OGM : les ex ministres de l’Ecologie plaident pour Séralini

Le 27 novembre, Lepage, Voynet , Jouanno, Royal et Koziusko-Morizet soutiendront publiquement l’auteur de l’étude sur la toxicité du maïs OGM.Par   Nouvel Obs 22-11-2012 

Mardi 27 Novembre, à 17h30, au Marché des Enfants-Rouge, dans le Marais à Paris, cinq anciennes ministres de l’Ecologie Corinne Lepage, Dominique Voynet , Chantal Jouanno,Ségolène Royal et Nathalie Koziusko-Morizet viendront soutenir la démarche du chercheur en biologie moléculaire Gilles-Eric Seralini et exiger une refonte de l’évaluation des plantes agricoles génétiquement modifiées.

Il y a un mois, Ségolène Royal, Dominique Voynet et Corinne Lepage sont déjà montées au créneau pour réclamer, dans unetribune parue dans le journal « 20 minutes », une révision des autorisations de mise sur le marché du maïs Monsanto K603 et du Round Up.

Cette mobilisation des anciennes ministres fait suite à la polémique née de l’étude du professeur Séralini.   

Dans ce texte, elles déclaraient se réjouir « de la volonté exprimée par le gouvernement (…) de remettre à plat les systèmes d’évaluation des OGM et des pesticides » après la polémique née de l’étude du professeur Gilles-Eric Séralini. « En attendant que soient réalisées les nouvelles études et afin de s’assurer de la protection de la santé humaine, en l’absence de mesure de suspension du NK603 et du Round Up, nous demandons que soient revues, comme le permettent les textes communautaires et nationaux, les études qui ont permis (leur) autorisation de mise sur le marché », écrivaient-elles.

Guillaume Malaurie

Ségolène Royal et Corine Lepage, le 14 septembre 2012. (MOUSSE-POOL/SIPA)

Ségolène Royal et Corine Lepage, le 14 septembre 2012. (MOUSSE-POOL/SIPA)

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Les OGM vus de Bruxelles : circulez, il n’y a rien à voir !

La note publiée par l’Efsa (l’agence de sécurité alimentaire européenne) estime l’étude publiée par Gilles Eric Séralini comme « de qualité scientifique insuffisante  pour être considérée comme valable pour l’évaluation des risques ». Mieux : l’Efsa « ne voit pas la nécessité de réexaminer sa précédente évaluation de l’innocuité du maïs NK603, ni tenir compte de ses conclusions dans l’évaluation du  glyphosate ». Guillaume Malaurie, Nouvel Obs jeudi, 04 octobre 2012.

Clair, net  et sans curiosité excessive. Les rats de Séralini sont donc morts en excellente santé. Dans le genre bulle papale et excommunication, il est difficile de faire plus cassant. Les arguments sont pourtant les mêmes que ceux évoqués ces deux dernières semaines par les détracteurs de l’équipe de Caen.

Les rats choisis, disent-ils, sont connus pour être sensibles au développement de tumeurs. Un constat que Gilles-Eric Séralini n’a jamais nié. S’il a pris ces rats, c’est d’abord, dit-il, parce qu’ils sont standards dans ce type de recherche et que c’est précisément cette même race qu’utilise Monsanto pour son étude à 90 jours sur un maïs OGM.

Un écart qui laisse l’Efsa mutique

 Mais  ce qui fait tout l’intérêt de son étude, c’est le fait que les rats nourris aux maïs OGM déclenchent les tumeurs et les affections du rein et du foie très tôt (une explosion vers les 12e et 13e mois) alors que les rats non traités ne déclencheront en moyenne  des tumeurs qu’en fin de  vie. Soit dix mois plus tard. Or ce sont des rats issus de la même espèce. Sauf que les uns ont été nourris au maïs OGM le plus souvent traité au Roundup et les autres non.

Une différence de dix mois chez le rat, vulnérable ou non aux tumeurs,  c’est un écart de 40 à 45 ans chez l’Homme. C’est cet écart qui est bien évidemment significatif et qui fait débat. C’est cet écart qui est glaçant. Et qui semble laisser étrangement mutique l’Efsa.

Un nombre de rats équivalent à celui utilisé par Monsanto

L’autre argument, c’est le nombre  insuffisant de rats. Selon « le protocole OCDE », il en faudrait 50 par groupe et non 20. C’est exact. Sauf que « le portoco l’OCDE » n’en recommande  50 par groupe que lorsqu’il s’agit d’une étude de « cancérogénèse ». Or l’étude de Séralini ne portait  pas sur la  cancérogenèse mais  sur la toxicologie.  Nuance de taille, mais zappée par l’Efsa ….

Une précision qui est pourtant tout à fait limpide dans l’intitulé même de la recherche de Séralini. Celui-ci n’imaginait d’ailleurs pas cette explosion de tumeurs. Et pensait plutôt que se produiraient des affections aux niveau des reins et du foie.

Le nombre de rats, qu’il souhaitait plus important, est  enfin équivalent à celui utilisé   par Monsanto dans ses propres études sur les animaux. Des études qui, à l’époque,  ne faisaient pas sourciller l’Efsa.

Au moins pouvait-on espérer que l’agence, après avoir « excommunié » Séralini  sans l’entendre, exprime le souhait de diligenter des études de type « vie entière »  avec autant de rats qu’elle le souhaite. Qui le lui interdit ? Pourquoi n’est-ce pas même envisagé ?  Pourquoi d’ailleurs ce ne fut jamais envisagé ? Mystère. Mais c’est comme ça et pas autrement.  

Oui, pourquoi pas un traître mot sur cette éventualité ? Aucun doute ne semble effleurer cette agence, qui s’est pourtant fait étriller récemment pour des conflits d’intérêt sur les OGM mis au jour en son sein. Et jusqu’au niveau de sa présidente qui fut contrainte de démissionner.

Exit les doutes

Force est de contaster que l’Efsa fait  preuve  d’un esprit de fermeture inquiétant. Comme si une certitude scientifique  se devait d’être intangible et ne jamais se confronter à l’expérience. L’agence  accrédite en outre l’idée que son souci majeur est de continuer à avoir raison et non d’explorer les doutes nouveaux qui surgissent pour les invalider ou les valider de telle manière que  la sécurité alimentaire des Européens dont elle a la charge soit garantie.  

Donc : exit les doutes ! Exit les recherches qui ne sont pas raccord. Et tant pis pour les consommateurs qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Les craintes d’une grande majorité d’Européens concernant les OGM semblent sans intérêt aux yeux de l’Efsa et de la Commission. Des craintes qui ne valent pas le petit effort  que seraient  les expérimentations animales « vie entière » permettant de refonder ou non une confiance. Comme il est d’usage pour tester  les médicaments. Ou  les pesticides. 

Au lieu de ça, l’Efsa semble nous dire : tous des obscurantistes, ces Européens !  Des chochottes ! Nos experts ont dit ok. Une fois pour toute. Et puis le business c’est le business. Bienvenue en Eurocratie ! 

Et le Bisphénol A ?

Encore une fois : si l’étude n’est pas idéale, pas satisfaisante à ses yeux, si l’Efsa la juge bâclée, pas avec les bon rats, pas avec le bon nombre de rats, pourquoi ne la renouvelle-t-elle pas dans des conditions optimum ? Pourquoi cet autisme ? Pourquoi ce déni ? 

