Des micro-fissures sur les cuves de dix réacteurs français

Les défauts constatés à la centrale belge de Doel alertent l’Europe et les Etats-Unis. Le Monde 17 Aout 2012

A l’initiative de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire belge (AFCN), des représentants des autorités de sûreté nucléaire de sept autres pays européens (France, Suisse, Suède, Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni), ainsi que des Etats-Unis, se sont réunis jeudi 16 août à Bruxelles. Ils doivent examiner la situation de la cuve du réacteur numéro 3 de la centrale de Doel, près d’Anvers, où des milliers de possibles fissures ont été découvertes. Ils devraient se revoir en octobre, quand les résultats d’analyses complémentaires effectuées en Belgique seront disponibles.
Ces pays avaient été invités car certains d’entre eux possèdent des réacteurs – une vingtaine au total – dont la cuve, comme celle de Doel 3, avait été fournie, il y a une trentaine d’années, par le groupe néerlandais Rotterdamsche Droogdok Maatschappij (RDM), aujourd’hui disparu.
A l’issue de cette réunion, le patron de l’AFCN, Willy De Roovere, a dévoilé l’étendue des  » potentielles fissures  » détectées en juin et juillet sur la cuve de Doel 3 : elles seraient au nombre de 8 000 et d’une taille d’environ 20 mm.
 » Malaise « 
Ces défauts sont situés dans la masse des cylindres d’acier formant la cuve abritant le coeur du réacteur. Ils sont selon toute vraisemblance présents depuis la fabrication de l’acier brut par le groupe allemand Krupp (aujourd’hui ThyssenKrupp) ou sont apparus au moment du forgeage des cylindres par RDM.
Selon M. De Roovere, ces fissures, détectées par capteurs à ultrasons, sont presque parallèles aux parois des cylindres. Elles présentent donc moins de risques pour la solidité de la cuve que si elles étaient perpendiculaires aux parois. Mais leur grand nombre  » crée un sentiment de malaise « , souligne le directeur de l’AFCN.
A l’arrêt jusqu’au 30 septembre, Doel 3 ne sera autorisé à redémarrer que si Electrabel, l’exploitant de la centrale, filiale du groupe français GDF Suez, parvient à convaincre les experts qu’il n’existe aucun risque que ces anomalies se transforment en véritables fissures, par lesquelles de l’eau de refroidissement pourrait s’échapper, mettant à nu le réacteur.
 » Ce sera difficile à prouver « , a averti M. De Roovere, qui juge la date du 30 septembre peu réaliste et se dit  » sceptique  » quant à l’avenir de ce réacteur de 1 000 mégawatts. Il a aussi écarté l’hypothèse d’une réparation ou d’un changement de cuve.
L’autorité de sûreté belge a également révélé que c’était suite à la découverte, en 2004, de fissures sur les cuves de réacteurs français, notamment au Tricastin (Drôme), que la Belgique avait décidé de planifier des contrôles plus poussés de ses centrales.

De fait, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française fait état, dans une note de novembre 2010 – passée inaperçue – de la détection, depuis 1993, de (des fissures situées sous le revêtement interne en acier inoxydable) sur les cuves de 10 réacteurs.

Plus de la moitié d’entre elles (17) affectent le réacteur 1 de Tricastin, les autres se trouvant sur les réacteurs de Fessenheim 1 et 2, Chinon B-3, Gravelines 6, Blayais 2, Dampierre 3, Saint-Laurent B-1 et B-2.

 » Les défauts découverts jusqu’à aujourd’hui ne dépassent pas une dizaines de millimètres de hauteur « , indique l’ASN, qui estime qu’ils  » ne sont pas comparables à ceux détectés à Doel 3 « . Un contrôle supplémentaire, entre les visites décennales réglementaires, a néanmoins été décidé pour Tricastin 1.

Greenpeace s’étonne de la  » différence d’approche  » entre les autorités de sûreté française et belge, la première considérant que  » ces micro-fissures ne sont pas nocives « , tandis que la seconde envisage, si ses craintes se confirment, de fermer définitivement deux des principaux réacteurs du pays.

Fissures: les cuves des réacteurs français sans défauts !…?

