Vitré: les opposants à la THT reçus au ministère de l’Écologie

Ce vendredi, des associations opposées au projet de ligne à très haute tension Cotentin-Maine (THT) ont été reçues au ministère de l’Écologie par le directeur de cabinet de Delphine Batho, la ministre. « Nous voulons que les travaux soient suspendus jusqu’à ce que les recours juridiques soient jugés, qu’une enquête sanitaire soit menée afin de mesurer l’impact sur les hommes et les animaux et que ce sujet soit évoqué lors de la conférence environnementale (qui a lieu les 14-15 septembre,NDLR) », résume Stéphane Rozé, représentant l’association Ille-et-Vilaine sous tension et le collectif interrégional opposé au projet. Ouest France vendredi 07 septembre 2012

Deux représentants d’associations d’Ille-et-Vilaine, deux de Mayenne, un agriculteur de la Manche et Me Gervais Marie-Doutressoulle s’y sont rendus. Réclamée depuis longtemps, cette rencontre au ministère « a été rendue possible par l’intermédiaire de la sénatrice Virginie Klès », ajoute Stéphane Rozé. Le directeur de cabinet de Delphine Batho a affirmé« comprendre le cœur de leurs demandes et de leurs inquiétudes ».

A défaut de la médiation demandée notamment depuis les évènement du Chefresne en juin 2012, le Ministère  a daigné recevoir les représentants des anti THT. Depuis tout ce temps, les travaux ont avancé et avancent, des militants ont été condamnés et d’autres attendent leur jugement. La démocratie est bafouée  même si la population  était invitée hier à  élire un nouveau Conseil Municipal au Chefresne . Seules 4 personnes ont été élues, un second tour sera organisé le 16 juin.

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Ligne THT : ce petit village normand qui résiste encore à l’autoroute de l’électricité

Rien n’arrête « le progrès ». Surtout pas un maire entêté, une poignée de paysans désespérés, des riverains désenchantés et quelques dizaines de militants écolos non violents. L’autoroute de l’électricité, qui reliera le réacteur nucléaire EPR de Flamanville, dans la Manche, à l’agglomération rennaise, continue sa progression, inexorablement. A coup de pressions, de répressions et de millions pour acheter l’opposition. Reportage à Chefresne, en Normandie, dernier bastion de la résistance à la ligne THT. Bastamag par  SIMON GOUIN (10 09 2012)

http://www.bastamag.net/article2582.html?id_mot=38

Une autoroute de l’électricité. Deux fois 400.000 volts. 420 pylônes sur 163 kilomètres. La ligne doit acheminer l’électricité produite par le futur réacteur nucléaire de Flamanville, dans la Manche, jusqu’à l’agglomération rennaise. Parmi les 64 communes concernées par le tracé prévu par RTE, la filiale d’EDF chargée du transport d’électricité, la commune de Chefresne dans la Manche résiste à cette ligne Très Haute Tension (THT), empêchant la poursuite des travaux.

Ce dimanche matin, les opposants à la construction de la ligne THT ont rendez-vous dans ce petit village de 310 habitants, au milieu des collines, des haies et des prés. Les opposants au projet occupent depuis mars le bois de la Bévinière, situé sur le tracé. Des plateformes, posées à une dizaine de mètres de hauteur, entourent deux arbres. Au sol, des bâches, des panneaux, une toile de tente, une cabane. Et un escabeau sur lequel on grimpe pour apercevoir, à travers les feuillages et les ronces, les trois pylônes électriques qui se dressent à l’horizon.

Au menu de l’assemblée générale, des nouvelles des « copains », blessés lors d’affrontements avec les forces de l’ordre, à la fin du mois de juin, dans la commune voisine de Montabot. Lors d’un week-end de « résistance », en réaction à des provocations de certains opposants, des grenades explosives « assourdissantes » ont été utilisées par les forces de l’ordre. « Normalement, ces grenades sont lancées au sol, pour disperser la manifestation, explique un jeune. Là, elles étaient lancées en tir tendu, vers nos têtes. »

Marquer les corps et les esprits

Bilan de l’affrontement : 25 blessés, dont deux graves. La plupart ont reçu des éclats de plastiques ou de métaux provenant des grenades. Et les blessés auraient attendu les secours pendant une heure : le véhicule médicalisé était bloqué par les gendarmes à une dizaine de mètres du camp [1]. Une force disproportionnée, pour marquer les corps et les esprits. Car depuis six ans, des riverains luttent pour éviter la construction de la ligne THT. A coup de procédures judiciaires, de recours devant le Conseil d’État et d’arrêtés municipaux.

Jean-Claude Bossard était, jusqu’au mois de mai, maire du Chefresne. En 2008, il a rédigé, avec son conseil municipal, un arrêté de police afin de prévenir des risques sur la santé de ses habitants. « En tant que maire, nous avons l’obligation de protéger nos habitants », explique-t-il. Le Maire du Chefresne a notamment invoqué la Charte de l’environnement, à valeur constitutionnelle, pour interdire la construction de la ligne à moins de 500 mètres des habitations et 300 mètres des stabulations. Dans la foulée, 45 communes (sur les 64 impactées par le tracé de la THT) suivent cet exemple. Réponse des tribunaux administratifs : c’est l’État et non le maire qui est compétent dans ce domaine. Tous les arrêtés municipaux sont cassés.