Parceque  l’Efsa serait infaillible  ?  S’agissant du Bisphénol A, il y a de quoi s’interroger. L’agence européenne continue à garantir mordicus son innocuité alors que l’Anses (Agence de sécurité alimentaire française) concluait cette année après une énorme mise à jour de la littérature scientifique à une suspicion sérieuse sur la santé humaine.  La connaissance évolue. L’Efsa ne voit toujours rien. 

Pour le grand public, cette guerre civile des blouses blanches est incompréhensible. Et pourtant il faut bien avancer une hypothèse pour expliquer cette fermeture d’esprit et ce refus de l’expérience.

Attendons les conclusions de l’Anses

Il faut en effet savoir que les experts de l’Efsa avaient jugé ce maïs NK603 sans danger et ils avaient donc donné leur feu vert pour sa culture en Europe. On comprendra qu’il n’est pas confortable de se dédire ou même simplement  de penser contre soi-même. Il peut être même périlleux de le faire sans engager sa  responsabilité.

Etre juge et partie, un art gymnique délicat.

Il faudra donc attendre le jugement de l’Agence de sécurité alimentaire française  (Anses) ce mois d’octobre pour obtenir un avis de sang froid. Un avis qui  a la mission d’ouvrir des perspectives nouvelles pour lever  ou pas les doutes sur les OGM et le Roundup qui lui est associé.  

Guillaume Malaurie

Exclusif Nouvel Obs: Oui, les OGM sont des poisons !

Des chercheurs français ont étudié secrètement, pendant deux ans, 200 rats nourris au maïs transgénique. Tumeurs, pathologies lourdes… une hécatombe. Et une bombe pour l’industrie OGM. Le Nouvel Obs 19-09-2012 par 

C’est une véritable bombe que lance, ce 19 septembre à 15 heures, la très sérieuse revue américaine « Food and Chemical Toxicology » – une référence en matière de toxicologie alimentaire – en publiant les résultats de l’expérimentation menée par l’équipe du français Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen. Une bombe à fragmentation : scientifique, sanitaire, politique et industrielle.

Elle pulvérise en effet une vérité officielle : l’innocuité du maïs génétiquement modifié.

Photo du film "Tous cobayes ?".<br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />
(Jean-Paul Jaud / ©J+B Séquences)
Photo du film « Tous cobayes ? ». (Jean-Paul Jaud / ©J+B Séquences)

(Cet article paraît dans le « Nouvel Observateur » daté du 20 septembre 2012) 

Lourdement toxique et souvent mortel

Même à faible dose, l’OGM étudié se révèle lourdement toxique et souvent mortel pour des rats. A tel point que, s’il s’agissait d’un médicament, il devrait être suspendu séance tenante dans l’attente de nouvelles investigations. Car c’est ce même OGM que l’on retrouve dans nos assiettes, à travers la viande, les œufs ou le lait. 

En 2006, c’est comme un véritable thriller que commence cette recherche, dont le maître d’œuvre, Gilles-Eric Séralini, divulgue lui-même les conclusions dans un ouvrage à paraître la semaine prochaine (« Tous cobayes ! », Flammarion, en librairie le 26 septembre).

Nom de code In Vivo

Jusqu’en 2011, les chercheurs ont travaillé dans des conditions de quasi-clandestinité. Ils ont crypté leurs courriels comme au Pentagone, se sont interdit toute discussion téléphonique et ont même lancé une étude leurre tant ils craignaient un coup de Jarnac des multinationales de la semence.

Le récit de l’opération – nom de code In Vivo – évoque la très difficile récupération de semences de maïs OGM NK 603, propriété brevetée de Monsanto, par le truchement d’un lycée agricole canadien. Puis la récolte et le rapatriement des « gros sacs de jute » sur le port du Havre fin 2007, avant la fabrication de croquettes dans le secret le plus total et la sélection de deux cents rats de laboratoires dits « Sprague Dawley ». Bilan ? Glaçant : « Après moins d’un an de menus différenciés au maïs OGM, confie le professeur Séralini, c’était une hécatombe parmi nos rats, dont je n’avais pas imaginé l’ampleur ».

Pathologies lourdes, tumeurs mammaires

Tous les groupes de rats, qu’ils soient nourris avec le maïs OGM traité ou non au Roundup, l’herbicide de Monsanto, ou encore alimentés avec une eau contenant de faibles doses d’herbicide présent dans les champs OGM, sont frappés par une multitude de pathologies lourdes au 13e mois de l’expérience. Chez les femelles, cela se manifeste par des explosions en chaine de tumeurs mammaires qui atteignent parfois jusqu’à 25% de leur poids. Chez les mâles, ce sont les organes dépurateurs, le foie et les reins, qui sont atteints d’anomalies marquées ou sévères. Avec une fréquence deux à cinq fois plus importante que pour les rongeurs nourris au maïs sans OGM. 

Comparaison implacable : les rats OGM déclenchent donc de deux à trois fois plus de tumeurs que les rats non OGM quel que soit leur sexe. Au début du 24° mois, c’est-à-dire à la fin de leur vie, de 50% à 80% des femelles OGM sont touchées contre seulement 30% chez les non-OGM.

Surtout, les tumeurs surviennent nettement plus vite chez les rats OGM : vingt mois plus tôt chez les mâles, trois mois plus tôt chez les femelles. Pour un animal qui bénéficie de deux ans d’espérance de vie, l’écart est considérable. A titre de comparaison, un an pour un rongeur, c’est à peu près l’équivalent d’une quarantaine d’années pour un homme…

 

Exiger des comptes

C’est forte de ces conclusions que Corinne Lepage, dans un livre qui paraît vendredi 21 septembre (« La vérité sur les OGM, c’est notre affaire », Editions Charles Léopold Mayer), entend bien exiger des comptes auprès des politiques et des experts, français et européens, des agences sanitaires et de la Commission de Bruxelles, qui se sont si longtemps opposés et par tous les moyens au principe d’une étude de longue durée sur l’impact physiologique des OGM.

Cette bataille, l’ex-ministre de l’Ecologie et première vice-présidente de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire à Strasbourg, la mène depuis quinze ans au sein du Criigen (Comité de Recherche et d’Information indépendantes sur le Génie génétique) avec Joël Spiroux et Gilles-Eric Séralini.

Une simple association 1901 qui a pourtant été capable de réunir de bout en bout les fonds de cette recherche (3,2 millions d’euros) que ni l’Inra, ni le CNRS, ni aucun organisme public n’avaient jugé judicieux d’entreprendre.

Une étude financée par Auchan et Carrefour

Comment ? Autre surprise : en sollicitant la Fondation suisse Charles Léopold Mayer. Mais aussi les patrons de la grande distribution (Carrefour, Auchan..), qui se sont réunis pour l’occasion en association. Depuis la vache folle, ces derniers veulent en effet se prémunir de tout nouveau scandale alimentaire. A tel point que c’est Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan, qui a débloqué les premiers financements.

L’étude du professeur Séralini laisse donc présager une nouvelle guerre meurtrière entre pro et anti-OGM. Les agences sanitaires exigeront-elles de toute urgence des études analogues pour vérifier les conclusions des scientifiques français ? Ce serait bien le moins. Monsanto, la plus grande firme mondiale de semences transgéniques, laissera-t-elle faire ? Peu probable : sa survie serait en jeu. Pour une seule plante OGM, il y a une centaine de variétés. Ce qui impliquerait au moins une dizaine d’études de 100 à 150 millions d’euros chacune !

