Le Dr. Helen Caldicott estime que la moitié du territoire Japonais est contaminée

Interviewée sur democracy now 1 le Dr. Helen Caldicott 2 a déclaré que, selon elle, la moitié environ du territoire Japonais aurait été contaminée suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daiichi. Publié le 7 novembre 2012 par Gen 4

http://gen4.fr/2012/11/helen-caldicott-moitie-japon-contaminee.html

Un océan de censure

Le Dr. Caldicott a également insisté, lors d’une intervention effectuée par Amy Goodman – au moment précis où CBS annonçait le résultat définitif des élections américaines – sur le fait que le gouvernement Japonais poursuit sa politique de désinformation et de muselage de la presse Japonaise sur l’ensemble des conséquences de la catastrophe Japonaise.

Helen Caldicott se rendra au Japon la semaine prochaine pour tenter de faire une analyse plus précise de la situation sanitaire.

Une situation sanitaire périlleuse

Compte tenu des rejets effectués par les réacteurs éventrés et des vents ayant soufflé vers l’intérieur des terres à partir du 15 mars 2011, une partie non négligeable des particules radioactives échappées des confinements endommagés s’est dirigée vers le Sud et l’Ouest de la centrale en perdition, contaminant gravement terres, rivières et… habitants dans les régions non évacuées.

Des maladies radioinduites en gestation

Il est évident que la situation sanitaire, compte tenu du temps de latence des anomalies génétiques cellulaires 3 se développant relativement lentement au sein des organismes soumis à une contamination non négligeable et par un large échantillon de radionucléides s’aggravera dans un période comprise de quelques années à quelques dizaines d’années.

La double peine des cellules irradiées

En outre, un autre effet mal documenté mais qui commence à être étudié de près 4 permet de penser que les cellules affectées par les rayonnements répercutent une espèce de  « signal de détresse » qui toucherait plus rapidement et à des niveaux de doses très inférieurs les cellules adjacentes et même parfois celles nettement plus éloignées.

 

10% seulement des cellules exposées à des radiations Alpha suffiraient à « contaminer » 100% des cellules avoisinantes

La constatation effectuée dans les services de médecine nucléaire 5 peut hélas s’appliquer dans les cas de contamination accidentelle sur des organismes en bonne santé : les tissus ne font pas de différence entre des irradiations « bénéfiques » (dans le cadre d’une thérapie) et celles créant le chaos, la destruction et la mort de cellules saines. Les particules Alpha sont celles qui sont principalement émises par les noyaux lourds 6 dont on sait par ailleurs qu’une quantité certaine a accompagné sans aucun doute les rejets d’autres noyaux plus légers dans le cadre de la catastrophe nucléaire Japonaise.

Des doses mêmes très faibles peuvent en fait induire des dégâts génétiques intenses

Si l’on superpose les dégâts chromosomiques agissant plutôt sur le long terme (les cellules reproduites) à l’hypothèse de l’effet de choc (effet bystander), les deux étant peut-être d’ailleurs liées 7 il est hélas raisonnable de penser que, même soumis à des doses relativement faibles de radionucléides – dont les fameux émetteurs Alpha – les organismes exposés relativement longtemps pour se retrouver irradiés et contaminés ne développent des pathologies cellulaires dans un délai plus ou moins long.

D'après le Dr. Helen Caldicott, la moitié du territoire Japonais serait contaminé

Des doses de 10 mSv semblent suffisantes pour induire cette réaction en chaine cellulaire

Alors que les seuils d’innocuité aux rayonnements Gamma généralement utilisés par les radioprotectionnistes sont habituellement situés de 100 à 200 mSv , les études récentes sur l’effetbystander semblent supporter l’hypothèse que les effets de choc des irradiations débuteraient à des seuils bien plus bas et seraient ensuite relativement linéaires : une irradiation Gamma évaluée à 0.01 Gy (soit 10 mSv de Gamma) suffirait à induire des dégâts cellulaires équivalents à des doses 10 fois supérieures (le seuil Gamma « référentiel » habituel de 0.1 Gy / 100 mSv).

 

Sources :

Interview de Helen Caldicott, 7/11/12, (00:30, anglais)

Caldicott Live on TV, enenews, 7/11/12, anglais

Lire également :

« L’effet bystander induit par les rayonnements », traduction française de l’étude d’Oleg V. Belyakov (110)

  1. Chaîne TV d’information indépendante basée à New-York qui travaille principalement sur les sujets de politique internationale des USA. 
  2. Médecin Australien, militante pour la paix et opposante au nucléaire militaire et civil 
  3. L’instabilité génomique est induite par le fait que le mécanisme de dégradation cellulaire affecte principalement les descendantes des cellules touchées par la radioactivité 
  4. L’effet bystander (« contagion radioactive » dans des tissus cellulaires), savoir.fr 
  5. Utilisation de rayonnements ionisants sur des tissus cancéreux en radiothérapie 
  6. Transuraniens : les éléments les plus lourds, totalement artificiels 
  7. Le choc initial pourrait en quelque sorte démarrer le processus de mutation génétique 

Malgré l’arrêt prévu du nucléaire, le Japon continue de construire des réacteurs

Le gouvernement japonais, qui avait annoncé vendredi l’arrêt progressif du nucléaire en 30 ans, a tout de même fait savoir samedi qu’il autorisait la poursuite de la construction des trois réacteurs nucléaires déjà en chantier, sans pour autant préjuger s’ils seraient ensuite autorisés à fonctionner. Le Monde.fr avec AFP 15 09 2012

Déjà un  pas de coté ou « quand la main gauche ignore ce que fait la main droite ».