Rondes d’hélicoptères et contrôles policiers

Tous, sauf un. Celui du Chefresne. « Le délai de deux mois était dépassé quand la préfecture s’en est rendu compte », raconte Jean-Claude Bossard. Le maire peut alors invoquer son arrêté municipal, quand les travaux sont entamés, début juin. Écharpe autour du cou, le maire se fait alors arrêter pour obstruction de la voie publique. Il est placé en garde à vue et subit 12 heures d’interrogatoire. « Ce qu’on voulait, c’était me mettre la pression. » Il est aussi considéré comme le chef de fil des opposants au projet. C’est lui le propriétaire du bois de la Bévinière, que la ligne doit traverser et qui est occupé par les opposants (voir la vidéo de l’arrestation).


Anti-THT : le maire du Chefresne (50) en garde à… parfrance3bassenormandie_845

Jean-Claude Bossard et sa famille subissent une pression policière de plus en plus pesante. Au bout de son chemin, les gendarmes stationnent et les contrôlent presque à chaque passage, de jour comme de nuit. Dans le ciel, un hélicoptère effectue régulièrement des rondes. « Lors d’une fête de famille, les gendarmes sont venus contrôler tout le monde, à cinq estafettes, et un hélicoptère au-dessus de nous », raconte-t-il. Il a également reçu des menaces de mort : « On m’a dit qu’on allait s’occuper de mon cas. »

 100 millions d’euros pour acheter l’opposition

Suite à son arrestation, le maire de Chefresne a décidé de démissionner. Par solidarité, son conseil municipal l’a suivi, excepté un conseiller. De nouvelles élections municipales se sont déroulées le 9 septembre. Les nouveaux élus pourront décider de continuer l’opposition à la ligne THT. Ou accepter la grosse subvention allouée par RTE, en contrepartie des « dommages » esthétiques et matériels provoqués par la ligne. Dans le cadre du Plan d’accompagnement au projet (PAP), le Chefresne s’est vu proposer près de 200.000 euros contre l’acceptation de la ligne. Une somme énorme pour une commune dont le budget annuel avoisine les 150 000 euros. « Nous avons réuni la population, lors d’une de nos réunions de démocratie participative qui précèdent les conseils municipaux », relate Jean-Claude Bossard. La somme a été refusée.

Le Chefresne décide alors de monter un projet alternatif, et d’installer des panneaux photovoltaïques sur l’église du village. Une garantie de vente d’électricité de 200 000 euros, répartie sur 20 ans. Sur les 45 communes qui étaient opposées au lancement du projet, seules cinq ont refusé les subventions PAP. « On la surnomme la ligne T’es acheté », souligne Jean-Claude Bossard. Au total, 100 millions d’euros sont distribués par RTE, pour faire accepter le projet. Soit environ 50% du coût de construction de la ligne [2]. Dans le langage de l’entreprise, ce sont des « mesures de réduction ou de compensation des impacts du projet sur l’environnement ». Mais l’environnement ne signifie pas la santé de l’homme. Pas question, pour RTE, d’évoquer ou de reconnaître le moindre souci sur la santé des humains.

Des champs magnétiques dangereux pour la santé ?

« Pourquoi dépenser autant d’argent s’il n’y a pas de dangers sanitaires ?,s’interroge Jean-Claude Bossard. Depuis le début, nous réclamons une étude épidémiologique sur les effets de la THT. » En France, une telle étude n’a jamais été réalisée. Les conclusions de l’enquête publique, en 2006, appelaient à la réalisation d’une étude épidémiologique. Mais le projet a ensuite été déclaré d’utilité publique. Et les conséquences sanitaires de la THT sont devenues secondaires…

RTE tente de rassurer : « Après plus de trente ans de recherche, la position de la communauté scientifique est claire, les champs électromagnétiques générés par les lignes à haute tension n’ont pas d’impact prouvé sur la santé humaine », affirment Philippe Rémy, directeur du Projet Cotentin-Maine et Jean-Michel Ehlinger, directeur d’aménagement [3]. RTE entreprend d’ailleurs de casser les « idées reçues » dans de petits clips vidéos, sur son site internet La Clef des Champs.


clefdeschamps.info : tout sur les champs… by rte_france

Des informations contredites par des spécialistes des ondes électromagnétiques. Les appareils électroménagers émettent des champs semblables à ceux de la ligne ? « Contrairement aux lignes électriques, nous ne passons pas 24h sur 24 à proximité du rasoir, de la cafetière ou du grille-pain, explique Catherine Gouhier, secrétaire du Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem). L’OMS déclare que « les champs magnétiques induits d’extrêmement basse fréquence [sont] potentiellement cancérigènes », note Catherine Gouhier. Et « l’exposition aux lignes électriques est passive et sur une longue durée. »

Des agriculteurs soumis à une clause de confidentialité

En 2008, le Criirem a réalisé une enquête sur les effets de la THT, en étudiant les conditions de vie de riverains d’une ligne. 2000 foyers répartis sur 160 communes ont été interrogés. Irritabilité, état dépressif, vertiges, maux de tête, sommeil perturbé… La santé de ceux qui vivent à proximité des lignes est impactée. Les exploitations agricoles sont elles aussi touchées : « Quatre fois plus de nervosité et trois fois plus d’hésitation chez les bovins, comportements de fuite, deux fois plus d’irrégularité de production laitière » à proximité des lignes que dans une zone non exposée (lire l’enquête).