Le temps de la vérité

Sauf que, dans cette nouvelle confrontation, le débat ne pourra plus s’enliser comme par le passé.

Dés le 26 septembre, chacun pourra voir au cinéma le film choc de Jean-Paul Jaud, « Tous Cobayes ? », adapté du livre de Gilles-Eric Séralini, et les terribles images des rats étouffant dans leurs tumeurs.

Des images qui vont faire le tour de la planète et d’internet, puisqu’elles seront diffusées sur Canal+ (au « Grand Journal » du 19 septembre) et sur France 5 (le 16 octobre dans un documentaire). Pour les OGM, l’ère du doute s’achève. Le temps de la vérité commence.

> A lire : l’interview de Gilles-Eric Séralini, ainsi que des extraits de son livre « Tous cobayes! » (Flammarion), dans « Le nouvel Observateur » du 20 septembre.

LES PHOTOS

Voir aussi

https://leblogdejeudi.wordpress.com/2012/08/12/ogm-les-scientifiques-russes-ont-decouvert-que-les-ogm-font-perdre-aux-animaux-leur-capacite-a-se-reproduire/

Le nucléaire : une énergie « nécessaire » et « d’avenir », mais seulement en France !

La nouvelle est tombée ce jeudi 30 août : l’autorité de sûreté nucléaire des États-Unis, l’ASLB (atomic safety licensing Board) a refusé à EDF l’autorisation de construire un réacteur EPR à Calvert Cliffs, dans le Maryland. Pour Yves Paccalet, philosophe écologiste, c’est un début de victoire, même si la route est encore longue. Nouvel Obs LE PLUS. Par  philosophe écologiste Édité par Gaëlle-Marie Zimmermann.  Auteur parrainé par Guillaume Malaurie.  01-09-2012 

Coup de massue pour EDF, coup de Jarnac pour le gouvernement français. Volée de bois vert pour Delphine Batho, qui qualifie le nucléaire d’énergie « nécessaire ». Coup de pied aux fesses pour Arnaud Montebourg, qui la juge « d’avenir ». Cinglant démenti pour Manuel Valls, qui soutient le précédent. Grosse fatigue pour leur patron, François Hollande, qui rechigne à arrêter Fessenheim après avoir (en campagne électorale) promis qu’il le ferait très vite.

 La France n’a pas réussi à convaincre de la « nécessité » du nucléaire

 Le nucléaire est une énergie « d’avenir » et « nécessaire », mais seulement en France. Le coup vient d’être assené, aux États-Unis, par l’Atomic Safety and Licensing Board (ASLB). Cet organisme de la NRC (l’autorité de sûreté américaine) est chargé d’accorder les licences d’exploitation des réacteurs dans tout le pays. Or, ce jeudi 30 août 2012, l’ASLB vient de refuser de délivrer à EDF la licence que celle-ci demandait pour un réacteur EPR à Calvert Cliff, dans le Maryland.

 Une déconvenue de plus pour le nucléaire français. Que dis-je ? Une catastrophe ! Les associations écologistes étatsuniennes (NIRS, Public Citizen, Beyond Nuclear, Southern Maryland CARES), nonobstant des moyens financiers dérisoires comparés à ceux d’EDF (qui s’était attaché les services d’un des principaux cabinets d’avocats américains, Winston and Strawn), ont bataillé durant cinq ans. Et remporté la victoire.

Le principal argument retenu par l’ASLB contre le projet d’EDF est que cette dernière n’a pas réussi à trouver, aux États-Unis, un seul partenaire crédible pour la rejoindre. Or, il s’agit d’une condition sine qua non, dictée par la loi fédérale. Cette décision des autorités américaines ne ruine pas seulement le projet d’EDF à Calvert Cliffs, dans le Maryland, mais tous ceux dont elle rêvait aux USA.

Le nucléaire : une énergie du passé

EDF n’a trouvé aucun partenaire aux États-Unis : les mauvaises langues dans mon genre y voient la preuve qu’outre-Atlantique, le nucléaire apparaît comme une énergie du passé, plutôt que « d’avenir » ; et facultative, plutôt que « nécessaire »… C’est triste à dire pour les brillants ingénieurs de la constellation atomique française : mais les Américains ne font pas exception.

Personne, dans le monde, ne semble aimer l’EPR. Ces dernières années, Nicolas Sarkozy a multiplié les effets d’annonce et les bombements de torse (cela pourrait continuer sous Hollande). EDF ou Areva devaient bâtir des EPR en Italie, en Libye (sous Kadhafi, judicieux partenariat…), dans les Émirats arabes unis, au Brésil, en Inde, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Chine, que sais-je ? Sur la Lune ou la planète Mars…

Ces projets mirifiques n’ont été que châteaux de nulle part. Radioactifs… Les contrats n’ont pas été signés, ou ont été dénoncés en cours de route. En Chine, il s’agissait, pour Areva, de se constituer un catalogue et une réputation. La firme n’a vendu qu’une partie de deux réacteurs, et encore : à perte. 3,66 milliards d’euros les deux, ça va-t-y, ma p’tite dame ?

Il ne reste guère aujourd’hui, à travers le monde, que le projet de l’Inde, rejeté massivement par la population et qui bat de l’aile ; et celui de la Grande-Bretagne, où EDF avait, au préalable, astucieusement (pensait-elle) racheté British Energy pour pouvoir se passer commande à elle-même du matériel et du savoir-faire. Même au pays de Margaret Thatcher, aucun réacteur de ce genre ne saurait être édifié sans de lourdes aides publiques. La Chambre des Communes n’y sera pas favorable ; pas plus que la Commission de Bruxelles…

Les chantiers EPR : peu nombreux et en difficulté

Restent deux seuls chantiers EPR réellement en cours : celui de la Finlande, dans l’île d’Olkiluoto, piloté par Areva ; et celui de la France, à Flamanville, conduit par EDF. Tout citoyen en âge de compter sur ses dix doigts comprend que ces exemples n’entraîneront aucun enthousiasme international. Les deux projets accumulent les retards abyssaux (de 4 à 5 ans), les surcoûts faramineux (ils devaient revenir à 3 milliards d’euros pièce, on en est à 6 ou 7) et les malfaçons (entre autres, à Flamanville, des trous dans le béton, signés Bouygues et dénoncés voici quelques mois par « Le Canard enchaîné »).

Le nucléaire a un bel « avenir » devant lui : celui du démantèlement des centrales existantes. Et c’est une énergie « nécessaire », mais seulement au lobby qui en vit. Dans le monde, les réacteurs atomiques ne fournissent plus que 10 pour 100 de l’électricité produite, contre 17 pour 100 en 2005. Ce qui équivaut à presque rien au regard des besoins totaux en énergie…

Têtus comme des mules de Tchernobyl ou de Fukushima, les écolos réclament que la part de cette filière passe à 0 pour 100 en vingt ans. Compte tenu du flop international de l’EPR et plus généralement de la filière, si ce pouvait être avant, ce serait d’autant mieux. Surtout pour la santé et les finances de la France et des Français.

