Dr Koide: le nucléaire est une illusion

Le Dr. Hiroaki Koide est Professeur Assistant et chercheur à l’Institut de Recherche du Réacteur de l’Université de Kyoto. Le 23 mai 2011, il a comparu comme témoin auprès de la Commission de Surveillance Administrative de la Chambre Haute du Parlement du Japon. 9 juin 2012 par kna60

A environ 60 ans, il n’est toujours qu’assistant car il a dédié sa carrière à l’étude des dangers de l’énergie nucléaire. Même avant la catastrophe, il était bien connu des pro-nucléaires, étant un de leurs adversaires notables.

C’est après le 11 Mars qu’il est soudainement arrivé sous les feux de la rampe et est devenu assez largement connu du grand public, en particulier sur le net. Certaines personnes voient en lui un leader charismatique du monde anti-nucléaire.

Bien que vieille d’un an, cette vidéo garde toute sa valeur et hélas son actualité

Concernant le surgénérateur de Monju évoqué ici, c’est un ratage encore pire et un gaspillage plus énorme que notre Superphénix national .
En 1996, un an après sa mise en service, une fuite de sodium provoque un important incendie. Un officiel se suicidera après une conférence de presse lors de laquelle il a été obligé de mentir par la JAEA (Agence de l’Energie Atomique du Japon) pour dissimuler la gravité de la situation.
Après un arrêt de 15 ans, le réacteur redémarre en Mai 2010.
Deux mois plus tard, nouvelle catastrophe : une partie de plus de 3T de la machinerie de transfert des barres des combustible tombe au fond de la cuve du réacteur. Il devient impossible d’arrêter le réacteur, d’en retirer le combustible et de voir ce qui s’y passe, la caméra de contrôle ayant été détruite. On ne peut que le faire tourner au ralenti.
Toutes les tentatives de réparations échouent, devant cette situation semblant sans issue, le chef opérateur au remplacement du combustible se suicide en Février 2011.
Il faudra attendre Juin 2011 pour que la pièce de machinerie soir retirée de la cuve du réacteur.
Durant toute son existence, le surgénérateur de Monju aura produit de l’électricité pendant une heure..

A la suites des divers scandales et désastres, combien de hauts responsables à courbettes du nucléaire au japon, combien de politiques pro-nucléaires ont-ils eu le courage de se faire « seppuku » déjà ?

Version traduite & sous-titrée en Anglais par tokyobrowntabby,
merci à elle pour son aide. :
http://dai.ly/KAIycX
http://dai.ly/KAIzxI

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Quand le Canada refuse l’asile aux japonais exposés aux rayonnements

Titre: évacués nucléaires du Japon a nié refuge au Canada
Source: Toronto Sun
Auteur: Tom Godfrey
Date: 18 février 2012

Une femme japonaise qui prétendait l’exposition aux rayonnements provenant de réacteurs nucléaires endommagés a été refusé le statut de réfugié au Canada […] 

Elle est parmi les ressortissants de plusieurs dizaines japonais qui ont déposé des demandes d’asile de rester au Canada après la catastrophe et est une des décisions les premiers à être atteint par la CISR.

«Le demandeur d’asile craignait les risques d’exposition aux rayonnements,« un membre de la CISR a déclaré dans une décision. »Elle n’a pas été convaincu par les assurances du gouvernement japonais de la sécurité contre les radiations. » […]

Un membre du conseil a jugé le demandeur «craint d’être victime des dangers qui émanent d’une catastrophe naturelle combinée et d’origine humaine. »

Le député a dit le risque du demandeur »est caractérisé comme étant généralisée et répandue au Japon. » […]

Elle a affirmé que sa vie était en danger de contaminants radioactifs rejetés dans l’environnement de l’usine de Fukushima. […]

Energie: la commission Besson plaide pour la poursuite du nucléaire

La commission d’experts missionnée en septembre par le ministre de l’Energie, Eric Besson, pour examiner différents scénarios énergétiques à l’horizon 2050, plaide pour une prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires, selon une « synthèse » provisoire. Sciences et Avenir le 30-01-2012 

Le rapport définitif de la commission, présidée par le professeur d’université Jacques Percebois, sera rendu public le 13 février, a-t-on appris auprès d’un membre du comité.