L’Autorité de sûreté nucléaire confirme l’absence de défauts identiques à ceux du réacteur belge. Les contrôles réalisés sur les réacteurs nucléaires français « n’ont à ce jour pas mis en évidence de défauts » du type de ceux détectés sur un réacteur de la centrale nucléaire belge de Doel, indique l’Autorité de sûreté nucléaire dans une note publiée samedi par le ministère de l’Écologie. Le Point.fr – Publié le 12/08/2012

Dès l’annonce mercredi par l’Autorité fédérale de contrôle nucléaire belge (AFCN) de la découverte de défauts sur la cuve du réacteur n° 3 de la centrale de Doel, la ministre de l’Écologie et de l’Énergie Dephine Batho a « immédiatement interrogé » l’ASN en France sur « d’éventuelles conséquences sur le parc électronucléaire français », a indiqué le ministère dans une déclaration écrite à l’AFP.

Dephine Batho a reçu la réponse de l’ASN jeudi et l’a rendue publique samedi dans un souci de transparence, précise le ministère interrogé par l’AFP. « En France, la fabrication des principaux équipements sous pression nucléaires, dont la cuve, est suivie de façon spécifique par l’ASN depuis 1974 », indique la note de l’ASN. « L’ensemble des composants de la cuve des réacteurs français ont fait l’objet de contrôles en fin de fabrication visant à détecter les défauts présents dans les pièces forgées, du type de ceux observés à Doel 3 ». « À la suite de la détection de défauts sur plusieurs composants lors de leur élaboration, la performance et les résultats de ces contrôles ont fait l’objet d’un examen approfondi par l’ASN en 1985 et 1986. L’ASN s’est également assurée lors du suivi des fabrications que les composants présentant des défauts inacceptables étaient rebutés », selon la note.

Sûreté nucléaire, un « impératif absolu »

« En ce qui concerne le suivi en service des cuves des réacteurs nucléaires, il est demandé de réaliser, en France, un contrôle tous les 10 ans. Les défauts détectés à Doel 3 ont été mis en évidence par un contrôle semblable à celui mis en oeuvre sur les cuves des réacteurs français. Ce contrôle, plus étendu que le contrôle habituellement réalisé dans de nombreux pays dont la Belgique, a été réalisé pour la première fois à Doel 3 en 2012 à la demande de l’AFCN », poursuit l’ASN.

« Les contrôles réalisés sur les réacteurs français n’ont à ce jour pas mis en évidence de défauts de cette nature », indique l’ASN. « Les viroles des cuves des réacteurs français présentent cependant pour certaines des défauts sous leur revêtement interne en acier inoxydable qui sont des défauts de fabrication situés dans une zone qui ne faisait pas l’objet d’un contrôle adapté lors de la construction des équipements ». tiens tiens…

« Ces défauts ne sont pas comparables à ceux détectés à Doel 3. Ils sont aujourd’hui bien identifiés et font l’objet d’une justification particulière examinée périodiquement par l’ASN et leur absence de nocivité est avérée. Le dernier examen de cette justification apportée par EDF a fait l’objet d’une prise de position de l’ASN en septembre 2010, publiée sur son site internet ».

Delphine Batho souligne que « la sûreté nucléaire n’est pas une option mais un impératif absolu et que la France attache la plus grande importance au suivi et au contrôle régulier de ses installations nucléaires, dont les résultats sont rendus publics en toute transparence ». Denis Baupin, le vice président (EELV) de l’Assemblée nationale, avait demandé à Delphine Batho de garantir la sûreté des cuves des réacteurs nucléaires français, dans une question écrite rendue publique samedi.

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Pourquoi il serait prudent d’arrêter maintenant les quatre réacteurs du Tricastin

Dossier « fissures »: Lettre de Jean Pierre Moricheau envoyée au journal Politis. La bataille essentielle à nos yeux c’est l’arrêt défintif des réacteurs  du Tricastin. Comme vous le verrez  la fermeture de ces réacteurs devient une urgence avant l’accident. Luttons tous ensemble pour cette fermeture. Avant de commencer à lutter contre le nouvel mini EPR que veut installer  GDF Suez dans le sud Drôme. Vendredi 26 novembre 2010

Les réacteurs encore en fonctionnement construits en France dans les années 1977 datent du site de Fessenheim en Alsace. Ils seront les premiers d’une série de 34 réacteurs 900 MW suivis de 22 réacteurs 1300 MW, terminés dans les années 90.