« Nous ne comptons pas retirer la permission qui a déjà été accordée par le ministère », a déclaré le ministre de l’économie, du commerce et de l’industrie Yukio Edano lors d’une visite à Aomori, dans le nord du Japon. Deux des trois réacteurs concernés sont en construction à Aomori.

M. Edano a toutefois précisé qu’une fois les réacteurs terminés, leur démarrage serait soumis à l’approbation de la commission qui vient d’être créée par le gouvernement pour contrôler l’industrie nucléaire. Le gouvernement avait annoncé vendredi qu’il comptait prendre toutes les mesures possibles pour amener la production nucléaire à zéro en trente ans.

LA PRESSE DIVISÉE

Avant l’accident de Fukushima, la production nucléaire représentait près de 30 % de la consommation d’électricité au Japon et les autorités prévoyaient d’augmenter cette part à 53 % d’ici à 2030.

Samedi matin, la presse japonaise était divisée dans ses commentaires. L’Asahi Shimbun y voyait une décision « réaliste » car « les centrales nucléaires représentent un énorme risque et les compagnies d’électricité ont totalement perdu la confiance de la nation ».

Le Yomiuri Shimbun, journal populaire, estimait que le gouvernement aurait dû commencer par mettre en place des mesures pour augmenter la production d’électricité non nucléaire avant d’annoncer la fin du nucléaire.

JAPON – Fin du Nucléaire à 2030

Le gouvernement japonais va annoncer sous peu l’abandon de l’énergie nucléaire d’ici aux années 2030, dix-huit mois après l’accident de Fukushima, a affirmé mercredi un journal japonais . Info AFP Publiée par JF@ le 12 septembre 2012

Le Premier ministre, Yoshihiko Noda, pourrait prendre cette décision dès ce week-end, lors d’une réunion portant sur le nouveau plan énergétique à établir pour tirer les conséquences de la catastrophe, a précisé le Mainichi Shimbun citant des sources gouvernementales.

Si le Japon opte pour la sortie du nucléaire, il rejoindrait les rangs des pays ayant opté pour cette stratégie après Fukushima: l’Allemagne a décidé de fermer ses 17 réacteurs d’ici à 2022 et la Suisse compte éliminer progressivement ses cinq tranches d’ici à 2034. Bien que la décision japonaise vise un horizon plus lointain que le plan allemand, son ampleur serait supérieure car l’archipel comptait pas moins de 54 réacteurs avant l’accident débuté le 11 mars 2011 (50 unités aujourd’hui).

Seulement deux tranches sont toutefois actuellement en opération. Les autres sont arrêtées, soit à cause d’un séisme soit en raison des mesures de sécurité supplémentaires exigées par les autorités après Fukushima. Les compagnies d’électricité réclament à cor et à cris de pouvoir redémarrer des réacteurs arrêtés, car actuellement elles doivent faire tourner leurs centrales thermiques à plein régime pour compenser le manque énergétique, et donc doivent importer massivement des hydrocarbures. Les autorités n’ont pour l’instant donné leur feu vert qu’à la relance de deux réacteurs du centre du Japon. Elles doivent composer avec une opinion assez rétive au redémarrage et à des manifestations régulières d’opposants au nucléaire.

L’énergie nucléaire représentait près de 30% de la consommation de courant au Japon avant l’accident débuté le 11 mars 2011 dans la centrale Fukushima Daiichi (220 km au nord-est de Tokyo), après un puissant séisme et le passage d’un tsunami géant sur la région. Une centaine de milliers de personnes ont dû être évacuées de la zone en raison d’importantes émissions radioactives, sans perspective claire de retour pour nombre d’entre elles, les opérations de démantèlement des réacteurs et de nettoyage du site devant durer plusieurs décennies. Cette catastrophe, la pire du genre depuis celle de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, a provoqué une grave crise pour le secteur nucléaire dans le monde, mais n’a pas brisé cette industrie pour autant.

La France et la Grande-Bretagne sont décidées à lancer une nouvelle génération de réacteurs, les Etats-Unis ont validé la construction de nouvelles tranches pour la première fois depuis l’accident de 1979 à Three Mile Island (Etat de Pennsylvanie, est), tandis que la Chine et l’Inde prévoient de mettre en chantier des dizaines de réacteurs dans les années à venir.

AFP

http://crefrance.ning.com/profiles/blogs/japon-fin-du-nucl-aire-2030

Le gouvernement Japonais réécrit le « plan ORSEC » des catastrophes nucléaires

Le gouvernement central est en train de réviser radicalement le plan de gestion des accidents nucléaires, imposant de nouvelles mesures radicales dont l’exigeance pour les centrales nucléaires de disposer de plus d’outils de secours contrôlés à distance et de définir une zone d’évacuation plus large pour les habitants locaux. Publié le 7 septembre 2012. info Asahi Shimbun relayée par  Etienne Servant

Voir en fin d’article: Le conseil municipal de Fumay près de Chooz demande une extension du périmètre PPI. L’union, L’ardennais, Lundi 23 juillet 2012 

Les autorités locales devront planifier d’évacuer les habitants dans un rayon de 30 kilomètres, au lieu des 8-10 km actuels dans le cas d’un accident d’une centrale nucléaire, il faudrait aussi réquisitionner assez de véhicules pour déplacer près d’un million de personnes. Dans le même temps, les opérateurs des centrales électriques seront résuisitionnés pour préparer les équipes de secours et les bases logistiques qui devront se mettre au travail même en cas d’émission de radioactivité.