Selon une « synthèse générale » provisoire, obtenue par l’AFP, « l’analyse des scénarios énergétiques à 2050 » montre « en particulier que la trajectoire optimale pour notre pays consiste à prolonger la durée de vie des centrales existantes aussi longtemps que l’Autorité de sûreté nucléaire le permettra ».

La conclusion des experts s’oriente aussi vers la nécessité de « prévoir un petit nombre d’EPR pour lisser la production au moment de la fermeture des centrales les plus anciennes, et à préparer l’avenir en poursuivant activement le développement de la génération 4 » des réacteurs.

La commission laisse pour autant « ouverte » la question de la part — 75% aujourd’hui — que devrait représenter le nucléaire dans la production électrique française en 2050.

Le gouvernement avait annoncé en septembre la création de cette commission « pluraliste » chargée d’évaluer différents scénarios existants, et notamment ceux prévoyant une sortie du nucléaire.

Les ONG avaient toutefois refusé d’y siéger, jugeant la composition de la commission trop pro-nucléaire et refusant d’être associées à un rapport publié juste avant l’élection présidentielle.

Dans la « synthèse » provisoire, la commission formule sept recommandations appelant notamment à « s’interdire toute fermeture administrative d’une centrale nucléaire qui n’aurait pas été décidée par l’exploitant à la suite des injonctions de l’autorité de sûreté » mais aussi à « faire de la sobriété et de l’efficacité énergétique une grande cause nationale ».

Sur la question du prix de l’énergie, les experts constatent que « tous les scénarios s’accordent sur une perspective de hausse durable des coûts énergétiques » et appellent à « s’engager courageusement dans une politique de vérité (c’est-à-dire de hausse) des prix de l’énergie ».

Interrogés par le site Mediapart, qui publie certaines parties du rapport, deux experts « indépendants », l’économiste Benjamin Dessus et le physicien Bernard Laponche, membres de l’association Global Chance, qualifient ce document encore provisoire d' »exercice médiocre, biaisé par des erreurs factuelles ».

Fukushima : nouvelles révélations accablantes contre Tepco

L’avenir de la Compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco) et du nucléaire japonais passe par la confiance retrouvée de l’opinion. L’entreprise propriétaire et opératrice de la centrale accidentée de Fukushima en a grandement besoin, notamment pour faire accepter les hausses de tarifs – 10 % pour les particuliers et 17 % pour les entreprises – qu’elle veut imposer, avec le redémarrage des réacteurs à l’arrêt.

Les dernières révélations sur ses manquements, comme ceux des acteurs de la filière japonaise du nucléaire, ne vont pas y contribuer.

LEMONDE | 26.01.12 . Le 19 janvier, Tepco a admis le dysfonctionnement d’un système de transmission de données au gouvernement. En novembre 2010, quatre mois avant la catastrophe, l’entreprise devait relier à une alimentation de secours un appareil fournissant en temps réel des données sur la température des réacteurs et les niveaux de radiation autour des installations, à l’ERSS et à Speedi, deux systèmes d’informations faisant partie du réseau gouvernemental de prévention des catastrophes.

Or, à l’époque, la connexion n’avait pas pu être établie, car le câble disponible était… trop court ! D’après l’entreprise, la question a été évoquée avec l’organisation japonaise de sûreté nucléaire (JNES), organisme gouvernemental, mais aucune décision n’a été prise. Tepco a par ailleurs reconnu qu’avant la catastrophe, elle ne considérait pas le problème comme une urgence.

Hostiles

Informée du dysfonctionnement après l’accident, l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA) n’a pas cru bon de le faire apparaître dans le rapport intérimaire de la commission d’enquête sur les causes de l’accident de la centrale, dévoilé en décembre.

