Conférence environnementale : un bilan … normal

C’est une étape qui a été franchie ces deux derniers jours … Mais force est de constater que l’on est quand même loin du changement de société annoncé. Energie  Climat  © Nicolas Chauveau  Greenpeace,  le 15 September 2012

Ces discussions ont esquissé une méthode de concertation intéressante sur certaines questions (et notamment sur l’organisation future du débat sur l’énergie) . Mais le format ne permet pas l’échange, car avec le nombre d’acteurs présents, le temps de parole est réduit. Chaque représentant prend donc la parole pour avancer ses pions et campe sur ses positions. Le résultat se révèle donc être souvent une liste de doléances…

Le débat sur l’énergie représente le véritable enjeu et permettra peut-être la place d’une réelle concertation, d’un débat transparent, démocratique, décentralisé. C’est un enjeu majeur, et on l’attend depuis quelques dizaines d’années !

Retour sur les principux points saillants de cette première conférence.

Le discours du Président : subtile et ambigu

On peut saluer, dans le discours d’ouverture prononcé par François Hollande une ambition affichée et marquée, des rappels essentiels, et un volontarisme dans le ton.

On attendait des gages et des signaux positifs : mais au final, peu de choses à retenir, malgré les applaudissements nourris . Les médias en ont retenu quelques annonces iconiques et symboliques, notamment sur les hydrocarbures de schiste et le nucléaire. Mais qui ne sont en fait que des confirmations de promesses de campagne.

Des engagements plutôt clairs ont été pris, par exemple, l’ambition sur les logements – 1 millions par an . C’est une promesse importante : mais rappelons que Jean-Louis Borloo avait pour objectif 400 000 logements par an et qu’à ce jour l’objectif est très, très loin d’être atteint… C’est donc sur les actes et les résultats que l’on jugera.

Notons également qu’en fin d’après-midi, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif prouvait l’ambiguïté du message présidentiel en annonçant que le débat sur les hydrocarbures de schiste n’en était qu’à son début. Manœuvre ou maladresse ?

Le déroulement des tables rondes : que peut-il en sortir ?

Concernant les tables rondes, l’intention est certes louable mais l’exercice s’est révélé difficile. Chacun pousse ses pions et défend ses positions dans une succession de prises de position.

La première chose qui interpelle, c’est que les deux ministres, Arnaud Montebourg et Delphine Batho jouent chacun leur partition sans jamais s’accorder. Environnement et redressement productif cheminent côté à côté s’en jamais s’engager dans une voie commune. Plus encore, Arnaud Montebourg continue d’opposer dans son propos redressement productif et transition écologique! Résultat, si les deux ministres ne parviennent pas à faire le lien entre l’économie et l’écologie, il y a peu de chances que les parties prenantes y parviennent.

Relevons un point positif : la question du déroulement du futur débat sur l’énergie. C’était un des points essentiels à l’agenda de la table ronde sur l’énergie. Et c’est un point qui avance et où les échanges ont été riches.

Enfin, les mesures annoncées en clôture par le Premier ministre

Sur le nucléaire :
Sur Fessenheim, l’annonce fait la une. Mais le Premier ministre, comme François Hollande, n’a fait que préciser la date de l’application d’une de ces promesses de campagne. Ce n’est qu’une confirmation. Annoncée depuis des mois “avant 2017″ cette fermeture pourrait être effective bien plus vite, et notamment avant de démarrer les travaux titanesques demandés par l’ASN !
Ces travaux ne doivent pas avoir lieu. Si la centrale présente des problèmes de sûreté, il faut la fermer !

De plus, le Président a réaffirmé son objectif de réduire de 75 à 50% la part du nucléaire d’ici à 2025. Rien de neuf donc, et une équation qui ne tient toujours pas !
C’est mathématique : si on ferme Fessenheim et qu’on lance l’EPR de Flamanville la même année, on ne peut pas parler de réduction de la part du nucléaire ! Il faudra décider la fermeture d’autres centrales.

Sur les hydrocarbures de schiste, annonce apparemment spectaculaire s’il en est, il annonce le rejet de 7 demandes de permis d’exploration d’hydrocarbure de schiste et affirme son opposition à la fracturation hydraulique durant le quinquennat.
Mais ici encore, l’exécutif s’est borné à appliquer de manière rigoureuse la loi votée en 2011 par l’UMP et approuvée par le PS, qui rejette la méthode de la fracturation hydraulique. Son discours était subtile sur le ce point : il n’a pas fermé la porte aux gaz de schiste, il ne l’a juste pour l’heure pas rouverte ! On regrette donc que le président se borne au débat autour de la technique d’extraction. La vraie transition énergétique ne passera pas par la recherche de nouvelles sources fossiles.

Concernant les objectifs annoncés sur les émissions de gaz à effets de serre et le moratoire sur les agro-carburants de première génération, les mesures sont un alignement sur la feuille de route européenne, la France suit donc ses engagements.

Le cadre esquissé est donc intéressant. Mais nous ne sommes pas “rassurés”, et nous resterons vigilants sur la mise en adéquation de la loi et des budgets avec les objectifs annoncés.

Publicités

Comment les pronucléaires guident le gouvernement sur l’éolien

La conférence environnementale débute ce vendredi. Batho et Montebourg ont demandé un rapport sur les énergies renouvelables… qui profite à EDF. 13 09 2012 Sophie Verney-Caillat | Journaliste ImprimerRue89


Capture d’écran d’une campagne de pub d’Areva montrant des éoliennes près d’une centrale nucléaire

A la veille de l’ouverture de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre, la remise d’un rapport sur les énergies renouvelables allant à l’encontre des demandes de la filière pose question. Delphine Batho, ministre de l’Ecologie et Arnaud Montebourg, son collègue du Redressement productif, n’ont pas fini de se contredire. Après les gaz de schiste, le nucléaire, les renouvelables… la cotutelle sur l’énergie crée des remous.

VOIR LE DOCUMENT

(Fichier PDF)

Dans la lettre de mission que les deux ministres ont remise le 17 juillet au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et au Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGEIET), et que Rue89 s’est procurée (voir PDF ci-contre), il est demandé « des recommandations opérationnelles de court terme » et « des propositions de réformes structurelles de moyen et long terme ».

Très classique sur le papier : les politiques, novices sur un sujet, demandent conseil à leur administration supposée la plus compétente sur la question.

Sauf que, dans le cas précis, au pays du tout-nucléaire (il compte pour 75% dans notre production électrique), les conseils ont toutes les chances d’être orientés dans un sens plus favorable à EDF qu’aux PME de l’éolien et du photovoltaïque.

Un ancien directeur des routes aux manettes

C’est en tout cas ce que laisse penser la composition des deux conseils généraux, principalement des ingénieurs du corps des Mines et des Ponts.

Déjà, le CGEDD, né du regroupement du Conseil général des ponts et chaussées et de l’Inspection générale de l’environnement, est dirigé parChristian Leyrit, connu comme « l’homme qui a construit le plus de routes en France ». Un ex-haut fonctionnaire du ministère de l’Environnement nous le décrit ainsi :

« Il déteste tellement l’environnement qu’il a même cherché à peser sur l’Elysée pour que l’Energie et les Transports ne soient plus dans le périmètre du ministre de l’Environnement. »

De plus, le coordonnateur du collège Energie et Climat et directeur du rapport remis à Batho et Montebourg est Henri Boyé, un personnage qui se revendique à la fois pronucléaire et prorenouvelable. Ingénieur des Ponts, il a, en quarante ans de carrière dans l’énergie, été successivement contrôleur de l’usine de retraitement nucléaire de La Hague, directeur Afrique d’EDF, puis mené des études et conférences sur le solaire et les énergies marines en Méditerranée, avant d’être nommé au CGEDD à 60 ans.

