La facture de l’EPR gonfle de deux milliards d’euros

EDF a encore relevé son estimation du coût de la construction du réacteur nucléaire de Flamanville . 03-12-2012 Challenges.fr
EDF a annoncé lundi 3 décembre avoir relevé de 2 milliards d’euros son estimation du coût de la construction du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche), portée à 8,5 milliards d’euros inflation comprise, en partie à cause des problèmes et retards subis par le chantier.

Le géant français de l’électricité a en revanche maintenu le calendrier de mise en service de ce réacteur de 3e génération, tablant toujours sur un démarrage de la production en 2016.

Le groupe a expliqué dans un communiqué avoir pris en compte dans cette révision à la hausse l’évolution du design de la chaudière (le coeur du réacteur), des études d’ingénierie supplémentaire, l’intégration de nouvelles exigences réglementaires, ainsi que des enseignements postérieurs à la catastrophe nucléaire de Fukushima intervenue l’an dernier au Japon.

« Aléas industriels »

De plus, il a tendu compte d' »aléas industriels », comme le remplacement des « consoles » (énormes pièces métalliques entourant le bâtiment réacteur, que le groupe a dû remplacer après la détection de défauts) et ses conséquences sur le planning des travaux, qui a dû être réaménagé, ainsi que de « l’impact financier de l’allongement des délais de construction ».

Le coût de cet EPR avait déjà été quasiment doublé l’an dernier à 6 milliard d’euros, contre 3,3 milliards annoncés en 2005. Outre les 2 milliards de surcoûts, l’inflation porte le total à 8,5 milliards d’euros en valeur actualisée, selon le groupe.

L’an dernier, la mise en service du réacteur avait été repoussée à 2016, soit 4 ans de retard par rapport au calendrier d’achèvement initial.

(Avec AFP)

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Oct 2012, incident à la centrale nucléaire de Flamanville : l’essentiel

Une fuite radioactive a été constatée, mercredi 24 octobre au soir, à l’intérieur du bâtiment d’un réacteur en maintenance, dans la centrale nucléaire de Flamanville (Manche). « La fuite a été confinée dans le bâtiment réacteur tout au long de l’événement », indique l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). « Elle a été arrêtée à 5 heures » jeudi, précise l’ASN, soit six heures après avoir été identifiée par EDF. Le Monde.fr avec AFP 25.10.2012

Voir Aussi:

  • Mediapart: « Incident » nucléaire à Flamanville. Circulez, y a rien à voir !

  • L’avis du CRILAN sur » l’incident »

Mais ou sont passés les 42 m3 (7000 l/h pendant 6 heures ) d’eau contaminée?

(suite article Le Monde) Jeudi 25, cet incident était classé provisoirement au niveau 1 sur l’échelle INES (International Nuclear Event Scale). Cette échelle internationale, qui mesure la gravité des accidents nucléaires, va de 0 à 7.

PAS DE PERSONNEL CONTAMINÉ

La fuite est survenue sur une ligne auxiliaire du circuit primaire du réacteur n° 1.
Le circuit primaire est le réseau de tuyaux qui se situe entre le système producteur de chaleur – le cœur de réacteur – et le circuit secondaire, qui achemine la chaleur vers des sous-systèmes de distribution.

« Le réacteur était à l’arrêt pour maintenance et rechargement de combustible depuis fin juillet. Il était en phase finale de redémarrage : le circuit primaire fonctionnait à une pression supérieure à 150 bars et une température proche de 300 °C », précise l’ASN.

La fuite a eu lieu lors de la remise en pression de la ligne auxiliaire dans le cadre d’une opération de maintenance. Son débit « a conduit l’exploitant à appliquer les consignes de mise à l’arrêt à froid du réacteur, permettant une baisse rapide en pression et température de l’eau », selon l’ASN qui précise que ni le personnel EDF ni l’environnement n’ont été contaminés. En outre, l’ASN a procédé jeudi à une inspection du réacteur.

Voir Aussi:

  • « Incident » nucléaire à Flamanville. Circulez, y a rien à voir !

  • L’avis du CRILAN sur » l’incident »

« Incident » nucléaire à Flamanville. Circulez, y a rien à voir !

Mediapart 26 octobre 2012 Par victorayoli
– Oh ! Kevin. Regarde : un cadran de mesure vient d’exploser !

 – Dégage vite Grégory, ça vient du circuit primaire et c’est une sauce sacrément radioactive ! Avertis les autres.

 – Eh ! Chef. Regardez ce jet d’eau bouillante sous pression ! Si j’avais été devant comme il y a 30 secondes, j’étais transformé en homard radioactif ! Qu’est-ce qu’on fait chef ?

 – Oh merde alors ! Vite, on dégage…

 Pendant que les trois employés évacuent le lieu de « l’incident classé provisoirement au niveau 1 sur l’échelle INES qui va de 0 à 7 », l’eau à 200°C sous pression provenant directement du circuit primaire – des séries de tuyaux qui prennent et transportent dans le cœur du réacteur la chaleur émise par les barres de combustible nucléaire – continue de s’échapper de l’instrument de mesure éclaté. Il va continuer de s’échapper pendant six heures. A raison de 7.000 litres à l’heure !

Mais c’est pas grave qu’ils disent. Tout est confiné dans le bâtiment réacteur. Encore heureux !