Autre problème impliquant la compagnie d’électricité, l’absence d’enregistrements des discussions de la cellule de crise mise en place par le gouvernement, Tepco et la NISA après l’accident. Le 24 janvier, le ministre de l’économie, du commerce et de l’industrie Yukio Edano a présenté ses excuses après avoir confirmé cette information.

M. Edano, qui occupait en mars 2011 le poste de porte-parole du gouvernement, a jugé « regrettable » l’absence de ces enregistrements : « Compte tenu de l’impact de la catastrophe sur l’opinion et des attentes de la population, ils auraient dû être réalisés. »

La responsabilité de ces enregistrements, obligatoires selon la loi, revenait à la NISA dont un représentant assurait le secrétariat de la cellule de crise. Ce dernier a affirmé qu’il était trop occupé pour s’en occuper. Et, d’après la NISA, l’absence de ces données n’est pas très grave, car les décisions prises ont ensuite été communiquées en conférence de presse.

Ce point a fait réagir jusqu’au quotidien économique Nihon Keizai, pourtant traditionnel soutien de la filière nucléaire. « Ces révélations font craindre que le gouvernement a délibérément évité de réaliser ces enregistrements, écrit-il dans un éditorial du 24 janvier, pour dissimuler à l’opinion certaines informations. »

Et le quotidien de faire état de rumeurs selon lesquelles des argumentaires seraient rédigés pour s’assurer que les responsables impliqués donnent la même version des décisions prises par la cellule de crise. « Ces informations, ajoute-t-il,ont pour unique conséquence de saper les efforts réalisés pour restaurer la crédibilité des régulateurs et des opérateurs du nucléaire. »

Retrouver la confiance des Japonais, aujourd’hui majoritairement hostiles au redémarrage des 51 réacteurs (sur 54) à l’arrêt, s’annonce donc difficile. D’autant que, d’après le quotidien Mainichi, le gouvernement a également dissimulé un rapport établissant que le Japon disposait de suffisamment de moyens de production d’électricité pour compenser l’arrêt de tous les réacteurs nucléaires et qu’il pourrait passer sans problème l’été, période de pic de consommation.

Le gouvernement aurait agi ainsi pour alimenter la crainte d’une pénurie de courant et convaincre l’opinion d’accepter le redémarrage des réacteurs.

Philippe Mesmer

Explosion hydrogène au réacteur 4?

Une explosion hydrogène est peut-être arrivée au réacteur 4. Elle a été dissimulée par le gouvernement, a déclaré sur le blog de ​​Katayama Satsuki , un membre de la Chambre des Conseillers du Parti libéral démocrate. Publié par Mochizuki le 13 Janvier, 2012 

Katayama Satsuki fait état d'une explosion d'hydrogène possible au réacteur 4

Sur le poste de 13/01/2012 sur son blog, elle écrit ,

さきほど、南相馬の元市議会議員から市長に連絡がはいり、1月9日にまた、福島第一で(おそらく4号炉だと思うが)なんらかの爆発が起きており、それを政府が隠している、という話であった。真偽のほどはわからないが、水素爆発ではあっても、核爆発ではないであろう。(水素爆発でも、放射能の飛散がかなりの量でおきるのになぜそれほど平静なのか、地獄を見た方は違う、と、原発50キロ以内におられる方の背負ってきた凄まじい恐怖とストレスを、かえって痛感させられました。)

<translation>

Maintenant j’ai entendu dire que le maire de la ville de Minamisoma a reçu l’appel téléphonique d’un ancien conseiller municipal pour lui dire que le 09/01/2012, à Fukushima usine, (probablement au réacteur 4) une sorte d’explosion a eu lieu et que le gouvernement aurait dissimulé .

Je ne suis pas sûr si c’est vrai ou pas, mais ce n’est probablement pas une explosion nucléaire, mais une explosion d’hydrogène. (Même par une explosion d’hydrogène, le rayonnement est dispersé dans une échelle énorme.)

<Fin>

Explosion d'hydrogène du réacteur 4 qui a pu arriver sur le 9.1.2012

Le 10/01/2012, ce blog posté sur le vol inhabituel des hélicoptères  observé dans la zone du Kanto.

