lance des anti-THT de la région, dit ne plus croire en la démocratie. AFP 21 08 2012

Le tribunal correctionnel de Coutances (Manche) a condamné mardi un étudiant de 24 ans à trois mois de prison ferme pour « violence aggravée » sur deux gendarmes légèrement blessés lors d’une manifestation anti-THT le 24 juin à Montabot. Un leader de la Confédération paysanne écope lui d’une amende pour avoir dévissé des boulons d’un pylône en construction.

 « Ca confirme ce qu’on savait déjà, la justice en France ne fonctionne plus.  On a déposé 100 recours et on n’a jamais eu l’ombre d’un jugement favorable », a déclaré à l’AFP Jean-Claude Bossard, 60 ans.
M. Bossard est l’ancien maire du village du Chefresne (310 habitants), sur le parcours de la ligne Cotentin-Maine qui doit acheminer l’électricité du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville (Manche).

Candidat Europe Ecologie-Les Verts aux dernières élections européennes et régionales, l’ancien boulanger-pâtissier fédère depuis sept ans la lutte des élus anti-THT dans la région.
En mars, son bois, dont une partie devra être rasée pour le passage de la ligne, est devenu le quartier général des opposants. Cabane dans les arbres, tentes avec panneaux de bois et tôles de récupération… Une centaine de personnes s’y relaient selon lui, riverains ou militants de toute la France.
Ils ne plieront bagage que devant l’arrivée des pelleteuses. Pacifiquement, assure-t-il. « Nous, on ne veut pas se battre. Je ne veux pas qu’à nouveau un parent m’appelle pour me dire « Mon fils a perdu un oeil » »
Lors des affrontements avec les forces de l’ordre, à l’origine de la condamnation de l’étudiant mardi, les opposants ont dénombré 25 blessés dans leur camp, dont deux atteints à l’oeil.
De guerre lasse, M. Bossard a démissionné avec son conseil municipal en juin, énième étape du conflit entre Le Chefresne et la préfecture de la Manche sur la ligne THT.
« Je ne regrette pas d’avoir démissionné, je ne peux pas jouer au football si l’arbitre est corrompu », soutient-il.
Le football, ici, est une métaphore du jeu démocratique. « La France se permet de donner des leçons de démocratie, mais quand il s’agit de nucléaire, il y a plein de dérogations aux règles », peste-t-il.
Il ajoute : « Naïvement, je croyais en la démocratie, mais depuis j’ai fréquenté des élus qui m’ont dit « Prends l’argent et tais-toi. »
(Publié le 21/08/2012 à 20h11 par AFP )

THT: En Normandie, la ligne de toutes les tensions

Depuis des mois, agriculteurs, écologistes et élus locaux s’opposent au chantier électrique lancé en 2011 par RTE  Le Chefresne (Manche) Hervé Kempf, envoyé spécial Le Monde 21 08 2012

Les journées sont longues. Car depuis le 31 juillet, Martine Leroy, agricultrice dans le Cotentin, les passe dans le godet d’un tracteur stationné dans l’un de ses champs. Perchée à quatre mètres de hauteur, elle scrute l’horizon, prête à alerter les voisins si des engins de chantier arrivaient pour démarrer les travaux de la ligne à haute tension (deux fois 400 000 volts) construite par le Réseau de transport d’électricité (RTE), filiale d’EDF, entre le Cotentin et le Maine.

Destiné à évacuer le courant du futur réacteur EPR de Flamanville – dont la mise en service est sans cesse repoussée -, c’est un immense chantier qui a été lancé en novembre 2011 : 160 kilomètres de longueur, 440 pylônes de près de 70 mètres de hauteur et 160 élevages concernés par le tracé. Martine Leroy, dont l’un des prés devrait accueillir un pylône, ne descendra pas de son tracteur tant qu’elle n’aura pas obtenu une indemnisation correcte de la part de RTE.

La tension règne dans le bocage normand, arpenté ces jours-ci par des patrouilles de gendarmes, survolé par des hélicoptères de surveillance et dénaturé par des pylônes inachevés au pied desquels veillent des maîtres-chiens.

Cette guérilla est aussi menée sur le terrain judiciaire : le 21 août, le tribunal correctionnel de Coutances devait rendre sa décision à l’encontre de manifestants ; le 23 août, un conducteur de grue qui a blessé une agricultrice devrait comparaître devant le tribunal de grande instance de Coutances qui examinera, le même jour, le recours d’un paysan, Yves Larsonneur, à l’encontre de RTE. En dépit des années de résistance opiniâtre menée par des élus, des communes, des écologistes et de nombreux agriculteurs, rien n’a fait dévier d’un pouce le projet lancé en 2005.