« L’incident » a eu lieu un peu avant minuit et l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) le « gendarme » du nucléaire n’a été averti que le lendemain matin, lorsque la fuite – ouf ! – a pu enfin être maitrisée. Cet « incident » mineur a tout de même imposé la « mise à froid » du réacteur alors en phase de redémarrage après maintenance et l’évacuation de tout le personnel hors du bâtiment.

 Eh ! Rassurez-vous, nous sommes en France, pas dans ces pays de sauvages sous-developpés comme le Japon. En France, vous entendez ! Donc, chez nous, l’industrie nucléaire est absolument parfaite ! Il n’y a aucun risque ! Nous sommes les plus forts !

Ben voyons ! Puisqu’ils nous le disent… Quintidi 5 Brumaire 221

http://blogs.mediapart.fr/blog/victorayoli/261012/incident-nucleaire-flamanville-circulez-y-rien-voir

Le CRILAN: Incident de niveau 1 sur le réacteur N°1 de Flamanville : quand les ressentis diffèrent …

http://www.s323409623.onlinehome.fr/crilan/

 

 

THT Cotentin-Maine : violence d’Etat contre vigilance citoyenne

Depuis des années, certains de nos concitoyens font la douloureuse expérience de ce qu’on appelle « la violence légitime » d’Etat en s’opposant à la construction de la ligne THT (très haute tension), dite ligne Cotentin-Maine. Longue de 163 kilomètres, cette ligne de 400 000 volts doit acheminer l’électricité produite par le futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville. Tribune Rue 89 18 10 2012

Agriculteurs mis à bas de leur tracteur, menottés puis placés en garde à vue, propriétaires expulsés de leur terrain par la force, survol d’hélicoptères, présence permanente de vigiles de Réseau de transport de l’électricité (RTE), procès en cascade, affrontements entre opposants et forces de l’ordre, contrôles et fouilles systématiques des voitures… : c’est un climat répressif et délétère qui accompagne la construction de cette ligne, réactualisant la peur du gendarme.

Alors que le chantier de l’EPR a pris quatre années de retard, doublant son coût qui s’élève désormais à 7 milliards d’euros et, alors même que les recours contre la déclaration d’utilité publique n’ont pas encore été étudiés, aucune urgence ne fonde l’empressement de RTE.

Au grand dam du collectif d’élus opposés au projet, la filiale d’EDF avance tel un bulldozer, au mépris du droit et de la protection des biens privés et communaux.

Des opposants, pas des terroristes

Dans la Manche, le tribunal de Coutances vient d’ailleurs de donner raison à Yves Larsonneur, agriculteur de Montabot (Manche), en condamnant RTE à quitter sa propriété sous peine de 5 000 euros d’astreinte par jour de retard. Il avait été interpellé et placé en garde à vue pour s’être opposé physiquement aux travaux.

Au Chefresne, le maire a également été interpellé. La démission du conseil municipal, unanime, n’a pas changé la donne. En Ille-et-Vilaine, à Vitré, un projet de pylône à proximité d’un drain alimentant en eau la ville suscite de vives inquiétudes.

Même l’agence régionale de santé, qui avait initialement émis un avis négatif, est bien vite rentrée dans le rang. A Québriac, les habitants ont découvert, presque par inadvertance, un projet de méga-transformateur lié à la ligne THT. Au lendemain d’une réunion publique, l’un d’eux est « sollicité » par la gendarmerie afin de donner le nom des élus présents dans l’assistance.

Les opposants à la THT ne sont pourtant pas des terroristes. Ces citoyens, élus, paysans, militants antinucléaires, défenseurs de l’environnement mènent un combat d’importance. Il concerne les 350 000 personnes vivant à proximité d’une ligne THT sans qu’aucune étude épidémiologique sur les conséquences sanitaires des champs magnétiques n’ait jamais été réalisée.

La nécessité d’un débat serein

Ce harcèlement, cette répression violente n’ont qu’un but : décourager toute opposition. Car derrière la ligne Cotentin-Maine se profile le débat sur l’EPR de Flamanville et sur notre modèle énergétique pour demain.

Au delà de divergences de vue sur la question du nucléaire, cette ligne soulève aussi une question démocratique cruciale : est-il acceptable que l’Etat se mette au service d’intérêts privés au détriment de l’intérêt général et de la santé des citoyens ?

Le changement en France passe aujourd’hui par une rupture claire avec la geste brutale et musclée de l’ère Sarkozy. La production et l’acheminement d’électricité en France nécessitent un débat serein, à l’aune des données objectives dont nous disposons aujourd’hui.

L’action citoyenne, garante de la vitalité démocratique de notre pays, doit être considérée avec respect. Les conséquences des champs électromagnétiques induits par les THT sont une question sanitaire qui mérite l’intérêt du gouvernement et non la répression policière. Nous voulons croire qu’il n’est pas trop tard pour que celui-ci en prenne la mesure.

Yannick Jadot, député européen EELV
Gaëlle Rougier, conseillère régionale EELV Bretagne
François Dufour, conseiller régional EELV Basse Normandie
Michel Perrier, conseiller régional EELV Pays de la Loire

France: Risque de coupures d’électricité accru cet hiver

L’ouest de l’Europe pourrait être confronté à des coupures de courant cet hiver en raison du vieillissement des centrales nucléaires françaises et belges, l’Allemagne ayant déjà réduit sa production issue de l’atome. Par Muriel Boselli et Vera Eckert. Les Echos 10/10/2012. PARIS/FRANCFORT, (Reuters) 

Des pannes localisées pourraient apparaître en cas de conditions climatiques extrêmes, qui provoqueraient en outre une forte hausse des prix sur le marché européen de l’électricité fournisseur d’industries écrasées par le coût de l’énergie.