Favorable aux « énergies décarbonées »

Henri Boyé ne veut pas qu’on parle de lui, mais il a accepté de nous recevoir simplement pour couper court aux soupçons de collusion avec le lobby nucléaire que des prorenouvelables font peser sur lui. S’il ne nous a pas dévoilé le contenu exact de son rapport, de premiers éléments ont filtré. Il semble que Delphine Batho soit sur le point d’annoncer des mesures de « patriotisme écologique », comme il lui a recommandé de le faire.

L’homme à qui le gouvernement a confié cette mission est membre de l’Association des écologistes pour le nucléaire. Revendiquant 10 000 membres à l’international, elle fait la promotion de cette énergie « bien plus propre que le pétrole et le charbon », nous explique son fondateur, Bruno Comby. Ce polytechnicien crudivore vit de ses livres, de formations et de conférences. Il s’est construit une maison passive, où il écrit tout autant sur l’éloge de la sieste que sur la cuisine à base d’insectes et le nucléaire, « avenir de l’écologie ? ».

Henri Boyé nous précise d’emblée qu’à son avis, « ce sera très difficile de tenir la promesse de baisser la part du nucléaire à 50% en 2025, sauf à doubler les prix de l’électricité ». Puis, il nous assure être favorable non au nucléaire, « mais aux énergies décarbonées ». Un concept qu’Arnaud Gossement, avocat en droit de l’environnement, a vu émerger au moment de la conférence de Copenhaguesur le climat, en 2009 :

« C’est la stratégie du “carbo-centrisme” développée par Areva depuis safameuse campagne de pub : en insistant sur la question des émissions de CO2, on donne un avantage au nucléaire, moins émetteur que le pétrole ou le charbon, et on le met dans la même catégorie que les énergies renouvelables. C’est un peu la même logique qui guide Arnaud Montebourg lorsqu’il parle du nucléaire comme d’une énergie “d’avenir”. »

« L’important, ce n’est pas le tarif d’achat »

Ce mélange des genres fait dire à Bernard Laponche, ex-ingénieur nucléaire reconverti dans la dénonciation des risques de cette technologie, qu’il y a décidément en France un problème d’indépendance des experts :

« Il faut faire très attention à qui on confie les rapports car les nucléaristes verrouillent le système, et ces gens connaissent assez mal le contenu de la transition énergétique.

Si on demande aux nucléaristes leur avis, il faudrait aussi demander aux experts non-institutionnels comme NégaWattGlobal Chance [l’association qu’il a fondée, ndlr], ou au Comité de liaison des énergies renouvelables (Cler)… Sinon, on obtient des rapports orientés comme “Energies 2050”, remis à Eric Besson et qui prônait la prolongation des centrales existantes. »

Le CGEDD a depuis juillet auditionné les acteurs des filières renouvelables, qui se plaignent d’entraves juridiques et des tergiversations de l’administration. Mais a-t-il entendu leurs demandes ? Rien n’est moins sûr, à entendre Henri Boyé :

« L’important, si l’on veut relancer la filière éolienne, n’est pas le tarif d’achat [auquel EDF achète l’électricité], mais l’emploi et la balance commerciale. Si l’éolien crée de l’emploi, il sera mieux accepté. »

Les annonces faites par Delphine Batho à l’AFP mercredi laissent augurer des décisions à l’inverse des attentes des acteurs concernés. La ministre veut « intégrer dans les marchés publics et les appels d’offres des clauses liées à la création de valeur ajoutée en France ». Ce qui signifie indirectement accorder une prime à EDF, entreprise suffisamment grosse pour répondre, au détriment des PME. Or, l’électricien national a certes misé sur les renouvelables, mais son cœur de métier reste le nucléaire.

« On pourrait créer 50 000 emplois d’ici 2020 »

Nicolas Wolff, le président de France énergie éoliennes, association représentant les intérêts de la filière, réclame lui l’instauration d’un nouveau tarif d’achat, « urgence absolue ». Il l’explique à Rue89 :

« La France est la deuxième zone en Europe pour le potentiel de vent (après la Grande-Bretagne), et s’est engagée lors du Grenelle de l’Environnement à produire 1 300 MW par an à partir du vent d’ici 2020. Or, nous en produisons à peine la moitié aujourd’hui.

Ce qu’il nous faut, c’est une stabilité de la réglementation, et la suppression des zones de développement éolien (ZDE), de la règle des cinq mâts [minimums par parc] et du classement ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement).

En Allemagne, il faut deux ans et demi pour développer un projet ; en France, six ans. On pourrait pourtant créer 50 000 emplois d’ici 2020. »

L’avocat Arnaud Gossement, qui compte ces entreprises parmi ses clients, estime qu’« on ne peut demander à une filière de créer des emplois si les conditions ne sont pas réunies ».

Le dénigrement du photovoltaïque, amorcé par l’affaire des fameux « panneaux solaires chinois », et celui de l’éolien, solidement mené par la Fédération environnement durable, ne semblent pas près de s’arrêter.

Mix énergique, taxe carbone, lutte contre la pollution… les sujets conflictuels abondent

Quelle transition énergétique ?

Le gaz de schiste n’aurait pas dû être l’une des vedettes de la conférence environnementale puisqu’il est l’un des thèmes-clés du débat à venir sur la transition énergétique. Mais les déclarations d’Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, suivies de celles de Jean-Marc Ayrault qui semblaient plaider pour une réouverture du dossier de cet hydrocarbure non conventionnel, ont relancé le débat et la mobilisation dans le sud-est de la France où la contestation était partie dès fin 2010.

Selon plusieurs sources, François Hollande qui inaugurera le 14 septembre la conférence, pourrait  » recadrer  » le chantier. Il y est notamment poussé par de nombreux parlementaires socialistes qui veulent fermer ce front. Le président de la République pourrait donc se prononcer pour un moratoire sur les expérimentations scientifiques, autorisées sous moult contraintes, dans la loi du 13 juillet 2011.

Le nucléaire pourrait être aussi évoqué. Ne serait-ce que pour rappeler les engagements du candidat François Hollande à savoir la réduction de la part de la production d’électricité issue de l’atome, de 74% à 50% d’ici à 2025 et la fermeture de la centrale de Fessenheim, la plus ancienne du parc français d’ici à 2017. Un nouvel incident chimique – après un départ de feu au printemps – survenu mercredi 5 septembre dans la centrale alsacienne a remobilisé les Verts qui attendent du gouvernement un calendrier plus précis sur la fermeture des deux réacteurs.

Relance de l’éolien et du solaire ?

Le secteur des énergies renouvelables attend une clarification de la stratégie des pouvoirs publics après deux années de décisions contradictoires. Les installateurs d’éoliennes espèrent une simplification des procédures réglementaires.

Les opérateurs du photovoltaïque, dont beaucoup sont en difficulté, réclament de leur côté des mesures d’urgence sur le tarif de rachat de l’électricité ainsi qu’un nouvel appel d’offres pour les centrales d’une puissance supérieure à 250 kV. Mais c’est sur le développement de l’éolien en mer que les annonces sont attendues avec le lancement d’un deuxième appel d’offres pour des sites au large du Tréport (Seine-maritime) et de l’île de Noirmoutier (Vendée).