Thierry Charuel est un agriculteur spécialisé dans la production de lait, au Mesnil Thébault, dans le sud de la Manche. Son enclos de vaches laitières est situé à 60 mètres d’une ligne THT de 400.000 volts, construite au début des années 80. Défaillance de son robot de traite, inflammations mammaires, cellules dans le lait rendant sa consommation impossible, problèmes de reproduction : l’agriculteur estime être touché de plein fouet par les courants électriques qui partent de la ligne THT. Il évalue ses pertes à 50 000 euros par an.

En 2004, dans le cadre du Groupe permanent sur la sécurité électrique (GPSE [4]), mis en place par le ministère de l’Agriculture pour accompagner les éleveurs, il fait appel à RTE pour adapter son bâtiment. L’entreprise lui conseille des aménagements, comme l’isolation des sols pour éviter les remontées de courant ou l’installation d’une cage de Faraday, une enceinte qui protège des nuisances électriques. Il reçoit plusieurs centaines de milliers d’euros, entre 2004 et 2010, pour les travaux d’aménagement. Mais en signant cette convention avec RTE, l’agriculteur est contraint d’accepter une clause de confidentialité. Laquelle l’empêchait de communiquer l’existence des problèmes sanitaires sur les animaux… sans autorisation de RTE. L’argent contre le silence.

Suicides, liquidations judiciaires, pressions

A partir de 2010, le GPSE a progressivement disparu. Et les aides se sont évanouies, constate Thierry Charuel, qui a décidé d’attaquer RTE en justice.« Si RTE m’avait dit, en 2003, que l’ensemble des problèmes ne serait pas réglé, on aurait construit ailleurs, et pas à cet endroit, » assure l’agriculteur.« Tout est fait pour nous faire craquer, ajoute-t-il. RTE trouve sans cesse une nouvelle faille pour nous faire porter la responsabilité des pertes d’exploitation. »

Si tous n’osent pas aller sur le terrain judiciaire, de nombreux agriculteurs sont dans le même cas que Thierry Charuel. Certains sont placés en liquidation judiciaire, d’autres sont contraints d’arrêter. Quelques-uns mettent fin à leurs jours, explique François Dufour, exploitant agricole et vice-président (EELV) de la Région Basse-Normandie [5]. « D’autres n’ont pas établi le lien direct entre la proximité de la ligne THT et les différents problèmes qu’ils rencontrent sur leur troupeau », écrit-il. Beaucoup, aussi, n’osent pas faire part de leurs difficultés.

« On se sent méprisés »

« Si les animaux sont malades, pourquoi les hommes n’auraient-ils aucun problème ? », s’interroge Marie-Laure Primois, dont la maison et la ferme seront entourées de huit futurs pylônes. Elle a toujours refusé de donner son accord à RTE. « On se sent méprisés, pas écoutés. Nous avons rempli deux cahiers pour l’enquête publique qui précédait la mise en servitude (la possibilité pour RTE d’intervenir sur des terrains privés). Nous n’avons jamais eu les conclusions de l’enquête publique. » La veille de la manifestation de Montabot, des hélicoptères n’ont pas cessé de survoler leur maison.

La pression policière, Stéphane Godreuil la subit depuis plusieurs mois déjà. Il habite à quelques encablures du bois de la Bévinière. Et à 110 mètres d’un pylône. L’armature de métal se dresse en surplomb de sa maison. Un autre pylône devrait bientôt sortir de terre à une centaine de mètres. La future ligne traversera son terrain. Les arbres ont dû être abattus. Son épouse souffre d’un cancer. Le professeur qui la suit lui a simplement conseillé de partir, « de se trouver un petit coin tranquille », afin d’éviter l’impact moral et physique de la ligne.

« Les gendarmes nous épient avec des jumelles »

Le couple a donc décidé de mettre en vente leur maison. A moins de 100 mètres, RTE leur aurait racheté leur bien, revendu ensuite en dessous des prix du marché, à de nouveaux propriétaires s’engageant à ne pas poursuivre l’entreprise pour d’éventuels problèmes sanitaires. Mais le tracé de la ligne a été pensé pour racheter un minimum de maisons. A 110 mètres, donc, le couple doit se débrouiller. « Du fait de la présence de la ligne, le prix de vente est déjà inférieur de 30% à la valeur de la maison », indique Stéphane Godreuil. Les acheteurs potentiels sont prévenus par l’agent immobilier. Quand ceux qui sont tout de même intéressés découvrent le pylône, la plupart repartent sans visiter.

Quand Stéphane Godreuil s’approche du pylône pour entretenir son terrain, les gendarmes débarquent illico. Ils sont alertés par les sociétés de surveillance, embauchés par RTE pour protéger les pylônes. « On est étroitement surveillés, raconte-t-il. Au début, on rigolait des contrôles des gendarmes. Puis c’est devenu gênant quand on s’est aperçu qu’on nous épiait avec des jumelles. On nous met la pression. » La veille de la manifestation, les gendarmes sont venus le voir pour essayer de lui soutirer des informations.« Ils m’ont déconseillé d’y aller, me disant qu’ils allaient procéder à des arrestations, que les sanctions seraient lourdes », raconte-t-il.

Déboulonner ou scier les pylônes

De semaine en semaine, la répression s’intensifie. Une liste de 16 supposés « leaders » de la contestation circulerait parmi les forces de l’ordre. De plus en plus d’opposants sont déférés en justice. Trois personnes, citées dans un article de journal, ont été perquisitionnées. Et une ordonnance punit tout rassemblement auprès d’un pylône d’une astreinte de 2000 euros par heure et par personne. Les actions symboliques sont donc rendues très difficiles.