A l’approche de l’hiver, responsables politiques et énergéticiens subissent une forte pression pour trouver en amont des solutions qui atténueront les risques de coupures.

En France – pays le plus dépendant du nucléaire au monde – un tiers des centrales sont arrêtées pour maintenance et les retards de remise en activité s’accumulent depuis six mois.

L’Allemagne a d’ores et déjà fermé ses huit plus vieux réacteurs après la catastrophe de Fukushima.

En Belgique, deux réacteurs – à Tihange et Doel – ont été arrêtés après la découverte de fissures potentielles sur la cuve.

« Evidemment, on a des probabilités plus élevées que si on avait gardé ces centrales et plus d’inquiétudes face à des scénarios extrêmes », a dit à Reuters Fabien Roques, directeur de la branche européenne de l’électricité au centre IHS CERA.

Une vague de froid associée à des conditions anticycloniques – pas de vent – et à un temps très couvert représenterait un exemple de ces conditions extrêmes, dit-il.

« Ce serait la situation catastrophe, pas juste en Allemagne mais aussi dans les pays voisins, des températures extrêmement froides, pas de vent et des nuages qui passent, évitant la production solaire », ajoute-t-il.

Les importations d’électricité permettent aux pays européens d’ajuster en permanence leur production intérieure à la demande grâce à un réseau d’interconnexions. Entre la France et l’Allemagne, elles peuvent atteindre jusqu’à l’équivalent de cinq réacteurs nucléaires en puissance.

Mais depuis le début de 2012, l’Allemagne a vu ses importations d’électricité française chuter de 40%, quand elle comptait sur elles pour compenser la baisse de sa production nucléaire.

APPEL AU CIVISME

En février dernier, la vague de froid qui a touché l’ouest de l’Europe a provoqué en France un record de consommation à plus de 102.000 mégawatts (MW), obligeant le pays à importer 9.000 MW à ses voisins, notamment allemands.

Mais une telle situation serait plus critique aujourd’hui, en raison de la disponibilité d’une partie du parc nucléaire français, passée de 95% en février à 73% à l’heure actuelle.

Si une vague de froid apparaissait très tôt cet hiver, EDF , qui n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet, pourrait ne pas être en mesure de reconnecter assez rapidement ses réacteurs, a indiqué un trader.

De plus, les éoliennes du nord de l’Europe, en Allemagne mais aussi en Belgique et au Danemark, ont fonctionné à plein régime pendant la vague de froid de février. Une conjoncture salutaire qui pourrait ne pas se reproduire cette année, souligne Fabien Roques.

La France sera d’autant plus sensible au secours des énergies renouvelables européennes qu’elle manque de capacité dans sa production dite « de pointe », traditionnellement fournie par les centrales thermiques à gaz, charbon ou fioul.

Ces centrales permettent de répondre aux pics de consommation, notamment vers 19h en hiver quand les ménages allument chauffage et appareils électroménagers.

« Si la production est insuffisante, plusieurs solutions existent comme un appel au civisme pour faire baisser le chauffage » rappelle Jean-Marie Chevalier, économiste spécialiste de l’énergie à l’université Paris-Dauphine.

Il précise que des techniques d' »effacement » existent, comme le fait de couper volontairement l’électricité « pendant une heure ou deux dans les quartiers où il n’y a pas d’hôpitaux ».

Les experts soulignent qu’il devient urgent de développer ces techniques, afin d’effacer des pics de consommation qui progressent à chaque nouvelle vague de froid.

« Nous, ce que nous anticipons dans les années qui viennent c’est un développement de l’effacement aussi bien chez les industriels que chez les particuliers en réponse à la mise en ÷uvre d’incitations tarifaires », ajoute Fabien Roques.

CHAUFFAGE ÉLECTRIQUE: « AU-DELÀ DU RAISONNABLE »

En France, les vagues de froid ont un impact très fort sur la consommation : les gouvernements successifs ont abondamment favorisé l’équipement en chauffage électrique afin d’absorber l’électricité de ses 58 réacteurs nucléaires.

A l’inverse, les ménages allemands se chauffent principalement au gaz et au fioul.

« La France a favorisé le chauffage électrique au-delà du raisonnable. Donc, pendant les pics de froid, il y a une très forte demande additionnelle qui est difficile à gérer », note Jean-Marie Chevalier.

Chaque diminution d’un degré de la température extérieure provoque une augmentation de la consommation d’électricité de 2.300 MW à 19 heures, soit l’équivalent de la consommation électrique d’une ville comme Marseille.

Ainsi, tandis que la France compte 15 millions d’habitants de moins que l’Allemagne, sa consommation d’électricité peut atteindre le double de celle de sa voisine.

Elle observe également beaucoup de retard sur les capacités en énergies renouvelables : l’Allemagne cumule 60.000 MW de solaire et d’éolien, soit l’équivalent du parc nucléaire français.

(Mais si cette électricité « verte » fournit une alternative lorsque les conditions climatiques sont favorables, elle peut aussi s’avérer inutile pendant les pics de consommation, entraînant de fortes hausses des prix. ( ?)