Chantier de la rénovation thermique

Le candidat Hollande a promis la réalisation d’un million de logements basse consommation par an, moitié en neuf, moitié en ancien. La rénovation thermique des bâtiments est l’un des plus gros chantiers du gouvernement. Son objectif est triple : créer des emplois, lutter contre la précarité énergétique et réduire les émissions de CO2. Le gouvernement doit trancher deux questions : faut-il rendre obligatoire- notamment pour les ménages- cette mesure et trouver les moyens de financer le plan de réhabilitation. Une des pistes évoquées par Cécile Duflot, serait de mieux utiliser les fonds européens. Mais ce sera loin d’être suffisant.

Biodiversité

Les défenseurs de la nature n’ont rien contre une loi-cadre sur la biodiversité, dont la méthode et le calendrier devraient être précisés durant la table ronde du même nom. Mais leur urgence, reste la mise en oeuvre de la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB), lancée en mai 2011 par le précédent gouvernement. Car pour qu’elle soit déterminante dans les politiques publiques, tout ou presque reste à faire. A commencer par l’engagement de tous les ministères concernés. Pour coordonner et aider les décisions au plan régional et local, la création d’une Agence nationale de la biodiversité, sur le modèle de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), est évoquée depuis 2007. Cette structure, pour laquelle une mission de préfiguration pourrait être annoncée, aurait pour tâche première d’aiguiller les élus désireux d’agir en faveur des écosystèmes. Enfin, le candidat François Hollande avait promis de rendre contraignante la création de la trame verte et bleue prévue par le Grenelle de l’environnement. La promesse sera-t-elle tenue dès ce week-end, ce serait un signal fort.

Risques sanitaires

Le dossier des perturbateurs endocriniens est représentatif des souhaits des Français, dont plus de la moitié (52 %) attend de la conférence environnementale des décisions vis-à-vis de l’impact de l’environnement sur la santé, selon un sondage Ifop pour le WWF et le Rassemblement pour la planète publié mercredi 12 septembre. Pour un nombre croissant de scientifiques, de lanceurs d’alerte et d’associations, il est urgent d’agir contre les substances comme le bisphénol A (Bpa), ou les phtalates, présentes dans l’environnement, susceptibles d’altérer le bon fonctionnement hormonal et d’avoir des répercussions sur les futures générations suivantes. Le parlement examinera prochainement un projet de loi interdisant le Bpa mais, au-delà d’un des produits en cause, les associations estiment que la conférence environnementale est l’occasion d’avancer vers une loi sur l’ensemble des perturbateurs endocriniens.

Mais la conférence devrait surtout être l’occasion de partager un constat et d’avancer sur la méthode pour mieux prendre en compte les risques sanitaires liés à l’environnement et notamment les risques émergents et les expositions professionnelles. Il sera aussi question de savoir comment prendre en compte les facteurs environnementaux dans une stratégie nationale de santé, de biosurveillance, de toxicologie. Enfin, l’épineux sujet de l’indépendance de la recherche et de l’expertise sera aussi abordé.

Pesticides

Les pesticides, sources de pathologies graves chez les agriculteurs –  » leurs premières victimes  » disent les associations environnementalistes, s’inscrivent à la fois dans le thème de la santé et dans celui de la biodiversité par leurs impacts sur les écosystèmes terrestres et aquatiques. La question des abeilles et des néonicotinoïdes, une famille très toxique de pesticides, devrait être une nouvelle fois posée. Le Rassemblement pour la planète demande que l’évaluation de ces produits ne relève plus exclusivement du ministère de l’agriculture mais dépende aussi des ministères de la santé et de l’environnement. L’ensemble des associations attendent que le gouvernement relance le plan qui prévoyait de réduire de moitié l’usage de pesticides d’ici 2018.

Dans les faits, sur le marché français, les ventes ont progressé de 1,3 % en volume en 2011. Les représentants de la profession agricole jugent que l’objectif du Grenelle est inatteignable.

Un nouveau droit

L’environnement a besoin de nouvelles règles de droit, estiment plusieurs ONG. Elles espèrent voir abroger un décret de 2011 qui limite leur représentativité auprès des instances officielles à celles d’entre elles qui comptent le plus d’adhérents, au détriment des petites associations d’experts. Par ailleurs, certaines réclament la possibilité pour des plaignants de présenter des recours collectifs devant la justice sur des questions de santé et d’atteintes à l’environnement.

Une loi inspirée du droit anglo-saxon permettrait par exemple à des victimes de pollution présentant la même pathologie d’avoir, ensemble, plus de chance de voir leurs plaintes aboutir.

La ministre de la justice, Christiane Taubira, avait formulé une proposition en ce sens début juin, mais seulement pour les préjudices en matière de consommation. Plusieurs projets de création de recours collectifs ont été rédigés sous des gouvernements précédents, sans avoir débouché.

Etalement urbain

L’étalement urbain est devenu une question écologique majeure depuis que les statistiques ont révélé la gravité de la situation : 74 000 hectares de terres agricoles sont avalés chaque année par la ville sous toutes ses formes, alors que le territoire français est déjà artificialisé à 8,5 %. L’idée d’un moratoire se répand, et Nicolas Hulot a proposé dans Le Monde l’objectif de ne pas dépasser 10 %.

Durant la préparation de la Conférence environnementale, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) s’est montrée volontariste sur ce sujet, à la surprise de plusieurs écologistes, peu habitués à un tel allié. La ministre du Logement, qui préside l’atelier Biodiversité, sait qu’elle joue une part de sa crédibilité écologique sur ce terrain : elle a annoncé le 5 septembre que le projet de loi sur l’urbanisme qu’elle présentera au printemps abordera l’artificialisation des terres, une des questions  » sur lesquelles il y a absolument besoin d’avancer de manière déterminante « .

Une fiscalité verte Alors que le gouvernement doit réduire le déficit budgétaire, ce pourrait être le moment de s’attaquer aux nombreuses niches fiscales défavorables à l’environnement, notamment toutes les aides aux énergies fossiles. Le total de ces dépenses atteindrait entre 21 à 33,5 milliards d’euros par an, selon les modes de calcul. Le collectif budgétaire adopté en juillet n’en a pas montré le chemin mais François Hollande s’est plusieurs fois prononcé en faveur d’une fiscalité écologique.

La Conférence environnementale doit aussi être l’occasion de remettre sur la table le débat sur la création d’une taxe-carbone abandonnée par le précédent gouvernement. Ce alors que la proposition de loi sur la tarification progressive des prix du gaz et de l’électricité est critiquée par les associations au motif, selon elles, qu’elle n’incitera pas les foyers à réaliser les travaux nécessaires à une meilleure efficacité énergétique.

D’autres propositions sont soutenues par les ONG, comme la taxation de certains produits alimentaires nocifs pour la santé. La taxe, un instant discutée lors du Grenelle de l’environnement, pour les sodas n’a jamais vu le jour. Les entreprises des secteurs polluants et énergivores vont cependant être très vigilantes à ce qu’aucune nouvelle charge ne vienne peser sur leur activité. La crise économique et l’emploi seront leur premier argument.

Service Planète Le Monde

Une conférence environnementale sous pression

Le gouvernement, divisé, est pressé par les ONG d’engager la transition écologique Officiellement, il s’agit de fixer la feuille de route du gouvernement pour mener à bien la transition écologique promise par le candidat Hollande. La conférence environnementale qui se déroulera les 14 et 15 septembre à Paris se veut le pendant de la conférence sociale organisée les 9 et 10 juillet.  Sophie Landrin Le Monde 13 09 12.

