Ligne à très haute tension de l’EPR: la résistance d’irréductibles éleveurs

Le Chefresne (Manche) – Du haut de leurs tracteurs et à l’aide de recours juridiques, d’irréductibles agriculteurs normands se battent contre la ligne à très haute tension (THT) en construction dans le bocage manchois et dénoncent le mépris d’EDF qu’ils viennent de faire condamner. AFP 18 09 2012 

Je ne suis pas violent, même si je peux l’être verbalement. Je suis le petit paysan du fond de la campagne qui a gagné contre le mastodonte RTE, la filiale de l’opérateur visée, confie Yves Larsonneur, 52 ans, éleveur au Chefresne.

Héros, invincible gaulois, pot de terre contre le pot de fer selon ses pairs, l’agriculteur a fait condamner RTE à arrêter les travaux dans ses champs. Le juge des référés de Coutances a estimé la semaine dernière que l’entreprise était entrée illégalement chez lui pour y construire deux pylônes.

Une victoire pour cet éleveur sûr que sa ferme sera invendable lorsque la ligne à 400.000 volts passera au dessus de ses vaches, mais aussi pour tous les opposants à cette ligne de 163 km liée au projet d’EPR à Flamanville (Manche).

Selon RTE, environ 5% des 1.343 propriétaires concernés par la THT ont refusé de signer une convention amiable avec l’entreprise, qui souligne que c’est le premier procès qu’elle perd sur 75 intentés.

La THT, déclarée d’utilité publique, est vivement contestée par les anti-nucléaires et des élus locaux inquiets des risques que ces lignes sont soupçonnées de faire peser sur la santé humaine et sur celle des animaux, dans cet important département laitier, déjà traversé par une THT.

La mobilisation marque cependant le pas chez les élus, qui ne sont plus qu’une poignée à se battre encore, contre 35 au départ. Leur leader, l’ancien maire du Chefresne, est parti en Bolivie après avoir démissionné à la suite d’une garde à vue.

Une machine à broyer

Mais les agriculteurs sont plus que jamais mobilisés et les opposants à la nouvelle THT peuvent de plus en plus compter sur le soutien -et les témoignages- de leurs confrères concernés par la ligne déjà existante.

On n’est pas anti-THT. On se bat pour notre outil de travail, explique Martine Leroy, 53 ans, une frêle exploitante voisine de M. Larsonneur, qui estime ridicules les dédommagements proposés par RTE.

Les éleveurs affirment n’avoir suivi que de loin les heurts qui, le 24 juin, ont fait trois blessés graves chez les manifestants et deux légers côté gendarmes. C’était à Montabot, commune jouxtant le Chefresne.

Mais ils n’en sont pas moins en guerre avec RTE. Le 31 juillet, lorsque l’entreprise est arrivée chez lui, Yves Larsonneur a passé dix heures en garde à vue après une interpellation musclée. Et on est censé être en démocratie. Si j’avais été chez Poutine, je serais mort!, lâche le paysan.

Sa compagne s’est vu de son côté prescrire 21 jours d’interdiction temporaire de travail après avoir été renversée par une grue du chantier en août.

Sur leur exploitation, la tension est palpable. Les deux pylônes sont entourés de grillage et gardés par des vigiles peu accueillants. Les agriculteurs admettent se moquer d’eux de temps à autre avec leur tonne à lisier, notre seule arme, selon une éleveuse.

Ils racontent avoir chassé de chez eux des individus soupçonnés de prendre des mesures discrètement, avoir vu débarquer des dizaines de gendarmes armés jusqu’aux dents accompagnant RTE pour les relevés topographiques officiels. Ils parlent de contrôles d’identité parfois matin et soir, de fouilles de voitures, d’hélicoptères.

C’est une machine à broyer qu’on a en face, pense Mme Leroy, Mais les gens commencent à parler.

(©AFP / 18 septembre 2012 12h41) 

THT. Un agriculteur de la Manche fait stopper la construction

La société RTE, filiale d’EDF, a été condamnée ce jeudi à arrêter laconstruction de la ligne à très haute tension, sur le terrain d’un agriculteur de Montabot (Manche). Pour Gervais Marie-Doutressoulle, l’avocat des militants anti-THT, cette décision est une première victoire. Ouest France  jeudi 13 septembre 2012 Video FR3

Pour Gervais Marie-Doutressoulle, l'avocat des militants anti-THT, cette décision est une première victoire.

« C’est une grande satisfaction. Une première victoire. » Depuis fin 2008, Gervais Marie-Doutressoulle, l’avocat des militants anti-THT multiplie les actions contre RTE, filiale d’EDF.