Ayrault : la partition écolo de Hollande sans surprise mais sans fausse note

Après un départ calamiteux sur le dossier écologique, qui a conduit la Ministre en charge de l’Ecologie à quitter son ministère un mois aprés sa nomination, Jean-Marc Ayrault a manifestement tenu à rassurer sur ses intentions. Guillaume Malaurie Le Nouvel obs 4 07 12

Wait and See! car pas un mot sur Astrid, ITER, EPR, THT.  Les travaux continuent. Pendant ce temps là,  on occupe la galerie à l’Assemblée, on réprime  manifestants, opposants, paysans et justiciables.. (Jeudi)

Pas de grosse surprise dans son discours de politique générale, mais le Premier ministre  n’a pas mis de bémols aux engagements  écologiques de François Hollande.  Si l’interprétation n’a rien de trés personnel,  la partition  est jouée honnétement en suivant les portées imprimées : sans fausse note.

Parfois même piano forte sur la réforme cardinale : le  « grand chantier de la transition énergétique« . Quand bien même  Jean-Marc Ayrault n’a pas réaffirmé devant les députés les objectifs annuels chiffrés stipulés dans le programme de François Hollande. Rappelons les : 400.000 constructions neuves aux normes thermiques et 600.000 logements du parc ancien rénovés. 

Reste l’inistance mise sur ce « programme massif d’économie d’énergie » qui laisse espérer que, dans les semaines qui viennent, soient annoncées les premières mesures. Et que l’on en  sache  un peu plus sur l’effort budgétaire. Et  donc si oui ou non,  l’investissement financier est aussi « massif » que ne le laisse entendre la bande annonce. 

Car si pendant cinq ans, le gouvernement Ayrault se tenait  à cette seule réforme et la menait à bien, il mériterait déjà une couronne de lauriers vert fluo. Il aurait ainsi  donné le top départ à un effort qu’il faudrait d’ailleurs tenir au même rythme bien au delà  de ce quinquennat pour pouvoir amortir ces investissements et en tirer tous les bénéfices. Jusqu’à 2050.

Jean-Marc Ayrault a  par ailleurs rappelé l’objectif  « hollandais » de réduction de la part du nucléaire dans la production électrique, de 75% à 50% à horizon 2025. Pour l’heure, il s’agit encore  d’une orientation de principe. Un horizon. Il est d’ailleurs  fort probable que la seule et unique centrale concernée par ce quinquennat, Fessenheim, ne fermera qu’à la fin de la législature.

Tout dépend en effet de la conception que le gouvernement Ayrault se fera  de la « transition énergétique« . Une doxa qui reste trés floue et ne devrait commencer à se préçiser  qu’au terme du grand débat énergétique de la rentrée prochaine que l’on peut déjà prévoir musclé.

Vers octobre ou plutôt novembre ? Voire décembre ? Ou janvier 2023 ?  Car l’agenda environnemental  a déjà pris un peu de retard. Prévu en juillet, la Conférence environnementale qui prend le relais du Grenelle de l’Environnement  a été décalée en septembre.

Manifestement, Jean-Marc Ayrault n’a pas  tranché sur les grands choix énergétiques. Et n’a rien laissé transpirer de ses convictions personnelles. Il n’a même  jamais évoqué, fut-il d’un mot, les énergies renouvelables dont certaines (le photovoltaïque) sont  pourtant dans une situation économique et financière proche du coma. Il n’a pas non plus fait allusion aux gaz à effet de serre, à al Conférence de Rio ou au réchauffement ; Dans son esprit, c’était hors sujet. 

L’autre promesse à tenir, c’était la réforme évoquée du « code minier ». Et ce sera fait.  Un code , il est vrai, d’un autre âge qui a permis et permet encore  toutes les carambouilles jacobines en liaison étroite avec les pétroliers et leurs relais au sommet de l’Etat. Ce rappel vise certainement à désamorcer la polémique qui a suivi l’éviction de Nicole Bricq de son poste de Ministre de l’Écologie à propos des forages exploratoires en eau profonde en Guyane.

Pour le reste, rien de bouleversifiant. Jean-Marc Ayrault a repris les formules assez alambiquées dont est coutumier son Ministre  ( et ami ) de l’Agriculture Stéphane Le Foll : « Une agriculture diversifiée, durable et performante ». Ça ne mange pas trop de pain. Mieux vaut sur ce dossier trés sensible juger sur pièces.

En revanche, ce qui manque cruellement, c’est  la prise en compte du  paramètre écologique dans la réforme fiscale esquissée. Jean-Marc Ayrault ne retient que la seule référence sociale. Or, sans signal pénalisant sur les énergies fossiles, comment  espérer s’extraire pour de vrai de cette dépendance et de la précarité énergétique galopante  sur  le gaz ou  le fuel ?

Ayrault a certes évoqué les  » tarifs progresifs ». Séduisant mais formidablement complexe à mettre en oeuvre selon les experts. Il convient en effet de calculer pour chaque foyer la consommation de base en  prenant en compte le nombre de personnes, la performance thermique du logis,  sa localisation géographique et  la météo  par nature changeante d’une année sur l’autre.

La fiscalité écologique, ce n’est manifestement pas le dada de Ayrault. On se souviendra  d’ailleurs qu’il  fut un ennemi déclaré de la taxe carbone, susnommée par  ses soins « taxe Bobo ».

Pour autant, Jean-Marc Ayrault n’a pas traité l’écologie et la « biodiversité » comme des dossiers en  plus. Il a même lié très étroitement le « redressement productif » aux réformes énergétiques pour un  avenir « sobre et efficace« . Ayrault a même insisté sur le gisement d’emplois verts. Un discours qui n’était plus tenu par Nicolas Sarkozy depuis deux ans. Depuis le fameux  » L’écologie, ça commence à bien faire« . 

Au delà de l’alliance  parlementaire avec Europe Ecologie-les Verts, on assiste bien à une progressive percolation des arguments écologiques dans le discours productiviste classique socialiste. Même si on sent bien qu’Ayrault force sa nature  pour trouver les compromis de langage pour mélanger le vert et le rose. 

Au fond, l’écologie qui séduit  Ayrault,  c’est d’abord celle qui crée des emplois ici et maintenant. 

Guillaume Malaurie

Fukushima en six leçons

Le saviez vous ? Trois jours après le tsunami japonais et les explosions des toits des réacteurs, les responsables de Tepco perdaient  le contrôle de la centrale nucléaire de Fukushima. Immergés dans les becquerels, ils battaient en brèche, exfiltraient  le personnel du sinistre et demandaient en secret au gouvernement de Tokyo… l’abandon pur et simple du site.Oui, vous avez bien lu : l’abandon. Pendant  quelques heures, Fukushima devenait  un bateau ivre radioactif. En fait , c’est bien pire. Car si le Premier ministre avait cédé face à Tepco, les combustibles des piscines privées d’eau de refroidissement se seraient enflammés et auraient déclenché un incendie libérant pendant des jours, voir des semaines, des fumées radioactives qui se seraient déversées sur le Japon tout entier au gré des vents. Imaginez l’évacuation des 30 millions d’habitants de l’agglomération de Tokyo… Guillaume Malaurie, Le Nouvel Obs vendredi, 09 mars 2012

« C’eut été plusieurs fois Tchernobyl »

 Cette hypothèse de chaos, Jacques Repussard, le patron de IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), en charge de l’analyse des risques du secteur, ne la prend nullement à la lègère. Il est grave. Et même ému quand il évoque ce cauchemar : « C’eut  été plusieurs fois Tchernobyl ».

 Une estimation qu’il réitère dans le documentaire que diffusera Canal+ le 12 mars prochain : « Catastrophes nucléaires : Histoires secrètes. » A ne pas rater.