Quatorze ministres, 300 participants sont attendus, syndicats, chefs d’entreprise, organisations non gouvernementales (ONG), élus, autour de cinq tables rondes thématiques sur la transition énergétique, la biodiversité, les risques sanitaires environnementaux, la fiscalité écologique et la gouvernance.

Mais le rendez-vous doit être surtout l’occasion pour l’exécutif de dissiper l’impression de cacophonie qu’ont entretenue les ministres depuis la formation du premier gouvernement. Ecologistes et socialistes n’ont cessé de faire entendre des voix dissonantes sur les dossiers sensibles, comme l’aéroport Notre-Dame-des-Landes à Nantes, le nucléaire, les gaz de schiste.

Ce n’est pas une surprise, entre les alliés les points de divergences étaient connus et listés. Mais au sein de la famille socialiste, les contradictions entre les ministres n’ont pas été moins grandes, particulièrement entre Arnaud Montebourg et Delphine Batho. Le ministre du redressement productif n’entend pas être dessaisi du dossier de l’énergie, officiellement confié à la ministre de l’écologie. Il a obtenu de coprésider la table ronde sur la transition énergétique et que soit abordée la question des gaz de schiste.

Sur ce sujet, même le premier ministre y a été de sa fausse note en laissant entendre le 22 août que  » le débat sur l’exploitation n’était pas tranché « , provoquant l’ire des écologistes.

Rattrapé par l’intensité de la crise économique, le gouvernement n’a jusqu’à présent pas donné de signe de sa volonté de changer de modèle de développement. Comme ses prédécesseurs, le gouvernement Ayrault n’est pas sorti de l’opposition entre l’écologie et l’économie. L’opinion l’a perçu : 60 % des Français, selon un sondage publié par l’institut Mediaprism, mercredi 12 septembre, estiment que l’environnement n’est pas une priorité du gouvernement. Qu’attendre de cette conférence ?  » Il faut dépasser les antagonismes « , demande Serge Orru, directeur général de WWF France.

Le gouvernement socialiste a choisi la méthode inverse de la précédente majorité. Partir de la conférence pour lancer un grand débat, alors que le Grenelle de l’environnement, lancé en 2007 quelques mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, avait conclu plusieurs mois d’échanges et de confrontations. Certains thèmes ont été oubliés, comme les déchets.

La pêche et l’agriculture s’inviteront à plusieurs tables rondes entre lesquelles le ministre Stéphane Le Foll devrait se partager. Les participants n’auront guère plus de cinq à dix minutes pour s’exprimer.  » Vu le format de la conférence et vu les divergences, on ne va pas aller très loin. La force du Grenelle était d’avoir permis la construction d’un rapport de force sur deux mois et demi « , s’inquiète Yannick Jadot, l’eurodéputé EE-LV.

L’attente est pourtant forte. Après les espoirs suscités par le Grenelle de l’environnement, puis les déceptions quant à son application, les ONG ne se contenteront pas de signaux mais souhaitent des décisions et des  » moyens  » pour assumer les chantiers gigantesques comme la rénovation énergétique des bâtiments. Le logement est responsable de près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre.

Il faudra aussi du courage, comme sur le dossier de la pollution de l’air pour cesser de subventionner l’industrie du diesel. Prudente, la ministre de l’écologie se garde de toutes promesses.  » Le gouvernement n’entre pas dans la conférence avec des décisions déjà arbitrées. Les discussions sont ouvertes. Nous devons décider d’un agenda de la réforme et d’un processus « , explique-t-elle.

Vendredi, en ouverture, François Hollande devrait fixer un cap et sans doute clarifier la position du gouvernement sur les gaz de schiste. Il appartiendra au premier ministre de conclure et d’annoncer certaines mesures phares, comme la relance des énergies renouvelables, et le soutien à la filière française fragilisée par les revirements de la politique de subventions et les modifications des tarifs de rachat du courant.

Sophie Landrin

Nucléaire et débat énergétique: Capitaine quel est le cap?

Capitaine quel est le cap?. André Jacques, 11 septembre 2012

 » Sarkozy avait la direction mais pas la méthode, Hollande sait faire mais n’a pas de cap « 

Dans un article du Monde du 9 septembre 2012, le philosophe et historien Marcel Gauchet décrypte pourquoi l’attentisme du Président est si mal perçu dans l’opinion et les médias. Selon Gauchet, François  Hollande serait  « victime du phénomène médiatique, » mais aussi d’ une incertitude sur la direction qu’il doit donner.

Gauchet continue en précisant que si la société  ne veut pas entrer dans la réflexion politique approfondie, elle  a « par contre une demande très forte de résultats immédiats. Dans le contexte actuel, c’est un défi formidable ». Le Président de la République doit donc orchestrer les discussions dont la « société a besoin pour retrouver le sentiment que la politique prend les vraies questions à bras-le-corps ».

En matière nucléaire, Hollande a cultivé le flou tout en roulant pour le lobby.

« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » disait Martine Aubry pendant la compétition des primaires qui l’opposait à Hollande. Ce flou savamment dosé par Hollande était fondé en particulier sur la conviction non déclarée qu’aucun candidat anti nucléaire ne pourrait être élu Président de la République.

Dans ces conditions, la révolution écologique et énergétique attendra. On voit se développer un grand malentendu entre  la majorité gouvernementale et le peuple sur la question de l’écologie. Et le domaine est vaste: nucléaire,  sécurité alimentaire, pesticides, agriculture industrielle etc.

Le nucléaire français est fondé sur une doctrine militaire et civile élaborée dans les années 50.  Il dispose de grands moyens d’investissement et de recherche ( 50 % environ de la recherche publique). Quoi qu’en dise Sarkosy le nucléaire n’a jamais fait l’objet de débats sérieux  dans le cadre de choix ou d’alternatives énergétiques. Tout est bouclé;  le nucléaire avance et l’exemple nous est donné avec l’EPR devenu indiscutable malgré ses hasards techniques et ses coûts prohibitifs, la  THT Cotentin Maine qui défigure les paysages et ruine  les exploitations laitières, ASTRID ou réacteur nucléaire de 4 me dimension (sorte de nouveau phénix faisant suite à Superphenix qui a été abandonné), ITER qui doit donner accès à la fusion nucléaire. Tout est écrit même si un doute persiste sur les les 50% d’énergie nucléaire en 2025. Sont ils  basés sur la consommation de 2012 ou de 2025 qui est prévue en progression?. Un autre doute subsiste sur les 24 centrales à fermer et sur Fessenheim..

Les énergies alternatives  sont décrédibilisées d’avance y compris au moyen d’un lobbying quasi scientifique, de revirements dans le soutien public à la production d’énergies nouvelles, d’absence de financement structuré  dans la recherche. 

Pendant ce temps les opposants au nucléaire sont vigoureusement condamnés comme ce fut le cas après la bataille anti THT de Montabot ou à l’occasion de rassemblements anti THT . La proximité entre la société nucléaire et la société policière reste bien établie même sous Hollande et Valls.

Dans le domaine agricole la crise Doux illustre les limites du modèle productiviste. Par contre  les alternatives sont déclarées suspectes: Kokopelli perd la face sur le marché des graines au mépris  de la biodiversité,  le secteur de l’économie bio doit se justifier au regard de l’agriculture chimique, les abeilles sont en danger de disparition et les timides décisions du nouveau gouvernement sont prises à l’arraché…

La conférence environnementale est une occasion pour montrer à Hollande que le monde a changé et que nous devons tous  évoluer.