Source )

Nucléaire : le rapport de la Cour des Comptes qui va jeter le trouble dans la campagne

Copyright ReutersCopyright Reuters

Quels sont les coûts complets de la filière ? La Cour des comptes, dans un rapport à paraître le 31 janvier, laisse la question entière. Pointant les « incertitudes » des estimations actuelles, elle demande des « devis réalistes » sur la gestion des déchets et une expertise indépendante des charges de démantèlement.

Jeudi croit rêver….

Loin de clore le débat actuel sur le nucléaire en France, le rapport que va publier fin janvier la Cour des comptes sur les coûts de cette industrie ne fera que le lancer. Les conclusions – d’une version non définitive – de ce rapport, que La Tribune s’est procurées, sont sans ambiguïté. Prolixe sur les coûts du passé (construction du parc, recherche) et actuels (maintenance, exploitation), la Cour fait part des « incertitudes importantes » sur les coûts à venir, liés en particulier au démantèlement des centrales et à la gestion des déchets de longue durée. Confortant ainsi l’un des principaux arguments des opposants au nucléaire

Quant aux coûts de la sûreté, voués à une flambée certaine depuis la remise, la semaine dernière, par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de son rapport sur les travaux à effectuer sur le parc français pour tirer les leçons de Fukushima, ils seront à peine évoqués. Comment la Cour des comptes peut-elle, ainsi que le précise le Premier ministre dans sa lettre de mission de mai dernier, « expertiser les données fournies par les opérateurs » avant le 31 janvier alors qu’EDF a jusqu’en juin pour réaliser son devis des travaux exigés par l’ASN ? D’évidence, le gouvernement ne voulait pas retarder après la présidentielle la publication de ce rapport, dont il espère qu’il confortera ses positions en faveur du nucléaire.

André-Claude Lacoste, président de l’ASN, a néanmoins été auditionné mardi 10 janvier rue Cambon. En l’absence de chiffrage détaillé d’EDF, il s’est contenté de donner son avis sur le devis avancé par l’électricien la semaine dernière, autour de 10 milliards d’euros. « Ces chiffres lui semblent un peu optimistes », avance une source proche. Dès le lendemain, mercredi 11 janvier, les douze experts qui « assistent » la Cour dans ce travail recevaient le projet de rapport final, avant une dernière réunion programmée lundi 16 janvier. Ce qui laisse décidément très peu de temps pour intégrer dans ce rapport les conséquences de Fukushima dans la facture nucléaire française.

Après avoir – longuement – établi que la seule construction du parc nucléaire actuel avait coûté 96 milliards d’euros (sur des dépenses nucléaires civiles totales – recherche, usines Areva, réacteurs arrêtés… – de 227,8 milliards d’euros), soit 1,5 milliard le mégawatt (MW) installé (contre 3,7 milliards le MW pour l’EPR, souligne la Cour), le rapport scrute les investissements à consentir en matière de démantèlement et de gestion des déchets. Et ces deux questions clés restent sans réponse, faute d’avancées concrètes de la part des opérateurs.

Les charges liées au démantèlement sont estimées à 22,2 milliards d’euros. Mais la Cour recommande la plus grande prudence sur ces chiffres qui « doivent être regardés avec précaution, l’expérience en la matière, tant d’EDF [centrales de première génération] que du CEA ou d’Areva, ayant montré que les devis ont très généralement tendance à augmenter quand les opérations se précisent, d’autant plus que les comparaisons internationales donnent des résultats très généralement supérieurs aux estimations d’EDF » (voir l’exemple britannique). La Cour demande d’ailleurs qu’EDF change de méthode pour le calcul de ses provisions de démantèlement. L’actuelle « ne permet pas un suivi suffisamment précis des évolutions de ces provisions ».

