Fessenheim: l’Etat est dans une situation schizophrénique

PARIS – Deux associations anti-nucléaires alsaciennes, soutenues par le réseau Sortir du nucléaire, ont défendu jeudi à Paris la fermeture de la centrale de Fessenheim pour des raisons de sûreté, jugeant que l’Etat, actionnaire majoritaire d’EDF, était dans une situation schizophrénique. AFP 22/11/2012

Nous estimons que Fessenheim doit être arrêtée tout de suite au nom de la sécurité des populations, a déclaré lors d’une conférence de presse André Hatz de Stop Fessenheim, après avoir passé en revue les faiblesses de la plus vieille centrale de France.

Fessenheim est située sur une zone sismique et ne serait plus construite aujourd’hui à cet endroit, a expliqué le militant anti-nucléaire.

La centrale est aussi exposée à des inondations car située 9 mètres en dessous du niveau du grand canal d’Alsace qui la jouxte, et le radier (socle de béton soutenant un réacteur) a été jugé trop faible par l’Autorité de sûreté nucléaire, a relevé M. Hatz.

Pour lui, comme pour Jean-Jacques Retig, membre de l’association La sauvegarde Fessenheim et de la Plaine du Rhin, l’Etat est dans une situation schizophrénique car d’un côté, il s’est engagé à fermer Fessenheim et de l’autre, il est actionnaire à 84% d’EDF qui veut dépenser des millions pour pouvoir poursuivre l’activité sur ce site.

Le chef de l’Etat François Hollande s’est engagé à fermer Fessenheim d’ici fin 2016 et à ramener de 75 à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique français d’ici 2025.

Mais dans le cadre de l’examen du parc nucléaire français, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a demandé un renforcement des installations de Fessenheim (Haut-Rhin), qui coûteraient au moins une vingtaine de millions d’euros.

Le creusement d’un puits pour avoir un deuxième source d’eau froide, en plus du grand canal d’Alsace, doit être effectif d’ici le 31 décembre 2012. Ces travaux ont débuté.

Le deuxième pan de travaux obligatoires pour une poursuite de l’activité est le renforcement du radier, le socle de béton sur lequel repose un réacteur. Cela doit être fait, selon l’ASN, avant le 30 juin 2013.

Nous ne pouvons pas attendre 2016 pour fermer Fessenheim, car le risque de tremblement de terre a été mis en avant par François Hollande pendant la campagne, a renchéri Jean-Jacques Rettig.

Les deux associations, soutenues par le réseau national Sortir du nucléaire auquel elles appartiennent, ainsi qu’Alsace Nature et Stop Transports-Halte au nucléaire ont rendu publique jeudi une lettre adressée à Delphine Batho, la ministre de l’Ecologie et de l’Energie.

Dans ce courrier, elles appellent le gouvernement à utiliser la procédure d’urgence permettant d’arrêter une centrale par décret pour raison de sûreté, indépendamment du démantèlement qui peut avoir lieu plus tard.

Elles soulignent que la procédure classique, plébiscitée par l’ASN, qui consiste à une demande d’arrêt par l’exploitant lui-même et qui prend cinq ans n’est pas la seule existante.

Le gouvernement a annoncé mi-octobre qu’il désignerait une personnalité qualifiée pour préparer la fermeture anticipée de Fessenheim, mise en service en 1977.

EDF

(©AFP / 22 novembre 2012 18h44) 

Moins d’électricité nucléaire, plus d’EPR ?

Voici un très intéressant article du site dissident-media qui est un site consacré au nucléaire. Il calcule simplement ce que signifie de faire passer la part du nucléaire à 50% en France pour la production d’électricité. Et au bout du compte, on s’aperçoit que pour « sortir du nucléaire » comme le prétend EELV, il faut… du nucléaire en plus! Il y aura ainsi des centrales construites pour « sortir » du nucléaire, puis finalement plus de sortie du tout! 17 sept, 2012

Question à 1 000 euros : que signifie pour EELV 50% de nucléaire en 2025 ? Aujourd’hui, en fait depuis une quinzaine d’année, la part atomique injectée sur le Réseau de transport d’électricité (RTE) tourne autour de 75% de la production nette d’électricité en France.

François Hollande s’est engagé à faire baisser cette proportion d’un tiers d’ici 2025, soit d’ici 13 ans.

La production annuelle d’électricité atomique (données RTE) s’est stabilisée autour de 420 TWh depuis une dizaine d’années, tandis que la consommation, pertes en ligne comprises, augmente en tendance d’un peu plus de 1,2% par an depuis une douzaine d’années. Durant cette période, le solde export – import a fluctué entre 7 et 15% (moyenne = 12%) de la production nette.

La crise a eu pour effet de tasser offre et demande. Le taux moyen d’augmentation de la consommation de 1,2% durant ces 12 dernières années en a été affecté. On peut donc raisonnablement tabler sur un maintien de ce taux, qui conjuguerait, reprise d’un côté, et effort de maîtrise de l’autre, d’ici 2025. Par ailleurs, le programme de développement des énergies renouvelables devrait, comme cela a été le cas du Danemark, conduire à au moins maintenir le niveau moyen du solde export – import.

À partir de ces hypothèses, la production d’électricité devrait atteindre 675 TWh en 2025, dont 595 TWh pour la consommation intérieure. La part nette de la fission de l’atome dans la production d’électricité s’établirait donc à 337 TWh en 2025.
_ Certains ont pu croire que la réduction d’un tiers de la proportion (de 75% à 50%) signifiait une réduction d’un tiers de la production. La réalité sera différente : moins de 20%

Le plus significatif vient maintenant. D’ici 2025, 31 réacteurs auront dépassé 40 ans d’exploitation). Ils font partie d’un ensemble de 34 réacteurs qui ne satisfait pas des exigences de sûreté considérées depuis longtemps comme élémentaires, notamment celle de disposer d’une enceinte de confinement double.

Sachant que l’ASN ne se montrera pas plus exigeante sur ce point précis qu’elle ne l’a été dans le passé, on suppose que seuls ces 31 réacteurs auront été mis hors service une fois atteinte la limite d’âge de 40 ans. L’expérience montre que le taux de charge tend à diminuer (il était de 66% pour les 19 réacteurs ayant atteint ou dépassé 30 ans de service en 2009) lorsque les centrales vieillissent.

On tablera sur le maintien de ces 66% jusqu’à l’âge de 40 ans. L’arrêt de ces 31 tranches entraînera donc une perte de production annuelle de l’ordre de 160 TWh. Avec en perspective proche le remplacement des 3 dernières tranches de 900 MWh et des 8 tranches de 1300 MWh, une perte de production d’au moins 67 TWh est à prévoir entre 2025 et 2030 (vraiment “au moins” car 9 tranches supplémentaires auront dépassé 40 années d’exploitation en 2030…).

Calendrier de construction des centrales nucléaires françaises (1970-2000)

Deux et deux font quatre, n’est-ce pas ? Si on soustrait 160 de 420 on trouve 260. Puis si on soustrait encore 67 de 260, on trouve 193.
Question : combien d’EPR de 1600 MW électriques faut-il construire pour produire la différence entre 335 et 260 TWh, puis entre plus de 335 et 193 TWh ? On va généreusement leur accorder un taux de charge effectif de 80 % (une performance que les centrales d’EDF n’atteignent pas). Chaque EPR produirait alors 11,2 Twh/an.

L’administration Hollande doit donc engager un programme industriel visant la construction d’au moins 5 EPR avant 2025 (en sus des 2 déjà engagés) et la mise en service d’au moins 6 EPR supplémentaires d’ici 2030.
La construction de ces machines dure au moins 7 ans. Il faudra donc décider le lancement de la construction d’un EPR/an d’ici 2025, compris les deux déjà programmés.
Si l’administration Hollande dure deux mandats, et si aucune catastrophe atomique ne frappe l’Europe d’ici là, elle aura mis à son actif 8 EPR !
Le 4 juillet, le leader du groupe EELV à l’Assemblée nationale a déclaré au nom de ses amis partager avec le gouvernement la « première étape » de « baisse programmée et résolue de la production d’électricité d’origine nucléaire », tout en étant partisan à long terme « de la sortie du nucléaire ».
Les écologistes ont une connaissance des questions d’énergie atomique très supérieure à celle des autres politiciens du pays.
Ils savent donc que les EPR sont conçus pour une durée d’exploitation supérieure au demi siècle. En appuyant solennellement sur ce point la déclaration de politique générale du Premier Ministre, ils se sont donc prononcés pour la stratégie de remplacement du parc existant par des EPR. Ils soutiennent ainsi formellement la poursuite indéfinie de la production d’électricité atomique dans notre pays.
Voilà le prix réel, ou du moins une part certaine du prix à payer, de la présence d’un groupe EELV à l’Assemblée Nationale !
Allez, courage, encore un effort pour ne plus être du tout écologiste !
Comment vont réagir les collègues Verts élus au Parlement Européen ?

Le nucléaire, un luxe hexagonal

Les socialistes, Montebourg en tête, parent à nouveau l’atome de toutes les qualités, comme s’il ne s’était rien passé à Fukushima. Mais vanter cette énergie comme « peu chère » est un gros mensonge, souligne cet éditorial de la Tribune de Genève. 28.08.2012, Olivier Bot, Tribune de Genève

Quand Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif français, dit que « le nucléaire est une filière d’avenir », il dit la vérité. L’Agence internationale de l’énergie atomique a évalué à plus de 100% la progression de son usage sur la planète d’ici à 2030, essentiellement en Inde et en Chine. Quand il justifie le choix du nucléaire en parlant d’une « énergie pas trop chère », le ministre français ment.

L’électricité n’est certes pas chère en France. Mais parce qu’elle n’intègre pas tous les coûts de cette filière. Le coût de production du kilowatt atomique devrait logiquement intégrer le prix grandissant de la sécurité, celui du retraitement des déchets, ou encore du démantèlement des centrales nucléaires devenues obsolètes, voire dangereuses. Il devrait aussi prendre en compte les surcoûts de construction des dernières innovations très controversées que sont le réacteur nouvelle génération de Flamanville ou le centre de recherche Iter à Cadarache.

Mais en France, le lobby constitué autour d’EDF et d’Areva est un Etat dans l’Etat, comme on a pu le dire du complexe militaro-industriel aux Etats-Unis ou dans l’ex-URSS. Bref, le nucléaire est un luxe, même si cela rapporte à la France qui exporte son savoir-faire un peu partout.

Dans le débat qui agite toute l’Europe sur cette énergie depuis les accidents de Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011), plusieurs pays dont la Belgique, l’Allemagne et la Suisse se sont engagés dans la courageuse voie de la sortie, après l’Autriche, l’Italie et le Danemark. Pour beaucoup, c’est un luxe que seuls des pays riches peuvent se payer.