Tout l’enjeu de notre époque est de savoir si nous allons ou non tourner le dos au vieux monde productiviste jusqu’à la mort du dernier de ses esclaves. Pourtant la crise actuelle nous montre qu’un nouveau monde est possible, qui intègre les questions énergétiques et environnementales, les relations économiques, les  communications etc. Dans son ouvrage « la troisième révolution industrielle », Jeremy Rifkin brillant essayiste américain dresse la vison du monde nouveau fondé sur les énergies renouvelables, les bâtiments jouant le rôles de centrales énergétiques positives, le stockage de l’hydrogène, les réseaux intelligents en énergie comme en communication, 

C’est un enjeu systémique mondial et local pour reprendre l’approche d’Edgard Morin.

L’indispensable éthique de conviction

Hollande a réussi à se faire élire sur la promesse d’une société plus juste et plus respectueuse des citoyens et de la démocratie. Le premiers pas de son gouvernement ne sont pas à la hauteur des promesses ou plus exactement de ce que chacun avait compris du changement promis. L’état de grace étant passé on attend dans tous les domaines les signes d’une politique assise sur la conviction du Capitaine.

C’est ce moment que nous vivons; il faudra dissiper les malentendus mais aussi désigner le cap, écouter et motiver.

Avec la crise, nous sommes entrés dans un nouveau paradygme, les repères sont brouillés. La crise énergétique et la crise économique et sociale vont de pair. On ne peut traiter l’une sans l’autre.

L’annonce des changements de mode de vie en lien avec la finitude de nos ressources naturelles procède de ce même cap nécessaire pour garantir la qualité de vie sur notre petite planète.

Sur le nucléaire Hollande doit sortir du flou: soit le nucléaire n’est pas dangereux et alors Hollande doit énoncer le plan de route ci dessus. Soit le nucléaire est dangereux notamment depuis Fukushima et dans ce cas il faut arrêter les centrales et vite!,  au risque d’un nouvel accident en France.

Tout moyen terme n’est que l’acceptation du risque et depuis Tchernobyl et Fukushima, « on ne peut laisser des enfants jouer avec des allumettes ». Ce n’est pas un caprice de « bobo » mais une évidence.

En République, c’est le devoir d’un Chef d’Etat que de  protéger les citoyens. Un bon roi n’en ferai pas moins pour ses sujets.

Si le rôle du Capitaine est d’annoncer les tumultes du monde et de de l’économie, il est aussi d’annoncer et d’énoncer  les changements écologiques indispensables. La mutation de notre système énergétique va avec car s’il s’agit d’en finir avec le nucléaire,  il s’agit avant tout de protéger l’espèce humaine. 

C’est ce cap qui sera probablement difficile à Hollande d’ annoncer au peuple endormi dans une économie productiviste sans lendemain, tout en le rassurant sur les alternatives à construire ensemble. L’Europe recèle effectivement de nombreuses expériences réussies qui peuvent servir de points d’appui dans le monde latéral et coopératif à construire.

Faute de pouvoir engager tout le monde dans une « réflexion politique approfondie » selon l’expression de Gauchet, le pouvoir doit s’engager dans la pédagogie de l’action en mobilisant tous les moyens et capacités des individus pour la transition écologique et sociale.

Encore faut il en avoir la conviction.

http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2012/09/08/marcel-gauchet-hollande-sait-faire-mais-n-a-pas-de-cap_1757431_823448.html

https://leblogdejeudi.wordpress.com/2011/12/31/jeremy-rifkin-le-nucleaire-est-mort/

https://leblogdejeudi.wordpress.com/2012/07/03/jeremy-rifkin-la-troisieme-revolution-industrielle/

https://leblogdejeudi.wordpress.com/2012/02/10/pourquoi-on-peut-aimer-le-dernier-rifkin/

https://leblogdejeudi.wordpress.com/2011/11/20/jeremy-rifkin-une-empathie-nouvelle-gagne-lhumanite/

https://leblogdejeudi.wordpress.com/2012/01/09/jeremy-rifkin-partageons-lenergie-comme-linformation/

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2012/09/11/francois-hollande-doit-siffler-la-fin-de-la-recre_1758498_3244.html

Nicolas Hulot:  » François Hollande doit siffler la fin de la récré « 

Pour Nicolas Hulot, la conférence environnementale des 14 et 15 septembre sera un moment de vérité. A quelques jours de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre, qui réunira autour du gouvernement, ONG, syndicats, patronat et parlementaires, Nicolas Hulot craint que l’environnement soit une fois de plus sacrifié à la crise économique et sociale.Il appelle François Hollande à donner le cap de la transition écologique et à prendre en compte les propositions concrètes de la société civile. Le Monde 11 septembre 2012

Lors de son intervention télévisée, dimanche 9 septembre, François Hollande a surtout évoqué la crise économique. Pensez-vous que la nouvelle majorité a la volonté de mener à bien la transition écologique ?

La conférence environnementale des 14 et 15 septembre sera un moment de vérité qui permettra de juger si le gouvernement a une ambition à la hauteur des enjeux écologiques qui sont aujourd’hui les nôtres. Un moment de vérité pour la gauche.

Cela dit, le président de la République a tout de même dessiné quelques pistes lors de son entretien. A commencer par la fiscalité. Nous plaidons depuis longtemps pour que la fiscalité du travail se déplace vers deux autres assiettes. La première, écologique, concerne les prélèvements opérés sur les ressources naturelles ; la seconde vise à une meilleure prise en compte des revenus autres que le travail, ceux du capital, notamment.

Dimanche, François Hollande a ouvert ce débat. J’espère que nous allons vite y entrer de plain-pied. La fiscalité écologique ne peut pas être abordée par la seule création d’un impôt supplémentaire. Il est nécessaire de développer une vision d’ensemble afin de convaincre les Français, et notamment les classes moyennes et les plus défavorisées, qu’on ne chargera pas davantage leur barque.

Le président a également évoqué la question du rôle à venir des banques publiques d’investissement, l’une dédiée aux PME, l’autre aux collectivités territoriales. Mais reste à savoir si le gouvernement est bien décidé à faire de la transition énergétique et écologique l’axe prioritaire du développement économique de demain.
François Hollande n’a rien dit de tout cela lors de son intervention…

Beaucoup de choses restent à préciser, en effet. Va-t-on, une fois de plus, faire de l’écologie au prorata des scores électoraux ? Ou va-t-on se décider à mener le combat contre la crise environnementale qui peut nous aider à résoudre la crise sociale ?

Comment les fonds et les prêts des banques publiques d’investissement vont-ils être attribués ? Est-ce qu’on les affecte à une économie conventionnelle ? Ou est-ce qu’on impose à ces banques des critères écologiques pour tenir compte de la rareté des ressources et du changement climatique ?

Tout ne peut pas être fait en deux jours. La preuve en est que le Grenelle, qui s’est déroulé sur une période plus longue, est loin d’avoir tout réglé. Sauf que nous allons buter très vite sur les financements. La question de savoir si le gouvernement va décider la création d’une banque de la transition écologique sera fondamentale.

Je ne souhaite faire aucun procès d’intention avant la tenue de la conférence environnementale, mais, jusqu’à présent, il n’y a ni vision ni détermination. Il n’est pas exclu pour autant que François Hollande trace un horizon et, comme il l’a fait dimanche soir, un agenda et un calendrier.

En France, les enjeux écologiques ont quasiment disparu du débat en raison de la crise économique, des plans sociaux. Pour certains, ces questions sont même devenues un sujet d’ironie. C’est un retour en arrière très grave. Il faut donc commencer par réaffirmer l’importance cruciale de l’environnement. Et travailler ensuite sur le comment. Je vois trois étapes : qu’est-ce que la France peut faire tout de suite ? Qu’est-ce que la France peut faire toute seule pendant cinq ans ? Que peut-elle exiger au niveau européen et international ? Ces trois niveaux d’action sont nécessaires.
Mais ne faudrait-il pas d’abord commencer par mettre les ministres à l’unisson ?