Les quatre réacteurs de Tricastin construits dans les années 80 et 81 sont les huitièmes de la série ; ils sont donc aujourd’hui 30 ans. Ils viennent d’être essayés à cet âge, et la décision de les faire durer plus longtemps encore sera prise en janvier 2011.

Au dire de ses constructeurs, ces matériels avait été construit pour 25 ans. Ils sont aujourd’hui dans une période de risque, vu leur âge. Les matériaux utilisés pour les construire datent des années 60, ils ont donc plus de 50 ans et sont dépassés. L’inutile de dire qu’il est aujourd’hui hors de question de les réapprovisionner, ni de reconstituer le stock d’appareils de mesure et de contrôle de cette époque. La solution envisagée par la direction d’EDF et de rénover complètement et à grands frais, les réacteurs. Il est admis cependant que ni la cuve qui enferme la pile atomique, ni l’enceinte de béton qui l’entoure ne peuvent être changés.

Cette cuve d’acier « peu allié » dit-on, de l’acier ordinaire en somme, n’a pas gardé son état d’origine. Cela a été enseigné par la société Westinghouse, qui a fourni le brevet à EDF. Ce métal, soumis aux flux de neutrons du réacteur, se transforme. Il passe de «  l’état ductile à l’état fragile », autant dire qu’il devient cassant. Les constructeurs français ont placé des éprouvettes à l’intérieur de la cuve afin de suivre l’évolution du métal. Ces éprouvettes ont montré une évolution non conforme aux prévisions du constructeur (figure 1) .Aujourd’hui les mesures sur ces éprouvettes sont devenues confidentielles, elles sont remplacées par des mesures d’évolution du métal par ultrasons, mais, sous une épaisseur inférieure à 2 mm, au risque que les fissures soient plus profondes. Ces fissures appelées « défaut sous revêtement » (D. S. R.) sont au nombre de 17 dans la zone du cœur de Tricastin 1, alors qu’ils n’en a que cinq dans le réacteur de Fessenheim 1, et moins dans les autres.

La fragilité du métal de la cuve a amené l’exploitant à prendre plusieurs précautions : la première est de ne pas descendre la température de l’eau du réacteur sous 80° centigrades au moment des arrêts des réacteurs (tous les 18 mois, aujourd’hui) ; la seconde est d’observer scrupuleusement le rapport entre la température et la pression de l’eau du réacteur à chaque arrêt ou remise en service, afin de respecter la courbe d’évolution de ces deux données et ne pas s’en écarter. C’est le moyen d’éviter une rupture de la cuve fragilisée, qui contient de l’eau à 300° centigrades, sous une pression de 140 bars. Il y a quelques semaines, il y a eu un incident de niveau1 en Tricastin par non-observation de cette règle. Puis un autre identique, à la centrale de Cattenom.

Nous devons donc nous attendre à subir en France un accident semblable à celui de Tchernobyl, tel que nous l’avons vu sur la chaîne L. C. P et disponible sur Internet sur

http://www.chernobyl-day.org/La-bataille-de-Tchernobyl

enregistré en 2006, une version commentée par M. Gorbatchev et qui mérite toute notre attention car elle montre le niveau de sacrifice des soviétiques de l’époque, pour éviter la contamination de la planète tout entière, comme ils le craignaient . Un autre débat qui mérite aussi notre attention est celui qui a été diffusé sur Arte en mars 2010, sous le titre « Nucléaire en Alerte ». Moins descriptif, il donne la parole à toutes sortes de spécialistes du nucléaire sur la planète, qui mettent en garde les populations contre le risque de plus en plus probable d’un accident nucléaire grave. Il y a 400 réacteurs toujours en fonctionnement sur la planète, bien qu’aucun n’est été construit après 1992, mais ils sont de plus en plus vétustes.

Conscient de la difficulté, les responsables du nucléaire et leurs alliés de la protection civile qui occupent toujours une position privilégiée dans notre pays, organisent des exercices de protection et d’évacuation. Il y en a un prévu très prochainement en Tricastin. On n’en est même à se demander comment organiser la période qui suivra ses évacuations et dans quels délais on autorisera les personnes déplacées à revenir à leur domicile. Dans quelles conditions elles y survivront. On va même jusqu’à étudier, pour s’en inspirer, les conditions appliquées aux habitants de Tchernobyl qui sont restés sur les lieux.