Ces mesures ont été détaillées, le 6 septembre 2012, dans un plan de gestion des catastrophes (genre ORSEC) révisé et produit par le Conseil Central de Gestion des Catastrophes. Ce plan demande aux exploitants des centrales et aux gouvernements centraux et locaux de réécrire leurs manuels de protocoles de crise et il est le dernier document produit illustrant la remise en cause fondamentale et en cours de la politique de gestion des catastrophes nationales.

Plusieurs enquêtes officielles et indépendantes menées par des journalistes sur les fusions nucléaires de mars 2011 et les libérations de radioactivité par la centrale nucléaire n°1 de Fukushima ont mis en cause l’opérateur, le régulateur et aussi le gouvernement central, alléguant que l’effort de sauvetage initial a pêché par insuffisance d’équipements et pour l’évacuation des habitants par une mauvaise planification préparatoire.

Jusqu’au séisme de magnitude 9 et au tsunami associé, le gouvernement central et les compagnies d’électricité n’avaient jamais envisagé la possibilité d’un accident grave dans une centrale nucléaire en raison de leur croyance erronée en l’infaillibilité des mesures de sécurité existantes. Le nouveau plan examine et prend en compte l’impact d’une nouvelle catastrophe complexe impliquant un séisme, un tsunami et un accident nucléaire.

Le conseil n’a pas le pouvoir de faire appliquer les changements, mais le document servira de base à de nouvelles normes imposées par le nouvel organisme de réglementation nucléaire qui devrait être inauguré dans un proche avenir.

Les autorités locales dans le rayon de 30 km autour des centrales nucléaires devront élaborer de nouveaux plans d’évacuation, sans doute en coordination avec les préfectures voisines afin d’obtenir des refuges temporaires pour les populations évacuées. Les autorités locales seront encouragées à signer des accords de soutien pour s’entraider dans ce cas. Le gouvernement central devra aider les autorités locales à conclure de tels accords.

Le nouveau plan stipule clairement pour la première fois que la nouvelle agence de régulation nucléaire devrait rapidement sortir des données de radioactivité, qu’il obtiendra du ministère de la science par le « System for Prediction of Environmental Emergency Dose Information » ou SPEEDI.

Ces données n’ont pas été immédiatement publiées  après l’accident nucléaire de Fukushima de l’an dernier, laissant peu d’information aux réfugiés pour décider vers où aller.

Dans le même temps, le SPEEDI sera utilisé différemment à l’avenir pour avoir une idée plus claire sur la situation résultant d’un accident dès qu’il se produit.

En cas d’accident, tous les habitants situés à moins de 5 km seront immédiatement évacués sans attendre les données du SPEEDI.

D’autres changements du plan de base sont issus des échecs du bureau du Premier ministre et de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle (NISA) à diffuser les informations comme la catastrophe de Fukushima l’a montré.

Suivant ce nouveau plan, dès qu’un accident se produit, le président de l’organisme de réglementation nucléaire et d’autres représentants officiels devront se rendre immédiatement au bureau du Premier ministre pour former un secrétariat de crise qui servira alors de centre d’information.

Il sera demandé aux compagnies d’électricité de construire un centre d’intervention d’urgence dans chaque centrale nucléaire, ainsi qu’une base de soutien arrière dans un lieu où les ouvriers travaillant sur le site pourront recevoir les livraisons d’équipements et de matériels arrivant de l’extérieur.

Il sera aussi demandé aux services publics de constituer un centre de crise et d’intervention sur l’accident au siège de l’entreprise et d’y garantir un libre accès au personnel de l’agence de régulation du nucléaire qui, alors, aura pour mission de coordonner les communications avec les autres services et de contrôler l’activité de l’entreprise, entre autres sa conformité aux arrêtés de l’agence de régulation.

Il sera aussi demandé aux exploitants de s’équiper d’engins lourds pouvant être commandés à distance. Ils devront également former des équipes de secours sur accident nucléaire capables d’opérer quels que soient les hauts niveaux de radioactivité rendant ce travail difficile et dangereux.

Les entreprises devront également procéder à des exercices d’entraînement pour pouvoir faire face à de possibles accidents majeurs et elles seront tenues de fournir le rapport des résultats de ces exercices. Si les résultats montrent des défaillances, l’organisme de réglementation nucléaire sera en mesure d’imposer des améliorations.

Pendant ce temps, les services publics devront, sauf si dépassés, se répartir la charge de ce que les autorités locales seront alors tenues de faire.

Par exemple, la préfecture d’Ibaraki devra se préparer à évacuer près d’un million d’habitants dans le cas d’un accident à la centrale nucléaire n°2 de Tokai, exploitée par Japan Atomic Power Co.

La nouvelle zone de 30 km de rayon autour de cette centrale comprend 14 communes, soit une population totale d’environ 940.000 personnes. Une de ces communes est Mito, la capitale de la préfecture. Elle se trouve à environ 20 km de l’usine. En cas d’accident grave à la centrale n°2 de Tokai, les bureaux mêmes de la préfecture pourraient être inutilisables.

Les représentants officiels préfectoraux prévoient d’utiliser des voitures et des bus pour évacuer les habitants. Mais même s’ils pouvaient réquisitionner entièrement les 7 000 autobus de la préfecture, ces véhicules ne seraient en mesure de transporter que 240.000 personnes seulement par rotation.

Un représentant de la préfecture en charge des mesures de sécurité en cas d’accident nucléaire dit que plus d’informations sont nécessaires. Le gouvernement central, a indiqué ce responsable, devrait publier des directives techniques précisant quel type d’accident implique quelle évacuation.

Les autres préfectures devront dépendre du bon-vouloir des préfectures voisines pour héberger leurs réfugiés.

Dans un rayon de 30 km autour de la centrale nucléaire de Shimane il y a quatre villes d’une population totale d’environ 396 000 personnes mais dans la préfecture de Shimane les municipalités peuvent accueillir 160.000 réfugiés tout au plus.