  Ce n’est pas se laisser aller au « catastrophisme » que de reconnaître que nous sommes donc passés à deux doigts du pire du pire à Fukushima. L’opinion française a d’ailleurs ressenti en direct l’extrême fragilité de la gouvernance nucléaire d’un grand pays industriel. Une grande nation moderne qui a toujours mis en avant la sécurité de ses installations, ses doubles commandes etc.

 Du coup, l’inquiétude à l’égard des centrales françaises est passé, selon le Baromètre IRSN 2012, à 18% en 2011 contre 8% en moyenne les autres années. Soit au quatrième rang des inquiétudes devant la sécurité publique. 

 En France, le nucléaire est désormais perçu tel un risque pour 55% des personnes interrogées et seules 24% d’entre-elles accordent leur confiance aux autorités.

 Certes, 37% des Français continuent de penser que toutes les précautions sont prises, mais 33% ne sont pas convaincus. Un écart de seulement quatre points. Il était de 14 points il y a encore un an.

1° leçon : penser l’inimaginable

C’est donc la toute première leçon de Fukushima un an après.

60% des Français veulent une information transparente et garantie par le pluralisme  (pour plus de 80%) sur la sûreté des installations.

Mieux, 90% sont d’accord avec l’assertion suivante : « Les responsables des sites nucléaires doivent protéger leurs installation de tous les risques, même ceux jugés improbables ».

L’improbable, à Fukushima, c’était un tsunami, qui n’était survenu que 1.000 ans auparavant. L’improbable, en France, ce sont par exemple des risques sismiques majeurs à Triscastin ou à Fessenheim. L’improbable, c’est ce qui n’est pas imaginé,  comme le cumul d’incidents et l’impondérable d’une erreur humaine.

Bref, un sec démenti à la fameuse phrase de Marx : « L’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre ».

Non, l’humanité va devoir penser à des problèmes qu’elle n’est pas en mesure de résoudre. Des problèmes dont elle peut parfois tout juste limiter les effets quand ils sont désastreux. C’est d’ailleurs l’essentiel des nouvelles mesures de sécurité imposées par l’Autorité de sûreté nucléaire française à EDF. Penser l’aprés catastophe quand elle surgit. Et non pas seulement la prévention de la catastrophe.

Un nouveau paradygme. 

2° leçon : des Agences de sûreté  qui s’émancipent 

La seconde leçon, c’est qu’au premier rang de ces instruments d’information, de réflexion et de surveillance, les agences (Autorité de sûreté nucléaire et IRSN) doivent gagner en liberté de parole et en autonomie culturelle. La lecture du dernier rapport de l’ASN, alimenté par les travaux de l’IRSN lors des stress tests laisse entendre que des progrès substantiels  ont été réalisés. C’est une bonne nouvelle. 

3° leçon :  la  classe politique cherche toujours la  stratégie énergétique du XXIe siècle

La classe politique  française, qui n’avait pas prévu de faire face au débat énergétique lors de l’élection présidentielle, n’a pas fait sa révolution culturelle après Fukushima.  

Il lui manque une stratégie énergétique pour le XXIe siècle et elle s’aperçoit, mais trop tard, qu’elle s’est fait dicter sa  feuille de route par les industriels.

Un « choix énergétique implicite », selon le mot de la Cour des comptes. On en aura une bonne idée avec ce graphisme qui indique comment les pays qui ont fait le choix du nucléaire (IEA)  ont continué au moins jusqu’en 2008 à miser l’essentiel de leur budget public énergétique à la recherche nucléaire (70%) contre 17% pour l’efficacité énergétique et 13% pour les énergies renouvelables  (voir « Nuclear power in a post-Fukushima world « ) :

« Nuclear Power in a Post-Fukushima World ».  Fukushima,

 Certes, François Hollande promet une loi de programmation énergétique pour 2013. Mais tout indique que l’option retenue à gauche comme à droite consiste à faire vieillir tout ou partie du parc actuel comme le demande instamment EDF. Jusqu’à quand ? 50 ans ? 60 ans ? 100 ans ? Et après ?

Faire vieillir des centrales pensées dans les années 1970, même en les rénovant, c’est prendre forcément un risque au regard des référentiels de sûreté beaucoup plus exigeants adoptés notamment dans les EPR après les retours d’expérience de Three Mile Island,Tchernobyl et Fukushima.

Un risque d’accident. Mais aussi un risque de panne, car si était décelée une faille structurelle sur l’un des réacteurs, c’est tout le parc qu’il conviendrait de mettre en  berne.

Des fragilités que les partisans du nucléaire passent généralement sous silence. Voir l’argumentaire post-Fukushima de la la Société française d’énergie nucléaire, détaillé et intéressant. 

4° leçon :  les investisseurs privés doutent 

La perte de confiance dans le nucléaire n’affecte pas seulement les opinions. En témoignent les indices Standard et Poor’s concernant l’énergie renouvelable et l’énergie nucléaire. C’est d’ailleurs toute la difficulté de cette industrie, qui peine à présent à mobiliser des fonds privés de long terme. C’est l’analyse de Mycle Schneider, Antony Froggatt et Steve Thomas dans leur rapport  «  Nuclear power in a post-Fukushima world » qui conclue au crépuscule de l’ère nucléaire. 

Irsn Baromètre 2012

 

Et si l’on observe les nouvelles sources énergétiques installées (en Mgw) dans l’Union européenne entre 2000 et 2010, on verra que le nucléaire, mais aussi le charbon et le fuel, ne cessent de décroitre. D’abord au profit du gaz, puis des éoliennes et du photovoltaïque. 

les investissemtns énergutiques Ue.png

5° leçon :  gérer l’héritage nucléaire 

C’est notre destin. Même si l’on fermait toutes les centrales demain matin, il faudrait encore vivre avec des sites à démanteler et des déchets à stocker. Pendant longtemps. On ne sort jamais vraiment du nucléaire quand on y est rentré. On vit avec. 

Les opinions et les décideurs réalisent la complexité des choix à prendre, à quel point ceux d’hier nous engagent pour longtemps, voir une éternité, et prenent conscience des très faibles marges de manoeuvre possibles au vu des masses financières en jeu.  Si l’on met en avant le seul réchauffement climatique, il est assez probable, même si les écologistes le contestent, que le nucléaire est préférable aux énergies fossiles comme le charbon ou le fuel (88% de l’énergie mondiale) .

C’est l’argument cardinal d’EDF,  plus encore que le prix du kilowatt nucléaire, qui, au regard des rénovations nécessaires et du coût de l’EPR, va de toute façon augmenter et rejoindre celui des éoliennes terrestres sous peu.

Basculer vers les  énergies renouvelables dont les coûts baissent à une vitesse vertigineuse mais dont l’intermittence est un handicap ? C’est ce que fait l’Allemagne en s’appuyant pour sa transition sur le charbon, la lignite et le gaz, il est vrai moins moins émetteur de CO2. 

La Suède a pris un autre chemin, en s’appuyant sur ses centrales nucléaires pour accélérer sa conversion vers les énergies vertes. D’ici vingt ans, tout ce qui n’est pas nucléaire y sera issu de la biomasse, des barrages, des éoliennes… Y compris le carburant des voitures et des bus ! 

Le désastre de Fukushima a certainement permis – au prix lourd – de percuter les intelligences tétanisées par l’utopie de l’énergie magique sans risque, inépuisable  et pas chère – à lire également, cette note  de la CFDT  qui a toujours fait preuve  de clairvoyance sur la question énergétique. 