Bien que le principe de précaution ne soit pas à l’ordre du jour aujourd’hui, le membre de la Commission Locale d’Information du Tricastin que je suis depuis une dizaine d’années, voudrait vous convaincre de la nécessité de remplacer l’électricité nucléaire par d’autres modes de production . J’espère vous avoir persuadé de vous tourner, tout simplement en changeant de fournisseur d’électricité, vers un producteur d’énergie renouvelable (Enercoop) et de participer ainsi à la fin de cette inconscience, issue de la période révolue des « Trentes Glorieuses ».

Jean-Pierre Morichaud, militant Vert historique, membre de la CLI du Tricastin (26) .

 

Jean-Pierre Morichaud a écrit en 2009, « Itinéraire d’un militant écologiste» où il exprime sa crainte de l’emprise de la technologie moderne sur la vie de notre planète. Disponible chez Yves Michel.

Cuves de réacteurs : les fissures Belges peuvent en cacher d’autres

Communiqué de Presse EELV. EELV souhaite rappeler que la France est concernée par le risque de rupture de cuves de réacteurs de centrales nucléaires, aux dires mêmes de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN).11 août 2012

La décision de l’Autorité Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) belge de mettre à l’arrêt temporairement le réacteur n°3 de Doel suite au constat de possibles fissures dans la cuve souligne l’importance de cet élément pour la sureté des centrales nucléaires. Fort heureusement, comme le rappellent facilement certains, des 21 autres cuves potentiellement concernées par des défauts similaires, aucune n’est en France. Pourtant la France est également concernée par un danger de rupture de cuves.

Dans son Avis DSR_2010-153 du 19 mai 2010, sur la tenue en service des cuves des réacteurs de 900 MWe, l’IRSN écrit : « L’IRSN en conclut qu’à VD3+5 ans, [visite décennale des 30 ans + 5 ans, soit 35 ans, ndlr] le risque de rupture brutale n’est pas exclu pour les cuves des réacteurs de Dampierre 4, Cruas 1, Cruas 2, Saint-Laurent B1 et Chinon B2 en cas de situations incidentelles et accidentelles (…) Les marges à la rupture sont également insuffisantes à VD3 + 5 ans pour les cuves de Saint-Laurent B1 et de Bugey 5 qui sont affectées de défauts (…) En conclusion, pour les cuves ne respectant pas les critères réglementaires et par conséquent, ne présentant pas de marges suffisantes à l’égard du risque de rupture, l’IRSN recommande qu’EDF prenne les dispositions nécessaires pour restaurer les marges. »

Par ailleurs, sur son site internet, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) écrit :

« Certaines cuves du parc électronucléaire français présentent des défauts sous leur revêtement qui sont dus au procédé de fabrication : 33 défauts sous revêtement ont été observés sur 9 cuves, dont 20 sur la cuve du réacteur n°1 de Tricastin. Les défauts présents sur les cuves françaises sont contrôlés régulièrement pour s’assurer de leur absence d’évolution en fonctionnement, ce qui est le cas actuellement.«

Cet incident belge met sous pression la Commission européenne, qui a assuré vouloir répondre à toutes les craintes des citoyens sur la sûreté des installations nucléaires et dont un rapport sur le sujet est attendu à l’automne.

EELV demande donc à la Ministre Mme Delphine Batho ainsi qu’à l’ASN de s’exprimer sur l’avis de l’IRSN au regard de la récente décision de l’AFCN.

Jean-Philippe MAGNEN
Porte-Parole

Après Doel, soupçons sur les cuves de 22 réacteurs nucléaires dans le monde

La sûreté de 22 réacteurs nucléaires de huit pays va devoir être revue, après la découverte, en Belgique, de « potentielles fissures » sur la cuve du réacteur numéro 3 de la centrale de Doel, située près d’Anvers. Le Monde 9.08.2012 Par Pierre Le Hir et Intérim (à Bruxelles)

La centrale nucléaire de Tihange, en Belgique.

Un évènement pas banal du tout qui confirme que  l’Europe pourrait connaitre un accident de centrale nucléaire sauf si on arrête …maintenant.

Ces défauts révélés, mardi 7 août, par l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) belge, pourraient aussi affecter un autre réacteur du pays, celui de Tihange 2, dont la cuve a été fournie par le même fabricant, le groupe néerlandais Rotterdamsche Droogdok Maatschappij, qui a depuis cessé ses activités.