Pour cette raison, la préfecture de Shimane a demandé à quatre préfectures voisines d’accepter les réfugiés en cas d’accident. Elle a obtenu le consentement des autorités préfectorales de Tottori, Hiroshima et Okayama, et en Février elle a montré une liste de 71 communes qui pourraient accueillir les réfugiés.

THE ASAHI SHIMBUN

http://www.scoop.it/t/fukushima-informations

( Eng trad Mimi Mato) Le gouvernement réécrit le "plan ORSEC" des catastrophes nucléaires | FUKUSHIMA INFORMATIONS | Scoop.it

https://leblogdejeudi.wordpress.com/2012/07/28/nucleaire-vers-une-extension-du-perimetre-des-ppi-a-20-km/

Le Japon investit fortement dans les énergies renouvelables

Dans l’archipel, il y aurait en construction ou en projet plus de 100 parcs photovoltaïques d’une puissance unitaire de plus d’1 mégawatt, d’après les données recueillies par le groupe d’information économique Nikkei et rapportées sur le site du magazine d’information sur les énergies, Enerzine. Source : Aujourd’hui le Japon Louise Bellecombe – 31 juillet 2012

Par ailleurs, depuis le début du mois de juillet, les compagnies d’électricité japonaises sont désormais tenues d’acheter toute l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelable (éolien, solaire, biomasse, géothermie) à des prix plus élevés et déterminés par l’Etat afin de faire entrer de nombreuses entreprises sur le marché nippon de la production d’électricité ’renouvelable’.

D’après ses partisans, ce soutien apporté aux producteurs d’énergies renouvelables leur permettra de se développer, d’innover pour réduire leur coût de production et in fine d’augmenter significativement leur part dans le bouquet énergétique de la troisième puissance économique mondiale. « Cette loi doit servir d’accélérateur pour les énergies renouvelables », souligne le ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (Meti), Yukio Edano sur le site du 20minutes.

« Si nous continuons de construire des panneaux solaires et d’investir, cette énergie sera d’ici 20 ans non seulement la source la plus sûre de production d’électricité, mais aussi la moins chère », estime le PDG du groupe de télécommunication mobile, l’antinucléaire Masayoshi Son.

Tentative de relance du nucléaire ?

Seize mois après l’accident nucléaire de Fukushima, l’archipel ne peut plus compter sur l’énergie atomique, qui assurait auparavant près de 30% de la production d’électricité nationale. Les plans prévoyant l’augmentation de cette part à 53% d’ici à 2030 ont été rangés au placard. Néanmoins, le Japon semble vouloir renouer avec le nucléaire, malgré l’opposition des citoyens traumatisés. Le réacteur 3 de la centrale d’Ohi à l’Ouest du Japon a été relancé, marquant le premier redémarrage réel depuis le désastre atomique de Fukushima et peut-être la fin d’une brève période sans énergie nucléaire.

Le rapport de la commission d’enquête indépendante remis au premier ministre japonais insiste sur les collusions entre le gouvernement, les régulateurs et la société exploitante Tepco.

Le Figaro rapporte les propos du Président de la commission indépendante d’enquête mandatée par le Parlement japonais : « L’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daichii ne peut pas être considéré comme une catastrophe naturelle. Il s’agit d’un désastre dont l’origine humaine est profonde et qui aurait pu et dû être prévu et anticipé ».

Pointant le doigt sur la faille réelle des institutions qui ont été incapables de mettre en place une sécurité élémentaire ou de prévoir les dommages collatéraux, le Japon semble avoir perdu toute crédibilité dans sa capacité à gérer une énergie aussi dangereuse.

Si la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique japonais reste encore relativement faible (moins de 2%, hors production hydraulique), la récente hausse du marché des énergies renouvelables reste un espoir certain pour le Japon.

 

 

 

Energie populaire contre énergie nucléaire

Après des années de silence sur la politique énergétique du pays, les Japonais ont décidé de se faire entendre. Depuis le début de l’été, la mobilisation prend de l’ampleur.10.08.2012 Seiki Nemoto Courrier International avec Asahi Shimbun

 

© AFP Tokyo – Une manifestation pour la sortie du nucléaire rassemble des dizaines de milliers de personnes le 16 juillet.

Cela ne ressemblait pas à une « une foule », mais bel et bien à un « rassemblement de citoyens, dont chacun était responsable, guidé par sa volonté propre », pour reprendre les paroles de Kenzaburo Oe [Prix Nobel de littérature et personnalité centrale du mouvement antinucléaire] dans son discours prononcé lors de la manifestation baptisée « Adieu à l’énergie nucléaire – grand rassemblement de 100 000 personnes » qui s’est tenue le 16 juillet. Devant la résidence officielle du Premier ministre, à Tokyo, comme partout dans les rues de l’Archipel, la mobilisation initiée après la catastrophe de Fukushima [en mars 2011] n’a cessé de grandir jusqu’à prendre une ampleur sans précédent cet été. Au cours d’un meeting, l’auteure Keiko Ochiai, micro en main, était revenue sur la réaction du Premier ministre Yoshihiko Noda. [Celui-ci avait qualifié de « vacarme » les protestations contre le redémarrage des réacteurs nucléaires.] « Cela n’est pas juste un vacarme. Prendre les voix de la contestation pour des nuisances sonores, en voilà une attitude démocratique ! Montrons-lui ce qu’est la vraie démocratie ! » s’était-elle indignée.