(Avec Marion Douet, édité par Yves Clarisse)

  • Tensions sur la production nucléaire
  • La France plus sensible au froid que ses voisins
  • Le renouvelable allemand égal au nucléaire français

Les actions de l’ASN sur le contrôle du chantier de construction du réacteur EPR de Flamanville : les points marquants. Lettre d’information n°13 –

Depuis la fin 2011, l’ASN a poursuivi au cours de plusieurs inspections le contrôle du chantier de construction du réacteur EPR Flamanville 3 et des différentes fabrications à destination de celui-ci. Les points marquants de ces derniers mois sont détaillés ci-après. ASN Paris, le 01 Octobre 2012 

Fabrication des consoles du pont polaire

Coopération avec l’Autorité de sûreté finlandaise (STUK) et contrôle des activités de bétonnage complexe

Réparation du couvercle de la cuve

Identification des exigences associées au montage des équipements

Prescriptions complémentaires applicables à Flamanville 3 au vu des conclusions des évaluations complémentaires de sûreté (ECS)

http://www.asn.fr/index.php/S-informer/Actualites/2012/Lettre-d-information-de-l-EPR-n-13

 

Nucléaire: les 19 centrales françaises épinglées par l’UE

INFO LE FIGARO – Les stress tests européens post-Fukushima révèlent des défaillances de sécurité dans toutes les centrales nucléaires françaises. Mais aucune fermeture n’est préconisée par Bruxelles. Par Jean-Jacques MevelFabrice Nodé-LangloisService infographie du Figaro Mis à jour le 02/10/2012.

Chacun des 58 réacteurs nucléaires d’EDF affiche des défaillances, d’incidence variable, à l’issue de contrôles de sécurité systématiques menés par l’Union européenne (UE), selon un bilan encore confidentiel, obtenu par Le Figaro.

Le document de travail qui recense les «tests de résistance» menés depuis un an sur les 134 réacteurs du parc européen doit être validé par la Commission ce mercredi. Les recommandations seront ensuite soumises au sommet des chefs d’État et de gouvernement, probablement en octobre. Aucune fermeture n’est préconisée. «En général, la situation est satisfaisante, mais nous ne devons avoir aucune complaisance», a fait savoir lundi le commissaire à l’ÉnergieGünther Oettinger, sans confirmer ni démentir le contenu du rapport.

Première puissance nucléaire civile de l’UE avec 58 réacteurs, la France avait statistiquement plus de chances d’être épinglée que les autres. Le rapport du régulateur européen, l’Ensreg (qui regroupe en fait les autorités de sûreté nationales), relève des centaines de carences à l’échelle du continent. Il paraît néanmoins concentrer le tir sur l’Hexagone. Les 19 installations ont été testées par les autorités françaises, exercice suivi pour quatre d’entre elles par une visite d’experts européens (Cattenom, Chooz, Fessenheim et Tricastin).

Fessenheim mieux noté que Cattenom

Les 19 centrales françaises épinglées par l'UE

Dix-huit mois après le tremblement de terre et le tsunami de Fukushima, le document confidentiel établit que les 19 centrales manquent d’instruments de mesure sismique adaptés aux exigences post-Fukushima. Sans exception non plus, les équipements de secours en cas d’accident ne sont pas adéquatement protégés des éléments; à la différence des réacteurs allemands, britanniques, espagnols ou suédois. Des carences qui avaient été relevées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française dans son propre rapport, et auxquelles EDF s’est engagé à remédier.

La centrale de Fessenheim, doyenne du parc d’EDF que François Hollande s’est engagé à fermer en 2016, présente moins de mauvais points dans le tableau récapitulatif du document européen. Un exemple: les procédures prévues en cas d’accident grave sont jugées insuffisantes à Chooz et Cattenom mais adéquates à Fessenheim.

Un bon point pour les centrales hexagonales: toutes sont équipées de recombineurs d’hydrogène, un dispositif qui aurait, selon les experts du Commissariat à l’énergie atomique notamment, évité les explosions d’hydrogène à Fukushima si les réacteurs japonais en avaient été pourvus. Ces équipements manquent aux réacteurs espagnols et britanniques, pointe le rapport européen.

Les tests conduits par l’UE relèvent aussi des facteurs de risque propres à la France, dans les scénarios extrêmes envisagés par Bruxelles: tremblement de terre, inondations, résistance par conception à des secousses ou à des impacts comme la chute d’un avion. «Fukushima a démontré que les réacteurs doivent être protégés, mêmes contre des accidents considérés comme hautement improbables», affirment les auteurs.

Pour finir, le document européen évalue entre 10 et 25 milliards d’euros le coût de la nécessaire mise à niveau des 14 pays européens (de 30 à 200 millions par réacteur). La Cour des comptes, dans son rapport publié en janvier dernier, avait évalué cette dépense, pour les réacteurs d’EDF, à 5,6 milliards d’euros sur quatorze ans.

LIRE AUSSI:

» La centrale de Fessenheim sera fermée à la fin 2016

» Fessenheim, une centrale âgée et controversée

» L’Europe se penche sur la sécurité de ses réacteurs 

THT. Un agriculteur de la Manche fait stopper la construction

La société RTE, filiale d’EDF, a été condamnée ce jeudi à arrêter laconstruction de la ligne à très haute tension, sur le terrain d’un agriculteur de Montabot (Manche). Pour Gervais Marie-Doutressoulle, l’avocat des militants anti-THT, cette décision est une première victoire. Ouest France  jeudi 13 septembre 2012 Video FR3

Pour Gervais Marie-Doutressoulle, l'avocat des militants anti-THT, cette décision est une première victoire.

« C’est une grande satisfaction. Une première victoire. » Depuis fin 2008, Gervais Marie-Doutressoulle, l’avocat des militants anti-THT multiplie les actions contre RTE, filiale d’EDF.