Le nouveau président François Hollande a promis de réduire « la part de l’électricité nucléaire en France de 75 à 50 % à l’horizon 2025 ». Les antinucléaires d’Europe Ecologie-Les Verts qui participent au gouvernement Ayrault commencent à douter de la sincérité de cet objectif. Ils ont raison. Le ministre de la réindustrialisation a complété ses propos hier : le nucléaire, c’est 500 000 emplois en France.

Dans le monde d’aujourd’hui la dissuasion nucléaire n’a plus aucun sens

Michel Rocard a proposé dernièrement de supprimer la dissuasion nucléaire. Toute la classe politique française s’est alors dressé contre lui sous-entendant que l’arme nucléaire est un moyen de tenir son rang de puissance. Pourtant, les contres exemples ne manquent pas et l’arme nucléaire apparaît de plus en plus comme une illusion de pouvoir. Atlantico 22 juin 2012

Interview de Paul Quilès , homme politique français socialiste. Il est le maire de Cordes-sur-ciel dans le Tarn depuis 1995 et anime également le club Gauche Avenir.

Atlantico : François Hollande n’a pas donné suite à la proposition de Michel Rocard d’abandonner l’arme nucléaire. L’armement nucléaire a-t-il toujours un sens aujourd’hui en France ?

Paul Quilès : Il faut replacer la proposition de Michel Rocard, comme il l’a admis lui-même, dans une démarche de provocation. Il a voulu susciter le débat et je ne m’en plaindrai pas. Il faut quand même noter que le chiffre qu’il a donné concernant les dépenses suscitées par le nucléaire était inexact. Il voulait parler, à l’évidence, des dépenses sur 5 ans, et non pas sur un an.

La réaction de François Hollande est classique. Il s’agit de justifier la dissuasion nucléaire par la volonté de tenir le rang international de la FranceOr, en faisant apparaître l’arme nucléaire comme un attribut de puissance et en donnant le sentiment, comme la France, que c’est un avantage, il n’est pas étonnant que d’autres pays cherchent à acquérir l’arme nucléaire. Mais cette thèse ne tient pas. Beaucoup de pays, comme l’Allemagne, n’ont pas besoin de l’arme nucléaire pour être entendus. De plus, on fait trop souvent la confusion entre les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et les Etats dotés de l’arme nucléaire, ce qui est historiquement inexact, puisqu’en 1945, seuls les Etats-Unis possédaient cette arme !

Pourquoi l’arme nucléaire n’a-t-elle jamais servi depuis Hiroshima et Nagasaki en 1945 ?

C’est l’argument qu’on met souvent en avant pour justifier la possession d’armes nucléaires. Ce serait une « arme de non emploi ». Or elle a servi une fois, et contrairement à ce qu’on dit, elle n’a pas mis fin à la Deuxième guerre mondiale. On sait depuis l’ouverture des archives américaines que le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki a constitué une épouvantable « expérimentation » de l’arme atomique à grande échelle. D’autre part, les conséquences de l’utilisation de l’arme nucléaire sont terrifiantes et on peut dire que ce n’est donc pas une « assurance-vie », formule utilisée par les défenseurs de la dissuasion, mais une « assurance-mort ». Et on oublie qu’elle a failli être utilisée à plusieurs reprises, pendant la crise de Cuba en 1962 notamment. Encore une autre preuve, s’il en faut :  malgré l’échec du projet d’IDS (la « guerre des étoiles » ),  voulu par le Président Reagan dans les années 80, on veut mettre en place aujourd’hui en Europe un bouclier antimissile . Mais si la dissuasion nous protège, pourquoi vouloir construire un bouclier ?

Quid du risque de la possession de l’arme nucléaire par des groupes privés ?

La dissuasion nucléaire n’a jamais protégé des groupes terroristes. On l’a vu par exemple avec les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis ! La possession de cette arme est de moins en moins dissuasive… à supposer qu’elle l’ait été dans le passé.

Dans le contexte actuel, avec un Iran qui s’apprêterait à acquérir la bombe nucléaire, n’est-ce pas dangereux de se désarmer ?

D’abord, il y a d’autres façons de lutter contre la prolifération nucléaire que de continuer à en vanter les mérites et à en limiter la possession à un petit club de pays. Et puis, le désarmement ne peut être que progressif. La question ne se pose donc pas dans ces termes. Il y a encore environ 20 000 ogives nucléaires dans le monde, soit 400 à 500 000 fois la puissance d’Hiroshima. Il faut donc s’engager dans des négociations vers le « désarmement nucléaire général et complet », comme le stipule l’article 6 du TNP, qui n’est malheureusement pas respecté. Ce qui signifie qu’on ne pourra pas faire disparaître toutes les armes d’un coup de baguette magique. Cela peut prendre une vingtaine d’années, comme le propose le mouvement Global Zero.

Le désarmement nucléaire est-il de droite ou de gauche ?

Même si l’insistance mise sur le désarmement est traditionnellement plutôt marquée à gauche, je constate qu’aux Etats-Unis, nombre de Républicains défendent le désarmement nucléaire. En France, les choses sont plus compliquées et il existe une attitude inspirée par le souvenir de De Gaulle qui considère l’armement nucléaire comme indispensable pour assurer notre indépendance…..ce qui reste prouver.

Pourquoi, avant la sortie de Michel Rocard, y avait-t-il si peu de débat à ce sujet en France ?

Contrairement à ce qu’on répète, il n’y a pas de consensus en France, parce qu’il n’y a jamais eu de débat public. L’opinion des Français n’a donc jamais pu être mesurée.  Même dans les partis politiques, la question est très rarement abordée. J’ai été pendant plus de dix ans délégué aux questions de défense et de stratégie du PS auprès de François Hollande et je n’ai pas le souvenir que cette question ait donné lieu à débat. Il est regrettable qu’on en parle dans les médias seulement à l’occasion de cette provocation de Michel Rocard…. mais c’est un bon début, puisque je viens de publier un livre sur ce sujet « Nucléaire, un mensonge français » et que j’ai bien l’intention de m’exprimer ! Si les partis ne veulent pas en parler, je souhaite au moins que les journalistes sortent d’un conformisme qui les amène trop souvent à se caler sur la thèse « politiquement correcte » du consensus français. Je ne me satisfais pas du « circulez, y’a rien à voir », pas plus que de ce commentaire d’un officier supérieur disant hier à la télévision « c’est une assurance-vie, qui ne coûte pas cher -0,2% du PIB- pourquoi s’en priver« . C’est vraiment le niveau zéro du débat. Il est temps de commencer à parler sérieusement de ce sujet qui concerne notre sécurité et notre avenir.

Propos recueillis par Ania Nussbaum

 

Voir aussi: “L’arme nucléaire est inutile et coûteuse”, par le général Bernard Norlain

Ayrault : la partition écolo de Hollande sans surprise mais sans fausse note

Après un départ calamiteux sur le dossier écologique, qui a conduit la Ministre en charge de l’Ecologie à quitter son ministère un mois aprés sa nomination, Jean-Marc Ayrault a manifestement tenu à rassurer sur ses intentions. Guillaume Malaurie Le Nouvel obs 4 07 12

Wait and See! car pas un mot sur Astrid, ITER, EPR, THT.  Les travaux continuent. Pendant ce temps là,  on occupe la galerie à l’Assemblée, on réprime  manifestants, opposants, paysans et justiciables.. (Jeudi)

Pas de grosse surprise dans son discours de politique générale, mais le Premier ministre  n’a pas mis de bémols aux engagements  écologiques de François Hollande.  Si l’interprétation n’a rien de trés personnel,  la partition  est jouée honnétement en suivant les portées imprimées : sans fausse note.

Parfois même piano forte sur la réforme cardinale : le  « grand chantier de la transition énergétique« . Quand bien même  Jean-Marc Ayrault n’a pas réaffirmé devant les députés les objectifs annuels chiffrés stipulés dans le programme de François Hollande. Rappelons les : 400.000 constructions neuves aux normes thermiques et 600.000 logements du parc ancien rénovés. 

Reste l’inistance mise sur ce « programme massif d’économie d’énergie » qui laisse espérer que, dans les semaines qui viennent, soient annoncées les premières mesures. Et que l’on en  sache  un peu plus sur l’effort budgétaire. Et  donc si oui ou non,  l’investissement financier est aussi « massif » que ne le laisse entendre la bande annonce. 

Car si pendant cinq ans, le gouvernement Ayrault se tenait  à cette seule réforme et la menait à bien, il mériterait déjà une couronne de lauriers vert fluo. Il aurait ainsi  donné le top départ à un effort qu’il faudrait d’ailleurs tenir au même rythme bien au delà  de ce quinquennat pour pouvoir amortir ces investissements et en tirer tous les bénéfices. Jusqu’à 2050.

Jean-Marc Ayrault a  par ailleurs rappelé l’objectif  « hollandais » de réduction de la part du nucléaire dans la production électrique, de 75% à 50% à horizon 2025. Pour l’heure, il s’agit encore  d’une orientation de principe. Un horizon. Il est d’ailleurs  fort probable que la seule et unique centrale concernée par ce quinquennat, Fessenheim, ne fermera qu’à la fin de la législature.

Tout dépend en effet de la conception que le gouvernement Ayrault se fera  de la « transition énergétique« . Une doxa qui reste trés floue et ne devrait commencer à se préçiser  qu’au terme du grand débat énergétique de la rentrée prochaine que l’on peut déjà prévoir musclé.

Vers octobre ou plutôt novembre ? Voire décembre ? Ou janvier 2023 ?  Car l’agenda environnemental  a déjà pris un peu de retard. Prévu en juillet, la Conférence environnementale qui prend le relais du Grenelle de l’Environnement  a été décalée en septembre.

Manifestement, Jean-Marc Ayrault n’a pas  tranché sur les grands choix énergétiques. Et n’a rien laissé transpirer de ses convictions personnelles. Il n’a même  jamais évoqué, fut-il d’un mot, les énergies renouvelables dont certaines (le photovoltaïque) sont  pourtant dans une situation économique et financière proche du coma. Il n’a pas non plus fait allusion aux gaz à effet de serre, à al Conférence de Rio ou au réchauffement ; Dans son esprit, c’était hors sujet. 

L’autre promesse à tenir, c’était la réforme évoquée du « code minier ». Et ce sera fait.  Un code , il est vrai, d’un autre âge qui a permis et permet encore  toutes les carambouilles jacobines en liaison étroite avec les pétroliers et leurs relais au sommet de l’Etat. Ce rappel vise certainement à désamorcer la polémique qui a suivi l’éviction de Nicole Bricq de son poste de Ministre de l’Écologie à propos des forages exploratoires en eau profonde en Guyane.

Pour le reste, rien de bouleversifiant. Jean-Marc Ayrault a repris les formules assez alambiquées dont est coutumier son Ministre  ( et ami ) de l’Agriculture Stéphane Le Foll : « Une agriculture diversifiée, durable et performante ». Ça ne mange pas trop de pain. Mieux vaut sur ce dossier trés sensible juger sur pièces.