A la place, les sabotages se multiplient. Déboulonner les pylônes – quand RTE ne les a pas soudés. Ou scier les bras de fer. Des moyens de faire perdre de l’argent à la filiale d’EDF pour espérer être entendus. « Les coûts aujourd’hui constatés restent marginaux par rapport au coût global du projet, assure RTE.Ils ne sont pas de nature à déséquilibrer l’économie du projet. » Mais pour que la construction continue, il faudra traverser le bois, déloger les opposants du haut des plateformes. Une dernière bataille, pour l’honneur, avant que l’autoroute de l’électricité ne poursuive son chemin. Sauf contre-ordre de l’État. Craignant des affrontements avec les forces de l’ordre, les opposants ont décidé, début septembre, de ne plus occuper le bois que de façon symbolique, mais d’arrêter d’y vivre.

Simon Gouin

Photo de une : source

Notes

[1] Lors du procès d’un militant accusé d’avoir blessé un gendarme mobile, l’urgentiste régulateur du Samu qui est intervenu ce jour-là a également décrit les demandes répétées d’identités des victimes par la préfecture.

[2] Le coût total du projet est de 343 millions d’euros, comprenant 200 millions d’euros pour la construction de la ligne, 47 millions d’euros pour la construction des deux postes électriques, 96 millions d’euros de mesures de réduction ou de compensation des impacts du projet sur l’environnement (aménagements paysagers, plantations complémentaires, mises en souterrain de lignes électriques de tensions inférieures… .

[3] RTE a accepté de répondre à nos questions, mais par courriel, faute de temps…

[4] Créé en 1999, le GPSE a permis de compenser les pertes des agriculteurs touchés par la ligne THT. Cette initiative permet de financer les travaux d’aménagement, d’assurer un suivi sanitaire et de compenser les pertes d’exploitations

[5] Lettre adressée à plusieurs ministres, le 18 juin 2012

Lignes haute tension: une multitude de projets en Europe

Lancé en 2005, le projet de la ligne Cotentin-Maine se situait dans une perspective européenne. Il avait alors pour principal objet d’évacuer le courant du réacteur nucléaire EPR en projet à Flamanville. Or, celui-ci a été conçu selon une logique internationale concrétisée par deux accords signés en 2005 et 2007 entre EDF et Enel (son équivalent italien) : Enel investirait 12,5 % dans l’EPR et bénéficierait  » d’un accès dans la même proportion à l’électricité produite « . Le Monde 21 08 2012

Depuis, le paysage énergétique a évolué, et la ligne normande doit aussi servir, selon RTE, à transporter le courant produit par les éoliennes offshore en construction dans la Manche et les hydroliennes en projet au large du Cotentin. Mais elle s’intègre toujours dans un programme européen de développement des réseaux électriques.

Celui-ci est largement déterminé par l’expansion prévue des énergies renouvelables. Celles-ci s’installent souvent dans des zones différentes des lieux habituels de production électrique : par exemple dans le sud de l’Italie ou la mer du Nord – voire au Sahara avec le projet Désertec. La production éolienne ou solaire, dépendant des conditions météorologiques, est intermittente. Pour en tirer le meilleur parti, il faut donc mettre en relation les différentes régions, puisque l’intermittence ne suit pas partout les mêmes rythmes. Enfin, certains pays ont des caractéristiques particulières : par exemple la France, où le chauffage électrique a été très développé, connaît des pointes de consommation hivernale de plus en plus fortes (101 mégawatts appelés le 8 février 2012), ce qui la rend dépendante des importations.

La Commission européenne et les opérateurs de réseaux électriques estiment ainsi nécessaire de construire ou de moderniser dans les dix prochaines années environ 50 000 km de liaisons très haute tension dans l’Union européenne, ce qui suppose un investissement de près de 100 milliards d’euros.

A cette fin, Bruxelles a présenté en 2001 un  » Mécanisme pour l’interconnexion en Europe « , visant à investir 8 milliards d’euros sur les projets prioritaires. La Commission en a défini quatre : raccordement aux pays riverains des parcs éoliens de la mer du Nord et de la mer baltique ; transport du nord de l’Allemagne vers le sud du pays ; interconnexion entre le sud-ouest de l’Europe et l’Afrique ; intégration des pays baltes au système électrique européen.

Reste que ces projets ne se feront pas aisément. Une première contrainte tient à leur financement. Une seconde concerne la résistance fréquente des citoyens à la construction des lignes. Ainsi, en Allemagne, sur les 1 800 km identifiés comme prioritaires en 2009, seuls 214 ont été réalisés à ce jour. En France, un projet de ligne de 400 kilovolts en Provence a été abandonné en 2008, et s’est transformé en projets de lignes souterraines de 225 kilovolts. De même, la ligne entre la France et l’Espagne, vivement contestée, sera enfouie (les travaux ont commencé en février) sur ses 65 km. Mais à un coût de 700 millions d’euros, bien supérieur à celui d’une ligne aérienne.

H. K

Voir aussi:

FOCUS Energie2012 – Le développement des renouvelables passe par une mutation profonde des réseaux électriques

Des réseaux électriques plus puissants (super-grids) et plus intelligents (smart-grids) seront nécessaires pour intégrer davantage d’énergies renouvelables, notamment éolienne. 

….Le problème se posera dans toute l’Europe, et notamment en France, au fur et à mesure du développement des renouvelables.