Jeudi matin, le juge des référés et président du TGI de Coutances a ordonné à RTE de quitter la parcelle d’Yves Larsonneur, agriculteur à Montabot (Manche) et par là même, à cesser les travaux de construction sur cette même parcelle de la ligne à Très haute tension, liée à la construction de l’EPR de Flamanville.

Garde à vue

Le 31 juillet dernier, alors qu’il s’opposait avec sa compagne, à la venue de RTE sur son terrain, Yves Larsonneur, exploitant agricole, avait été mis en garde à vue.

« Quand il a regagné son domicile, il a été mis devant le fait accompli, raconte l’avocat. Les ouvriers avaient bien avancé le travail. Il a été humilié. Aujourd’hui, RTE connaît l’effet boomerang. Cette décision du juge des référés est une vraie réparation. Et une preuve de l’indépendance du juge. »

Le juge des référés estimé que RTE a commis une voie de fait en l’absence d’arrêté préfectoral d’occupation temporaire des Larsonneur.

Six autres propriétaires sont également susceptibles d’agir en référé.
Video de FR3 Normandie

THT: RTE (EDF) condamné à arrêter des travaux chez un plaignant.RTE ferait appel

La société RTE, filiale d’EDF, a été condamnée jeudi en référé à Coutances (Manche) à cesser, sur la parcelle d’un agriculteur placé en garde à vue en juillet, les travaux de construction de la ligne à très haute tension (THT) liée au réacteur EPR en chantier à Flamanville (Manche). AFP 13 sept 2012 

RTE a commis une voie de fait en n’ayant pas obtenu un arrêté préfectoral d’occupation temporaire de la propriété et en entrant sur la propriété sans avoir obtenu l’accord préalable des propriétaires et à défaut l’autorisation d’un juge », a dit à l’AFP Eric Minnegheer, juge des référés à Coutances.

Le juge était saisi par les propriétaires des terres, Sylvie Hubert et Yves Larsonneur. Ce dernier avait passé une dizaine d’heures en garde à vue le 31 juillet pour avoir « bloqué physiquement un chantier déclaré d’utilité publique », selon la préfecture de la Manche.

M. Larsonneur dit qu’il était simplement en train de travailler sur son tracteur dans son champ lorsqu’il a été arrêté le 31 juillet. Il a dénoncé les conditions de cette interpellation, affirmant que son fils de 17 ans avait été comme lui plaqué au sol et s’était vu prescrire en conséquence 10 jours d’interdiction temporaire de travailler (ITT).

M. Minnegheer, qui est aussi président du tribunal de grande instance de Coutances, a ordonné à RTE de quitter les lieux et d’arrêter les travaux sur cette exploitation située à Montabot (Manche), sous peine d’une astreinte de 5.000 euros par jour de retard.

RTE a fini de construire deux pylônes sur cette exploitation mais doit encore installer les câbles.

Le juge a en outre ordonné une « expertise pour faire évaluer » d’ici quatre mois « les conséquences dommageables » de cette voie de fait.

Dans une décision distincte, M. Minnegheer a fait droit à la demande d’expertise de Mme Hubert qui « se plaint d’avoir été renversée » mi-août par une grue conduite par un employé d’un sous-traitant de RTE. Mais il a rejeté la demande d’indemnisation par RTE, qui n’est pas l’employeur direct.

Mme Hubert, qui a par ailleurs déposé une plainte au pénal pour ces faits, dit avoir écopé de 21 jours d’ITT.

« On a vu qu’ils avaient des difficultés avec une grue qui s’est renversée. On est allé voir, ça nous a fait rire. Lui n’arrivait pas à redémarrer une autre grue. Quand il y est arrivé, il m’a foncé dessus », avait raconté la compagne de M. Larsonneur à l’AFP.

L’avocat du couple, Me Gervais Marie-Doutressoulle, interrogé par l’AFP, a salué une « victoire totale ». « Après l’humiliation faite par RTE à M. Larsonneur, d’une certaine façon c’est M. Larsonneur qui humilie RTE qui doit dégager le terrain », a-t-il dit.

Cette décision « protège » potentiellement tous les propriétaires concernés par cette THT qui n’ont pas passé d’accord à l’amiable avec RTE, a-t-il ajouté. Selon lui, RTE ne dispose nulle part de l’arrêté préfectoral d’occupation provisoire.

En janvier, RTE avait indiqué que 15% des propriétaires concernés par les pylônes ou les surplombs n’avaient pas signé un accord à l’amiable.

L’avocat de RTE attendait à la mi-journée le feu vert de sa cliente pour communiquer.

La THT dite Cotentin-Maine, qui doit sur 163 km acheminer l’électricité du futur réacteur EPR de Flamanville, doit entrer en service en 2013. Elle est vivement contestée car des soupçons pèsent sur les répercussions des THT sur la santé.

« RTE doit changer de méthode » ( info tendance Ouest ) 

RTE va faire appel du jugement a fait savoir, en fin d’après midi, l’avocat de la filiale d’EDF et va réclamer au préfet les arrêtés jugés nécessaires par le juge du tribunal de Coutances et « si le préfet va vite », ce jugement n’entraînera « aucun retard  sur les travaux ».

La décision du tribunal « protège » potentiellement tous les propriétaires concernés par cette THT qui n’ont pas passés d’accord à l’amiable avec  RTE selon Maître Gervais Marie-Doutressoulle l’avocat des agriculteurs manchois a écouter ci dessous.