En revanche, ce qui manque cruellement, c’est  la prise en compte du  paramètre écologique dans la réforme fiscale esquissée. Jean-Marc Ayrault ne retient que la seule référence sociale. Or, sans signal pénalisant sur les énergies fossiles, comment  espérer s’extraire pour de vrai de cette dépendance et de la précarité énergétique galopante  sur  le gaz ou  le fuel ?

Ayrault a certes évoqué les  » tarifs progresifs ». Séduisant mais formidablement complexe à mettre en oeuvre selon les experts. Il convient en effet de calculer pour chaque foyer la consommation de base en  prenant en compte le nombre de personnes, la performance thermique du logis,  sa localisation géographique et  la météo  par nature changeante d’une année sur l’autre.

La fiscalité écologique, ce n’est manifestement pas le dada de Ayrault. On se souviendra  d’ailleurs qu’il  fut un ennemi déclaré de la taxe carbone, susnommée par  ses soins « taxe Bobo ».

Pour autant, Jean-Marc Ayrault n’a pas traité l’écologie et la « biodiversité » comme des dossiers en  plus. Il a même lié très étroitement le « redressement productif » aux réformes énergétiques pour un  avenir « sobre et efficace« . Ayrault a même insisté sur le gisement d’emplois verts. Un discours qui n’était plus tenu par Nicolas Sarkozy depuis deux ans. Depuis le fameux  » L’écologie, ça commence à bien faire« . 

Au delà de l’alliance  parlementaire avec Europe Ecologie-les Verts, on assiste bien à une progressive percolation des arguments écologiques dans le discours productiviste classique socialiste. Même si on sent bien qu’Ayrault force sa nature  pour trouver les compromis de langage pour mélanger le vert et le rose. 

Au fond, l’écologie qui séduit  Ayrault,  c’est d’abord celle qui crée des emplois ici et maintenant. 

Guillaume Malaurie

« La transition écologique aura sa feuille de route précise »

Pendant la campagne présidentielle, Marie-Hélène Aubert a dirigé le pôle « Environnement, développement durable et énergie » auprès du candidate socialiste. Membre du Parti socialiste, elle a commencé à travailler avec François Hollande à l’été 2009 après avoir quitté les Verts. De 1997 à 2002, elle a été députée d’Eure-et-Loir. Elle présente au Monde le projet écologique du président élu. Par Propos recueillis par Marie-Béatrice Baudet et Laurence Caramel LE MONDE  09.05.2012

 

Marie-Hélène Aubert, chargée du pôle environnement auprès de François Hollande, à Paris, le 7 mai.

 

Dimanche 6 mai, à Tulle, François Hollande a rappelé l’urgence à mener la « transition écologique ». Comment la définissez-vous ?

Nos modes de développement et de consommation ne sont pas durables, car ils mobilisent trop de ressources naturelles. Je pense aux énergies fossiles en particulier, qui contribuent au réchauffement climatique. Nous rejetons aussi énormément de déchets et nos ressources en eau sont fragiles. Nous devons veiller à les préserver.

L’objectif est de définir un nouveau modèle de développement écologique, mais aussi social: il faut intégrer ce surcoût que produit l’exigence environnementale dans une politique de redistribution. Il ne doit pas y avoir de contradiction entre le social et l’écologique. Il ne s’agit pas d’une rupture brutale, imposée d’en haut mais au contraire d’un processus démocratique. Nous devons prendre le temps d’examiner toutes les données, d’en débattre afin d’élaborer la meilleure feuille de route, le meilleur compromis possible pour cette transition.

Vous relancez un grenelle de l’environnement ? Quel bilan d’ailleurs en faites-vous ?

Nous avons auditionné nombre d’acteurs du Grenelle afin de savoir ce qui, selon eux, méritait d’être conservé ou amélioré.

Notre philosophie est de placer le dialogue environnemental au même niveau que le dialogue social. C’est pourquoi nous organiserons une « Conférence environnementale » à six : les cinq du Grenelle, auxquels viendront se joindre des représentants du Parlement, car le lien avec les élus a été un des problèmes dans la mise en œuvre du Grenelle.

Nous souhaitons aussi établir une régionalisation du processus de dialogue. Il faut sortir des réunions de salon dans les ministères et traiter plutôt de ces problématiques au niveau des régions qui ont toutes leurs spécificités.

Nous fixerons, bien sûr, un agenda. Il est impossible de traiter tous les sujets à la fois. Des priorités sont nécessaires.

Et le bilan du Grenelle ?

Le dialogue transversal a bien fonctionné, mais rappelons que cette idée était celle des ONG. Elle n’avait pas germé d’un seul coup dans la tête de Nicolas Sarkozy. Malheureusement, ce dialogue n’a duré que quelques mois. On a abouti à une loi Grenelle I, assez consensuelle. En revanche, le processus a commencé à pécher avec la loi Grenelle II, dont la publication des décrets a traîné en raison du poids des lobbies concernés par telle ou telle mesure.

Allez-vous en faire l’audit ?

Oui, car nous avons besoin d’une synthèse claire pour bien hiérarchiser nos priorités d’action.

Quelles sont ces priorités ?

François Hollande a fait de la transition énergétique un enjeu prioritaire. C’est la première étape que nous mènerons au sein de la Conférence environnementale. Le nucléaire, qui avait été exclu des sujets du Grenelle, y sera traité.

Concrètement, le débat sur l’énergie devrait être lancé à l’automne et durera au moins six mois. Il donnera lieu à une loi votée au printemps 2013.

Il nous faut d’abord constituer un comité national organisateur dont l’indépendance ne pourra pas être contestée, et qui recevra une lettre de mission précise.

Pour autant, un certain nombre d’objectifs ont d’ores et déjà été fixés comme la mise aux normes énergétiques d’un million de logements par an (600 000 dans le parc ancien et 400 000 dans le neuf) ; la sobriété énergétique ; l’essor des énergies renouvelables (etc.). Concernant ces dernières, je peux vous dire que nous n’attendrons pas l’été 2013 pour réinstaurer un cadre réglementaire stable, visible et incitatif pour l’ensemble des filières (photovoltaïque, éolienne, etc.). Tous les acteurs le réclament. Il y a énormément d’emplois en jeu. Mais il ne s’agit pas de grever les finances de l’Etat.

Est-ce que la France a les moyens de faire face à la concurrence chinoise avec des subventions qui pèseront sur le budget du pays ?

Pas question de créer une économie subventionnée ad vitam aeternam. Ces filières sont naissantes, elles ont besoin d’un soutien transitoire. Certains acteurs industriels estiment qu’elles pourraient être rentables et compétitives d’ici à 2017. La France a des atouts, du savoir-faire, et nous encouragerons la recherche et l’innovation. Et la filière solaire, ce n’est pas uniquement la fabrication des panneaux.

Quels sont les autres dossiers urgents, selon vous ?

La biodiversité, l’eau, l’agriculture durable. Il faut une méthode de concertation qui nous permette d’avancer vraiment et de sortir d’une logique de confrontation entre écologistes et agriculteurs.

Même avec la puissante Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) qui a montré, ces derniers mois, son hostilité à toute contrainte environnementale ?

Les choses bougent sur le terrain. Il faut s’appuyer sur les initiatives locales pour faire évoluer les états d’esprit. Le monde agricole a besoin de reconnaissance. Beaucoup de ses filières sont en crise.
Une réforme de la politique agricole commune [PAC] est en cours. La France peut avoir, dans ce domaine, une position forte pour que les pratiques vertueuses soient valorisées, soient « payantes » dans tous les sens du terme.

Quel serait, selon vous, le périmètre idéal du futur ministère de l’écologie ? Faut-il par exemple lui adjoindre l’agriculture ?

Cette question est du ressort du chef de l’Etat et de son futur premier ministre, qui sera d’ailleurs en charge du dossier de la transition écologique. Mais il est clair que nous aurons besoin d’une transversalité très forte.

Comment allez-vous financer cette transition écologique ?

Plusieurs pistes existent. La réforme fiscale annoncée par François Hollande aura un versant écologique important avec l’instauration de bonus-malus, du principe pollueur-payeur et d’une réflexion sur l’évolution du financement de la protection sociale qui pourrait à terme notamment s’appuyer sur la création de taxes sur les différentes sources de pollution.

La réduction progressive des niches fiscales défavorables à l’environnement sera aussi une source de revenus. De même que la mise aux enchères, le 1erjanvier 2013, des quotas de COsur le marché européen. Il est important de penser la transition énergétique à l’échelon européen, et c’est aussi à ce niveau que des fonds devront être mobilisés.

François Hollande est, comme Nicolas Sarkozy, partisan d’une instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe. L’Union doit-elle s’armer contre le dumping environnemental des pays en développement ?

L’Europe doit se protéger contre le dumping social et environnemental. Elle ne peut pas avoir un haut niveau d’exigences environnementales et laisser ses portes ouvertes à la production de pays qui ne respectent pas ces mêmes normes.

Pour que cette demande de réciprocité soit acceptable, il faut que les pays riches assument aussi leurs responsabilités vis-à-vis des pays pauvres en augmentant leurs aides pour les accompagner dans un modèle de développement durable.

Propos recueillis par Marie-Béatrice Baudet et Laurence Caramel

Les bons conseils de Voynet aux écolos qui iront au gouvernement

Cécile Duflot bientôt ministre ? La secrétaire nationale d’EELV, a annoncé lundi qu’elle quitterait son poste de secrétaire nationale le 22 juin. Elle appelle le Conseil fédéral d’EELV à voter le principe d’une entrée au gouvernement que va former François Hollande. « Je ne pense pas que dans la situation de crise difficile où on est, un gouvernement dans lequel le PS serait en tête à tête avec ses ralliés du premier tour, le PRG et le MRC, puisse suffire ». 07/05/2012 Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue 89

En fin d’article, un rappel historique avec les témoignages de  Voynet et de Cochet


Dominique Voynet à Montreuil le 27 avril 2012 (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

Certes, le Premier ministre du futur gouvernement de gauche n’a pas encore nommé des ministres écologistes. Mais la maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui fut la première Verte à entrer au gouvernement, a bien des conseils à distiller à ses camarades : comment obtenir des arbitrages budgétaires, résister aux assauts des lobbies, retourner l’adversaire par l’humour… du haut du petit ministère de l’Environnement que Jospin lui confia de 1997 à 2001, Dominique Voynet semble avoir beaucoup appris. Rue89 a rencontré la maire dans son bureau, juste avant le second tour.

Certains de vos camarades se voient déjà ministres. Pensez-vous qu’il faille que les écologistes retournent au gouvernement ?

Je regarde de façon distanciée l’agitation de certains de mes camarades, écumant leur carnet d’adresse pour voir tous les socialistes qu’ils connaissent… c’est un peu bizarre.