…..André Merlin, président du CIGRE (Conseil international des grands réseaux électriques)  a récemment exposé, à l’université d’été de Sauvons le Climat, les raisons de cette nécessaire mutation des réseaux électriques européens, tant dans le transport que dans la distribution (voir sa présentation). Il s’agit de :

  • permettre intégration d’une grande quantité d’énergie intermittente
  • d’assurer le secours mutuel des réseaux électriques européens, faute de quoi l’Europe pourrait connaître la mésaventure de 2006 quand une rupture de ligne en Allemagne, couplée à l’irrégularité de la fourniture éolienne allemande, avait menacé toute l’Europe
  • poursuivre l’intégration du marché électrique de l’UE.

Dans cette optique, l’Europe a identifié quatre projets stratégiques :

  1. dans l’est de l’Europe,  la connexion des pays baltes, anciennement reliés à l’URSS.
  2. la récupération de l’éolien offshore en mer du nord et en Baltique, par un réseau sous marin en liaison continue (le tiers des 250 GW de la capacité éolienne prévue va provenir de cette région).
  3. l’interconnexion de la Turquie avec l’UE.
  4. la coopération de l’Europe avec les pays du sud et de l’est du bassin méditerranéen, pour  bénéficier des capacités des parcs solaires (type Desertec) lors des pointes européennes d’hiver (et permettre  à l’Europe d’aider ces pays en été).

Voir l’article complet sous:

http://www.energie2012.com/?p=732

THT: Vitré ne peut rien contre la THT

Le tribunal administratif de Rennes a rejeté les recours en référé de la ville de Vitré, de particuliers et d’associations qui visaient à obtenir l’annulation du permis de construire de la ligne à très haute tension (THT) du futur réacteur EPR de Flamanville. La commune dénonçait notamment un pylône situé dans un périmètre de captage des eaux. Source : AFP  11/06/2012

Dans son ordonnance du 7 juin, le juge a estimé que la mise en service de la ligne électrique « Cotentin-Maine » présentait « dans son ensemble un intérêt public certain qui justifie qu’il y ait urgence à l’exécuter ». Il a également rejeté « de supposés risques sur la ressource en eau résultant de l’exposition de celle-ci aux ondes électromagnétiques ».

La procédure visait à dénoncer un « excès de pouvoir » de la préfecture d’Ille-et-Vilaine, qui avait délivré le permis de construire. Elle concernait notamment un pylône situé dans un périmètre de captage des eaux qui alimente la ville de Vitré. Le pylône incriminé est situé à cheval sur un drain de captage des eaux, dans la forêt du Pertre. Relayant les craintes d’associations de défense de l’environnement, le maire de Vitré Pierre Méhaignerie avait évoqué des risques sur la qualité des eaux en raison des champs électromagnétiques induits par la ligne.

Mi-mars, l’Agence régionale de santé de Bretagne avait émis un avis défavorable concernant ce tracé, avant de se raviser huit jours plus tard.

Rappel:   Quatre communes de la Manche ont déjà introduit des recours contre cette ligne THT devant le tribunal administratif de Caen. Et le Conseil d’Etat doit se prononcer dans six autres procédures, dont une déposée par M. Méhaignerie.

La THT Cotentin-Maine attaquée par Vitré

Par Catherine BERRA  14 mai 2012 France 3 Basse-Normandie. La commune d’Ille-et-Vilaine a déposé un recours en référé ce lundi.

Dirigée par l’ex-ministre Pierre Méhaignerie (UMP), la ville de Vitré vise ainsi à obtenir l’annulation d’un permis de construire de la ligne à très haute tension (THT) du futur réacteur EPR de Flamanville.

Cette procédure, engagée devant le tribunal administratif de Rennes, est un recours en « excès de pouvoir » visant la préfecture d’Ille-et-Vilaine, qui avait délivré le permis.

Elle concerne un pylône situé dans un périmètre de captage des eaux qui alimente la ville de Vitré. Ce pylône, portant le numéro 547, est situé à cheval sur un drain de captage des eaux, dans la forêt du Pertre.Relayant les craintes d’associations de défense de l’environnement, Pierre Méhaignerie évoque les « risques que cette installation peut faire peser sur la qualité des eaux » en raison des champs électromagnétiques qu’elle induira.Mi-mars, l’Agence régionale de santé de Bretagne avait émis un avis défavorable concernant ce tracé, avant de se raviser huit jours plus tard.

Destinée au raccordement du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville, la THT Cotentin-Maine, qui traverse l’Ille-et-Vilaine, mais aussi la Manche, le Calvados et la Mayenne est contestée par les écologistes ainsi que par des riverains et plusieurs collectivités locales traversées.Quatre communes de la Manche ont déjà introduit des recours devant le tribunal administratif de Caen. Et le Conseil d’Etat doit se prononcer dans six autres procédures, dont une déjà déposée par le maire de Vitré.


Cotentin-Maine, une ligne électrique sous très haute tension

Une  ligne à très haute tension Cotentin-Maine, courant sur 163 kilomètres et 4 départements, doit entrer en service en 2013. A perte de vue, ce sont des champs délicatement vallonnés, des vaches et moutons qui pâturent paisiblement, et de coquettes maisons aux toitures en ardoises et façades de pierres. Mais en plein cœur du bocage normand, des pelleteuses et foreuses sont aussi à pied d’œuvre, depuis plus de deux mois, sur une centaine de chantiers. Car le massif armoricain va accueillir, à partir de début 2013, la ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, qui doit relier le futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville au réseau électrique national. LEMONDE.FR  06.03.12 

Avec 414 pylônes et 163 km de ligne courant sur 64 communes de quatre départements (Calvados, Normandie, Ille-et-Vilaine et Mayenne), le chantier pour acheminer ces deux circuits de 400 000 volts est colossal, mobilisant 40 entreprises, jusqu’à 900 salariés au plus fort de l’activité, pour un budget global de 350 millions d’euros.