De son côté,  François Dufour, vice-président du Conseil régional de Basse-Normandie affirme que « RTE doit changer de méthode. Vu que le chantier de l’EPR est suspendu, il n’y a absolument aucune urgence à construire la ligne. Il est donc temps de stopper ce chantier pour au moins mener à bien la concertation et la conduite d’une étude épidémiologique qui serait seule à même de prouver l’innocuité de cette ligne Très Haute Tension. »

Atmea, le projet qui sème la zizanie dans le nucléaire français

Le futur réacteur, fleuron de la technologie de troisième génération, fait les frais des dissensions entre Areva et EDF, les frères ennemis de l’atome. En effet, Areva et le japonais Mitsubishi mettent au point l’Atmea, depuis 2007. Sur le même créneau, EDF et le chinois CGNPC développent leur propre réacteur, baptisé ACE 1000. Récit des hostilités. Par Charles Haquet (L’Expansion) –  30/08/2012 

C’est un nouveau réacteur dont personne ne veut parler. Comme si ce dernier rejeton du nucléaire, baptisé Atmea, était de condition honteuse. Comme s’il allait semer la discorde dans la grande famille française de l’atome.

Même Areva, qui l’a conçu avec l’industriel japonais Mitsubishi, refuse d’évoquer le sujet. Ni son dirigeant, Luc Oursel, ni Claude Jaouen, le directeur de l’activité réacteurs et services, n’ont voulu répondre à nos questions. Ils devraient pourtant être fiers de leur dernier-né. A l’image de son grand frère l’EPR, codéveloppé par Areva et Siemens, l’Atmea est un réacteur de troisième génération, c’est-à-dire qu’il intègre les dernières exigences internationales en matière de sécurité. Sur plan, l’Atmea est l’un des plus modernes du monde. L’ASN, l’exigeante Autorité de sûreté nucléaire, ne l’a-t-elle pas certifié en début d’année ? Alors, pourquoi rester si discret ? Parlons-en à EDF. Peut-être l’électricien sera-t-il plus loquace ?

Faux espoir. Son directeur exécutif chargé de la production et de l’ingénierie, Hervé Machenaud, n’a pas la moindre place dans son agenda pour nous répondre. Maudit calendrier.

Un coût du réacteur estimé à 3,5 milliards d’euros

En réalité, ce sujet sent le soufre, et malheur à celui qui se prendra les pieds dans le tapis en l’abordant. S’il suscite un tel malaise, c’est qu’il pointe les incohérences de la filière nucléaire française, tant sur les plans stratégique qu’industriel. Il montre aussi que les dissensions entre les deux enfants terribles du nucléaire, EDF et Areva, sont loin d’être apaisées.

Reprenons l’histoire depuis le début. Fin 2007, Areva et MHI (Mitsubishi Heavy Industries) créent une société commune détenue à parts égales, Atmea. S’appuyant sur l’expérience de leur maison mère, les ingénieurs français et japonais inventent, en moins de deux ans, le « design » d’un nouveau réacteur, auquel ils donnent le même nom que le joint-venture, Atmea. Le cahier des charges est strict : le réacteur dispose d’une enceinte renforcée pour résister – théoriquement – aux chutes d’avions. Il est également équipé d’un « cendrier » – sorte d’immense cuvette de béton construite sous la centrale, capable de récupérer le coeur nucléaire s’il venait à fondre. Tout cela vaut cher. L’Atmea coûte 3,5 milliards d’euros. « Mais il faut se référer au prix du kilowattheure, c’est-à-dire celui auquel on produit l’électricité. Selon ce critère, l’Atmea est plus cher que l’EPR, mais moins que notre concurrent russe », prétend-on en haut lieu et, sous le manteau, à Areva.

Un réacteur ultramoderne, c’est bien, encore faut-il pouvoir le vendre. Fin 2009, les dirigeants d’Atmea créent une structure marketing. Sa mission : dresser la liste des pays qui sont susceptibles de l’acheter. « On en a trouvé une petite dizaine », confie-t-on à Areva. Parmi eux, la Jordanie, sans doute le candidat le plus « mûr ». L’Atmea s’y retrouve d’ailleurs en finale dans l’appel d’offres en cours. L’Argentine est également sur le point de franchir le pas ; le Canada, qui possède déjà cinq centrales nucléaires, mais envisage de changer de technologie dans les prochaines années ; et, enfin, le Vietnam et la Malaisie, deux pays qui en sont encore au stade de la réflexion, mais manifestent de l’intérêt pour l’atome.

Problème, la crise financière et le drame de Fukushima ont retardé le lancement de nombreux projets. Le marché n’est donc guère propice. A une exception près : la Chine, où les centrales nucléaires poussent comme des champignons. Présent, de longue date, dans ce pays, Areva y construit actuellement, avec l’électricien local CGNPC, deux réacteurs EPR.

L’Elysée a voulu rapprocher les deux protagonistes

Fort d’une telle référence, l’industriel français ne pourrait-il pas en profiter pour y vendre son Atmea ? Malheureusement non. Car les Chinois de CGNPC développent leur propre réacteur de troisième génération. Et ils ont trouvé un allié de premier choix : EDF. Baptisé ACE 1000, ce réacteur sera destiné au marché local, mais aussi à l’export. Et l’on sait déjà qu’il sera compétitif. Car il alliera la « marque » EDF, synonyme d’expertise dans le monde du nucléaire, aux coûts de production imbattables des Chinois.