D’abord, on va faire les choses dans l’ordre : on va se réunir après le deuxième tour et voir si les conditions sont réunies pour qu’on y aille. François Hollande peut être tenté de faire jusqu’aux législatives un gouvernement resserré et prendre langue avec les écologistes et les communistes après, en fonction de comment s’est passée la campagne et des rapports de force.

Pensez-vous qu’il serait bien que les écolos aient d’autres ministères que celui de l’Environnement ?

Oui je défends l’idée que les écologistes participent au gouvernement mais dans un contexte radicalement différent de la dernière fois. Avant, on était conquérants, on voulait gagner des choses. Maintenant on a plutôt un sentiment de responsabilité, on prendrait notre part du fardeau : la crise n’est pas terminée, le chômage est au plus haut, les caisses sont vides. La confiance reste à construire, la gauche pourrait décevoir.

On est crédibles sur les questions santé, logement, droit des femmes, jeunesse, affaires européennes… Et à titre personnel, la droite a tellement défait ce qui avait été fait entre 1997 et 2002 (Yves Cochet lui a succédé de 2001 à 2002) que ce serait frustrant d’y retourner. Il y aurait un côté Sisyphe. Il faudrait que ce soit quelqu’un d’autre, et pas forcément un Vert d’ailleurs.

Comment sentez-vous François Hollande aujourd’hui par rapport à Lionel Jospin en 1997 ?

C’est difficile de comparer les deux situations. Quand Jacques Chirac dissout l’Assemblée nationale en 1997, c’est un aveu d’échec. Face à la droite, le Parti socialiste a conclu des accords bilatéraux avec ses quatre alliés de la gauche plurielle.

Aujourd’hui, on a un PS qui semble manifester l’intention de gagner seul. François Hollande dit : « C’est mon programme, c’est ma dynamique, je suis content qu’Eva [Joly, ndlr] et Jean-Luc [Mélenchon, ndlr] appellent à voter pour moi », mais il ne fait pas d’ouverture sur les contenus. Tactiquement, il n’a pas tort.

En 1997, ça ne devait pas être vous la ministre car vous veniez d’être élue députée, or les écologistes avaient décidé que les nouveaux députés ne devaient pas quitter leur siège. Pourquoi y êtes-vous finalement allée ?

A l’époque, les Verts, qui obtiennent leurs six premiers députés de l’histoire, ne veulent pas en perdre un, car les suppléants sont socialistes. Or finalement, je me rends compte que tous mes collègues députés sont candidats pour aller au gouvernement.

C’est là que Jospin m’appelle et me dit : c’est toi ou personne d’autre. Une relation de confiance s’était construite auparavant.

Jospin « en insécurité » avec les Verts

Vous nommer au gouvernement, c’est une prise pour le parti. Hollande peut-il être tenté de faire la même chose avec par Cécile Duflot ?

Peut-être que ça a fait partie de son calcul, mais il ne m’a jamais demandé de mettre les Verts au pas, jamais. J’ai gardé une incroyable liberté de parole et d’action.

Quand je prend position publiquement pour une prime de Noël pour les chômeurs, que je vais à une manifestation de soutien à la Tchétchénie, ou à la Gay Pride, Jospin me dit « ce n’est pas la place d’un ministre d’aller à des manifestations ». Je lui dis qu’il y a des moments où la place de la société civile mérite d’être entendue et amplifiée.

Comment Jospin voyait-il les Verts selon vous ?

Pour lui, les Verts sont un objet politique non identifié. Jospin a plus une culture de haut-fonctionnaire, il était en insécurité avec ce partenaire dont il ne connaissait pas les codes.

Il était intellectuellement assez intéressé par nos sujets. Par exemple sur le changement climatique, il n’avait pas la moindre idée de la gravité du phénomène et il m’a laissé négocier les accords de Kyoto.

Dans un premier temps, lui et les socialistes avaient l’impression que le réchauffement climatique était un sujet environnemental, quand il a compris que c’était un sujet financier, fiscal, économique lourd, là il a voulu comprendre.

Vous a-t-il proposé un autre ministère que celui de l’Environnement ?

Quand il m’a reçue, chez lui, 24 heures après les élections, je lui ai d’abord dit : « Je peux pas venir à Paris, j’ai une petite fille, il me faut un jardin… » Et quand il m’a proposé l’environnement, j’ai dit : « On va penser que les écolos ne savent faire que ça, qu’on leur réserve les fleurs et les petits oiseaux et les choses sérieuses pour les autres ». Je lui dis : « Je sais faire d’autres choses, je peux faire la santé. »

Il y avait deux personnes chez lui, Claude Allègre qui était positif, et Olivier Schrameck qui découvrait totalement l’écologie. Je ne sais plus qui a suggéré d’ajouter l’aménagement du territoire, mais j’ai trouvé que ça allait bien avec.

A ce ministère, au départ cantonné à la nature, j’ai réussi à ajouter la tutelle sur le nucléaire, la co-tutelle sur le Museum d’histoire naturelle, celle sur l’Office national des forêts…

Quatre ans au même poste, c’est long ?

Quand Jospin a pris Guy Hascoët au gouvernement (à l’économie sociale et solidaire), il a essayé de me convaincre de laisser l’environnement et de mettre Claude Bartolone à ma place pour régler le problème de la chasse. Il m’a proposé le ministère de la Santé, j’ai été très tentée, évidemment. Mais j’avais plusieurs gros chantiers en cours, notamment les négociations sur le climat… Ça prend tellement de temps de se construire une crédibilité.

« Je trouve mon parti bien ingrat parfois »

Trouvez-vous qu’aujourd’hui EELV est en meilleure position que vous à l’époque ?

Contrairement à aujourd’hui, j’avais dans ma besace des accords que j’avais négociés personnellement avec Jospin sur le contenu. Dans ces accords, il y avait l’abandon du canal Rhin-Rhône à grand gabarit, du premier projet d’EPR et de Superphénix.

Je trouve mon parti bien ingrat parfois par rapport au travail qui a été fait car on n’a jamais gagné autant depuis. Je crois ensuite avoir empêché beaucoup de sottises comme le doublement des autoroutes, dans les Alpes, en Lorraine…

Lors de la passation de pouvoir, sur le perron du ministère, j’ai annoncé plein de choses sans demander rien à personne. On m’a appelé pour me dire que ce n’était pas comme ça que ça marche, qu’il y avait de l’inteministériel, etc. A l’époque je me suis dit : « Heureusement que tu l’as lancé sur le perron parce que tu ne l’aurais jamais eu sinon. »

Pensez-vous que vous auriez pu mieux faire ?

Je n’ai pas l’impression que Lionel Jospin m’ait maltraitée. Mais j’ai été affaiblie par le fait que mon parti avait une faible culture de gouvernement.

LA PARABOLE DE L’ACCOUCHEMENT

« J’ai essayé de théoriser ce que je voulais dire aux écolos : quand une femme accouche, ça ne sert à rien de pousser alors qu’il n’y a pas de contractions, mais quand la contraction arrive c’est là qu’il faut pousser.

Ainsi, parfois, il y a des sujets qui ne sont pas dans l’actu, et ça ne sert à rien de ramer tout seul pour attaquer la falaise alors qu’il n’y a pas de vent dans la voile.

A certains moments, quand je me battais à l’intérieur du gouvernement pour gagner quelque chose, j’avais envie de leur dire “mais ne tapez pas sur ma tête à moi, prenez-vous en aux autres ministres qui veulent pas bouger avec nous”… sauf que ce n’était pas possible. »

On avait un rythme de fonctionnement tel que tous les deux mois j’allais plancher devant le conseil national des Verts pour rendre des comptes.

Et à chaque fois ou presque, ils me faisaient le coup de déposer une motion demandant mon départ du gouvernement. Cinq personnes votaient pour, les autres contre, mais on perdait notre temps, c’était épuisant.

J’ai néanmoins l’insolence de penser que le bon résultat de Noël Mamère en 2002 [plus de 5%, ndlr] est lié à la crédibilité acquise pendant ces années-là.

Comment faire pour exister face au PS ?

Dans la majorité plurielle de l’époque, le PS restait au centre et faisait des concessions périphériques aux uns et aux autres.

Le parti socialiste avait de solides relais dans l’administration d’Etat, les grands corps, les entreprises, tout comme le PC, mais nous pas du tout. Je me souviens que les majors de l’eau, par exemple, bénéficiaient d’un rapport de forces très favorable.

Vos camarades ont-ils plus de chances de réussir aujourd’hui ?

Je pense que le parti est plus armé, il a des élus en responsabilité dans la plupart des régions et dans beaucoup de départements et de villes, la culture de la gestion s’est plus largement diffusée, ce qui ne veut pas dire qu’on soit des soldats dociles.

« Pas de chantage à la démission tous les quatre matins »

Ils n’ont pourtant pas obtenu raison sur l’aéroport Notre-Dame-des-Landes et la sortie du nucléaire, dont ils avaient fait des conditions sine qua non…

Ils ont eu tort de dire on ne signera pas si…. Ça aurait été idiot de subordonner la signature d’un accord à ces sujets. En revanche, il faut dire qu’on continuera à se battre sur ce qu’on croit juste, y compris au gouvernement, ce qui ne veut pas dire être déloyal.

Je ne me suis pas permis de faire du chantage à la démission tous les quatre matins. Je l’ai fait une fois en quatre ans, quand le lobby nucléaire est revenu au créneau pour dire qu’il voulait faire l’EPR. Je n’ai pas pris l’opinion et le monde entier à témoin, je suis allée voir Jospin, je lui ai dit : « Sache que je ne resterai pas au gouvernement si tu devais prendre cette décision. » Il ne l’a pas fait.

Pensez-vous que les écologistes peuvent pousser vers la sortie du nucléaire ?

Là dessus, je suis peut-être vraiment pas majoritaire chez les écolos, mais regardons la réalité en face : qu’est ce qui est important pour fermer des centrales nucléaire ? C’est de faire monter en puissance les énergies alternatives. Si vous n’avez pas amélioré l’efficacité énergétique des bâtiments, développé les renouvelables et modernisé les transports collectifs, on n’arrivera pas à sortir du nucléaire.

Au lieu de pleurer sur ce qu’on n’a pas gagné, il faut se battre sur ce qu’on va gagner, ce qu’on peut gagner. Par exemple, on s’était mis d’accord avec Jospin sur la fermeture de Superphénix, et on a obtenu l’arrêt de Phénix, qui était sur une faille sismique. Et savez-vous qui a été mon complice dans cette affaire ? Bizarrement, le géologue Claude Allègre.

Vous avez théorisé la « dissuasion » en politique. Comment ça marche ?

Quand vous n’avez pas les armes des forts, vous utilisez toutes les armes des faibles : le détour, le contour, vous revenez plus tard avec un autre angle, vous dites, « je plie mais je ne romps pas ».