6° leçon :  inventorier toutes les transitions énergétiques nouvelles

Fukushima a obligé à tout repenser. A trouver des compromis. Des lignes de crête. A imaginer des transitions nouvelles vers  des mix énergétiques moins dépendants d’une seule ressource.

D’une une guerre de credo et d’intérêts, entre pro et anti nucléaire, nous devrions passer à une compétition des intelligences.

Exemple : en disette chronique de mégawatts, les Chinois continuent de construire des centrales nucléaires. Mais ils prennent le soin de ne pas rentrer dans une dépendance unique, en investissant nettement plus sur le seul … éolien industriel.

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Parce que depuis Fukushima, le risque n’est plus virtuel. Il est de plus en plus en souvent calculé. Et inventorié par les opinions publiques et les investisseurs privés.

Rien que pour Tepco, c’est 100 milliards de dollars qui sont partis en fumée radioactive. L’énergéticien mondial est aujourd’hui à genoux. Pour éviter l’inévitable banqueroute, une nationalisation est probable. Nationalisation des pertes, des déchets et d’un bon siècle d’indemnisations en tous genre. Un soleil couchant au pays du soleil levant qui doit refonder toute son assise énergétique. 

 Guillaume Malaurie 

 

 

 

 

Nucléaire : les bons comptes font les bons débats

Il y a fort à parier que sans la catastrophe de Fukushima, les grands candidats de gauche ou de droite  à l’élection présidentielle auraient une fois de plus zappé le débat sur  la stratégie énergétique française. Comme de coutume,  la classe politique aurait laissé à l’électro-technocratie le soin de mitonner les calculs, les bilans, la prospective,  les décrets, surtout les décrets,  ou les projets de loi.

Sauf  que cette fois, le traumatisme de l’opinion devant le drame nippon était trop considérable. Que les opacités notamment dénoncées par Corinne Lepage dans son  livre « La vérité sur le nucléaire » étaient trop nombreuses. Et que le nouveau président de 2012 aura  à arbitrer des choix décisifs sur la stratégie énergétique française.

Une grand partie des données de base est sur la table. Le « Ni Ni » ou le « Voyez EDF », ou encore « C’est comme ça et pas autrement », ça ne marchera plus. Le job du prochain président sera d’instaurer la démocratie énergétique et de conquérir l’acceptabilité sociale du choix retenu en affrontant un contradictoire informé. Bon courage.   

Guillaume Malaurie Le Nouvel Obs mercredi, 01 février 2012

Sarkozy a joué le jeu

Serge Orru, directeur général de l’ONG WWF, a donc été bien inspiré de suggérer au président de la République ce rapport de la Cour des comptes sur les « coûts de la filière électronucléaire » rendu public mardi matin. Et Nicolas Sarkozy, il faut aussi le reconnaître, a été assez clairvoyant pour jouer le jeu et passer outre la grosse colère des exploitants.

Laïcisation du débat sur le nucléaire

Un pas est donc franchi vers une laïcisation du débat énergétique, qui se résumait le plus souvent à une guerre de religions, de chiffres et  de convictions  entre pro et anti nucléaire.

Certes, les  magistrats de la rue Cambon , à commencer par Michèle Pappalardo, ne pouvaient se prononcer  directement sur  les coûts comparés du nucléaire et des autres énergies (gaz et énergie renouvelable) , ni sur la santé financière d’Areva et d’Edf, ni sur les coûts environnementaux « non monétisables ». En revanche,  le coup de projecteur sur l’impact financier pour la collectivité et les exploitants est puissant et détaillé. Même Greenpeace qualifie de« valeureuse«  cette « première tentative d’état des lieux global des coûts du nucléaire ».

Rien de caché mais les mesures  sont incertaines.

Premier enseignement : Edf et Areva n’ont pas, selon la Cour, cadenassé dans un placard des vices cachés ou organisé la dissimulation de lignes de dépenses majeures. « Les coûts futurs sont bien tous identifiés mais ne sont pas évalués avec le même degré de précision », estime le premier président Didier Migaud.  Un quitus sur la sincérité globale des comptes. Une réserve sur  l’appréciation exacte des coûts futurs. Bien plus qu’une clause de style : l’unité de base dans le secteur est le milliard d’euros. Des sommes  colossales à toutes les lignes.

Rattraper le ralentissement  des investissements d’EDF en 2000-2010

Le second enseignement, c’est que c’est moins sur le démantèlement  (une majoration de la facture  estimée au pire à 5% ) que sur la mise à niveau sécuritaire que devront porter les principaux efforts dans les décennies à venir.  Soit 10% d’investissements  supplémentaires pour Edf de 2011 à 2025. Un doublement de l’effort qui fait aussi comprendre qu’au début des années 2000, Edf avait mis le frein à main sur les travaux de maintenance. A tel point que les pépins  s’étaient accumulés,  que plusieurs centrales avaient dû être arrêtées  et que la production électrique d’origine nucléaire s’était même affaissée.

Il s’agit aujourd’hui, rapporte la Cour, de passer d’un rythme de 1,7 milliard d’euros par an à 3,3 milliards. Une mobilisation totale de 55 milliards d’ores et déjà intégré par Edf, et qui comptabiliserait aussi, dixit EDF,  les surcoûts récemment imposés par l’Autorité de sureté nucléaire. L’emploi du conditionnel est de rigueur et devra être examiné au cas par cas  :  les demandes de travaux de l’ASN pour le rehaussement des digues à Tricastin ou à Fessenheim, notamment, n’ont toujours pas été évaluées par EDF. Le premier rendez-vous  sur l’examen des devis est fixé en juin.

Grâce au nucléaire : 20 milliards d’euros en moins de déficit commercial ?

Ce qui fait dire non sans humour à Michèle Rivasi, porte parole d’ Eva Joly que « le nucléaire est bien la seule technologie que l’on connaisse dont le coût augmente dans le temps ». A cette boutade, répond Francis Sorin de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), très proche des exploitants : pour lui, la « compétitivité du nucléaire permet aux consommateurs français de payer 40% moins cher leur électricité » que leurs voisins européens. Et d’ajouter que la balance commerciale de la France s’évite  ainsi un malus de 20 milliards d’euros qu’elle devrait intégrer si elle était dépendante du  gaz.

Une bombe sous le fauteuil du prochain président de la République

Sand doute. Mais du fait des coûts d’investissements de maintenance à un niveau de plus en plus lourd (entre 500 millions et un milliard par réacteur), le président de la Cour des comptes Didier Migaud glisse une petite bombe sous le siège du futur président de la République.

« Une décision implicite a été prise qui nous engage déjà : prolonger nos 58 centrales au delà des quarante ans », note-il.

Cette analyse  suggère plusieurs commentaires :

1. )- Souveraienté énergétique contre souveraienté nationale

D’abord, la Cour fait entendre qu’une déçision rampante a été prise et mise en application et qu’elle est  désormais trés  diffcilement réversible. Une décision à trés faible contenu démocratique. Comme si la  souveraienté énergétique ne pouvait s’embarasser des considérants de la souveraienté nationale qui entérine des arbitrages industriels et techniques plutôt qu’elle ne les maîtrise.

2)   – Une hausse inéluctable du prix de l’électricité aprés les élections

Ce  renchérissement des coûts de sécurité à 50 milliards d’euros laisse entendre également , sans que la Cour ne le dise complètement, que cela entraînera de facto une hausse du prix  de l’électricité. De 33 euros le mégawatt heure à 39 ou 42 euros comme l’affirmait récemmentPhilippe de Ladoucette, président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE),  Soit 30% de plus d’ici 2016.