L’exploitation de Mme Leroy et de son compagnon sera traversée sur plus d’un kilomètre par la ligne. En raison des conséquences négatives, réelles ou supposées, des ondes électromagnétiques sur l’élevage, la valeur de l’exploitation va beaucoup diminuer.  » Les fermes traversées par une ligne deviennent invendables, dit l’agricultrice. On me saccage un outil de travail qui fonctionne bien. « 

A quarante kilomètres de là, à Isigny-le-Buat, deux éleveurs laitiers, Thierry Charuel et Dominique Vauprés, pointent, selon eux, l’effet négatif des lignes. L’étable de M. Charuel est située à 60 mètres d’une ligne à deux fois 400 000 volts, qui relie depuis les années 1980 Flamanville à Rennes. Depuis lors, les vaches ont une production inférieure à celle des voisins et un lait de moindre qualité. RTE a réalisé divers travaux électriques dans la ferme pour tenter de régler le problème. Et indemnise aussi la perte de production. Mais les difficultés persistent. Comme plusieurs agriculteurs dans le même cas, MM. Cheruel et Vauprés, excédés, ont décidé de déposer une plainte contre RTE.  » Toutes les mesures prises ne changent rien « , dit M. Charuel en montrant les résultats des analyses de son lait en laboratoire.

Depuis l’origine, la nouvelle ligne de RTE a suscité protestations et recours juridiques. Ils ont toujours échoué. Vingt communes ont pris des arrêtés interdisant les travaux. Annulés. Pierre Méhaignerie, député (UMP) et maire de Vitré, a déposé en mai un recours contre RTE. Recalé. Dernier espoir : le recours d’un collectif d’élus contre la déclaration d’utilité publique. Mais le Conseil d’Etat, saisi en 2010, a reporté sa décision à 2013, après la fin de la construction de la ligne.

En 2009, l’enquête d’utilité publique avait rendu un avis favorable, sous réserve d’une étude épidémiologique et d’un enfouissement au moins partiel. Ces recommandations n’ont pas été suivies – c’est le motif du recours devant le Conseil d’Etat.

Du côté de RTE, on souligne l’effort de concertation : 4 000 réunions ont été menées. 160 kilomètres de lignes à moyenne tension (20 kilovolts) vont être enfouis. Des conventions sont signées avec la profession agricole. Les maisons près de la ligne sont rachetées. Au total, près de 100 millions d’euros sont dépensés en  » mesures d’accompagnement « , alors que la réalisation de la ligne coûte 250 millions d’euros. Quant à l’enquête épidémiologique, explique Jean-Michel Ehlinger, directeur d’aménagement du projet,  » c’est à l’Etat d’en décider. On s’est engagé à un suivi médical de la population qui le souhaite « .

Pour autant la résistance continue. Plusieurs déboulonnages de pylônes – sans conséquence, selon RTE – ont eu lieu depuis plusieurs mois. Un bois promis au défrichage pour le passage de la ligne est occupé depuis mars au Chefresne (Manche). Plates-formes dans les arbres, tentes et banderoles, réunions fréquentes, font de ce camp l’épicentre de la résistance. Le bois appartient au maire, Jean-Claude Bossard, qui a pris un arrêté municipal en 2008 – toujours en vigueur – contre le projet. Cela n’a pas empêché RTE de lancer les travaux en juin sous escorte policière. Le maire, placé en garde à vue pendant douze heures, a démissionné ainsi que son conseil municipal.

Le 25 juin, un rassemblement à Montabot (Manche) a été violemment réprimé par les forces de l’ordre : 25 blessés dont 3 graves. Selon le témoignage d’un médecin lors d’une audience en justice début août, les gendarmes auraient repoussé les manifestants par des tirs tendus de grenades. Selon le mémoire communiqué à la justice par le préfet de la Manche, Adolphe Colrat, il s’agissait de  » militants de la mouvance anarchiste et écologiste radicale « . Le mouvement antinucléaire est venu renforcer une opposition ancrée depuis des années et fatiguée par le  » rouleau compresseur «  de RTE.