Mais la Belgique n’est pas seule concernée.

Le groupe hollandais a fabriqué les cuves de vingt autres réacteurs, installés:

  • aux Etats-Unis (10)  
  • en Allemagne (2),
  • en Argentine (1),
  • en Espagne (2),
  • aux Pays-Bas (2),
  • en Suède (1)
  • et en Suisse (2).

Il est donc possible que les mêmes défauts soient présents sur ces installations.

C’est lors de la révision décennale débutée le 2 juin, du réacteur de Doel 3, mis en service en 1982, qu’une méthode d’analyse par capteurs ultrasoniques a détecté la présence de « très nombreuses indications qui pourraient s’assimiler à de potentielles fissures », a indiqué l’AFCN. Cet événement a été« temporairement » classé au niveau 1, sur une échelle internationale qui compte 7 degrés de gravité.

Le combustible nucléaire ayant été déchargé pour la révision, « il n’y a aucun danger pour la population, les travailleurs et l’environnement », soulignent l’AFCN et Electrabel, la filiale belge du groupe français GDF-Suez qui exploite l’installation.

DES DÉFAUTS VIEUX DE 30 ANS, MAIS JAMAIS DÉTECTÉS

La nature de ces défauts, probablement présents dès la construction mais qui avaient échappé pendant trente ans aux ingénieurs d’Electrabel, doit être précisée par des tests complémentaires qui vont nécessiter « quelques mois de travail », a expliqué, mercredi 8 août, un porte-parole de l’électricien. « Il faut vérifier si ces anomalies peuvent se transformer en fissures ou s’il y a déjà des fissures », a pour sa part souligné l’AFCN.

Les défauts constatés n’ont pas entraîné de fuites d’éléments radioactifs – qui auraient été nécessairement détectées – durant les phases de fonctionnement du réacteur. Mais, commente François Balestreri, de l’Institut national de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français, ils montrent que « la qualité de fabrication n’est pas au plus haut niveau ».

La cuve d’un réacteur qui en enferme le cœur, c’est-à-dire les barres de combustible et le circuit primaire de refroidissement, mesure 13 m de haut pour un diamètre extérieur de 4,4 m et un poids de plus de 300 tonnes. Elle est composée d’éléments en acier de 20 cm d’épaisseur, soudés entre eux. Les anomalies détectées risquent de produire des fissures verticales, qui fragilisent davantage la structure que si elles étaient horizontales, indique dans un courriel interne le directeur de l’AFCN, Willy De Roovere.

L’agence de contrôle belge ne donnera son feu vert au redémarrage de Doel 3 que si des « arguments convaincants » sont fournis par Electrabel. En attendant, il restera à l’arrêt « au moins jusqu’au 31 août ». Dans sa note diffusée en interne, le patron de l’AFCN n’exclut pas un arrêt définitif dans le « pire des cas ».« Les problèmes paraissent assez graves pour empêcher le réacteur de redémarrer », estime aussi l’IRSN.

Le même sort pourrait être réservé au réacteur numéro 2 de la centrale de Tihange, près de Liège. Mis en service en 1983, et doté d’une cuve elle aussi fabriquée par la firme de Rotterdam, il doit être mis à l’arrêt dans les prochains jours pour révision. Il fera l’objet d’analyses ultrasoniques dont les résultats sont attendus fin septembre. L’AFCN prône l’inspection à terme des cinq autres réacteurs belges, même si leurs cuves ont été fabriquées par le français Creusot ou le japonais Japan Steel.

EN FRANCE, DE MULTIPLES CONTRÔLES

En France, les cuves des 58 réacteurs nucléaires ont toutes été fournies par Creusot-Loire (intégré depuis au groupe Areva). L’Autorité de sûreté française souligne qu’elles sont contrôlées en phase de fabrication et en phase d’exploitation, à l’occasion des visites décennales des centrales. Toutefois, EDF se dit prête à prendre en compte les expertises à venir sur les deux réacteurs belges.

En Belgique, l’arrêt plus long que prévu de Doel 3 et Tihange 2 ne devrait pas poser de problème d’approvisionnement, du moins en cette période estivale, selon le gestionnaire du réseau belge à haute tension, Elia. Mais, en cas d’arrêt définitif, le pays serait en difficulté, car il dépend à 51 % du nucléaire pour sa production d’électricité. Pour Willy De Roovere, le calendrier de sortie du nucléaire progressive qu’a adopté la Belgique « pourrait être revu ».