Areva et son Atmea d’un côté, EDF et l’ACE 1000 de l’autre… Plutôt que de voir les deux groupes français s’étriper sur les mêmes appels d’offres, ne serait-il pas plus pertinent de les associer ? C’est en tout cas ce que pense l’Elysée. Début 2012, le gouvernement Fillon annonce la signature d’un accord : les deux groupes hexagonaux s’engagent à développer, avec le chinois CGNPC, un nouveau réacteur, dérivé de l’Atmea.

On ne peut pas dire que la nouvelle réjouisse EDF, qui n’a jamais caché son manque d’intérêt pour ce réacteur. Il y a une raison. « Nous avons commis un péché majeur, raconte un dirigeant d’Areva. Lorsque nous avions lancé le projet Atmea, nous n’y avons pas associé EDF. Mais il faut se rappeler les rapports exécrables qu’entretenaient, à l’époque, les dirigeants des deux groupes, Anne Lauvergeon et Henri Proglio. Le dialogue était impossible. Affront suprême, nous avons proposé à Gérard Mestrallet, patron de GDF Suez et ennemi juré de Proglio, d’en construire un, ensemble, dans la vallée du Rhône… »

Lorsqu’il a pris la tête d’Areva, Luc Oursel n’a pas signé l’accord avec GDF Suez. Mais cela n’a pas suffi à apaiser le courroux d’EDF, qui aimerait bien ranger l’Atmea au placard…
Ce n’est pas le cas de son partenaire chinois, qui voit plutôt d’un bon oeil ce ménage à trois. Car il a tout à y gagner. « Partenaire à part entière, CGNPC n’aura pas besoin de licence pour acquérir nos technologies », maugrée un dirigeant d’Areva, qui commence à se demander si l’industriel français sortira vraiment gagnant de cette histoire. « Nous voulons bien leur transférer nos savoir-faire, à condition que nous récupérions des contrats industriels lorsque le consortium vendra des réacteurs, confie-t-il. Mais combien de temps les Chinois joueront-ils le jeu ? Nous savons qu’ils sont en train de développer leur propre filière de sous-traitance. Bientôt, ils n’auront plus besoin de nous pour construire leurs réacteurs. »

Les Chinois tentés de développer leur version

La situation est donc loin d’être claire. L’accord entre EDF et Areva n’a, du reste, toujours pas été signé. A EDF, on fulmine. Car on pense que le temps ne joue pas en faveur des Français. « Si on continue à tergiverser, CGNPC va se lasser de nos petites querelles hexagonales et se passer de nous », s’inquiète un cadre dirigeant.

C’est déjà le cas, répond, en écho, notre dirigeant d’Areva. « EDF ne s’en vantera jamais, mais les Chinois sont en train de développer une autre version de l’ACE 1000, totalement « sinisée ». A votre avis, quelle version présentent-ils dans les salons internationaux : celle qu’ils construisent avec EDF ou celle qu’ils développent seuls ? La leur, bien évidemment ! Ils ont déjà fait le coup avec l’AP 1000, un réacteur qu’ils construisent avec Westinghouse et Toshiba. On a vu apparaître un « AP 1400″, qui en est directement inspiré et que les Chinois comptent vendre à l’export sans en partager les droits. » Comment dit-on « être le dindon de la farce » en chinois ?

« Nous avons commis un péché majeur en n’associant pas EDF lors du lancement du projet Atmea », reconnaît un dirigeant d’Areva.

L’Expansion n° 777 – septembre 2012

http://lexpansion.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?k=3&id=328278

Eclairage:
Le marché jordanien en ligne de mire Qui, du russe Rosatom ou du français Areva, remportera l’appel d’offres jordanien ? Le verdict tombera dans les prochains mois. Et l’heureux vainqueur gagnera sans doute le droit d’exploiter les 20 000 tonnes d’uranium des sous-sols jordaniens. Mais il sera également, à un moment ou à un autre, confronté à cette question : est-il raisonnable de bâtir une centrale nucléaire dans une région aussi sensible ? Certes, ce pays est un « îlot de stabilité », pour reprendre les mots d’un négociateur impliqué dans ce dossier. Mais qui peut garantir qu’une centrale, même de troisième génération, résisterait à une attaque de missile ?Autre interrogation, l’absence totale de « culture nucléaire » d’un gouvernement qui, alors qu’il est sur le point de choisir le fabricant, ne s’est toujours pas doté d’une autorité de sûreté. Dans le monde du nucléaire, le sujet laisse pantois.Et ce d’autant plus que toutes les pistes énergétiques n’ont pas été explorées. D’abord, le gaz naturel liquéfié. Il suffirait de construire un terminal portuaire pour que les méthaniers du Qatar accostent à Aqaba. Ensuite, l’énergie solaire : le potentiel est immense dans cette zone désertique. Combinées, ces deux sources pourraient largement satisfaire la demande électrique locale, en hausse de 7 % par an.
Voir aussi: l’avis d’Arnie Gundersen (vidéo)

Le nucléaire : une énergie « nécessaire » et « d’avenir », mais seulement en France !