 » On se bat pour défendre notre mode de vie, dit Camille (prénom d’emprunt), un étudiant de Rennes. On défend notre peau, notre avenir « . Mais, pour Jean-Michel Ehlinger,  » l’intérêt général doit prévaloir sur l’intérêt particulier « . Un argument qui ne convainc pas Dominique Vauprés et beaucoup d’autres agriculteurs :  » On n’a pas à être sacrifiés à l’utilité publique. Pour RTE, le problème sera résolu si on disparaît. « 

Hervé Kempf

Deux anti-THT condamnés par le tribunal correctionnel de Coutances

Ce mardi 21 août au matin, le tribunal correctionnel de Coutances a rendu deux jugements à l’encontre de deux militants anti-THT. Ouest France mardi 21 août 2012

– Michel Houssin, porte-parole de l’association Marais sous tension, avait été placé en garde à vue en mars dernier lors d’une opération de déboulonnage de pylône à Saint-Martin-d’Aubigny.
Il a été condamné à 2000€ d’amende, dont 1 000 avec sursis.
.

– L’autre militant est impliqué pour sa part dans une opération plus musclée fin juin à Montabot. Au cours d’un « week-end de résistance » où des heurts avaient éclaté entre militants anti-THT et gendarmes, faisant des blessés de part et d’autre, l’étudiant guingampais de 24 ans avait été interpellé. 

Il a été condamné par le tribunal de Coutances à 3 mois de prison avec aménagement de peine, pour violences aggravées.

Les deux anti-THT pourraient faire appel de leur décision.

TV5 Monde: Prison et amende pour deux militants opposés à une ligne à très haute tension (AFP) – 21.08.2012 

Deux opposants à la ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, un leader de la Confédération paysanne de 51 ans et un étudiant de 24 ans, ont été condamnés mardi en correctionnelle à Coutances (Manche) à une amende pour l’un et à trois mois de prison pour le second.

Le jeune homme est condamné pour « violence aggravée » sur deux gendarmes légèrement blessés lors d’une manifestation contre cette THT le 24 juin à Montabot (Manche), qui avait donné lieu à des vifs affrontements entre certains militants et les forces de l’ordre.

Lors de l’audience le 6 août, le parquet avait requis huit mois de prison, estimant que le prévenu « était bien dans le groupe participant aux violences ce jour là » mais qu’il n’était « pas établi » que le militant soit responsable précisément des blessures des deux militaires touchés.

Son avocat lui a conseillé de faire appel. Le jeune homme, qui avait déjà été condamné par le passé pour violence à l’égard de personne dépositaire de l’autorité publique, a indiqué à l’AFP qu’il n’avait pas encore pris sa décision.

« Le parquet lui-même avait abandonné les poursuites pour les blessures des deux gendarmes. Ce jugement c’est « c’est pas moi, c’est l’autre mais je suis condamné quand même », a estimé son avocat, Me Gervais Marie-Doutressoulle, interrogé par l’AFP.

Les deux gendarmes, dont un a fait l’objet d’une incapacité temporaire de travail (ITT) d’une journée, avaient indiqué avoir été blessés à la main par des coups de barres de fer. Or le prévenu n’a pas été vu avec une barre de fer. A l’issue des affrontements, les militants avaient déploré dans leur camp notamment trois blessés graves dont deux à la tête.

Yanic Soubien, vice-président Europe Ecologie les Verts (EELV) du conseil régional de Basse-Normandie, a jugé « scandaleux » le fait que l’étudiant ait été condamné. Il « paye pour tout le monde. On peut douter de l’indépendance de la justice à l’égard du lobby industriel », a-t-il réagi après le jugement.

Le leader de la Confédération paysanne dans la Manche, Michel Houssin, poursuivi de son côté pour avoir dévissé des boulons sur un pylône en construction, est condamné à payer 2.000 euros d’amende dont 1.000 avec sursis, 2.500 euros de dédommagement à RTE, la filiale d’EDF qui gère les THT, et 800 euros de remboursement de frais de justice.

Lors de l’audience le 19 juin, le parquet avait requis 3.000 euros d’amende dont 2.000 avec sursis et RTE avait réclamé 5.100 euros de dédommagement.

A la barre, M. Houssin avait reconnu avoir, le 18 mars, « symboliquement » déboulonné quatre boulons d’un pylône en construction, à Saint-Martin-d’Aubigny (Manche). Le syndicaliste a indiqué compter faire appel.

La THT Cotentin-Maine doit acheminer sur 163 km l’électricité du réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche). Plusieurs études font peser des soupçons sur les effets des THT sur la santé mais le lien n’a jamais été prouvé.