ACTIONS DE DÉBOULONNAGE

« On a déjà réalisé des ouvrages de cette ampleur et on travaille avec des entreprises dont c’est la spécialité, comme Eiffage ou Vinci, relativise Jean-Michel Ehlinger, responsable du chantier pour RTE (Réseau de transport d’électricité), la filiale d’EDF qui gère les lignes à haute et très haute tension. On a commencé àcouler les fondations d’une partie des pylônes. Il faudra ensuite les assembler, les dresser et, d’ici à la fin de l’année, dérouler les câbles électriques par hélicoptère. »

Les ouvriers ont commencé à réaliser les fondations des pylônes de la THT Cotentin-Maine.

Les ouvriers ont commencé à réaliser les fondations des pylônes de la THT Cotentin-Maine.Audrey Garric/Le Monde.fr

Si, sur le papier, la technique semble rodée, dans la pratique, le début des travaux de cette autoroute de l’électricité ne s’avère pas de tout repos. A plusieurs reprises, des chantiers ont été bloqués par quelques dizaines de militants opposés au projet, quand ce ne sont pas des riverains qui menaient plus discrètement, de nuit, des actions de déboulonnage de pylônes. « Ces actions sont illégales et dangereuses, tant pour les militants que pour les ouvriers, regrette Jean-Michel Ehlinger. On a porté plainte, car elles nous font perdre du temps et de l’argent. »

« BALAFRE » SUPPLÉMENTAIRE

Les adversaires au projet, RTE les connaît bien. Le combat qui oppose certains riverains au distributeur d’électricité ne remonte pas à hier : dès son lancement, en 2006, la ligne THT a été mal reçue. Pourtant, ce n’est pas faute pour RTE d’avoir redoublé d’arguments : au-delà d’acheminer l’électricité du futur EPR, dont la mise en service est prévue en 2016 – avec quatre ans de retard –, « la ligne THT raccordera aussi au réseau les éoliennes offshore en construction en Bretagne, sécurisera l’alimentation du grand Ouest, connu pour sa fragilité en cas de grand froid, et enfin anticipera l’augmentation régulière de la consommation », égrenne le directeur du projet, Philippe Rémy, tout en assurant que le groupe a mené 4 000 réunions de concertation en six ans.

Mais rien n’y fait, le scepticisme reste de mise dans la région. Elle semble bien loin, l’époque où l’arrivée d’un pylône, symbole du rattachement au réseau électrique, était fêté dans les campagnes, et où l’annonce de nouvelles infrastructures nucléaires dans la région (deux réacteurs, le futur EPR, un centre de retraitement des déchets) était perçue comme une garantie de développement économique. Aujourd’hui, les habitants voient dans le projet une « balafre » de plus dans un paysage déjà meurtri par deux autres lignes de 400 000 volts, une de 225 000 V et huit de 90 000 V.

Le tracé de la ligne à très haute tension Cotentin-Maine.

Le tracé de la ligne à très haute tension Cotentin-Maine.Le Monde.fr

CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES ET SANITAIRES

« On craint les conséquences économiques, en raison de la dévaluation immobilière et de la perte d’attractivité touristique, livre Jean-Claude Bossard, maire du Chefresne, qui refuse de voir son village de 310 âmes, au centre de la Manche, hérissé de six imposants pylônes – entre 45 et 65 mètres de hauteur.Mais ce qui nous inquiète le plus, ce sont les conséquences sur la santé pour les hommes et les animaux, d’autant que la Normandie est une région au sol humide, qui favorise la circulation de l’électricité. »

Depuis trente ans qu’il est traversé de nord en sud par une ligne de 400 000 volts, le Cotentin foisonne en effet de témoignages autour de la nocivité supposée des lignes électriques. En cause : les champs magnétiques de fréquence extrêmement basse (50 Hz), générés par le passage du courant dans les câbles, qui ont ont été classés « cancérogènes possibles pour l’homme » en 2002 par l’Organisation mondiale de la santé. Si aucun lien de causalité n’a pu être prouvé entre l’exposition à une ligne THT et l’augmentation des cas de leucémie infantile observée, les riverains se plaignent régulièrement de stress, nervosité, irritabilité et insomnies.

>> Lire : Les effets sanitaires des lignes THT en question et « J’ai vécu six ans sous une ligne à très haute tension »

ARRÊTÉS « ANTI-THT »

Par crainte de voir ces problèmes aggravés, la population organise dès 2006 la résistance à la nouvelle ligne THT. « Touche pas à Chevreville »« Pas de THT sous les pommiers »« Percy-sous-tension » : les associations fleurissent tout au long du tracé, regroupées dans le collectif interrégional Stop-THT.

Du côté des communes, un collectif d’élus voit le jour, coordonné par Jean-Claude Bossard. Lorsque l’enquête d’utilité publique est menée, entre 2007 et 2008, 70 % des maires se déclarent défavorables au passage de la ligne sur leur territoire. Sur les 64 communes concernées, 35 prennent même des arrêtés municipaux « anti-THT », en 2008, afin d’empêcher la présence de pylônes à moins de 500 mètres des habitations et 300 mètres des élevages.