J’avais proposé à François Hollande – cela n’a pas été suivi d’effet, pourtant il m’avait donné son accord de principe – de tenir un séminaire intergouvernemental pour qu’aucun ministre ne puisse douter des enjeux écologiques. J’ai compris, dimanche, en l’écoutant – mais cela m’avait déjà été précisé par ailleurs – qu’il allait siffler la fin de la récréation sur ces sujets. C’est une bonne chose.

Je peux comprendre qu’Arnaud Montebourg explique par opportunisme que les gaz de schiste sont une aubaine. Mais cette vision qui fait fi des conséquences sanitaires et environnementales de leur exploitation est d’un tel court terme que ça en devient désolant.

J’attends de lui qu’il devienne plutôt le ministre de la  » réindustrialisation verte « . J’attends que le président trace un cap pour l’ensemble de son équipe et il peut le faire d’autant plus facilement que nombre de travaux scientifiques récents montrent que nous sommes au bord d’un basculement planétaire. L’urgence est là.
Etes-vous sûr que François Hollande qui inaugurera vendredi la conférence environnementale va  » siffler la fin de la récréation  » ?
On se parle comme j’ai toujours parlé avec les présidents qui veulent bien dialoguer avec moi. J’espère beaucoup de son intervention de vendredi, de sa définition des responsabilités et de sa  » planification  » de la mutation écologique en France, mais aussi dans sa dimension européenne et internationale.
La conférence environnementale risque pourtant de déboucher sur de simples ouvertures de chantiers…
Il faut au moins espérer que le cap sera fixé. On peut sans attendre faire des choses concrètes : la limitation à 10 % de l’artificialisation des sols en France – nous sommes à 8,5 % aujourd’hui – ; la mise en place d’un moratoire sur l’utilisation des énergies fossiles non conventionnelles en attendant le débat à venir sur la transition énergétique… Afin de donner le signal qu’il y a une logique économique d’hier et une logique économique d’aujourd’hui, le gouvernement pourrait très bien décider, ce week-end, de ne pas donner suite au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. C’est un dossier local mais il est très symbolique d’une planification du passé.

Concernant le nucléaire, je ne suis pas sûr que nous ayons le choix d’en sortir immédiatement. Commençons par travailler sur l’efficacité énergétique qui est le vrai gisement dont nous disposons pour limiter notre consommation, et au passage nos importations de pétrole et de gaz. Une fois ce chantier bien avancé, nous aurons une meilleure visibilité pour aborder sereinement le débat sur la place du nucléaire en France. Quoi qu’il en soit, le gouvernement pourrait d’ores et déjà proposer de lancer un audit économique sur la filière de l’EPR : je crois que beaucoup pourraient être surpris du résultat…

Un autre chantier important à ouvrir qui permettrait de faire entrer le long terme dans notre démocratie, concerne le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Il faut donner à cette assemblée la capacité d’imposer la vision du long terme dans la démocratie avec un droit de veto suspensif – ce qui demande une révision constitutionnelle. Car de deux choses l’une : soit on conserve le CESE et on lui donne un poids politique. Soit on le ferme parce que c’est beaucoup de dépenses. Il y a énormément d’intelligence au CESE, mais qui reste lettre morte malheureusement.

Maintenant, je ne suis pas naïf. Je sais bien que ni François Hollande ni Jean-Marc Ayrault ne vont faire vendredi et samedi leur conversion à l’écologie qu’ils n’ont pas faite ces cinq dernières années. Mais qu’ils écoutent au moins la société civile. Nous ne sommes pas dans l’incantation. Nous avons travaillé sur le comment. Nous avons des modèles économiques, nous avons des plans de financement à leur proposer. Nous n’arrivons pas les mains dans les poches.

Vous heurtez-vous à des lobbyings puissants ?

Oh oui ! Sur les gaz de schiste, nous sommes cernés. Sur la filière nucléaire, c’est extraordinaire de voir comment le lobbying industriel s’efforce d’effacer de la mémoire collective les événements de Fukushima. C’est le pot de fer contre le pot de terre. Pour autant, ces gens-là ne sont puissants que parce que les hommes politiques sont faibles. Ce n’est pas une fatalité. Et il faut que la science nous aide.

A ce propos, je pense qu’il serait important de modifier en profondeur l’Académie des sciences, en France. Sur les sujets écologiques, cette institution s’est montrée pour le moins sceptique et réactionnaire. Les sciences humaines et sociales et la biodiversité doivent y faire leur entrée afin que le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif puissent s’appuyer sur une autorité plus en harmonie avec la réalité scientifique d’aujourd’hui.

Propos recueillis par Marie-Béatrice Baudet et Laurence Caramel

Conférence environnementale, J-7 : nous n’avons pas le droit à l’erreur

Cinq ans après le Grenelle de l’environnement, le gouvernement Ayrault entend ouvrir un nouveau chapitre « vert » : il débutera par la conférence environnementale du 14 et 15 septembre, qui devra fixer les objectifs et l’agenda en termes de développement durable. La CFDT, plusieurs organisations de la société civile et des experts font part de leurs espoirs à travers cette tribune cosignée. Par  CFDT, Nouvel Obs le Plus, 07-09-2012, Édité par Hélène Decommer , Auteur parrainé par Guillaume Malaurie

Il faut absolument réussir la conférence environnementale pour la transition écologique. Après la conférence sociale, il faut aborder le temps long de l’environnement, qui est une des composantes pour nous sortir de la crise. A ce titre, la transition énergétique et plus largement la transition écologique est essentielle.

Inégalités sociales et environnementales vont de pair

Depuis plus de cinq ans, le monde est soumis à des turbulences économiques qui menacent les équilibres. Ces turbulences, déclenchées par une crise financière, montrent les impasses des réformes du système bancaire et financier depuis trente ans. Les crises financières et économiques masquent les autres menaces bien réelles sur le monde.

Le dérèglement climatique, la perte de biodiversité, la hausse du coût des matières premières, le chômage, les compétitivités hors coûts sont des indicateurs passés au rouge. La gouvernance mondiale piétine.

En regardant avec lucidité la situation actuelle, nous pouvons affirmer que les inégalités environnementales vont de pair avec les inégalités sociales. Il faut donc construire un nouveau modèle de développement qui soit économe en ressources naturelles et vivantes, respectueux de l’environnement en réduisant son empreinte écologique, et qu’il garantisse la justice sociale tout en créant de la richesse. Ceci est primordial si nous voulons transmettre un monde vivable aux futures générations plutôt que l’angoisse de résorber les dettes (économiques et écologiques !) contractées par leurs aînés.

Ne pas céder au pessimisme ambiant

C’est bien la notion de temps qui est au centre de la prochaine conférence. Il faut décliner les temporalités sur les pôles du développement soutenable. L’urgence aujourd’hui est la sauvegarde et l’amélioration des orientations sociale et écologique de l’Europe, et partant de la sauvegarde de l’euro, dans une rénovation de sa gouvernance. On ne doit pas céder au pessimisme ambiant. L’impuissance dans ce domaine marquerait le début d’une régression majeure.