« La plupart des magistrats font très bien leur travail. Ici (à Coutances) on est dans l’exception dès qu’il s’agit d’Areva ou d’EDF », a ajouté Me Doutressoulle, qui défendait aussi M. Houssin.

L’ancien porte-parole de la Confédération paysanne François Dufour, vice-président EELV de Basse-Normandie a pour sa part regretté que « le changement dans ce domaine là n’existe pas » malgré l’alternance politique.

 © 2012 AFP

Ligne THT: huit mois requis pour violence contre un opposant

Huit mois de prison ont été requis lundi contre un militant opposé au projet de ligne à très haute tension Cotentin-Maine accusé de violences contre les gendarmes le 24 juin lors d’une manifestation à Montabot (Manche) qui avait donné lieu à de vifs affrontements. Le tribunal correctionnel de Coutances a mis sa décision en délibéré au 21 août. AFP 6 Aout 2012 

L’étudiant breton de 24 ans « était bien dans le groupe participant aux violences (contre les forces de l’ordre le 24 juin ndlr). Il était en première ligne (…) Il a été vu avec des pierres et autres objets (…) », a dit la substitut du procureur de la République à Coutances Lydie Warolin.

Il n’est toutefois « pas établi » que le militant antinucléaire, déjà condamné pour violence à l’égard de personne dépositaire de l’autorité publique, soit directement responsable des deux blessés légers, à la main, recensés côté gendarmes ce jour-là, selon le parquet. L’un d’eux avait eu un jour d’ITT.

Le parquet a aussi demandé qu’il soit interdit au prévenu de se trouver dans les départements où la ligne THT Cotentin-Maine est en construction (Manche, Mayenne, Ille-et-Vilaine, Calvados).

Le jeune homme ne reconnaît pas les faits et dit avoir été muni seulement d’un bâton mais pour l’aider à marcher dans les sentiers du bocage où se déroulait la manifestation. Il a admis avoir porté masque à gaz et lunettes de plongée « pour se protéger des gaz lacrimogène ».

Ses avocats ont demandé la relaxe. Sur une video présentée au tribunal, « on voit bien qu’il n’était pas armé » au moment de son interpellation, a plaidé Me Gervais Marie-Doutressoulle. « On veut en faire un bouc émissaire (…) dans un pays où le fait d’être contre le nucléaire est suspect », a-t-il ajouté.

« Vingt cinq à trente blessés, dont trois graves (côté militants), c’est peanuts comparé aux entorses aux doigts des gendarmes ? », a demandé l’avocat accusant le parquet d’immobilisme, devant une salle d’audience bien remplie. La police a compté 70 militants.

« Mais c’était les forces du désordre public ce jour là. Pourquoi une telle répression au beau milieu du bocage? », a-t-il interrogé évoquant un « piège tendu aux militants par le préfet et le commandant de gendarmerie ».

La défense a appelé à la barre le médecin qui était chargé d’organiser les secours au SAMU ce jour là, Damien Sineux. Selon lui deux des blessés graves sont loin d’avoir retrouvé pour l’heure le plein usage d’un oeil et un troisième devra patienter un an avant de retrouver la sensibilité de deux doigts d’une main après une opération.

Le médecin qui est le beau-frère d’un agriculteur interpellé mardi au Chefresne (Manche) pour opposition aux travaux de la THT, a estimé les blessures « compatibles avec un tir tendu de grenade » lacrymogène. Aucune plainte n’a toutefois été déposée contre les forces de l’ordre.

Le 24 juin, opposants à la ligne à la THT et forces de l’ordre se sont affrontés pendant moins d’une heure à Montabot, où des centaines de militants avaient monté un « camp de résistance ».

Selon la préfecture, ces heurts n’avaient pas fait de blessé grave, même si un militant a été blessé à la tête selon elle. Il n’y avait eu qu’une interpellation.

Les opposants à la THT, qui doit acheminer l’électricité du réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche), redoutent les effets sur la santé dont sont soupçonnées les lignes à très haute tension.

© 2012 AFP

EPR-THT-Justice: les opposants face aux puissants, la machine à réprimer se met en place.

Demain 6 août 2012,Tribunal de Grande Instance de Coutances,  à partir de 13h. Rassemblement de solidarité avec l’interpellé du 24 juin à Montabot, arrêté lors du WE de résistance aux lignes THT. (info du samedi 4 août 2012)

 « Participation à un attroupement armé, non dispersion, violences » sont les faits pour lesquels est poursuivi un militant antinucléaire ayant participé au WE de résistance qui s’est déroulé au Chefresne du 22 au 24 juin 2012.