Chiffrer l’hypothèse d’un stockage

Surtout, la Cour des comptes « confirme la nécessité et l’urgence de faire réaliser, comme l’envisage la DGEC [aux ministères de l’Énergie et de l’Écologie], « des audits techniques par des cabinets et des experts extérieurs afin de valider les paramètres techniques » de la nouvelle méthode de calcul préconisée. « Nul doute qu’il n’y a rien de nouveau depuis le précédent rapport de la Cour sur ces coûts en 2005-2006, souligne un expert. On en saura plus seulement lorsqu’EDF aura avancé dans le démantèlement du réacteur de Chooz A, à l’arrêt depuis 1991, qui sera le premier réacteur à eau pressurisée à être déconstruit. » Les réacteurs précédemment stoppés appartenaient à une autre technique (graphite-gaz), les méthodes ne sont donc pas comparables. Les coûts non plus.

Quant aux provisions sur les coûts de la gestion des déchets de longue durée, « elles ne sont pas stabilisées », affirme la Cour. Elles reposent sur un devis de l’Andra de 2003 qui a, depuis, plus que doublé, passant de 15 à 35 milliards d’euros, « il y a donc un doute manifeste sur le bon niveau des provisions d’EDF, d’Areva et du CEA », écrit la Cour. Elle recommande que « soit rapidement fixé le nouveau devis sur le coût de stockage géologique profond, de la manière la plus réaliste possible, c’est-à-dire en tenant compte des résultats des recherches menées sur ce sujet mais sans anticiper sur leurs résultat ». Enfin, au détour de sa deuxième recommandation sur les déchets, la Cour pointe les limites du credo français en matière de retraitement des combustibles. Elle demande en effet à l’Andra d’étudier, en la chiffrant, l’hypothèse d’un stockage, dans son futur centre souterrain, des combustibles usés mox et uranium (déjà retraité une première fois) sortant des centrales. Le mythe du recyclage continue de s’effondrer.

Les Verts devraient être confortés… les pronucléaires aussi !

Chacun trouvera dans les arguments techniques de la Cour de quoi renforcer ses positions.

Pavé dans la mare, ou non-événement ? Quel sera l’impact politique du rapport de la Cour des comptes sur le vrai coût de l’électricité nucléaire ? Pèsera-t-il dans la campagne, contraindra-t-il les candidats à infléchir leur position, ou viendra-t-il seulement valider la politique nucléaire de la France ? Dans sa Lettre de mission du 17 mai 2011, François Fillon avait imposé la remise des conclusions « avant le 31 janvier 2012 ». Un temps de travail si court qu’il ne permettait pas au groupe d’experts d’intégrer rigoureusement les conclusions de l’Autorité de sûreté nucléaire, publiées le 3 janvier, car cela aurait différé la publication de plusieurs mois. Ce qui fait dire à certains que ce rapport avait surtout pour vocation de valider la politique du tout-nucléaire de la France et donner ainsi des arguments au candidat sortant, histoire de clore, une fois pour toutes, le débat ouvert par Fukushima.

Or voilà que, loin de fermer le débat public, le rapport semble l’ouvrir en grand. Il confirme en effet que le coût réel du nucléaire recèle tant d’incertitudes, en matière de démantèlement des centrales comme de stockage à très long terme des déchets, que la mesure faite à partir des comptes d’EDF n’est pas fiable. Ainsi, estime le politologue Daniel Boy du Cevipof, « ce rapport vient donner raison aux Verts qui expliquent depuis toujours que le nucléaire est beaucoup plus cher que ce que tous les responsables politiques UMP et PS répètent » à l’envi. À savoir que l’électricité d’origine nucléaire ne coûte à produire que 30 à 45 euros/MWh, contre 80 euros pour l’éolien terrestre, 120 à 140 pour la biomasse, 150 à 180 euros pour l’éolien offshore, et surtout 300 à 600 euros pour le solaire. Car ces chiffres, brandis comme preuve irréfutable de la compétitivité de la stratégie nucléaire française, sont des coûts d’aujourd’hui qui n’intègrent pas tous les coûts incertains, lesquels n’interviendront qu’à l’avenir.