ABSENCE D’ÉTUDE ÉPIDÉMIOLOGIQUE

Mais dans ce « combat du pot de terre contre le pot de fer », comme ils aiment à lesurnommer, les élus locaux sont vite terrassés par la force de frappe de RTE. Les arrêtés sont rapidement annulés par les tribunaux administratifs de Caen, Rennes et Laval. « Selon la justice, le sujet relève de la compétence de l’Etat qui, rappelons-le, est l’actionnaire majoritaire d’EDF, et non des maires, alors que ces derniers ont obligation de prévenir les risques naturels et technologiques sur leur commune », regrette Jean-Claude Bossard. Seul l’arrêté du Chefresne ne sera pas annulé. « Un oubli », suppose le maire.

Jean-Claude Bossard, maire du Chefresne et l'un des plus farouches opposants à la ligne THT.

Jean-Claude Bossard, maire du Chefresne et l’un des plus farouches opposants à la ligne THT.Audrey Garric/Le Monde.fr

En juin 2010, les opposants au projet perdent une seconde manche, décisive : la déclaration d’utilité publique de la ligne Cotentin-Maine est publiée au Journal officiel, sans tenir compte de l’avis de la commission d’enquête publique. Les onze commissaires demandaient la réalisation d’une étude épidémiologique, sur le plan sanitaire, ainsi qu’une étude sur la faisabilité de l’enfouissement partiel de la ligne, sur le plan environnemental. Or, aucune de ces deux demandes n’a été satisfaite.

« Les autorités sanitaires ont estimé que les études épidémiologiques n’étaient pas suffisamment représentatives, se défend Philippe Rémy, de RTE. Quant à l’enfouissement, nous n’avons pas retenu cette option pour des raisons techniques : aujourd’hui, nous ne savons pas enterrer des lignes double circuits de 400 000 V en courant alternatif. » Surtout, l’enfouissement multiplierait le budget de la ligne – 200 millions d’euros pour sa seule construction – par six ou huit. Or, sur ce projet, RTE a déjà largement mis la main à la poche, avec une enveloppe de 100 millions d’euros de « mesures d’accompagnement » destinées aux communes, riverains et agriculteurs.

« ARROSAGE » DES COMMUNES

A l’issue d’un marathon administratif de cinq ans, c’est l’argent de RTE qui a achevé de convaincre les plus récalcitrants. L’entreprise a d’abord déboursé 20 millions d’euros au titre du plan d’accompagnement du projet (PAP), de l’argent versé aux communes pour qu’elles puissent mener des projets en contrepartie du passage de la ligne sur leur territoire. L’effet persuasif est immédiat : sur les 35 communes qui étaient fermement opposées à la ligne, seules cinq ont refusé le PAP et continuent aujourd’hui à résister – le Chefresne, Chèvreville, Buais, Boisyvon et Heussé.

« Même si le PAP est légal, il revient à arroser les maires pour les acheter. Quand RTE propose entre 100 000 et 500 000 euros à des villages comme le mien, au budget annuel de 150 000 euros, il est très difficile de dire non », se désole Jean-Claude Bossard. Pour compenser son refus de l’enveloppe de RTE, ce maire écologiste a entrepris de monter un projet de revente de l’électricité produite àpartir de panneaux photovoltaïques installés sur les toits de l’église. Mais il reconnaît que le sujet a été « houleux » lors des séances du conseil municipal.

Autre « aide » du distributeur d’électricité : RTE, qui suit une recommandation officielle, va racheter certaines des maisons situées dans la bande de 100 mètres de part et d’autre de la ligne, une première en France. Une soixante de propriétaires ont accepté, sur les 135 habitations concernées, pour des montants allant de 25 000 à 700 000 euros. Les logements devraient être revendus en-dessous des prix du marché, mais en contrepartie d’un engagement à ne pas attaquer RTE en cas de problèmes. Une indemnité sera aussi versée pour les maisons situées à moins de 200 mètres de la ligne et souffrant d’un préjudice visuel.

AIDES AUX AGRICULTEURS

Mais ceux que RTE choie le plus, ce sont les agriculteurs. Alors que les lignes passent le plus souvent au-dessus de leurs champs, il est fréquent qu’il y ait des problèmes. C’est le cas de Thierry Charuel et Dominique Vauprès, deux éleveurs situés dans la commune d’Isigny-le-Buat, tout près de l’un des pylônes de la ligne de 400 000 volts existante. « Depuis que je me suis installé ici, mes 60 vaches laitières sont stressées et ont développé 150 à 200 cas de mammites par an, alors que la norme est de 30. Le lait, de mauvaise qualité, nous est payé moins cher, témoigne Thierry Charuel, sous le regard approbateur de son voisin, affecté par les mêmes problèmes. Entre les frais vétérinaires et d’antibiotiques et le manque à gagner sur le lait, mes pertes s’élèvent à 20 000 euros par an. »

Les éleveurs Thierry Charuel et Dominique Vauprès rencontrent des problèmes dans leur exploitation du fait de la proximité avec une ligne THT.