Certes, la mobilisation de « citoyens responsables » n’est pas la démocratie parlementaire. Il n’empêche que c’est LA démocratie. Cela ne s’organise pas en un système de partis politiques, mais c’est LA politique. Ensemble, les protestataires ont formé un nouvel espace politique. Chaque vendredi soir [lors du rassemblement antinucléaire devant la résidence officielle du Premier ministre], un « bloc familial » est organisé sur le trottoir en face de l’entrée principale du Parlement, où se rassemblent des parents accompagnés de leurs enfants. « Protégeons nos enfants ! Protégeons la vie ! » clament-ils en cœur. De l’autre côté, le grondement des tambours des militants résonne dans le ciel nocturne. « Ça met de l’ambiance ! » s’enthousiasment les jeunes mamans, qui tapent dans leurs mains et dansent en rythme. Une myriade de militants, un ballon blanc dans la main, se croisent sur le passage piéton du carrefour situé en face du Parlement. Et le mouvement ne se limite pas aux manifestations de rue. Depuis un an, les mobilisations citoyennes [notamment des pétitions] en faveur d’un référendum national ou régional sur le nucléaire se poursuivent sans faiblir. Jamais l’envie de recourir aux dispositifs de la démocratie directe n’a été aussi forte au Japon.

Est-ce dû à la désillusion provoquée par une démocratie représentative défaillante malgré une alternance politique historique [en 2009, le Parti démocrate était arrivé au pouvoir en remportant haut la main les élections législatives, mettant ainsi fin au règne du Parti libéral-démocrate, qui avait duré près d’un demi-siècle] ? Ou bien à une aversion pour les partis politiques, qui ne cessent de se quereller en pleine crise nationale ? Pourtant, le désintérêt des citoyens pour les partis politiques ne date pas d’hier. Quelque chose a donc changé dans notre pays.

Le 28 juillet, nous avons assisté à la naissance du parti Vert japonais. Près de 1 000 élus locaux ont décidé de prendre en main les affaires de l’Etat. Leur projet politique ? L’abandon définitif de l’énergie nucléaire. Pour cela, ils sont prêts à utiliser des instruments de démocratie directe. Une des clés pour saisir la situation actuelle au Japon semble résider dans leurs idéaux, et leurs revendications ne manquent pas d’ambition : « Nous étions jusqu’à présent les marionnettes d’une civilisation fondée sur la consommation massive d’énergies telles que le pétrole ou le nucléaire. » « Nous souhaitons radicalement transformer le concept de cette civilisation moderne qui repose sur la conquête et la mauvaise gestion de la nature, et en finir avec une politique de croissance à tout prix. »

Ce débat est récurrent depuis les années 1970, mais on a toujours reproché à ces positions leur manque de réalisme. Qu’en est-il aujourd’hui, après l’accident nucléaire ? Dans le bilan présenté en juin 2011 par la commission gouvernementale chargée de réfléchir à la reconstruction, on peut lire le passage suivant : « Cette catastrophe a soudain révélé la vulnérabilité de la civilisation moderne. C’est l’essence même de notre civilisation qui est remise en cause. »

L’accident nucléaire a sans doute été déterminant pour convaincre les Japonais de descendre dans la rue. A cela s’est ajouté le redémarrage d’un réacteur nucléaire [la centrale d’Ohi, au sud-ouest de Honshu, début juillet], faisant fi de cette remise en question, et cette décision n’a fait que jeter de l’huile sur le feu.

Au Japon, les antinucléaires se radicalisent

Après Fukushima, Minamata et Hiroshima. Comment se fait-il que tant de Japonais ordinaires, des dizaines de milliers de personnes âgées, de jeunes, de mères de famille, d’artistes, d’intellectuels sortent dans la rue toutes les semaines pour dire leur désaccord avec le gouvernement à propos de sa politique nucléaire ? Le Japan Times, quotidien anglophone fondé en 1897 et lié au Asahi Shimbun, a barré sa « une », le 30 juillet dernier, avec ce titre : « Les manifestants antinucléaires encerclent le Parlement » (« Antinuke demonstrators encircle Diet »). Le Monde Diplomatique jeudi 9 août 2012, par Marc Humbert

Les premières lignes de l’article précisent : « Des centaines, peut-être des milliers de personnes, parmi lesquelles des citoyens ordinaires et des militants antinucléaires, se sont rassemblées (…) autour du Parlement pour augmenter la pression sur le cabinet du premier ministre.  [1 » Prudente réserve sur le nombre de manifestants. Autocensure ? Pressions d’origine policière ou gouvernementale ? Quelques jours plus tard, le 6 août, l’éditorial est titré « Une nouvelle dynamique pour le mouvement antinucléaire » (« New impetus for antinuke movement ») ; on y lit que, tous les vendredis soir,« des dizaines de milliers de personnes » se rassemblent près du Parlement et de la résidence du premier ministre et que, le 29 juillet, elles étaient plus de 10 000 d’après la police, environ 200 000 selon les organisateurs.

Jusqu’alors, les rares Japonais qui protestaient n’occupaient que la moitié de la rue, en maigres files de quatre à cinq personnes par rangées, s’arrêtant à chaque feu rouge pour ne pas gêner la circulation ; ils formaient un défilé avec des bannières, certes, mais découpé en tronçons, et sans le moindre excès. Au moindre geste imprévu, la police intervenait de façon musclée, bastonnait, emprisonnait. Le lendemain, on lisait, au mieux, quelques lignes en troisième page dans certains journaux – hormis bien sûr les gros titres du Drapeau rouge, le journal du Parti communiste japonais. Et rien sur d’éventuelles interventions policières.