Zones de flou

Ce rapport a donc l’avantage de vouloir faire la transparence sur le vrai coût du nucléaire, en prenant en compte tous les coûts passés, présents et futurs, de recherche, d’investissements et d’exploitation, mais aussi d’actualiser les flux en euros 2010, et de poser les bonnes questions sur les zones de flou. Il vient fissurer les vraies-fausses certitudes sur lesquelles reposait le consensus national sur le nucléaire. Mais il ne va pas jusqu’à écrire noir sur blanc que les provisions d’EDF pour le financement des coûts futurs sont très insuffisantes. On ne le comprend qu’en creux. En revanche, on lit bien qu’EDF a intégré dans ses comptes l’allongement à quarante ans de la durée de vie de toutes ses centrales, alors que l’ASN n’a, pour l’heure, donné son feu vert que pour deux réacteurs. Surtout, le rapport réclame distinctement que soient menées des expertises complémentaires rigoureuses sur les coûts et leurs méthodes d’évaluation. Très techniques, les experts seront cependant restés prudents dans leur rédaction.

Ce qui signifie que chacun va pouvoir s’emparer de ce document pour y trouver les éléments qui viendront étayer son programme. L’UMP, qui peaufine déjà son argumentaire de campagne en tentant d’élargir le débat aux « avantages écologiques » du nucléaire, pourra aussi affirmer, sur la foi du rapport, que « les coûts de production totaux sont in fine peu sensibles à l’évolution des charges futures ». « Si le devis de démantèlement augmentait de 50 %, affirme le rapport, le coût annuel de production de l’électricité nucléaire croîtrait de 505 millions d’euros. » Ce qui, rapporté aux 10 milliards d’euros de coûts annuels, n’augmenterait ce coût que de 5 %. De même pour la gestion des déchets radioactifs : « Le nouveau devis de l’Andra étant d’un peu plus du double de celui qui sert aujourd’hui de base au calcul des provisions d’EDF, ce doublement n’augmenterait que de 200 millions d’euros le coût annuel de production de l’électricité nucléaire. » En clair, les défenseurs de la stratégie nucléaire ne manqueront pas d’avancer que, même en augmentant très fortement les provisions d’EDF pour financer les coûts futurs, l’électricité tirée de l’atome restera, et de très loin, la plus compétitive. Et Daniel Boy de conclure : « Pas de quoi modifier radicalement les rapports de force lors de l’élection présidentielle. »

Marie-Caroline Lopez et Valérie Segond – 12/01/2012

Sûr, pas cher et créateur d’emplois : les trois mensonges du nucléaire

L’argumentaire du lobby nucléaire, largement repris par Nicolas Sarkozy dans son discours de Pierrelatte, repose sur la sûreté maximale des centrales françaises, l’avantage compétitif dû au bas coût de l’énergie nucléaire et enfin l’avantage en termes d’emplois de la filière nucléaire.

Il s’agit de trois mensonges que le rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et surtout les déclarations de Jacques Repussard, directeur de l’institut de recherche et de sûreté nucléaire (IRSN), anéantissent. Corinne Lepage  Présidente de Cap21 Rue 89 –  5-1-2011

Le mensonge sur la sûreté

Tout d’abord, le rapport de l’ASN, s’il ne réclame pas la fermeture de centrales, met l’accent sur les incontestables faiblesses particulières de certaines centrales soumises au risque sismique ou aux risques d’inondations, voire aux deux comme Fessenheim.

Nos centrales sont exposées à des risques non maîtrisés et en conséquence, la sûreté absolue dont se gargarisent les défenseurs du nucléaire est un mythe. Ainsi, le directeur de l’IRSN déclare :

« EDF et Areva…n’ont pas fait leur “révolution culturelle”. Fukushima a changé la donne et révélé qu’un accident grave était possible, même dans un pays considéré comme sûr. Nous devons accepter que l’impossible puisse se produire et il faut pouvoir y remédier.