Le gouvernement de coalition d’Elio Di Rupo avait déjà modifié en juillet ce calendrier adopté dès 2003 sous la pression des écologistes, tout en conservant le principe de fermeture des sept réacteurs belges entre 2016 et 2025. Mais selon ce scénario, les deux réacteurs de Doel et Tihange devaient être parmi les derniers à fermer. Ce plan est contesté par GDF Suez, qui a réclamé, la semaine dernière, des précisions aux autorités belges, sans lesquelles le groupe affirme ne pas pouvoir investir les sommes nécessaires à la prolongation jusqu’en 2025 du réacteur de Tihange 1. L’entreprise a déjà menacé de quitter le pays si l’environnement économique lui était trop défavorable.

L’incident met sous pression la Commission européenne, qui a assuré vouloir répondre à toutes les craintes des citoyens sur la sûreté des installations nucléaires et dont un rapport sur le sujet est attendu à l’automne.

Pierre Le Hir et Intérim (à Bruxelles)

La Commission recommande l’inspection de neuf réacteurs dans l’UELes anomalies découvertes dans la cuve d’un réacteur nucléaire en Belgique devraient conduire au contrôle de toutes les installations similaires dans l’Union européenne, mais cette décision appartient aux Etats et la Commission n’a pas le pouvoir de l’imposer, selon un de ses porte-parole. « Les autorités vont faire ces contrôles, cela semble évident », a déclaré, jeudi 9 août, Marlène Holzner, la porte-parole du commissaire à l’énergie, Gunther Oettinger. « La Commission européenne peut faire des recommandations, mais elle ne peut pas obliger », a-t-elle insisté.

 

Belgique: un réacteur nucléaire arrêté à cause de potentielles fissures

L’Agence de contrôle nucléaire belge (AFCN) a annoncé la mise à l’arrêt de Doel 3, l’un des sept réacteurs exploités par Electrabel, à la suite de la découverte de « potentielles fissures » sur la cuve et n’autorisera la reprise que « si des arguments convaincants sont fournis ». Ouest France mercredi 08 août 2012

Le réacteur était à l’arrêt depuis début juin pour entretien et le combustible nucléaire avait été déchargé. « Le combustible nucléaire a été déchargé. Il n’y a donc aucun danger pour la population, les travailleurs et l’environnement », insiste l’agence dans un communiqué diffusé sur son site internet.

 Des fissures

« Une nouvelle méthode d’analyses de la cuve au moyen de capteurs ultrasoniques a été réalisée lors de la révision planifiée de la centrale nucléaire de Doel 3. Si les résultats de ces analyses ne sont pas encore complètement établis à ce stade, il apparaît déjà que les capteurs ultrasoniques ont détecté sur la cuve la présence de très nombreuses indications qui pourraient s’assimiler à de potentielles fissures », explique l’AFCN. « Le réacteur est maintenu à l’arrêt tant que les résultats complets n’ont pas été fournis.

L’AFCN donnera son opinion après analyse de l’ensemble des informations reçues, sans verser dans la spéculation », précise l’agence.« L’arrêt de Doel 3 sera maintenu (au moins) jusqu’au 31 août 2012 », a ajouté l’AFCN. 

Soumis à un audit international

Mais l’Agence de contrôle nucléaire précise que son « opinion finale se basera sur l’évaluation de sûreté du dossier complet, de même que sur les avis de son Conseil scientifique, et sera soumise à un audit international »« L’AFCN donnera seulement une autorisation de poursuivre l’exploitation si des arguments convaincants sont fournis », conclut le communiqué.

 Sortie du nucléaire

 Electrabel, filiale belge du groupe français GDF Suez, exploite sept réacteurs sur deux sites : quatre dans la centrale de Doel, près d’Anvers, en Flandres et trois à Tihange, près de Liège, en Wallonie.

La Belgique a décidé de sortir progressivement du nucléaire avec la fermeture programmée des unités 1 et 2 de Doel en avril 2016. Doel 3 doit être fermé en 2022 et Doel 4 en 2025. Les trois réacteurs de Tihange seront fermés en 2023 et 2025.