Ce qui se passe aujourd’hui tient donc du changement radical. Un bouleversement. Il est vraisemblable que cette mobilisation nouvelle, facilitée par Internet et les réseaux sociaux, soit liée à l’inscription dans la mémoire collective des expériences traumatisantes du nucléaire et de ses conséquences avec Hiroshima et Nagasaki, ainsi que de la manière dont l’Etat gère les catastrophes de contamination, avec en particulier le cas de Minamata (pollution au mercure).

Le nucléaire, malgré HiroshimaRetour à la table des matières

La commémoration du bombardement de Hiroshima, tous les 6 août, s’est déroulée, cette année, en présence d’un des petits-fils du président américain Harry S. Truman, qui donna l’ordre de lâcher la bombe. Il a rencontré des victimes, prié pour les défunts et s’est associé à la volonté de voir disparaître tout armement nucléaire. Il a été invité par M. Masahiro Sadako, le frère de la petite Sasaki qui, jusqu’à sa mort à l’âge de 12 ans, confectionna inlassablement des grues en origami, grues devenues l’emblème de l’espoir d’un « plus jamais Hiroshima ». En 1945, le peuple a opté pour la démocratie « apportée » par les Américains, tellement il était las de la guerre conduite par les gouvernants et de devoir mourir pour l’empereur.

Beaucoup, même parmi les victimes de Hiroshima, ne savaient qui blâmer après les bombardements : ceux dont ils étaient les otages ou ceux qui les ont libérés dans un bain de sang et de souffrances ? Les Japonais ont préféré regarder vers l’avenir : essayer d’obtenir des soutiens pour adoucir le quotidien des survivants et militer pour la disparition des arsenaux nucléaires. Par sa Constitution, le Japon s’interdit de mener des guerres et d’accéder à l’armement nucléaire.

Et pourtant le pays est devenu une puissance nucléaire civile. Il a fallu pour cela tromper le peuple. Le fasciner par les perspectives de la croissance économique et engager des dépenses considérables de communication pour le convaincre que l’atome pour la paix proposé par les Américains était une bonne option, parfaitement sécurisée. Alors que se mettait en place le nucléaire civil, malgré des protestations passées sous silence, un certain nombre de Japonais étaient victimes de pollutions industrielles extrêmement graves, en particulier à Minamata.

A Minamata, les « années du silence »Retour à la table des matières

Dans cette petite ville du sud-ouest du Japon, à partir de l’année 1932, des rejets de mercure ont été déversés dans la mer par la firme chimique Chisso et se sont accumulés dans la faune marine, avant d’être transmis à la population par le biais des poissons dont elle se nourrissait. Cette pollution et ses conséquences sont connues dès 1956 : une partie de la population est atteinte de troubles moteurs et de déformations physiques qui s’aggravent avec le temps. Les gouvernements successifs ont laissé la firme poursuivre librement ses activités, accordant ponctuellement quelques mesures de façade. Ainsi, en 1959, un purificateur fut inauguré en grande cérémonie alors qu’il n’était pas placé sur le lieu principal des déversements. De même, le gouvernement incita Chisso à verser de l’argent – au compte-gouttes – « en sympathie » à l’égard des personnes atteintes d’intoxication et reconnues comme telles, évitant ainsi toute mise en cause de l’entreprise ou du gouvernement. Les dix années de revendication des victimes, de 1959 à 1968, n’ont abouti à rien – ce qui leur vaudra l’appellation d’ « années du silence ». Les réclamations ont également buté sur un ostracisme à l’égard de Minamata et de ses survivants.

A partir de 1969, le gouvernement change enfin d’attitude et la justice confirme en 1973 la responsabilité de Chisso. Un premier accord concédé en 1977 a permis de reconnaître 3 000 victimes ; un autre en 1995 a couvert 10 000 personnes supplémentaires. Celui-ci ayant été considéré comme insuffisant en 2004 par la Cour suprême, un autre protocole a été voté en 2009, qui, bien qu’en deçà des recommandations de la Cour, a conduit 57 000 personnes à déposer un dossier, le double du maximum attendu par le gouvernement.

Après la catastrophe de FukushimaRetour à la table des matières

Les Japonais en ont assez. Les centrales accidentées de Fukushima sont loin d’être « froides ». A 60 km de celles-ci, la radioactivité dans l’air dépasse ici et là les normes autorisées pour les travailleurs du nucléaire : comment y laisser grandir les enfants sans s’inquiéter pour leur santé ? En outre, une partie des produits agricoles qui ont été vendus dans la région, jusqu’au thé de Shizuoka, comportaient des doses d’éléments radioactifs au-dessus de la normale : la nourriture participe à l’accumulation des effets de la radioactivité sur la population. Tout le monde ne dispose pas des ressources économiques et de l’énergie nécessaire pour quitter la préfecture de Fukushima, comme les 160 000 personnes qui en sont parties.

Pour les Japonais, à « plus jamais Hiroshima » il faut désormais ajouter « plus jamais Fukushima ». Pour cela, mieux vaut quitter le nucléaire civil. Les discours sur la sécurité se voudront rassurants et péremptoires, comme ils l’ont été par le passé. Le niveau du tremblement de terre qui a déclenché le tsunami était au-delà de l’imaginable : aucun test n’avait été réalisé pour une catastrophe de cette ampleur. Actuellement, les autorités concentrent leur attention sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter les enchaînements qui se sont produits à Fukushima. Mais la prochaine catastrophe emprunterait certainement un autre chemin. Après l’accident, et ses conséquences qui perdurent, les compensations se font attendre et les autorités commencent par dire qu’il n’y a pas de victimes, comme dans le cas de Minamata. A « plus jamais Minamata », il faut aussi ajouter « plus jamais Fukushima ».