Depuis 2003, nous mettons les gouvernants en garde quant aux risques liés aux séismes, sans être vraiment écoutés. J’espère que nous le serons cette fois. Sinon, ils devront s’en expliquer. Il ne faut plus laisser croire que le nucléaire est une technologie parfaite. Le gouvernement et EDF ont sous-estimé le risque d’un accident et du rejet du nucléaire par la société. »

On ne saurait être plus clair. Il est évident que le gouvernement et EDF décident, en toute connaissance de cause, et alors que les travaux ne sont pas réalisés, voire pas même programmés, de laisser fonctionner des centrales à risque. Il en va d’autant plus ainsi que l’ASN a délibérément écarté de son champ d’application toute une série de risques dont ceux de chute d’avions et de terrorisme.

Pourtant, la démonstration faite par Greenpeace est particulièrement éloquente. Il conviendra du reste de savoir la position que choisira de prendre la commission dans le cadre du contrôle des stress tests sur ce sujet. Quoi qu’il en soit, la responsabilité qui est prise n’est pas seulement morale, elle est aussi juridique et engage à titre personnel ceux qui la prennent.

Le mensonge du nucléaire pas cher

Le rapport de l’ASN fixe une liste impressionnante de travaux à réaliser dont EDF considère qu’ils avoisineront les 10 milliards d’euros et dont les experts considèrent qu’ils seront beaucoup plus élevés.

Cela signifie donc que la poursuite de l’exploitation actuelle des centrales nucléaires va faire grimper brutalement le prix de revient du kilowatt-heure nucléaire des anciennes centrales. Le coût de revient du kilowatt-heure nucléaire des nouvelles centrales EPR pourrait s’élever jusqu’à 0,80 euro pour une centrale dont le prix de revient devrait être supérieur à 7 à 8 milliards d’euros.

A ces prix et à ces niveaux d’investissement, la question de la comparaison avec le prix de revient des kilowatt-heure d’énergies renouvelables est évidemment posée. Elle l’est d’autant plus que la comparaison avec les prix européens est faussée car la taxation est très différente selon les nations et car la France encourage la consommation électrique alors que d’autres pays la décourage.

La réalité des coûts est donc aujourd’hui de 0,97 euroo le kilowatt-heure en France entre 1,22 euro au Danemark et non pas 1,27 euro contre 2,69. Si, de surcroît, les prix n’étaient pas administrés et avaient suivi la courbe européenne, la France serait aujourd’hui dans la moyenne.

EDF reconnaît aujourd’hui qu’une hausse de 30% du prix de l’électricité sera nécessaire pour couvrir ces investissements. Rappelons que le cash-flow dégagé par la rente nucléaire financée par tous les Français a été utilisé à tout sauf à investir en France sur la sécurité des centrales, l’entretien des réseaux et les provisions raisonnables pour le démantèlement et le traitement des déchets à long terme.

Rappelons aussi que l’industrie nucléaire est une des seules au monde à n’être pas assurée, ce qui signifie que les citoyens français ont payé les centrales, vont payer plus cher leur électricité et sont de surcroît les assureurs d’une industrie non sécure ! Tout ceci fait que la prétention des défenseurs du nucléaire à une énergie moins coûteuse et plus rentable est totalement fausse.

Le mensonge sur les emplois

Enfin, la question des emplois est bien entendu centrale. Le lobby nucléaire n’a jamais osé prétendre que le nucléaire allait créer des emplois. Le président de la République défendait les emplois existants… Sauf que c’est la cécité et le déni de réalité dans lequel se complaisent industrie nucléaire et défenseurs qui menacent aujourd’hui les emplois et en particulier ceux d’Areva.

Et il est probable que le coût réel des travaux qui devront être réalisés conduira à la fermeture de Fessenheim et peut-être à d’autres centrales, avec, bien entendu les conséquences sur l’emploi quoique la fermeture d’un site nucléaire ne signifie en aucune manière la disparition de l’emploi. C’est au contraire une pérennisation des emplois pour des décennies et tout d’abord pour assurer la sûreté puis organiser le démantèlement.

En revanche, la destruction des emplois dans les filières renouvelables est bien réelle, à commencer bien sûr par celle du photovoltaïque.

Ainsi, l’industrie nucléaire vit sur trois mensonges dont les conséquences devront être assumées par les citoyens pour des décennies en termes économiques, en espérant qu’il n’y en aura pas d’autres.