Je me souviens par exemple de l’administration vétérinaire, qui appelait les élevages pour dire qu’ils viendraient contrôler le lendemain. Je me suis contentée de laisser les associations de protection de l’environnement avec la Lyonnaise des eaux faire un procès à l’Etat pour non-respect de la directive nitrate sur l’eau, et ils ont gagné. Je ne me suis pas battue pour défendre la position de l’Etat.


Dominique Voynet dans son bureau à Montreuil (S. Verney-Caillat/Rue89)

Des chasseurs se sont dit : « Elle en a »

Vous avez aussi découvert le poids du lobby de la chasse…

Moi je n’ai pas fait l’Ena, et je découvre alors le poids de la haute administration, son inertie, ses réseautages, copinages, cousinages transcendant souvent le clivage droite-gauche d’ailleurs, et le poids de la franc-maçonnerie…

J’ai découvert qu’au-delà de la passion de la chasse, il y a beaucoup d’argent à gagner, des fraudes sur l’organisation du permis de chasser, un commerce de la vente des timbres qui est très lucratif. J’ai découvert que peu de gens étaient capables de tenir tête à leur base dans ce monde. En même temps, je pense qu’une certaine estime s’est établie avec certains d’entre eux, qui se sont dit : « Elle en a, quand même ! »

Un jour, dans une manif de chasseurs dans la Somme, j’ai montré que j’acceptais leurs lois de l’hospitalité en mangeant du paté d’ours. Une autre fois, dans une manifestation d’agriculteurs dans la Brenne, face à un mec grossier qui me demande pourquoi je ne suis pas en train de m’occuper de mes enfants, et ce qu’il va faire avec son maïs noyé, je réponds : « Eh ben vous ferez du riz, hein ! », et la salle s’est écroulée de rire. J’ai désamorcé sa grossièreté en lui balançant une vanne.

Vous aviez gaffé en disant que l’Erika n’était pas la pire catastrophe de l’histoire…

J’avais les images les glissements de terrain au Venezuela en tête quand une journaliste de TF1 veut me forcer à prendre un oiseau dans les bras, je me suis un peu empaillée avec elle. J’ai servi de parfait bouc émissaire dans cette affaire. J’ai appris, je ne ferai plus cette erreur si…

Vous n’aviez pesé que 3,3% à la présidentielle en 1995, c’est peu…

La calculette politique, ça compte : souvent on me disait « combien vous pesez ? » Et puis, il y a des ministères qui comptent et d’autres pas. Quand Bercy dit quelque chose, c’est présumé juste, quand le ministère de l’Environnement dit quelque chose, c’est présumé pas intéressant.

Un des premiers gestes que j’ai fait en arrivant à l’environnement c’est de créer une direction des études économiques et de l’évaluation environnementale. Je voulais avoir les chiffres moi aussi, pouvoir dire quand Bercy balance un chiffre qui est faux.

DSK à Bercy adorait les défis intellectuels

Je me souviens de l’arbitrage budgétaire avec Bercy : on avait besoin d’argent sur la mutation des pratiques agricoles et la mise aux normes des bâtiments d’élevage. Ca ne marchait pas, mais quand on demandait de l’argent pour le conservatoire du littoral, ça marchait à tous les coups, parce que n’importe quelle tête d’œuf de Bercy est allée roucouler devant un coucher de soleil au bord de la mer.

J’ai rapidement compris que si on demandait de l’argent pour quelque chose dont on avait besoin on l’avait pas, il faut nouer des complicités, faire du donnant-donnant. J’ai souvent utilisé Dominique Strauss-Kahn quand il était à Bercy, car c’était un joueur : quand on lui présentait un défi intellectuel autour de la fiscalité écologique, il ne disait pas « ce n’est pas possible » mais « il faut voir », il cherchait comment on allait faire.

Le faible score d’Eva Joly à la présidentielle ne risque-t-il pas de fragiliser les écolos du gouvernement ?

Il y a des petits soldats arrogants qui peuvent être tentés de maltraiter les Verts parce qu’on n’a fait que 2,3%, mais ils ne savent pas comment ça marche. On a fait des résultats formidables aux régionales et aux européennes.
Les socialistes sont alliés avec les verts dans les villes, les régions et les départements, c’est leur réalité quotidienne.

Je ne pense pas que dans la situation de crise difficile où on est, un gouvernement dans lequel le PS serait en tête à tête avec ses ralliés du premier tour, le PRG et le MRC, puisse suffire.

Un rappel historique avec les témoignages de  Voynet et de Cochet

Du progrès au pacte social, les pistes pour sortir de la crise de civilisation

Le candidat qui veut être “un président normal” et le philosophe de la “démesure”, le socialiste de la “synthèse” et le sociologue de la “complexité” se sont rencontrés au coeur de la campagne. L’idée consistait à confronter leur vision de la gauche, du progrès et du nouveau désordre mondial. LE MONDE | 04.05.2012 Par Nicolas Truong

Car la crise que nous vivons est pour Edgar Morin une crise de civilisation. C’est le socle même de ses valeurs et croyances qui vacille sur ses fondations. Car l’Occident a trop longtemps voulu séparer, compartimenter et diviser les sciences et les disciplines comme les problèmes économiques et sociaux. Seule une pensée politique capable de relier, de “tisser ensemble ce qui est séparé”, sera capable d’être à la hauteur de l’ère planétaire.

C’est d’ailleurs le sens du mot et du concept de “complexité” dont Edgar Morin s’est fait le penseur opiniâtre et le défenseur acharné. Les deux interlocuteurs ont de nombreux points communs. Le premier veut “changer de destin”, le second préfère “changer d’ère”, le premier souhaite engager “une transition”(énergétique, économique et générationnelle), le second rêve à la mutation, à la“métamorphose” même de nos sociétés. Le premier veut être le “président de la sortie de crise”, le second croit, comme le poète Hölderlin, que “là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve”. Les différences et divergences sont également manifestes. Edgar Morin sait que la gauche est capable de porter d’immenses espoirs mais qu’elle peut très vite décevoir.

Edgar Morin évoque même ici les ambivalences de la présidence de François Mitterrand, qui a libéré la société française de certains de ses carcans mais l’a également “convertie au néolibéralisme, ce qui a favorisé le développement du capitalisme financier”, pourtant dénoncé par le candidat socialiste. Le sociologue souhaiterait que la France soit considérée comme “une, indivisible et multiculturelle”, afin de reconnaître les différences sans tomber dans le communautarisme. Face aux ambiguïtés de ce mot qui risquerait de gommer les références communes, François Hollande préfère “renforcer la laïcité dans la Constitution”.

Résistant, aussi bien à l’occupation nazie qu’à la stalinisation des esprits, Edgar Morin n’est pas un intellectuel organique, comme disait le philosophe Antonio Gramsci, c’est-à-dire garant de la ligne et de l’orthodoxie des partis. Il a depuis longtemps fait son autocritique et défend une gauche antitotalitaire mais irréductiblement égalitaire et solidaire. A la manière de George Orwell, qui se présentait parfois comme un “anarchiste tory”, Edgar Morin se décrit volontiers comme un “conservateur révolutionnaire”. Conservateur, car la politique doit savoir conserver : la diversité, les cultures ou la biosphère. Mais, consciente des dangers, elle impose aussi de révolutionner : la démocratie, l’économie tout comme les mentalités. Intellectuel critique et prophétique, il s’est, depuis longtemps, mêlé des affaires de la cité. Dans un texte de 2007, repris dans Ma gauche (Bourin Editeur, 2010), Edgar Morin s’était amusé à se porter “candidat” à l’élection présidentielle… Le programme Morin est ici confronté à celui du candidat de la gauche.

Il faut dire que le premier tour de la présidentielle a démenti les sondages. La mobilisation civique a mis à l’écart le risque d’abstention. La conscience critique a aussi vaincu les présages. Et rebattu les clichés. Les intellectuels n’ont pas été silencieux dans cette campagne, comme on l’a souvent répété. Au Monde, en tout cas, ils lui ont même donné une certaine tonalité. Souvent en intellectuels spécifiques, qui mobilisent leur savoir acquis dans un champ de recherche déterminé. Parfois en intellectuels critiques, comme l’illustrent les interventions fondatrices de Voltaire et de Zola qui, lors de condamnations iniques, ont engagé leur autorité au nom d’universels principes. Souvent en intellectuels collectifs. Plus rarement en intellectuels de gouvernement ou d’accompagnement.

Parmi de nombreux autres, les philosophes Régis Debray et André Glucksmann ont montré les impasses d’une campagne qui reléguait loin derrière la politique étrangère. Michel Onfray a, de son côté, déploré le déferlement de “passions tristes” et Michel Serres a renvoyé à ses archaïsmes cette campagne de “vieux pépés” ! Marcel Gauchet a portraituré “l’autoritarisme sympa” qui caractérise le postmodernisme qu’est le sarkozysme. Jacques Attali, Raymond Aubrac,Elisabeth Badinter, Ulrich Beck, Ernesto LaclauFrançoise HéritierJean-Luc NancyMichel WieviorkaAlain TourainePhilippe Raynaud, Ezra Suleiman,Charles Taylor… la liste est longue des intellectuels qui ont donné leur point de vue sur ce scrutin attendu.

Les écrivains ne sont pas en reste. Annie Ernaux a récemment dénoncé la récupération du 1er-Mai par le candidat de l’UMP. Quant à Yves SimonJean d’OrmessonRenaud CamusAlexandre Jardin et des adeptes du roman noir emmenés par Jérôme Leroy, ils se sont clairement engagés derrière des candidats. A chacun de faire son choix. Et que vive le débat !

Quelle est votre conception de la gauche ?

Edgar Morin : Il s’agit pour moi de revenir à ces trois sources du XIXe siècle, libertaire, socialiste et communiste, qui se sont séparées et combattues dans l’Histoire. L’idée communiste s’est dégradée dans sa version stalinienne et maoïste ; la sociale-démocratie s’est asséchée ; quant au libertarisme, il reste isolé, mis à part au sein d’une frange de la gauche radicale. Aujourd’hui, il faut régénérer ces trois courants et les relier pour oeuvrer à la fois à l’épanouissement des individus, à une société meilleure et à la fraternité. J’ajouterais une quatrième source, plus récente, qui est écologique : notre devenir nécessite un effort pour sauvegarder à la fois la nature et notre propre nature humaine.

François Hollande : Ces trois sources ont en effet connu des remous, parfois des assèchements, mais elles restent vives. La famille socialiste a plus de responsabilités encore qu’au XIXe siècle, parce qu’elle s’est confrontée à l’exercice du pouvoir. Elle s’est renforcée par la volonté d’accomplir sa promesse au sommet de l’Etat, mais aussi au sein des collectivités locales. La gauche doit se donner pour ligne d’horizon l’accomplissement du dessein républicain, mais elle doit aussi réussir une reconquête : faire que la démocratie redevienne plus forte que les marchés, que la politique reprenne le contrôle de la finance et maîtrise la mondialisation.