Les éleveurs Thierry Charuel et Dominique Vauprès rencontrent des problèmes dans leur exploitation du fait de la proximité avec une ligne THT.Audrey Garric/Le Monde.fr

Seulement, jusqu’à il y a quelques années, ces frais n’ont pas été à la charge des agriculteurs mais… de RTE. L’entreprise a en effet créé, en 1999, le Groupe permanent de sécurité électrique (GPSE), destiné à résoudre « un certain nombre de problèmes pathologiques vétérinaires pouvant être liés aux manifestations électriques », comme l’indique son site Internet. « On a appelé RTE, qui nous a proposé de souscrire le protocole et de signer une clause de confidentialité. Des agents ont alors réalisé des travaux dans nos installations, et ont pris en charge différents frais, comme les dépenses vétérinaires ou le contrôle de la performance du troupeau. Nos résultats se sont un peu améliorés, mais restent néanmoins inférieurs à la moyenne », raconte Dominique Vauprès.

Au total, ce sont des « centaines de milliers d’euros » indirectement versés par RTE pour chaque agriculteur pendant plusieurs années. « Pourquoi nous ont-ils donné autant d’argent s’ils ne se sentent pas responsables ? », s’interrogent les deux éleveurs qui, après avoir résilié le protocole, comptent porter plainte contre l’entreprise, qui selon eux, « maintient sous perfusion beaucoup d’agriculteurs en échange de leur silence ».

« Quand il y a une difficulté, on cherche à en comprendre la cause. On finance donc des actions pour trouver des solutions, justifie Philippe Rémy. Beaucoup de fermes à proximité des lignes n’étaient pas aux normes, notamment la mise à la terre n’était pas faite ni l’équipotentialité. » RTE reconnaît que des courants électriques vagabonds, transmis par les structures métalliques des fermes, peuvent déstabiliser et stresser les animaux, mais refuse tout lien entre champs magnétiques et maladies.

RECOURS DEVANT LE CONSEIL D’ÉTAT

Aujourd’hui, avec le début des travaux de la ligne Cotentin-Maine, le mouvement d’opposition s’est certes durci, mais aussi essouflé, reconnaissent les associations de riverains. « Beaucoup d’habitants pensent qu’il ne sert plus à rien de se battre, puisque RTE nous a prouvé qu’elle avait de l’argent pour acheter tout le monde », regrette Géraldine Tallec, vice-présidente de l’association Percy-sous-tension.

Néanmoins, la poignée d’irréductibles espère toujours voir le chantier interrompu, ou même la ligne démontée après sa mise en service, si l’un des six recours qui ont été déposés devant le Conseil d’Etat en 2010 – dont l’un par Pierre Méhaignerie, ancien garde des Sceaux et député-maire UMP de Vitré (Ille-et-Vilaine) – devait aboutir« Si nous échouons encore, notre dernière chance pour obliger l’Etat à mener une étude épidémiologique indépendante et éviter un scandale sanitaire de l’ampleur de celui de l’amiante sera de nous tourner vers l’Europe », conclut Jean-Claude Bossard.

Audrey Garric

Nouveaux recours contre la future ligne à très haute tension THT

Trois communes de la Manche ont saisi le tribunal administratif de Caen pour contester le permis de construire de la ligne à très haute tension (THT), en lien avec le réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville, a-t-on appris vendredi auprès de la juridiction. Sciences et Avenir le 27-01-2012

« Les recours des communes Buais, Chèvreville, Le Chefresne, ont été déposés mardi et celui de Heussé devrait l’être dans les jours qui viennent », a indiqué leur avocat Me Gervais Doutressoulle lors d’une conférence de presse à Saint-Lô.

Et « cinq communes ont dit publiquement qu’elles ne souscriraient pas au plan d’accompagnement du projet (PAP), l’enveloppe de 20 millions d’euros prévue pour les collectivités qui acceptent la THT », sur 64 communes éligibles sur 163 km de ligne, a ajouté Jean-Claude Bossard, maire du Chefresne et coordinateur du collectif d’élus opposés à la THT.

La cinquième commune, Boisyvon, ne peut déposer de recours contre le permis de construire qui date du 24 novembre 2011 car elle n’aura pas de pylône et sera juste surplombée par la THT, a précisé son maire.

Selon M. Bossard, les communes percevront 4.000 euros de taxe professionnelle annuelle par pylône.

En 2008, 38 maires avaient pris des arrêtés municipaux s’opposant à la THT, annulés par les tribunaux administratifs à chaque fois que l’Etat les a saisis.

Les maires entendent faire reconnaître leur droit, selon eux, à s’opposer à la THT en vertu du principe de précaution car certaines études scientifiques laissent penser que ses champs magnétiques pourraient provoquer des cancers lorsque l’on y est exposé quotidiennement. Mais il y a controverse.

« Les juges nous ont rétorqué par le passé qu’il n’y avait pas de danger imminent. Or là les travaux ont démarré », a souligné Gilbert Daniel, maire de Chèvreville, où selon lui 62% des 200 habitants et une école maternelle seront à moins de 350 mètres de la ligne.

« Les champs magnétiques émis par les THT ne sont pas des problèmes de santé publique », a martelé Philippe Rémy le directeur de projet de RTE, la filiale d’EDF chargée de la construction de la ligne, lors d’un point presse organisé en parallèle à la préfecture à Saint-Lô.

Le préfet a souligné qu’un accord à l’amiable avait été trouvé avec les propriétaires des terrains pour 230 des 250 futurs pylônes de Basse-Normandie.

La THT fait parallèlement l’objet de six recours devant le Conseil d’Etat, dont un déposé par l’ancien ministre UMP Pierre Méhaignerie.