L’Europe doit retrouver son esprit initial, celui de la solidarité, de la combativité et surtout démontrer qu’elle a construit un modèle social et environnemental exemplaire, porteur d’espoir en l’avenir et que tout ceci fait partie de son identité et doit lui permettre de retrouver le chemin de la compétitivité, de l’emploi et d’une nouvelle croissance. Sa capacité unique, parmi les grandes régions du monde, à gérer le défi environnemental constitue certainement le point d’appui le plus solide pour construire ce nouveau modèle de société.

Mettre fin à une croissance destructrice

Les signataires attendent de la conférence environnementale qu’elle aborde la prospective de nos sociétés.

Cette prospective s’appuiera aussi sur les voies ouvertes par la conférence sociale. S’il n’y a pas des emplois d’avenir solides, des transitions professionnelles, une révision du régime des prélèvements obligatoires, la croissance soutenable sera incomprise. Le mot croissance peut inquiéter dans un univers dont les ressources deviennent rares, mais l’adaptation à un monde naturel sous tensions est en soi, par ses investissements colossaux, génératrice de croissance, mais une croissance qui ne sera plus destructrice. Il nous faut à l’occasion de la conférence construire des indicateurs de bien-être qui ne masquent pas les souffrances quotidiennes.

La conférence ne peut mettre de côté les acquis des Grenelles de l’environnement et de la mer, elle doit les faire fructifier pour trouver comme pour le Grenelle 1 un compromis national.

On peut admettre la réduction de l’énergie nucléaire dans notre mix énergétique, mais sans la sécurisation des parcours des salariés, nous allons au conflit. Le défi est de développer l’emploi par l’amélioration de l’environnement, non de s’enfermer dans le faux dilemme « emploi OU environnement ».

Ce que nous attendons de la conférence

La démocratie sera au centre de la conférence, il faut des expertises contradictoires et soumises à des critères  scientifiques  et de connaissance de la demande sociale, mais aussi des organisations en prise avec la société et qui s’engagent. 

Un programme est concevable et il faudra : 

  • -Mettre en œuvre un programme de recherche et d’innovation autour des pôles du développement durable, dont l’éducation.
  • Renforcer et financer la stratégie nationale pour la Biodiversité pour en faire au même titre que l’énergie et la lutte contre le réchauffement climatique, un axe central de recomposition de notre modèle de développement et du ménagement de nos territoires.
  • Construire et lancer un important programme de réhabilitation thermique du bâti (réponse à la précarité énergétique comme au déficit de la balance des paiements) et d’investissement dans les infrastructures de transport et de production, économes en ressources voire productrice de « plus environnementaux ».
  • Lancer un ambitieux programme pour améliorer conjointement santé humaine et santé des écosystèmes, qui ont parties liées.
  • Mettre en place une procédure de révision des régimes de prélèvements obligatoires.
  • Etudier, avec des dispositifs d’expérimentation, l’économie de fonctionnalité qui économiserait les ressources  naturelles et vivantes.
  • Concevoir des temporalités différentes selon les objets de notre développement, et réviser les temps de la mobilité.
  • Elargir les débats publics pour sortir des corporatismes qui bloquent la société qu’il faut réformer
  • Construire des dialogues, social et environnemental, articulés avec l’efficacité économique.
  • Développer une stratégie européenne concertée, de solidarité.

 

 Nous avons du temps, mais peu de temps, pour remplacer la finance devenue folle par les acteurs d’un avenir solidaire et durable. Beaucoup de nos concitoyens attendent, la suite de notre nouvelle histoire de France, dans une Europe résolument optimiste.

Liste des signataires :

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT

Christophe Aubel, directeur d’Humanité et Biodiversité

Alain Alcouffe, économiste, professeur à Toulouse 1

Dominique Bourg, philosophe, Université de Lausanne, vice-président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme (FNH)

Patrick Criqui, économiste, directeur de recherche au CNRS

Patrice Halimi, médecin, secrétaire général de l’Association santé environnement France (Asef)

Jean-Charles Hourcade, économiste, directeur de recherche au CNRS

Alain Grandjean, économiste, membre du Comité stratégique de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’Homme (FNH)

Jean Jouzel, directeur de recherche  au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)

Jacques Weber, directeur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad)

Pierre Henry, directeur général  de France Terre d’asile

Luc Bérille, secrétaire général de l’UNSA

Gilbert Cette, économiste

Serge Guérin, sociologue, professeur à l’ESG Management School

Vincent Merle, professeur au Conservatoire national des arts et métiers

David Courpasson, professeur de sociologie EMLYON Business School, chercheur, OCE Research Center

Francis Kessler, école de droit de la Sorbonne, université de Paris 1

Jérôme Gautié, économiste, professeur à l’université Paris 1

Marc Fleurbaey, professeur d’économie à l’université de Princeton (États-Unis)

Emmanuel Combet, économiste

Olivier Dupuis, secrétaire générale du Comité national des entreprises d’insertion

Antoine Bevort, professeur de sociologie au Cnam

Bernard Perret, socio-économiste

Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux

Estelle Sommeiller, docteur en économie Ires (Institut de recherches économiques et sociales)

Christian du Tertre,  économiste, professeur à l’université Paris Diderot – Paris 7

Patricia Savin, présidente d’Orée

Syndex et Antoine Bastide, Jeanne Hominal, Jean-François Poupard, Jean-Paul Raillard du comité de direction

L’association 4D et Pierre Radanne, président, et Jacques Varet, vice-président

Bettina Laville, directrice de la rédaction de Vraiment durable

Françoise Héritier, anthropologue, professeur honoraire au Collège de France

Robert Barbault, écologue, professeur émérite à l’UMPC.

L’avertissement au gouvernement des ONG écologistes

La lune de miel est bel et bien finie.  Les associations veulent un débat ouvert sur le nucléaire et le gaz de schiste lors de la conférence environnementale.  Les ONG environnementales ont décidé de placer le gouvernement de Jean-Marc Ayrault  » sous surveillance « , pour reprendre le terme utilisé, jeudi 30 août, par Benoît Faraco, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Marie-Béatrice Baudet Le Monde 30 Aout 2012 

L’éviction, le 21 juin, de la ministre de l’écologie Nicole Bricq –  » transférée  » au commerce extérieur après sa tentative de stopper temporairement les forages de Shell au large de la Guyane – avait déjà mis fin à l’état de grâce entre les deux parties. Depuis, le climat ne s’est pas amélioré.

Le 22 août, le premier ministre Jean-Marc Ayrault expliquait ainsi sur RMC que  » le débat sur l’exploitation des gaz de schiste n’était pas tranché « . Quelques jours plus tard, le 27 août, Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, estimait que le nucléaire était  » une filière d’avenir « .  » Une cacophonie typique de la méthode Hollande, qui vise à ménager tout le monde sans faire un choix clair « , tempêtait alors Greenpeace.

On attendait donc avec intérêt la tenue, mercredi 29 août, au ministère de l’écologie, de la première réunion de travail destinée à préparer la Conférence environnementale des 14 et 15 septembre.

Certes, comme le ministère l’indiquait – soulagé – avant même la fin de la rencontre,  » il n’y a pas eu de morts. Ce fut une réunion classique… « . Pour Delphine Batho, ministre de l’écologie, il était en effet important de garder le contact, voire de jouer l’apaisement. Un exercice compliqué alors que, le matin même, s’exprimant au micro de RMC, elle affirmait son soutien au projet controversé de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, à Nantes, précisant aussi que le nucléaire  » est une filière industrielle qui a un avenir, effectivement « .

De quoi attiser la colère des ONG, qui s’interrogeaient, lors d’un déjeuner en commun, deux heures avant la réunion, sur un possible claquement de porte.