Ce qu’on lui reproche : une entorse au doigt d’un gendarme et des contusions à la main d’un autre, alors qu’il ne correspond pas à la description de la personne mise en cause par ces gendarmes.

Ce qui est reproché au militant est bien de participer à une lutte antinucléaire légitime contre les lignes THT. Une lutte que RTE, filiale du producteur d’énergie nucléaire EDF, ne peut accepter quitte à enfreindre la loi sous prétexte d’une signature ministérielle au bas d’un arrêté.

Trois tribunaux de l’Ouest ont dèjà un agenda bien rempli avec la répression des antinucléaires:

Après Michel Houssin, paysan travailleur, un autre  accusé  sera jugé demain

6 août 2012 : 14h, tribunal de Coutances
procès de l’interpellé du 24 juin à Montabot.

21 août : Tribunal de Coutances, verdict du procès du 19 juin pour Michel Houssin.

23 août : 14h, tribunal de Laval
Procès du militant blessé puis interpellé le 2 juin à Saint Pierre des Landes.

23 novembre : 9h, tribunal de Laval
procès du militant arrêté le 10 juillet pour des faits remontant au 4 juillet.

9 octobre : Procès à Cherbourg de 3 personnes
suite aux actions menées près de Valognes le 23 novembre 2011.

La machine à réprimer se met en place:

  • la fabrication du délit pour les opposants
  • la protection et l’impunité pour les puissants et les lobbies

Elle va avec la terreur qui s’installe dans le département de la Manche contre tout ce qui ressemble à une opposition anti- nucléaire ou à une contestation des pratiques anti démocratiques de l’Etat…

Si le pouvoir socialiste le voulait, il pourrait   accéder aux demandes de médiation, et enrayer ainsi le processus délétère de provocation-violence-sanction mis en place sous Sarkozy. Mais je crois que Jeudi rêve en ce moment….

Voir: Marche pacifique anti-THT et affrontements au Chefresne: l’urgence d’une médiation 

 PS:

1- D’où quelle vienne la violence volontaire est à proscrire. L’opposition  non violente est une démarche exigeante, voir à ce sujet:

Non violence: Que lire cet été? avec Stéphane Hessel auteur d’ “Engagez-vous!”

2- Les Autorités passent sous silence les violences subies par les manifestant lors de la Bataille de Montabot du 24 juin où on a dénombré 25 blessés du coté des manifestants.

https://leblogdejeudi.wordpress.com/2012/08/05/retour-sur-le-week-end-de-resistance-a-la-ligne-tht-par-quelques-un-es-du-groupe-medical/

Y aura t il un seul parlementaire PS à s’exprimer publiquement contre de tels agissements policiers??? C’est à désespérer de la gauche …

EPR-THT : Au pays du nucléaire, où est le “changement “?


Contacts de soutien  :

mail : antirep-THT@riseup.net

tel : 07 53 36 62 48

La solidarité financière est aussi de mise pour pouvoir faire face à la répression de la lutte anti-THT. Merci d’envoyer vos dons à l’Association pour la solidarité et l’aide juridique (chèque à l’ordre de APSAJ, mention THT au dos), 6 cours des alliés, 35000 RENNES.

Lutte anti-THT dans la Manche : une répression de plus en plus dure

Le Chefresne, Manche. Un militant est poursuivi pour  participation à un attroupement armé, non dispersion et violences : On lui reproche une entorse au doigt d’un gendarme et des contusions à la main d’un autre, alors qu’il ne correspond pas à la description de la personne mise en cause par ces gendarmes. 

Cette action en justice qui montre encore une fois que le gouvernement actuel donne les mêmes consignes à ses services d’ordre quand il s’agit de conforter l’exercice de la force pour faire accepter par les habitants d’un territoire des décisions qu’ils refusent.

http://lemammouth.over-blog.com/article-lutte-anti-tht-dans-la-manche-une-repression-de-plus-en-plus-dure-108796575.html

Samedi 4 août 2012

« Notre député, nouvellement élu, qui dans sa réponse ( à lire en fin de texte) défend son attachement à son territoire et aux valeurs de la gauche ( laquelle ?), qui souhaite la concertation, renouvellera-t-il ses interrogations devant les autorités de l’Etat puisqu’elles semblent porter leurs fruits.