La gauche doit ouvrir la voie, imaginer des politiques nouvelles. Le progrès est possible, l’avenir peut encore être une source d’accomplissement pour les générations à venir. L’humanité reste en marche. Nous devons être dans l’évocation de notre histoire et dans l’invention de notre futur. C’est dans cette perspective historique que j’inscris mon projet présidentiel : je veux être un continuateur et un rénovateur.

Abolition de la peine de mort et essor des yuppies, prix unique du livre et triomphe de Bernard Tapie, le mitterrandisme a-t-il éclairé ou plombé la gauche ?

E. M. : Le mitterrandisme a été porté par un grand élan d’espérance. Il a engagé de grandes réformes, comme l’abolition de la peine de mort ou les lois Auroux, mais son bilan est ambivalent. Il faut tenir compte de ses faiblesses, de ses échecs et de ses insuffisances. Quel bilan faites-vous, François Hollande, de la gauche au pouvoir ? A partir de 1981, elle a certes accompli des réformes importantes, mais n’a-t-elle pas aussi converti la société française au néolibéralisme, ce qui a favorisé le développement du capitalisme financier que vous dénoncez ?

Le Front populaire, par exemple, a été un moment magnifique, mais ce gouvernement n’a pas eu le courage ou l’énergie d’intervenir en Espagne, ce qui aurait peut-être pu stopper l’essor du nazisme.

F. H. : Ne soyons pas trop sévères envers la gauche des années 1980 : elle a permis de moderniser notre pays, de l’adapter, d’opérer des mutations qui ont vaincu l’inflation et rétabli la croissance. Grâce à elle, la France a tenu son rang. Mais il est vrai que la gauche a ensuite été happée par une construction européenne conçue davantage comme un grand marché que comme un grand projet. Et il est vrai aussi que cette Europe-là a fini par représenter le libéralisme aux yeux des citoyens. La gauche a payé cette erreur, elle a corrigé le tir.

La gauche doit porter de grands espoirs, mais elle ne peut pas se réduire à de grands moments. Sa vocation n’est pas d’intervenir tous les vingt ans pour faire des réformes. Je veux au contraire inscrire la gauche dans la durée. Je ne suis pas candidat pour écarter la droite, introduire quelques innovations politiques et sociales, et ensuite laisser la place. Je veux initier une transformation de la société à long terme qui puisse convaincre au-delà même de la gauche.

Ma responsabilité est d’être le président de la sortie de crise. Cela suppose une transition économique, énergétique, écologique, générationnelle aussi, qui permette à la jeunesse d’accomplir son propre destin. A chaque époque, la gauche doit savoir pourquoi elle combat. C’est pour permettre ce passage d’une société à une autre, d’une époque à une autre. Pour permettre à la France d’entrer dans le XXIe siècle.

E.M. : Ne serait-ce pas plutôt une transition entre un monde ancien et un monde nouveau, entre une logique politique qui rend aveugle et défaillant et une nouvelle logique politique ?

F.H. : Si, c’est ce que je viens d’indiquer. Cette nouvelle logique politique consiste précisément à œuvrer pour une transition conjointe dans tous ces domaines. Non pas isoler les problèmes mais voir et savoir qu’ils doivent être traités ensemble. Tisser des liens. Croiser les approches. Penser la complexité, pour reprendre un mot qui vous est cher. Pour cela, il est nécessaire d’avoir une vue à long terme et un modèle de gouvernement durable.

La gauche doit-elle renouer avec l’idée de progrès et de croissance ou bien s’en méfier ?

E. M. : Depuis Condorcet, le progrès était conçu comme une loi automatique de l’Histoire. Cette conception est morte. On ne peut pas non plus considérer le progrès comme le wagon tiré par la locomotive techno-économique. Il s’agit de croire au progrès d’une façon nouvelle, non comme une mécanique inévitable mais comme un effort de la volonté et de la conscience. Le progrès a souvent été assimilé à la technique, au développement économique, à la croissance, dans une conception quantitative des réalités humaines. Face à la crise de la croissance, aux nuisances et catastrophes engendrées par le développement techno-scientifique ou aux excès du consumérisme, ne faut-il pas rompre avec le mythe de la croissance à l’infini ? L’exemple du Japon montre qu’un pays développé n’a eu qu’une croissance de 1 % avant la crise.

Mais surtout il faut dépasser l’alternative stérile croissance/ décroissance et promouvoir la croissance de l’économie verte, de l’économie sociale et solidaire… Et en même temps faire décroître l’économie des produits futiles, aux effets illusoires, mais vantés par la publicité, faire décroître l’économie des produits jetables ou dont l’obsolescence est programmée, supprimer les prédations des intermédiaires comme les supermarchés qui imposent des prix très bas aux producteurs et des prix élevés aux consommateurs. Promouvoir les circuits courts…

F. H. : Le progrès n’est plus une idéologie. Mais c’est une idée encore féconde. Je suis un militant du progrès. L’action politique doit permettre à l’humanité d’avancer et à l’individu d’espérer un sort meilleur. Je réfute toutes les idées qui mettent en cause le progrès scientifique, social et écologique. Pour autant, on ne peut plus croire à l’automaticité de la croissance, à une mécanique qui conduirait, par les forces du marché ou au contraire par l’intervention de l’Etat, à une amélioration du pouvoir d’achat ou de la qualité de la vie. Rousseau nous l’a appris : il n’y a pas d’équivalence entre progrès technique et progrès moral, entre progrès économique et progrès humain. Nous devons nous battre pour un progrès humain, solidaire, mondial.

C’est là qu’intervient la distinction entre le marchand et le non-marchand – tout ce qui ne peut pas être réduit à l’échange et à la valorisation. Le rôle de la gauche est de veiller à ce que le marchand soit efficace et compétitif, mais aussi de développer le non-marchand. Quant à l’opposition croissance/ décroissance, je suis pour un niveau plus élevé de croissance, même si nous savons bien que la tendance pour les dix prochaines années est au mieux de retrouver 2 ou 2,5 points de croissance, c’est-à-dire la moitié de ce que nous avons connu pendant les “trente glorieuses” et un tiers de ce que nous avons pu connaître en 1974. D’où l’importance de donner à cette croissance un contenu en emplois, en activité, en richesse, en écologie surtout.

Il y a aussi des secteurs qui doivent décroître parce qu’ils sont source de gaspillage. La technologie peut nous y aider. Lutter contre ce qui nuit à la santé est un facteur de réduction de nos dépenses collectives, donc une recette supplémentaire pour financer d’autres recettes de solidarité. La sobriété n’est pas le contraire de la prospérité. Ce n’est pas une spoliation, mais une liberté que nous devons offrir à chacun.

Faut-il accroître la mondialisation ou bien amorcer une démondialisation ?

E. M. : La concurrence est une chose naturelle mais la compétitivité amène les entreprises à remplacer les travailleurs par des machines, à les opprimer par des contraintes. L’exploitation économique contre laquelle luttaient les syndicats a été supplémentée par une aliénation aux normes de productivité et d’efficacité. Il faudrait donc une politique de l’humanisation de l’économie déshumanisée. Il faut par ailleurs reprendre un contrôle humain, éthique et politique sur la science. S’agissant de la mondialisation, on peut certes se féliciter que des pays que l’on appelait sous-développés enregistrent une amélioration de leur niveau de vie et, en cela, les délocalisations ont pu jouer un rôle utile.

Mais, face à l’excès de la délocalisation et à la désertification de notre industrie, il y a des mesures de protection à prendre. Aussi faut-il à la fois mondialiser et démondialiser, continuer tout ce que la mondialisation apporte de coopération, d’échanges fructueux, de cultures et de destin commun, mais sauver les terroirs, retrouver les agricultures vivrières, sauvegarder les autonomies. Il faut prendre position au-delà de l’alternative mondialisation/ démondialisation.

F. H. : Ce sont des débats qui ont déjà scandé la vie politique et économique. Ils se posent dans des conditions nouvelles : les techniques évoluent, le capitalisme lui-même connaît une mutation, mais ce sont toujours les mêmes interrogations et les mêmes défis. Le rôle du politique est de déterminer les limites et les enjeux du progrès scientifique. L’éthique n’est pas fondée uniquement sur des convictions personnelles : nous devons définir ensemble ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Cette délibération ne doit pas être confiée à une élite mais à l’ensemble des citoyens.

La mondialisation n’est pas une loi de la physique ! C’est une construction politique. Ce que des hommes ont décidé et construit, d’autres hommes peuvent le changer. Le politique doit intervenir pour lutter contre l’économie de casino et la spéculation financière, pour préserver la dignité du travailleur et fonder la concurrence sur des normes environnementales et sociales.

Le travail n’est pas une valeur de droite, mais une valeur citoyenne : le droit au travail est d’ailleurs reconnu dans la Constitution, il garantit un revenu, une place dans la société, une relation à autrui.

La période que nous vivons est celle de l’excès : excès des rémunérations, des profits, de la misère, des inégalités. Le rôle du politique, c’est de lutter contre les excès, les risques, les menaces et de réduire les incertitudes. Nous avons besoin d’humanisation, sinon nous perdrons le sens de ce pour quoi nous produisons, échangeons, commerçons. Nous avons aussi besoin d’unité, de nous retrouver autour de grandes valeurs, mais cette unité ne doit pas écraser la diversité. Il s’agit d’être justes, de faire preuve à la fois de justice et de justesse. Nous devons à la fois inspirer la confiance et donner confiance aux citoyens dans leurs propres capacités.

Edgar Morin, vous suggérez aux candidats d’inscrire dans la Constitution que “la France est une république une, indivisible, mais aussi multiculturelle”. Pour quelles raisons ?

E. M. : La France est une réalité multiculturelle : Basques, Flamands, Alsaciens sont ethniquement hétérogènes ; dans un processus historique de francisation, ils sont devenus français. Dire que la France est une, indivisible et multiculturelle, c’est reconnaître une réalité où l’unité empêche le communautarisme et renforce l’attachement de ceux qui viennent d’ailleurs, mais qui reconnaît la diversité féconde des cultures que nous intégrons. Je ne parle pas seulement des immigrés mais aussi des Antillais, des Réunionais, qui veulent qu’on reconnaisse leur spécificité.

Vous êtes attaché aux symboles. Ainsi pourrait-on inscrire dans notre Constitution que la France est une république laïque, une, indivisible et multiculturelle, ce qui affirmerait une réalité de fait qui doit échapper et à l’homogénéisation qui ignore les diversités (IIIe République) et au communautarisme qui désunit. N’est-ce pas la reconnaissance de l’autre à la fois dans sa différence et sa ressemblance qui fait de plus en plus défaut et qui nous conduit vers la désunion ?