C’est avec tout cela en tête que plus de deux tiers des Japonais veulent en finir avec l’énergie d’origine nucléaire, et s’efforcent de faire entendre leur voix avec une persévérance et une ténacité qui devraient forcer les autorités à prendre en compte cette réalité. Il faudra certainement continuer et amplifier encore le mouvement pour que des décisions allant dans le sens souhaité par le peuple soient prises. Le premier ministre a promis de recevoir des représentants des manifestants – chose unique dans l’histoire du Japon – mais il a prévenu qu’il écouterait aussi ceux qui réclament la relance des centrales, campant sur ses positions. Bien que le Japon soit une démocratie, le peuple, ici non plus, n’est pas vraiment souverain.

Marc Humbert est professeur à l’université de Rennes, chercheur au CNRS, et professeur invité à l’université Ritsumeikan, Kyoto.

Notes

[1] L’article est disponible en ligne sous une forme sensiblement modifiée : « Antinuke demonstrators set their sights on Japan’s Diet building ».

Japon : ces Français qui mènent la fronde antinucléaire

Sur les 200 000 manifestants réunis autour du Parlement japonais ce dimanche 29 juillet 2012 pour réclamer l’arrêt du nucléaire, un petit groupe de Français de Tokyo s’était mobilisé autour de Janick Magne. Candidate EELV aux législatives dans la 11e circonscription des Français de l’étranger (ex-URSS/Asie /Océanie), elle est en train de s’imposer comme l’une des figures de proue de la fronde anti-nucléaire qui gronde au Japon depuis l’accident de la centrale de Fukushima, en mars 2011. TV5 Monde 31.07.2012 Par Liliane Charrier

Zoom:

Les Français contre le nucléaire le 29 juillet à Tokyo
(photo Janick Magne)
Chaque jour, Janick Magne s’informe sur Internet et auprès des associations antinucléaires des manifestations prévues contre le redémarrage des centrales japonaises. Fin juillet, une fois rendez-vous pris autour du Parlement pour la protestation du dimanche 29, elle a battu le rappel de la communauté franco-nippone de Tokyo via les réseaux sociaux. Ce jour-là, vacances scolaires et canicule obligent, les Français ne sont qu’une quinzaine parmi la foule immense des protestataires. Mais tous se sentent directement concernés par la menace nucléaire, car la plupart vivent comme des Japonais, avec des Japonais et parlent parfaitement la langue.

« Nous sommes là parce que nous aimons le Japon »

Janick Magne a longuement regardé faire les Japonais. Elle a été frappée par la minutie et la créativité dont ils font preuves jusque dans la préparation des manifestations. Chaque panneau et banderole est soigneusement fabriqué à la main. « J’en ai pris de la graine, explique-t-elle. J’ai commencé à créer des panneaux en français, japonais et anglais, pour dire que si nous sommes là, c’est que nous voulons que ce pays qu’on adore reste vivable. Et puis j’ai investi pour faire imprimer une banderole Les Français du Japon contre le nucléaire de 4,5 mètres dans un magasin spécialisé. » 

Sublime et Janick Magne à Tokyo, 
le 29 juillet 2012 (photo J. Magne)

Une déclaration d’amour qui fait écho

Auprès des Japonais, le succès est assuré. Ils viennent serrer la main aux manifestants français, les remercier, les filmer, les photographier, et plusieurs dizaines de personnes emboîtent le pas à la délégation franco-nippone. Lors de la manifestation du 20 juillet, entre la résidence du Premier ministre et le Parlement, Janick Magne a pris la parole en public à la demande des organisateurs. « C’est extrêmement important pour les Japonais de savoir que des étrangers sont à leurs côtés et disent pourquoi. Les gens viennent m’interviewer, me questionner sur notre action, sur ce que nous pensons du nucléaire, » explique-t-elle. De fait, aucune autre communauté étrangère ne s’est vraiment mobilisée à ce point-là, hormis quelques jeunes Américaines arborant de petits panneaux « NO NUKES » (« non au nucléaire »). 

Une mobilisation sans précédent

Ce qui se passe aujourd’hui au Japon est exceptionnel. Le pays n’avait jamais connu de rassemblement d’une telle ampleur depuis les manifestations des années 1960, à l’époque réprimées dans le sang. 

Bien sûr quelques syndicats, personnalités et hommes politiques y participent, mais aujourd’hui, c’est avant tout la société civile qui se mobilise. « Et cela, c’est très nouveau, » insiste Janick Magne. Tout a commencé avec quelques centaines de personnes. Puis en juin, c’est l’annonce du Premier ministre Yoshihiko Noda de rouvrir la centrale de Ooi (ou Ohi), à 80 km d’Osaka, qui a mis le feu aux poudres. Depuis, les protestataires se rassemblent tous les vendredis soirs devant le parlement et les manifestations drainent jusqu’à 60 000 personnes – un chiffre déjà totalement exceptionnel. 

Le 16 juillet 2012, entre le redémarrage du premier réacteur de Ooi et celui du deuxième, prévu pour le 17 juillet, 170 000 personnes sont descendues dans la rue. Ce dimanche 29 juillet, ils étaient 200 000 selon les organisateurs et 10 000 selon la police. « Mais à 10 000, nous n’aurions jamais pu encercler le parlement ! » s’exclame Sublime, une artiste française qui vit à Tokyo depuis 25 ans. 