Pour faire valoir les expressions très moralisatrices qu’il sait utiliser : Concertation, dialogue, valeur de la gauche, interrogation, il faudra bien qu’il se détermine entre les attitudes totalitaires 

les mauvais coups de RTE ( passages en force, illégalité, versement d’aides ou subventions pour acheter l’acceptation)   et l’exercice de la citoyenneté. »

Rendez vous devant le tribunal de Grande Instance de Coutances, lundi 6 août 2012, à partir de 13h.

Police-Sine-Hebdo.jpg

La réponse du député :

« Bonsoir 

Je viens de recevoir mon équipement informatique à l’assemblée et prend connaissance aujourd’hui du courrier dont la presse s’est faite écho la semaine dernière. 

Je vous adresse mes remerciements pour cette « façon de faire » et souhaite comme toujours évoquer les sujets en direct. 

Je n’ai pas attendu,  pour exprimer mon interrogation devant les autorités de l’Etat au plus haut niveau ainsi qu’auprès de certains élus présents sur site et notamment ma collègue parlementaire Isabelle Attard.

Je souhaite que la concertation et le dialogue prennent le pas sur les excès en tout genre et je ne manquerai pas d’intervenir sur ce sujet dès que nécessaire et de vous en informer. 

Comme vous le rappelez, je suis attaché à mon territoire et aux valeurs de la Gauche, vous ne serez donc pas surpris que j’ai pu entamer ces démarches sans attendre votre demande et sans  pour autant en alerter la presse et avoir ainsi une expression publique. 

Restant à votre disposition pour évoquer ensemble ces sujets et d’autres, je vous prie d’agréer mes salutations militantes. »

Stéphane TRAVERT

Député de la Manche

http://blogs.mediapart.fr/blog/bob-92-zinn/010812/stop-tht-la-lachete-dune-societe-nucleaire-na-degale-que-sa-violence

Stop THT : La lâcheté d’une société nucléaire n’a d’égale que sa violence.

La répression d’état continue au Chefresne. Mardi, un agriculteur a été violemment interpellé par les forces de police et ensuite placé en garde à vue alors qu’il tentait de s’opposer à la construction de deux pylônes de la ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine dans son champ. Stop THT 01 Août 2012 

La filiale d’EDF, RTE, profite lâchement de la garde à vue du propriétaire des champs pour faire mener au Chefresne des travaux pour le terrassement des accès aux éventuels futurs pylônes 224 et 225.

Rappelons que ce coup de force arrive au moment même où la section du contentieux se déclare pas suffisamment compétente pour juger de la légalité de la déclaration d’utilité publique, simple arrêté ministériel dont se targue RTE pour effectuer ses travaux, y compris au mépris de toute loi.

RTE a même mis le paquet rameutant tous les véhicules, pelles mécaniques et autres engins de terrassement à disposition afin de s’assurer de pouvoir terminer les accès à ces pylônes avant la sortie de garde à vue du courageux agriculteur résistant au rouleau compresseur.

Nous sommes guère surpris de l’attitude de RTE qui a le pouvoir de décider des actes des gendarmes dans une société nucléaire, donc policière, quand elle se fait accompagner par grands renforts de maréchaussée là ou elle rencontre la moindre résistance, mais tout de même :

– Sur les trois pylônes déjà érigés au Chefresne, comme le plus proche sur la commune de Montabot, les temps de séchage des fondations n’ont pas été respectés. A quelle vitesse de vent résisteront-ils ?

– Les sociétés ayant eu en charge la mise en place des chemins d’accès et plate-formes l’hiver dernier prenait le temps de bien mettre de côté la terre arable avant de réempierrer les emplacements nécessaires; Qu’en sera-t-il de l’engagement de la remise en état avec de la terre arable écrasée par les grues énormes qui montent les pylônes ? Qu’en sera-t-il de la sécurité du conducteur de ces mastodontes sur un chemin d’accès et des plate-formes constitués à la va-vite ?

Quand on pense que RTE parle de mise en danger à propos des petites mains qui démontent certains pylônes…

Rappelons que ce coup de force arrive au moment même où la section du contentieux se déclare pas suffisamment compétente pour juger de la légalité de la déclaration d’utilité publique, simple arrêté ministériel dont se targue RTE pour effectuer ses travaux, y compris au mépris de toute loi.

EPR – THT : population bafouée !

Source : Stop THT

Compléments d’infos  : http://www.france24.com/fr/20120731-tht-interpellation-dun-agriculteur-bloquant-linstallation-pylones