F. H. : La France s’est constituée par des intégrations successives, d’abord de ses provinces puis de ces populations venues enrichir la nation. C’est ce qui faisait écrire à Fernand Braudel que “la France se nomme diversité”. Néanmoins, le mot de multiculturalisme crée des ambiguïtés et laisserait penser que nous sommes une société où il n’y aurait plus de références communes. Il ne s’agit pas d’effacement ou d’indifférence à l’égard des origines diverses mais de faire en sorte que les Français se reconnaissent dans la République. Je préfère renforcer la laïcité dans la Constitution, parce qu’elle est un grand principe de liberté – tous les citoyens, toutes les religions sont traités de la même manière – et de fraternité – la laïcité nous permet de vivre tous ensemble, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

E.M. : Après le drame de Montauban et de Toulouse, ne faudrait-il pas organiser la tenue d’un meeting géant avec des Français de toutes origines, dont créoles, ashkénazes, séfarades, arabes et berbères  maghrébins, africains français, qui serait comme la répétition 2012 du 14 juillet 1790 où les délégations venues de toutes les provinces (véritables ethnies culturelles alors) sont venues proclamer :“Nous voulons faire partie de la grande nation” ?

F.H. : Le meeting que vous décrivez là, j’en ai fait plusieurs dizaines depuis des mois ! Le rassemblement des Français ne doit pas être lié à un événement particulier, c’est un combat de tous les instants. C’est mon projet : rassembler les Français pour redresser la France. Et le faire dans la justice.

Ne croyez-vous pas que, dans les conditions actuelles d’une crise sans précédent, ce n’est pas une présidence “normale” qu’il nous faudrait, mais une “présidence de salut public”, comme vous y enjoint Edgar Morin ?

F. H. : Qu’ai-je voulu dire par cette formule ? Que je veux être proche de mes concitoyens, retrouver de l’harmonie et de l’apaisement. Mais cette démarche doit être au service d’une grande cause. Il faut lutter contre le fatalisme qui conduit soit à la colère, soit à la résignation. Nous devons nous dépasser collectivement et individuellement. Or, pour y parvenir, nous devons être en confiance. Nous vivons dans l’immédiateté, notre horizon va rarement au-delà de la fin de mois. Le rôle du politique, c’est de remettre une vision longue permettant un dépassement. Le candidat normal doit avoir l’esprit de salut public ! Avoir l’esprit de salut public, c’est se départir de nos intérêts privés et catégoriels, mettre la jeunesse au coeur de nos choix, promouvoir une transition et une élévation spirituelle du pays.

E. M. : La crise que nous vivons n’est pas seulement économique, c’est une crise de civilisation. Un président doit être capable d’indiquer les directions de salut public, pour que la France retrouve son rôle d’éclaireur. On ne peut rétablir confiance et espérance que si l’on indique une voie nouvelle : pas seulement la promesse de sortir de la crise, mais de changer la logique dominante. Par une confluence de réformes multiples, il faut remettre la France en mouvement, faire confiance aux capacités créatrices des citoyens. Je souhaiterais que le candidat réponde à ce que disait Beethoven, dans son dernier quatuor : “Muss es sein ? Es muss sein.” Est-ce possible ? Oui, il faut montrer que c’est possible.

F. H. : Non seulement je dis que cela est possible, non seulement je veux montrer que cela est possible, mais je vais le faire !

Quelle grande politique économique pourrait accompagner cette politique de civilisation ?

E. M. : Une grande politique économique comporterait selon moi la suppression de la toute-puissance de la finance spéculative tout en sauvegardant le caractère concurrentiel du marché ; comme je l’ai dit, le dépassement de l’alternative croissance/décroissance en déterminant ce qui doit croître : une économie plurielle, comportant le développement d’une économie verte, de l’économie sociale et solidaire, du commerce équitable, de l’économie de convivialité, de l’agriculture fermière et biologique, de l’entreprise citoyenne. Mais aussi ce qui doit décroître : l’économie créatrice de besoins artificiels, du futile, du jetable, du nuisible, du gaspillage, du destructeur. Ne faut-il pas envisager une grande politique de la consommation, qui inciterait les consommateurs à s’éclairer sur les produits et mènerait une action éducative sur les intoxications et addictions consuméristes, ce qui, favorisant la qualité des produits, favoriserait la qualité de la vie et la santé des personnes ? Ne faudrait-il pas prohiber les multiples produits soit jetables soit à obsolescence programmée, ce qui favoriserait les artisanats de réparation ? Ne faut-il pas envisager une grande politique de réhumanisation des villes qui veillerait à opérer la déségrégation sociale, à ceinturer les villes-parkings pour y favoriser les transports publics et la piétonisation, et favoriser la réinstallation des commerces de proximité ? Une nouvelle politique de la France rurale ne devrait-elle pas être promue, qui ferait régresser l’agriculture et l’élevage industrialisés devenant nocifs pour les sols, les eaux, les consommateurs, et progresser l’agriculture fermière et bio ? Elle revitaliserait les campagnes en les repeuplant d’une nouvelle paysannerie, en y réimplantant bureaux de poste et dispensaires locaux, et elle inciterait à réinstaller dans les villages boulangeries-épiceries-buvettes. Elle instaurerait l’autonomie vivrière dont nous aurons besoin en cas de grave crise internationale.

F. H. : Il y a dans vos propos de nombreux points qui font écho à ce que je propose dans mon programme. Quand je dis que mon adversaire, c’est la finance, je ne parle pas bien sûr des instruments financiers qui permettent de financer l’économie, d’accueillir l’épargne, de financer l’investissement des entreprises. Je parle de la finance folle et débridée, spéculative, qui s’est autonomisée et déconnectée de l’économie réelle. La finance qui se sert de l’économie au lieu de la servir. Il faut donc reconnecter la finance à l’économie réelle. L’idéologie libérale a été hégémonique. Pourtant, nous en avons vu les limites, les dangers, les échecs. C’est cette idéologie qui est archaïque, dépassée. Une nouvelle voie doit s’imposer. Il est de la responsabilité de la gauche de porter cette nouvelle exigence.

Vous parlez de la question de la consommation. Je vais prendre un exemple : en faisant la transition énergétique, nous construirons la France de l’avenir. Cette transition n’est pas indépendante d’un véritable projet de société. La réduction de la part du nucléaire – et non pas son abandon comme la droite cherche à le faire croire en mentant -, le développement parallèle des énergies renouvelables, la rénovation de l’habitat, toutes ces initiatives doivent nous permettre de bâtir une société de la sobriété et de l’efficacité énergétiques. C’est une nécessité environnementale, mais aussi une chance sociale et industrielle. C’est également un signal fort : nous maîtriserons mieux la consommation, nous réduirons les gaspillages. Vous évoquez une “éducation à la consommation” : consommer mieux pour préserver les ressources terrestres, dont nous savons qu’elles ne sont pas infinies. Je pense que ce modèle marquera l’esprit des citoyens et changera les attitudes et les habitudes de consommation. Il nous faut réformer les esprits et changer les mentalités.

Enfin, je veux ouvrir un nouvel acte de la décentralisation, pour renforcer les pouvoirs et les dynamismes locaux, et pour harmoniser les capacités et l’attractivité de tous les territoires.

Quels sont les penseurs et acteurs politiques qui vous ont le plus inspirés pour vos combats politiques ? Hugo, Marx, Jaurès ? Et pour quelles raisons ?

E. M. : Tous les penseurs qui m’ont conduit à la pensée complexe ont joué un rôle dans la formation de mes idées politiques. Parmi eux je citerais Héraclite, Montaigne, Pascal, Rousseau, Hegel, Marx, von Foerster. Tous les auteurs qui m’ont “allergisé” à l’humiliation, en premier lieu Dostoïevski et le Hugo desMisérables, et tous ceux qui m’ont fait aspirer à l’émancipation des opprimés ont nourri en moi une sensibilité de gauche. Enfin, j’ai incorporé en moi l’appel à changer la vie de Rimbaud et de Breton.

Mes plus proches compagnons en matière politique furent, depuis 1956, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis. Je pense que toute pensée politique doit se formuler à partir d’un diagnostic pertinent du moment de l’ère planétaire que nous vivons, y concevoir une voie de salut, et y situer une politique française. Je pense qu’il faut dépasser les insuffisances et carences de l’idée de réforme et de révolution dans la notion de “métamorphose”, qui combine conservation et transformation.

F. H. : L’oeuvre de Marx est encore utile pour comprendre ce qu’est le capitalisme. Mais convenons qu’il a changé de forme et de dimension. Jaurès est une des plus grandes références du socialisme mais aussi de la République. Par son intelligence prodigieuse, par sa culture, par son élévation d’esprit, par sa recherche obstinée de la synthèse. Je sais que la pensée d’Edgar Morin aime faire tenir ensemble des antagonismes et montrer en quoi, loin de s’opposer, ils sont complémentaires. C’en est un bon exemple : dans la vision que je me fais de la politique, la défense de l’idéal et l’action dans le réel vont de pair.

C’est aussi ce que voulait dire Aimé Césaire dans sa magnifique formule :“l’espérance lucide”. Victor Hugo, c’est le tumulte. La force de la colère et la lucidité. Quel sens de la justice ! Le jeune dandy monarchiste et romantique est mort en grand républicain en ayant résisté au despotisme, celui de “Napoléon le Petit”, avec le courage d’affronter l’exil… Je me réfère aussi à Albert Camus, qui nous rappelle que le combat pour l’humanité doit être à chaque instant répété.


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Lire le débat : Mais qu’est-ce donc que le sarkozysme ?, avec les points de vue de Guy Sorman, Marcel Gauchet, Jacques Attali, Michel Maffesoli, Denis Bertrand et Jean-Louis Missika

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Lire le point de vue d’Alain Touraine : M. Hollande porte les valeurs d’une nouvelle gauche réformatrice

Lire le point de vue de Marc Augé, Jacques Le Goff, Michel Deguy, Maurice Olender, Chahdortt Djavann, Michèle Perrot, Françoise Héritier et Jacqueline Risset : Pourquoi il faut voter François Hollande

 Nicolas Truong

Edgar Morin    
Philosophe et sociologue, Edgar Nahoum est né à Paris en 1921. Il rejoint la Résistance en 1942 et y prend le pseudonyme “Morin”, qu’il gardera. Après la Libération, il publie “L’An zéro de l’Allemagne”, un livre dans lequel il décrit la situation des Allemands au lendemain de la guerre. Au cours des années 1950, il milite contre la guerre en Algérie, quitte le Parti communiste (“Autocritique”, Seuil, 1959) et lance la revue “Arguments” avec Roland Barthes. En 1973, il commence la rédactionde “La Méthode”, son oeuvre majeure, composée de six ouvrages, publiés entre 1977 et 2006. Il y développe une pensée de la complexité. Edgar Morin a publié “Ma gauche” (Bourin éd., 2010), “La Voie” (Fayard, 2011), “Mes philosophes” (Germina, 2011), “Le Chemin de l’espérance”, en collaboration avec Stéphane Hessel (Fayard, 2011), et “La France une et multicuturelle” (Fayard, 172 p., 14 €) .
François Hollande
Le candidat socialiste à l’élection présidentielle est né en 1954 à Rouen. Après une licence en droit, il intègre Sciences Po Paris, puis HEC. Il termine son parcours à l’ENA et adhère au Parti socialiste (PS) en 1980.Après l’élection de François Mitterrand en 1981, il devient chargé de mission à l’Elysée pour les questions économiques. Puis il est nommé chef de cabinet de Max Gallo, secrétaire d’Etat et porte-parole du gouvernement en 1983. François Hollande est élu en 1988 député de la Corrèze,siège qu’il perd en 1993.