Finalement, elles ont décidé de faire passer un message clair à la ministre – une sorte d’avertissement. Dès le début de la réunion, c’est l’ONG Les Amis de la Terre qui s’en est chargée, les autres organisations montrant clairement qu’elles soutenaient cette intervention.  » Nous devions manifester notre mauvaise humeur, confirme François Veillerette de Générations Futures, membre de Rassemblement pour la planète, toute jeune fédération d’associations créée début juillet.

Si Delphine Batho avait correctement rappelé à l’ordre Arnaud Montebourg, si elle avait fait davantage entendre sa voix, nous n’aurions pas eu besoin de cette mise au point. Il ne faudrait pas que ce type de réaction tapageuse se répète trop souvent au sein du gouvernement. « 

 » Delphine Batho n’a pas répondu, elle a adopté la stratégie de « quelqu’un a dit des choses désagréables ? » « , raconte Benoît Hartman, porte-parole de France Nature Environnement, qui rassemble 3 000 associations.  » Elle a entendu le message, dit M. Veillerette. La transition écologique n’est pas l’ennemi de l’emploi. Il faut que le gouvernement le comprenne. « 

Décidée à renouer le dialogue, Mme Batho a donc accepté – même si l’arbitrage sera confirmé lors d’une prochaine réunion de travail – que les gaz de schiste et le nucléaire seront bien au menu de la conférence environnementale, ce qui n’était pas prévu au départ.  » Le nucléaire n’avait pas été inscrit au menu du Grenelle de l’environnement, ce fut une erreur, estime M. Hartman. Il faut parler des sujets qui fâchent, des sujets tabous. C’est comme cela que l’on peut avancer.  »  » Une fois la colère passée, il faut rester constructif, insiste M. Veillerette. Ne nous laissons pas dévorer par les querelles qui agitent actuellement le PS et les Verts au gouvernement. Les Français attendent de nous plus de responsabilité et des efforts pour faire avancer le dossier majeur de la crise écologique. « 

Cinq tables rondes simultanées seront organisées lors de la Conférence environnementale qui rassemblera ONG, syndicats, patronat, élus locaux et parlementaires. La première – qui devrait être la plus houleuse – sera consacrée à la  » transition énergétique  » et sera coprésidée par Arnaud Montebourg et Delphine Batho. Avec – cela reste à confirmer – Laurence Tubiana, directrice de l’Institut de développement durable et des relations internationales (Iddri), comme  » facilitatrice « . Sa tâche ne sera pas simple.

Au cours de l’université d’été du Medef, sa présidente Laurence Parisot a elle aussi indiqué qu' » il était interdit d’interdire les débats, notamment sur les gaz de schiste ainsi que sur le nucléaire « . La patronne des patrons ne cache pas sa volonté de voir  » donner une chance à la recherche et à l’innovation technologique. « . En clair à l’exploitation des gaz de schiste.

Marie-Béatrice Baudet

Les ONG se préparent à la Conférence environnementale

La conférence environnementale promise par François Hollande et prévue en principe en juillet, se tiendra finalement en septembre. La ministre de l’écologie, Delphine Batho, l’a assuré aux huit ONG de défense de l’environnement qu’elle a rencontrées le 27 juin. « Elle sera du même niveau que la conférence sociale qui se réunit les 9 et 10 juillet », a-t-elle annoncé aux responsables des associations reçus au ministère.

La ministre devrait proposer le 10 juillet, lors du Conseil national du développement durable et du suivi du Grenelle de l’environnement (CNDDGE), aux associations, syndicats, représentants du patronat et des élus locaux, une méthode et une organisation pour cette conférence. Différents groupes de travail, sur le mode de la conférence sociale, seront mis en place. Par Rémi Barroux LE MONDE  02.07.2012 

« Il y a une vraie attente de la part des organisations que j’ai rencontrées, a expliqué au Monde Mme Batho. Elles m’ont exprimé leurs inquiétudes au vu des résultats décevants de la conférence mondiale sur l’environnement, Rio+20. » Prudente, elle ne souhaite pas s’exprimer plus avant sur la future politique environnementale du gouvernement avant la déclaration de politique générale du premier ministre, mardi 3 juillet, devant les députés.

UN DOSSIER SENSIBLE POUR LES ONG

Mme Batho fixera alors un cap pour la rencontre de septembre, qui devrait se tenir sur deux jours, qui pourrait être ouverte par le président de la République et qui abordera tous les dossiers du Grenelle de l’environnement. Elle lancera notamment le débat sur la transition énergétique, préparatoire à une conférence qui devrait se tenir en octobre. La ministre veut aussi aborder les questions de gouvernance et de démocratie environnementale – agrément des associations, etc. -, un dossier très sensible pour les ONG.

Celles-ci ont d’ailleurs commencé les grandes manœuvres. Lundi 2 juillet, sept d’entre elles – Ecologie sans frontière, Générations futures, Réseau environnement santé, Robin des toits, Respire, Sea-Shepherd et Green Cross France – ont lancé une nouvelle fédération, le Rassemblement pour la planète.

Ces ONG, qui annoncent déjà le ralliement de nouvelles associations, font toutes le lien entre santé et environnement. Outre le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles et la chute de la biodiversité qui caractérisent, selon elles, la crise écologique, ces organisations insistent sur la« crise sanitaire ». Combat contre la pollution de l’air et de l’eau, contre les pesticides ou les champs électromagnétiques, lutte pour la biodiversité et la défense des océans, elles sont toutes spécialisées. « Nous voulons mutualiser nos expertises et les exprimer au niveau national », explique Nadine Lauvergeat (Générations futures), première présidente du Rassemblement pour la planète.

LIMITER L’INFLUENCE DE FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT

L’autre objectif, à peine caché, est de contrebalancer l’influence de France nature environnement (FNE). Et d’obtenir du gouvernement une révision du décret sur la représentativité des organisations de défense de l’environnement, qui opère une sélection selon des critères ne permettant l’agrément que des plus importantes d’entre elles.

« Ce décret a été écrit par le cabinet de l’ex-ministre de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet et FNE, dans une stratégie de cogestion, et nous voulons qu’il soit revu », explique Frank Laval, président d’Ecologie sans frontière, en précisant que « le Rassemblement pour la planète sera un contre-pouvoir constructif ». Ces ONG, qui ont combattu le décret avec Greenpeace, WWF, Humanité et Biodiversité, rappellent que Delphine Batho l’avait dénoncé pour le Parti socialiste à l’Assemblée nationale.

Du côté de FNE, la nouvelle fédération est accueillie avec philosophie. « Les thématiques santé et environnement sont complémentaires des nôtres, dit Benoît Hartmann, porte-parole de FNE. Il y a de la place pour tout le monde et l’important est de réussir le rendez-vous sur l’environnement. » Et, selon lui, la conférence sociale de juillet ne doit pas « s’imposer à la conférence environnementale ».

Le nouveau Rassemblement pour la planète, associé entre autres à WWF, à la Fondation Nicolas Hulot et aux Amis de la Terre, a écrit au premier ministre, le 26 juin, pour lui demander d’être présents à la conférence sociale. Sans grand espoir, certains syndicats et le patronat y étant hostiles. « Les enjeux économiques, sociaux, fiscaux autour de l’environnement sont considérables, estime Mme Lauvergeat. Les deux conférences doivent être coordonnées. »

Un élément rassure cependant les ONG, inquiètes de voir une fois de plus l’environnement relégué. « Le volontarisme, voire l’ambition, de la nouvelle ministre devrait empêcher que notre conférence passe sous la table ; si l’environnement doit être son marchepied, profitons-en », confient plusieurs responsables associatifs.

Rémi Barroux