La nouvelle est tombée ce jeudi 30 août : l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis, l’ASLB (atomic safety licensing Board) a refusé à EDF l’autorisation de construire un réacteur EPR à Calvert Cliffs, dans le Maryland. Pour Yves Paccalet, philosophe écologiste, c’est un début de victoire, même si la route est encore longue. Nouvel Obs LE PLUS. Par  philosophe écologiste Édité par Gaëlle-Marie Zimmermann.  Auteur parrainé par Guillaume Malaurie.  01-09-2012 

Coup de massue pour EDF, coup de Jarnac pour le gouvernement français. Volée de bois vert pour Delphine Batho, qui qualifie le nucléaire d’énergie « nécessaire ». Coup de pied aux fesses pour Arnaud Montebourg, qui la juge « d’avenir ». Cinglant démenti pour Manuel Valls, qui soutient le précédent. Grosse fatigue pour leur patron, François Hollande, qui rechigne à arrêter Fessenheim après avoir (en campagne électorale) promis qu’il le ferait très vite.

 La France n’a pas réussi à convaincre de la « nécessité » du nucléaire

 Le nucléaire est une énergie « d’avenir » et « nécessaire », mais seulement en France. Le coup vient d’être assené, aux États-Unis, par l’Atomic Safety and Licensing Board (ASLB). Cet organisme de la NRC (l’autorité de sûreté américaine) est chargé d’accorder les licences d’exploitation des réacteurs dans tout le pays. Or, ce jeudi 30 août 2012, l’ASLB vient de refuser de délivrer à EDF la licence que celle-ci demandait pour un réacteur EPR à Calvert Cliff, dans le Maryland.

 Une déconvenue de plus pour le nucléaire français. Que dis-je ? Une catastrophe ! Les associations écologistes étatsuniennes (NIRS, Public Citizen, Beyond Nuclear, Southern Maryland CARES), nonobstant des moyens financiers dérisoires comparés à ceux d’EDF (qui s’était attaché les services d’un des principaux cabinets d’avocats américains, Winston and Strawn), ont bataillé durant cinq ans. Et remporté la victoire.

Le principal argument retenu par l’ASLB contre le projet d’EDF est que cette dernière n’a pas réussi à trouver, aux États-Unis, un seul partenaire crédible pour la rejoindre. Or, il s’agit d’une condition sine qua non, dictée par la loi fédérale. Cette décision des autorités américaines ne ruine pas seulement le projet d’EDF à Calvert Cliffs, dans le Maryland, mais tous ceux dont elle rêvait aux USA.

Le nucléaire : une énergie du passé

EDF n’a trouvé aucun partenaire aux États-Unis : les mauvaises langues dans mon genre y voient la preuve qu’outre-Atlantique, le nucléaire apparaît comme une énergie du passé, plutôt que « d’avenir » ; et facultative, plutôt que « nécessaire »… C’est triste à dire pour les brillants ingénieurs de la constellation atomique française : mais les Américains ne font pas exception.

Personne, dans le monde, ne semble aimer l’EPR. Ces dernières années, Nicolas Sarkozy a multiplié les effets d’annonce et les bombements de torse (cela pourrait continuer sous Hollande). EDF ou Areva devaient bâtir des EPR en Italie, en Libye (sous Kadhafi, judicieux partenariat…), dans les Émirats arabes unis, au Brésil, en Inde, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Chine, que sais-je ? Sur la Lune ou la planète Mars…

Ces projets mirifiques n’ont été que châteaux de nulle part. Radioactifs… Les contrats n’ont pas été signés, ou ont été dénoncés en cours de route. En Chine, il s’agissait, pour Areva, de se constituer un catalogue et une réputation. La firme n’a vendu qu’une partie de deux réacteurs, et encore : à perte. 3,66 milliards d’euros les deux, ça va-t-y, ma p’tite dame ?

Il ne reste guère aujourd’hui, à travers le monde, que le projet de l’Inde, rejeté massivement par la population et qui bat de l’aile ; et celui de la Grande-Bretagne, où EDF avait, au préalable, astucieusement (pensait-elle) racheté British Energy pour pouvoir se passer commande à elle-même du matériel et du savoir-faire. Même au pays de Margaret Thatcher, aucun réacteur de ce genre ne saurait être édifié sans de lourdes aides publiques. La Chambre des Communes n’y sera pas favorable ; pas plus que la Commission de Bruxelles…

Les chantiers EPR : peu nombreux et en difficulté

Restent deux seuls chantiers EPR réellement en cours : celui de la Finlande, dans l’île d’Olkiluoto, piloté par Areva ; et celui de la France, à Flamanville, conduit par EDF. Tout citoyen en âge de compter sur ses dix doigts comprend que ces exemples n’entraîneront aucun enthousiasme international. Les deux projets accumulent les retards abyssaux (de 4 à 5 ans), les surcoûts faramineux (ils devaient revenir à 3 milliards d’euros pièce, on en est à 6 ou 7) et les malfaçons (entre autres, à Flamanville, des trous dans le béton, signés Bouygues et dénoncés voici quelques mois par « Le Canard enchaîné »).

Le nucléaire a un bel « avenir » devant lui : celui du démantèlement des centrales existantes. Et c’est une énergie « nécessaire », mais seulement au lobby qui en vit. Dans le monde, les réacteurs atomiques ne fournissent plus que 10 pour 100 de l’électricité produite, contre 17 pour 100 en 2005. Ce qui équivaut à presque rien au regard des besoins totaux en énergie…

Têtus comme des mules de Tchernobyl ou de Fukushima, les écolos réclament que la part de cette filière passe à 0 pour 100 en vingt ans. Compte tenu du flop international de l’EPR et plus généralement de la filière, si ce pouvait être avant, ce serait d’autant mieux. Surtout pour la santé et les finances de la France et des Français.