François Hollande devient porte-parole du PS en 1995 lorsque Lionel Jospin en reprend la direction. Les élections législatives de 1997, qui voient le PS revenir au pouvoir, permettent à François Hollande de retrouver son siège de député de la Corrèze,

siège qu’il occupe toujours.

En 1997, il est désigné premier secrétaire du PS. Après son élection à la mairie de Tulle (Corrèze) en 2001, fonction qu’il quitte en 2008, il sera président du conseil général de la Corrèze. Le 31 mars 2011, François Hollande annonce sa candidature à la primaire socialiste.

Le 16 octobre 2011, il est désigné candidat socialiste pour 2012 et se qualifie, le 22 avril, au second tour de la présidentielle, avec 28,6 % des suffrages exprimés. Il a récemment publié “Changer de destin”,

(Robert Laffont, 2012).

 

Le refus de Nicolas Sarkozy Nous avons proposé à Nicolas Sarkozy de dialoguer également avec Edgar Morin, à qui il avait repris, en 2008, l’idée de “politique de civilisation”. Cette demande est restée sans suite, comme toute autre proposition d’entretien avec Le Monde.

Le marché de l’électricité dans le collimateur de Hollande

Le marché de l’électricité s’est invité ce jeudi 19 avril dans la campagne présidentielle, le favori des sondages François Hollande voulant changer des règles censées développer la concurrence, mais qui, selon son camp, n’auraient qu’attisé la spéculation au détriment des consommateurs.

« A quelques jours d’une élection décisive pour l’avenir de la France, il est urgent de suspendre la mise en application de la loi Nome », adoptée en 2010 et qui a réformé en profondeur le fonctionnement du marché de l’énergie, a lancé dans un communiqué François Brottes, conseiller sur les questions énergétiques du candidat socialiste à l’élection présidentielle.  Le HuffPost/AFP  |  Publication: 19/04/2012 

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Un pylône électrique le 7 mars 2012 à Seclin

« Après des hausses insupportables des tarifs du gaz et de l’électricité et l’échec de l’automatisation des tarifs sociaux de l’énergie, le gouvernement persiste à vouloir passer en force pour imposer la spéculation sur le marché de l’électricité au détriment des consommateurs, y compris contre l’avis de l’Autorité de la concurrence elle-même », a-t-il accusé.

Une allusion à un avis de l’Autorité publié en début de semaine, qui constitue selon lui un « véritable réquisitoire contre la politique d’ouverture du marché français del’électricité » et son incarnation législative, la loi Nome. Le gendarme de la concurrence avait été appelé par le gouvernement à se prononcer sur un projet de décret devant permettre la mise en place d’un des volets de cette loi, le « marché de capacité », un dispositif d’encouragement à la production d’électricité en période de pointe.

Or, l’Autorité a étrillé ce projet, en estimant que sa nécessité n’était pas du tout démontrée, et qu’il pourrait pénaliser les fournisseurs alternatifs, et alourdir les factures des consommateurs de 200 à 500 millions d’euros par an. Au passage, elle a dressé un piètre de bilan du dispositif phare de la loi Nome, l’Arenh, qui oblige EDF à revendre une partie de son électricité nucléaire à ses concurrents à un prix encadré.

Un geste « important »

Malgré cela, « certains fournisseurs alternatifs sont actuellement en train de réduire leur activité et envisagent un retrait total du marché français, ce qui traduit un constat d’échec de l’ouverture du marché français de l’électricité », a constaté l’Autorité. Plus mesuré, le régulateur du secteur, la Commission de régulation de l’énergie (CRE), a estimé jeudi que le marché de capacité pouvait se justifier, mais a prévenu également qu’il risquait de faire monter les factures d’électricité.

La CGT s’est aussitôt félicitée des annonces de l’équipe Hollande, jugeant ce geste « important ». « On s’est battus contre cette loi », a indiqué à l’AFP Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la fédération CGT-Mines énergies.

L’avis du gendarme de la concurrence a par ailleurs apporté du grain à moudre aux fournisseurs alternatifs, qui reprochaient déjà au gouvernement de faire le jeu d’EDF en fixant des règles insuffisamment attractives pour qu’ils puissent se développer. L’association AFIEG, qui rassemble le groupe suisse Alpiq, l’italien Enel, l’allemand EON et le suédois Vattenfall), a ainsi estimé que l’Autorité « met en exergue l’absence de conditions concurrentielles dans le secteur électrique ».

Derrière ces multiples attaques contre la loi Nome, reste à voir l’ampleur des changements que pourrait apporter un changement de majorité. « On ne sait pas exactement jusqu’où ces déclarations pourraient mener, et quelles parties de la loi Nome seraient réaménagées », a confié à l’AFP un bon connaisseur du secteur, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

Tout en estimant que « de toute façon, quel que soit le résultat des élections, il ne faisait déjà aucun doute qu’elle serait modifiée », vu le vent de critiques qu’elle suscite.

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Meeting d’Eva Joly : « si on se fait berner par les socialistes… »

Rassemblés au dernier meeting d’Eva Joly mercredi à Paris, sympathisants et militants écolos étaient unanimes dans leur souhait de voir l’emporter François Hollande. Tout en redoutant que l’accord passé entre PS et EELV ne soit mis à mal le 7 mai. REPORTAGE Par Léa GIRET TF1 , le 19 avril 2012 

Il s’en félicite d’avance. « Je voterai Hollande, y’a pas de soucis. S’il gagne, c’est une bonne nouvelle, il va mettre Sarkozy dans les choux. » Fine moustache et cheveux poivre et sel, Jean attend devant les grilles fermées du Cirque d’hiver, à Paris, où Eva Joly prendra la parole dans une heure. Ce militant écolo est venu des Deux-Sèvres assister, en ce mercredi gris et frisquet, au dernier rassemblement de campagne de sa candidate. « Mais dire que Hollande est sur la même ligne politique que nous, ça non, il y a du chemin à parcourir. » Pas besoin d’insister pour qu’il ne lâche, à 4 jours du premier tour, son point de vue sur le champion de la gauche. Le propos est réservé. Surtout à l’évocation de l’accord programmatique passé à l’automne entre EELV et le PS, qui contient des engagements sur la réduction du nucléaire et réserve des sièges aux écolos aux législatives. « Y’a toujours eu un peu de poker menteur à ces élections. Mais si on s’est fait berner par les socialistes, il faudra en tirer les leçons », annonce le militant de 69 ans.

Virginie, à ses côtés, est candidate aux législatives sur une circonscription non réservée à Niort. Elle partage les doutes de Jean. »Hollande vient de dire que seul son programme l’engageait, l’accord avec les Verts est loin », soupire cette enseignante à la retraite. Elle constate les bisbilles entre PS et écolos dans la circonscription de Châtellerault, non loin de chez elle, dans la Vienne. Là, les socialistes sont tentés d' »entrer en dissidence », même si « ça s’arrange ». Mais Europe Ecologie prendra du galon, promet Jean, énigmatique. « Hollande n’aura pas envie d’être débordé sur sa gauche et aura besoin de nous pour contrebalancer le Front de gauche », espère le militant. « Il va devoir mettre de l’eau dans son vin. »

L’amphithéâtre du Cirque d’hiver, rouge et chaleureux, se remplit peu à peu. Coline, sympathisante vert écolo convaincue de 29 ans, très séduite par la « République irréprochable, la lutte contre les pesticides, le bio dans les cantines » d’Eva Joly est assise, genoux serrés, dans ce lieu emprunt de magie avec trois amis. Pour la jeune femme qui travaille dans le logement social, François Hollande n’incarne pas de « changement radical » avec Nicolas Sarkozy. S’il est présent au second tour, elle votera pour lui, sans enthousiasme. Elle lui reproche de ne pas aller « au bout des choses comme le fait Eva Joly sur le nucléaire ou le logement », citant les propositions de la candidate sur l’habitat écologique. Et redoute que l’accord ne soit pas respecté en cas de score faible de sa candidate. Une raison de plus de voter pour l’ex-juge à ses yeux : « J’en ai marre du vote utile ! « , peste Coline, amère.

« Hollande a du composer »

Johanna, 25 ans, est moins dure avec François Hollande. Et pour cause : elle a toujours voté PS. Son adhésion pour Eva Joly cette année résulte d’un coup de cœur humain il y a un an pour une femme qui « ne dissimule rien », adopte une « droiture morale » exceptionnelle, mise à l’épreuve par des années comme juge. Elle aime bien François Hollande « parce qu’il ressemble à Jospin, il est intègre ». Elle le dédouane de « ne pas avoir placé l’écologie au cœur de sa campagne » : « la portée électoraliste est faible. C’est compliqué de rassembler tous les Français. Il a du composer. Moi l’écologie me fait rêver mais ce n’est pas le cas de tout le monde. »

Les discours commencent. Le partenaire socialiste est omniprésent (lire notre article > Au Cirque d’hiver, le dernier meeting des Verts). « Nous sommes prêts à prendre des responsabilités dans la nouvelle majorité pour que la politique de ce pays change », lance, pour la première fois aussi clairement, un Daniel Cohn-Bendit acclamé. Le député européen invite à pratiquer le « judo » avec le PS pour le bousculer sur le terrain des idées tandis qu’Eva Joly, un peu plus tard, met en garde la future majorité contre un retour « dans les ornières du passé, mélange de conformisme, de renoncement et d’absence de volonté qui ont causé tant de déception. »

« Pas forcément honnête avec les Verts »

« Hollande n’est pas forcément honnête avec les Verts », estime Romain en fumant une cigarette devant le théâtre, ciblant l’accord signé en octobre. Il sera respecté « a minima » selon ce jeune homme de 32 ans sans emploi, sympathisant écolo depuis qu’il vote. « Je voterai pour lui mais je trouve qu’il dit tout et son contraire dans la même phrase pour ratisser le plus large possible », regrette le Parisien. Des ministres écolos dans un gouvernement socialiste ? Romain y croit. « Mais il ne faudrait pas qu’ils soient circonscris à des postes subalternes ou symboliques », juge le jeune homme en se protégeant sous le parapluie de son amie Fanny. Son voeu ? « Eva Joly au ministère de la Justice ». Réponse dans quelques semaines.