3) – Le nucléaire le plus sûr au prix de … l’éolien terrestre 

Ensuite, la Cour fixe le prix du nucléaire le plus « sûr » à ce jour . C’est celui de l’EPR qui intègre les référentiels de sécurité les plus modernes. Or, son  coût de production n’est plus  à une trentaine d’euros le mégawatt heure mais est évalué « au minimum » par la Cour entre « 70 et 90 euros ». C’est à dire à parité avec le mégawat heure des éoliennes terrestres. De quoi réfléchir y compris si  une centrale nucléaire  produit en continu et une éolienne par intermittence.

– 3) Le risque du vieillissement

Par ailleurs, ce choix « implicite » sans débat public ou parlementaire  – celui d’Edf et de tous les gouvernements de gauche et de droite -,  consiste à parier sur une longévité de 40 ans , voire de 60 ans… sans pépin sérieux.  Or, le risque n’est pas infinétisémal avec un référentiel de sécurité  inférieur à celui de l’EPR. En cas de problème de structure – sur la cuve notamment-  dans  l’une des 58 centrales à eau pressurisée nécessitant un arrêt, c’est en effet tout le parc qui tomberait  en rideau, puisque la plupart des autres centrales sont conçues sur des normes identiques. L’Autorité de Sureté ne pourrait prendre le risque de les laisser en activité sans vérification.

A peu près le scénario noir  qui se déroule au Japon, note un expert : « Pour un accident sur deux ou trois centrales, c’est quarante-huit autres qui sont aujourd’hui arrêtées et pourraient ne jamais repartir… »

– 4) Des centrales très amorties 

Enfin, ce choix implicite du vieillissement des centrales laisse pendant la question du  renouvellement à court, moyen ou long terme.  Au total : 55 milliards pour 11 EPR. On comprend bien l’intérêt d’Edf de repousser toujours plus loin l’échéance (pourquoi pas 100 ans ?) puisque plus les centrales vieillissent,  plus le retour sur investissement de la construction est acquis, plus elles fonctionnent comme des machines à cash. Mais jusqu’à quand et pour quelle prise de risque ? Des centrales « amorties » financièrement, certes. Mais « amorties » aussi au sens de la sécurité optimale  qu’exige l’opinion.

5)- La France a-t-elle encore  les moyens de renouveler son parc nucléaire ?

D’autre part, la France a- t-elle les moyens de ce renouvellement ? Si l’on souhaite maintenir la filière nucléaire et si les centrales actuelles sont prolongées jusqu’à 50 ans, ce qui est optimiste, c’est dans les 20 ans qui viennent que la mobilisation financière devra être réalisée.  Verdict des magistrats financiers :  « La mise en œuvre d’un tel programme d’investissement à court terme, tranche la Cour, paraît très peu probable, voire impossible y compris pour des considérations industrielles ».

Des arrangements pas très orthodoxes : 

La stratégie de l’explicite est donc recommandée par la Cour des comptes sur les choix encore possible. Sur les mix énergétiques que nous pouvons ou non nencore  nous offrir.  Exigence d' »explicite » également sur les arrangements pas franchement orthodoxes avec la loi de 2006 concernant les fameuses provisions pour « opérations de fin de cycle ». Sur 27,8 milliards, 18, 2 étaient effectivement mis de côté dans des portefeuilles boursiers. Mais des masses financières substantielles sont imputées à l’Etat et donc pour partie  virtuelles. Soit au total 4,6 milliards d’euros. Commentaire cinglant de la Cour : « Les évolutions du dispositif ont eu lieu sans que la commission qui devait structurer la gouvernance de ce dispositif soit mis en place, ce qui est regrettable ».

Grosses incertitudes sur les déchets…

Et puis, il y a les incertitudes. Nombreuses. Notamment sur l’enfouissement des  déchets radioactifs. Edf retient le chiffre de 28,4 milliards d’euros. mais l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets) estime que l’addition atteindra le double. Et, encore, sont mis de côté le mox et l’uranium de retraitement enrichi usés, pour lesquels aucune solution n’est encore envisagée. Migaud pense tout haut : « La saturation rapide du site de Bure est une possibiblité ».

L’assureur du nucléaire, c’est vous :  

Autre rappel qui n’est pas spécifique à la France mais qui permet à l’opinion d’être mise en face des risques encourus.

Pour « peu probable qu’il soit« , un accident grave n’est pas à exclure complétement, puisqu’il s’en produit, rappelait André Lacoste, le patron de l’ASN, un  tous les 20 ans dans le monde : Three Mile Island, puis Tchernobyl, puis Fukushima.

Qui paierait les pots cassés ? Qui indemniserait ? Qui réglerait le manque à gagner d’une  grande agglomération  affectée par des fuites radioactives ? Pas les exploitants, ou si peu puisqu’aucune compagnie d’assurance n’a jamais pris  le risque  de prendre en charge  les dommages civils provoqués par un incident nucléaire. Trop démesuré.

Traduction de la Cour des Comptes : « L’Etat est l’assureur essentiel du risque nucléaire ». Ça se savait plus ou moins. C’est dit.

La solution énergétique miracle, c’est fini.

Nous avons donc appris en quelques mois beaucoup plus sur notre économie énergétique et sur le nucléaire que de 1974 à mars 2011. Entre l’audit de la Cour des comptes, l’émancipation progressive des autorités de sûreté ( ASN et IRSN), ce débat n’est plus le domaine réservé de l’électro-technocratie. Reste à savoir si les majorités politiques à venir sauront profiter de cette évolution pour prendre à partie l’opinion avec des données et des incertitudes désormais mieux cadrées.

Le job du prochain président : instaurer la démocratie énergétique.

On sait désormais qu’il n’y a pas de mix énergétique miracle. Que le nucléaire aussi est à coût croissant.  Que les choix, tous les choix, seront relativement douloureux au vu des investissements, que ce soit dans le nucléaire, les énergies renouvelables ou le gaz, sans parler de la mise en oeuvre d’un  programme robuste d’économies d’énergies et donc de réhabilitation thermique des bâtiments privés, sociaux, industriels et publics.

Une grand partie des données de base est sur la table. Le « Ni Ni » ou le « Voyez EDF », ou encore « C’est comme ça et pas autrement », ça ne marchera plus. Le job du prochain président sera d’instaurer la démocratie énergétique et de conquérir l’acceptabilité sociale du choix retenu en affrontant un contradictoire informé. Bon courage.

Guillaume Malaurie

Hollande : il était une fois la « social écologie »

Il était une fois la « social écologie »… C’était le maître mot de Martine Aubry quand elle présentait le projet socialiste en 2011. C’était l’année dernière et c’est déjà si loin. Guillaume Malaurie Le Nouvel Obs vendredi, 27 janvier 2012

Ce que disait le PS en 2011 :

Les dirigeants du Ps évoquaient alors  au terme d’une analyse assez remarquable un « monde qui basculait » sous les coups de boutoir de l’explosion démographique,  du rouleau compresseur des nouvelles nations-continent,  du réchauffement à tout crin et de l’épuisement des ressources fossiles. Une accélération éruptive  de l’Histoire jugée  alors « écologiquement intenable ».  Un « nouveau modèle »  était  alors imaginé  pour nos vieilles sociétés en perte de compétitivité et  à la recherche d’un leadership mondial renouvelé.