Manifestation du 29 juillet 2012 à Tokyo (AFP)

« On ne dit pas la vérité sur Fukushima »

La région de Fukushima était un poumon agricole de l’archipel, et le voilà maintenant condamnée pour des décennies. « Quand on est mère et qu’on a des enfants, aujourd’hui, au Japon, on doit faire hyper attention à ce qu’on leur donne à manger, témoigne Sublime. On achète sur Internet des produits qui viennent du Sud. Les cantines scolaires ne servent plus de lait. Mais comme on ne peut pas tout contrôler, il y a quand même des traces de césium dans les urines des enfants. Concrètement, une mère, quand elle nourrit ses enfants, ne sait pas si elle les empoisonne ou pas. » 

Le fait est que la catastrophe Fukushima a déclenché une prise de conscience et insufflé une grande  force au message anti-nucléaire qui, jusque-là, laissait la majorité indifférente. Les Japonais ont réalisé que le gouvernement avait trompé tout le monde, que les sociétés privées avaient falsifié les dossiers pour construire des centrales nucléaires sur des failles sismiques. Certains le savaient, mais on ne les écoutait pas. 

« Si la grogne continue – et tout indique qu’elle va se poursuivre – la société peut vraiment changer en profondeur et laisser émerger une solidarité et une concertation qui la fera basculer vers quelque chose de plus humain, une force à opposer à la grande finance et l’industrie, espère Janick Magne. Les gens ont le sentiment qu’on ne les écoute pas et qu’on les a trompés. » 

Zoom:

Mesure de la radioactivité des produits alimentaires (AFP)

Aujourd’hui, les gens ont peur..

L’accident de la centrale de Fukushima est la première catastrophe nucléaire de cette ampleur dans une démocratie. Aujourd’hui, les gens ont peur pour leurs enfants, pour leur avenir, pour leur pays, et ils ont envie d’agir. Mais la population civile va-t-elle réussir à faire plier la classe politique et financière ? « C’est de cela que dépend l’avenir de la transition énergétique dans les pays post-modernes… et un peu l’avenir du monde, » dit la chanteuse Sublime. 

Fin août, Yoshihiko Noda doit annoncer sa décision concernant la part du nucléaire dans l’approvisionnement énergétique du pays : 0 %, 15 % ou 20 à 25 % ? Il a annoncé qu’il se déciderait « en fonction du retour qu’il aura eu de la nation. » Reste à savoir à quel point le gouvernement aura entendu le peuple. 

29 07: Pour suivre la Manifestation en live autour de la Diète Nationale Japonaise à Tokyo

Journée importante au Japon aujourd’hui avec 2 évènements:

  • La manifestation autour de la Diète japonaise ( Parlement)
  • l’élection d’un représentant: Le scrutin doit désigner le gouverneur de la préfecture de Yamaguchi, un bastion conservateur dans l’ouest du Japon. Tetsunari Iida, un candidat alternatif à suivre

 

http://ex-skf.blogspot.fr/2012/07/live-netcast-july-29-surround-national.html

Japon: des milliers d’anti-nucléaire forment une chaîne humaine AFP dimanche 29 juillet 2012 à 10h53

Des milliers de japonais ont commencé à manifester dimanche après-midi dans Tokyo et devaient former une chaîne humaine autour du Parlement pour protester contre la politique nucléaire du gouvernement.

Cette manifestation, qui rassemblait déjà en début de parcours une foule importante selon des journalistes de l’AFP, est la dernière en date pour obtenir l’abandon du nucléaire dans le pays encore traumatisé par la catastrophe à la centrale de Fukushima en mars 2011.

Selon l’un des organisateurs, Kaori Echigo, des manifestants venus de tout le pays étaient attendus.

« Il n’y a pas que des gens de Tokyo, il y en a qui viennent en bus d’Hokkaido (nord), Nagano (centre) et Osaka« , a-t-il déclaré à l’AFP.

« Après le désastre de Fukushima, je suis fermement convaincu que c’est de l’arrogance que de croire que nous pouvons contrôler l’énergie nucléaire avec notre technologie« , dit à l’AFP Hiroshi Sakurai, un peintre de 65 ans qui manifeste pour la première fois.

« L’accident a montré qu’on ne peut pas contrôler le nucléaire. De plus on ne sait pas se débarrasser des déchets, il ne suffit pas de tirer la chasse ! Et puis tout ce qui touche au secteur nucléaire est toujours anti-démocratique« , vitupère de son côté Naoki Fujita, un architecte d’une cinquantaine d’années.

Le mouvement anti-nucléaire s’est nettement renforcé depuis la décision en juin dernier du premier ministre Yoshihiko Noda de redémarrer deux réacteurs nucléaires sur un parc total de 50 machines.

Yoshihiko Noda avait justifié cette décision en mettant en avant le risque de coupures de courant dans le pays, alors qu’un tiers de l’électricité consommée provenait jusque-là du nucléaire.

Des manifestations chaque semaine

Depuis quelques mois, les manifestations rassemblent chaque semaine des dizaines de milliers de personnes sous les fenêtres du premier ministre. Il y a dix jours, de 75 000 à 170 000 anti-nucléaires s’étaient donnés rendez-vous dans un grand parc de la capitale pour la plus grande manifestation jamais organisée depuis la catastrophe.

Il y a une semaine, un ancien Premier ministre, Yukio Hatoyama, s’était même joint à la manifestation hebdomadaire devant les bureaux de la Primature.

Cette nouvelle manifestation intervient de surcroît quelques jours après la publication d’un nouveau et accablant rapport officiel qui a sévèrement mis en cause le gouvernement et la compagnie Tepco, propriétaire de la centrale, dans l’accident de Fukushima.

« Le problème principal provient du fait que les compagnies d’électricité, dont Tepco, et le gouvernement n’ont pas perçu la réalité du danger, car ils croyaient au mythe de la sécurité nucléaire au nom duquel un accident grave ne peut se produire dans notre pays« , ont souligné les membres de la commission d’enquête.

  • AFP