 Les  pierres angulaires alors citées en tête d’affiche ? «  L’urgence écologique et la transition énergétique ».  Si, si...  L’idée : l’atelier du monde, nous ne l’étions plus. Mais  nous avions peut-être  vocation à diriger l’immense chantier de  l’après vente,  de la réparation- réhabilitation et le SAV des écosystèmes.

 Ce que promettaient le  PS et Europe  Ecologie les Verts

Business plan analogue  lors de l’accord PS-Vert  promettant une nouvelle assiette fiscale « qui dissuade la pollution et la consommation d’énergie » et la mise en œuvre  d’une « contribution climat énergie à 36 € la tonne »  ainsi que l’étude d’une « TVA éco modulable »  dans le cadre européen, une recherche publique réorientée prioritairement vers « l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ». On devait « encourager les filières d’avenir – énergies nouvelles, mobilités durables, agro-ressources et éco-construction, santé et biotechnologies, contenus culturels et télécommunications, prévention des pollutions (pesticides, rejets industriels) et des risques, etc. –  et  «  une politique de formation et de reconversion des travailleurs des secteurs concernés. »

Ce que ne dit pas François Hollande :  

Ne cherchez pas, vous ne trouverez à peu prés rien de tout ça dans le programme de François Hollande.  Sous réserve de ce que le candidat du PS dira ce week-end devant les écologistes de France Nature Environnement à Montreuil, il y a une évidence. Le levier écologique, avec ses nouveaux emplois, sa nouvelle croissance comme en Allemagne ou dans les pays du Nord n’est plus considéré comme un pilier du changement par les stratèges du PS. Ce n’est plus du tout  le carburateur de la réinvention industrielle de notre continent. C’est tout juste à les entendre un enjoliveur quand ce n’est pas un repoussoir. Pas un mot ou presque au meeting du Bourget. Pas une allusion dans le débat d’hier soir avec Alain  Juppé. C’est Vade Retro Ecolo. 

Ceux qui rêvaient à une relance du Grenelle en seront donc  pour leurs frais. Il n’est, ou alors en tout petit, pas même évoqué dans les « 60 engagements pour la France »

Penser tout bas ce que Sarkozy lâchait  à voix haute

Devant les saignées provoquées par la crise, le chômage,  la désindustrialisation,  François Hollande en est sans doute arrivé  à penser tout bas ce que  Sarkozy lâchait à voix haute  : l’écologie, ses carcans, ses règles, ses taxes, ses petites fleurs, ça commence à bien faire. Ce n’est plus une planche de salut  dans les tempêtes des budgets et des licenciements, mais  un boulet. Un rêve décroissant.

Il est d’ailleurs probable que l’opinion publique de janvier 2012 soit pour une large part en phase avec ce sentiment là. Elle préfère la TIPP flottante qui recule l’échéance du coût réel de l’énergie fossile  plutôt qu’une Taxe Carbone qui enfonce un peu plus les consommateurs à la peine.

 Dire ce qui fâche

Il faut aussi se dire ce qui fâche. En focalisant son entrée en  campagne sur la seule sortie vite fait bien fait du nucléaire, Eva Joly s’est tiré une balle dans le pied. Et elle a esquinté la crédibilité d’un programme aussi pragmatique qu’inventif que personne ne se donne même plus  la peine de lire ou d’écouter. L’arrêt du nucléaire, Eva Joly va donc l’avoir  mais en mode joujou : l’arrêt  symbolique de Fessenheim en 2012 et peut-être même avant mai si Nicolas Sarkozy prend les devantsQuant à la  poursuite de l’Epr de Flamanville renforcé par la «  modernisation de notre industrie nucléaire » (D’autres EPR comme le suggère l’Opecst ? )   permettra d’assurer l’affluence aux manifs rituelles.

Eva Joly s’est tiré une balle dans le pied 

On l’a compris, c’est l’heure des couleuvres et de la soupe à la grimace pour l’écologie politique qui va devoir se contenter  sur le chapitre très sensible de l’agriculture, de ce paragraphe oh combien galvanisant façon   » pâturages et labourages… »: « Je défendrai un budget européen ambitieux pour l’avenir de l’agriculture dans sa diversité, en particulier l’élevage, dans le cadre de la révision de la politique agricole commune. J’encouragerai la promotion de nouveaux modèles de production et de l’agriculture biologique. »

Le pays et ses élites carburent aujourd’hui sur des traites à trois mois

On aurait tort cependant  de jeter la pierre à Hollande dont le rendez-vous avec l’Histoire se situe  en mai 2012 dans un pays martyrisé par les fermetures d’usines, plombé par les déficits budgétaires, brutalisé par les précarités de tous genres et qui voit la vie  comme on regarde  l’échéance des factures et du papier bleu. A court terme. Du jour pour le lendemain. Le pays et ses élites carburent aujourd’hui sur des traites à trois mois. Les générations futures, le bien-être animal, les filières alternatives, c’est trop loin. Manifestement hors saison.

Aujourd’hui, il faut rassurer l’existant pour se faire élire. Personne ne semble  d’ailleurs se souvenir que François Mitterrand avait lui aussi promis de ne jamais lâcher la sidérurgie lorraine en 1981. Il fut élu. Il lâcha Longwy et entreprit d’autres politiques industrielles plus novatrices. 

Chers amis écolos, gardez espoir …. 

Chers amis écolos et vous tous qui avez travaillé dur à l’idée d’une transition tant sur l’énergie, que sur une agriculture durable, sur les biotechnologies, la chimie du végétal, le stockage de l’électricité, la croissance sobre,  il y a tout de même une bonne nouvelle émise par le PS hollandais. Si son chef  n’évoque à peu prés nulle par quoique ce soit de vos légos théoriques, il ne les injurie pas non plus. Disons que vous êtes en réserve si vous existez encore aprés l’essorage des élections. 

Le Verdun ecolo :  

Et puis, regardez bien : Hollande  a retenu une mesure dans la boîte à outils verte. Une seule mais  stratégique. Je cite : « un vaste plan qui permettra à 1 million de logements par an de bénéficier d’une isolation thermique de qualité.Seront ainsi créés des dizaines de milliers d’emplois. Les économies de chauffage qui en découleront redonneront du pouvoir d’achat aux ménages. ». L’essentiel, c’est le chiffre : un million.  C’est beaucoup et c’est surtout  le niveau requis par les experts. Reste à connaître le financement qui va avec et si l’on veut déjà chipoter, on notera que le programme Vert-PS estimait la création d’emplois à 600.000 alors que pour le candidat Hollande, c’est déjà quarante fois moins de retombées.

Reste que le Verdun de l’écologie est là. C’est sur ce front enfoncé à gauche, tailladé à droite et déglingué par l’intendance économique que les bataillons verts clairsemés peuvent se battre. Pour prouver que consommer moins, c’est à la fois limiter les envolées du fioul, du gaz, de l’électricité, contrer la précarité, générer des normes, construire des technologies qui demain seront plébiscités sur les marchés. 

Sur ce socle au moins, il y a de quoi faire la démonstration que la social écologie, ce n’est pas du flanc. Que ce n’est pas juste mettre une petite laine sur les murs. Que c’est vital.

Le reste, c’est écrit, viendra à coups de pieds aux fesses. Les rendez-vous avec le Peak Oil, le réchauffement, le choc sanitaire des substances  chimiques et de nos déchets, ne sont pas calés à date fixe. Mais le tic tac des comptes à rebours est implacable. 

Guillaume Malaurie