Jeudi matin, le juge des référés et président du TGI de Coutances a ordonné à RTE de quitter la parcelle d’Yves Larsonneur, agriculteur à Montabot (Manche) et par là même, à cesser les travaux de construction sur cette même parcelle de la ligne à Très haute tension, liée à la construction de l’EPR de Flamanville.

Garde à vue

Le 31 juillet dernier, alors qu’il s’opposait avec sa compagne, à la venue de RTE sur son terrain, Yves Larsonneur, exploitant agricole, avait été mis en garde à vue.

« Quand il a regagné son domicile, il a été mis devant le fait accompli, raconte l’avocat. Les ouvriers avaient bien avancé le travail. Il a été humilié. Aujourd’hui, RTE connaît l’effet boomerang. Cette décision du juge des référés est une vraie réparation. Et une preuve de l’indépendance du juge. »

Le juge des référés estimé que RTE a commis une voie de fait en l’absence d’arrêté préfectoral d’occupation temporaire des Larsonneur.

Six autres propriétaires sont également susceptibles d’agir en référé.
Video de FR3 Normandie

THT: RTE (EDF) condamné à arrêter des travaux chez un plaignant.RTE ferait appel

La société RTE, filiale d’EDF, a été condamnée jeudi en référé à Coutances (Manche) à cesser, sur la parcelle d’un agriculteur placé en garde à vue en juillet, les travaux de construction de la ligne à très haute tension (THT) liée au réacteur EPR en chantier à Flamanville (Manche). AFP 13 sept 2012 

RTE a commis une voie de fait en n’ayant pas obtenu un arrêté préfectoral d’occupation temporaire de la propriété et en entrant sur la propriété sans avoir obtenu l’accord préalable des propriétaires et à défaut l’autorisation d’un juge », a dit à l’AFP Eric Minnegheer, juge des référés à Coutances.

Le juge était saisi par les propriétaires des terres, Sylvie Hubert et Yves Larsonneur. Ce dernier avait passé une dizaine d’heures en garde à vue le 31 juillet pour avoir « bloqué physiquement un chantier déclaré d’utilité publique », selon la préfecture de la Manche.

M. Larsonneur dit qu’il était simplement en train de travailler sur son tracteur dans son champ lorsqu’il a été arrêté le 31 juillet. Il a dénoncé les conditions de cette interpellation, affirmant que son fils de 17 ans avait été comme lui plaqué au sol et s’était vu prescrire en conséquence 10 jours d’interdiction temporaire de travailler (ITT).

M. Minnegheer, qui est aussi président du tribunal de grande instance de Coutances, a ordonné à RTE de quitter les lieux et d’arrêter les travaux sur cette exploitation située à Montabot (Manche), sous peine d’une astreinte de 5.000 euros par jour de retard.

RTE a fini de construire deux pylônes sur cette exploitation mais doit encore installer les câbles.

Le juge a en outre ordonné une « expertise pour faire évaluer » d’ici quatre mois « les conséquences dommageables » de cette voie de fait.

Dans une décision distincte, M. Minnegheer a fait droit à la demande d’expertise de Mme Hubert qui « se plaint d’avoir été renversée » mi-août par une grue conduite par un employé d’un sous-traitant de RTE. Mais il a rejeté la demande d’indemnisation par RTE, qui n’est pas l’employeur direct.

Mme Hubert, qui a par ailleurs déposé une plainte au pénal pour ces faits, dit avoir écopé de 21 jours d’ITT.

« On a vu qu’ils avaient des difficultés avec une grue qui s’est renversée. On est allé voir, ça nous a fait rire. Lui n’arrivait pas à redémarrer une autre grue. Quand il y est arrivé, il m’a foncé dessus », avait raconté la compagne de M. Larsonneur à l’AFP.

L’avocat du couple, Me Gervais Marie-Doutressoulle, interrogé par l’AFP, a salué une « victoire totale ». « Après l’humiliation faite par RTE à M. Larsonneur, d’une certaine façon c’est M. Larsonneur qui humilie RTE qui doit dégager le terrain », a-t-il dit.

Cette décision « protège » potentiellement tous les propriétaires concernés par cette THT qui n’ont pas passé d’accord à l’amiable avec RTE, a-t-il ajouté. Selon lui, RTE ne dispose nulle part de l’arrêté préfectoral d’occupation provisoire.

En janvier, RTE avait indiqué que 15% des propriétaires concernés par les pylônes ou les surplombs n’avaient pas signé un accord à l’amiable.

L’avocat de RTE attendait à la mi-journée le feu vert de sa cliente pour communiquer.

La THT dite Cotentin-Maine, qui doit sur 163 km acheminer l’électricité du futur réacteur EPR de Flamanville, doit entrer en service en 2013. Elle est vivement contestée car des soupçons pèsent sur les répercussions des THT sur la santé.

« RTE doit changer de méthode » ( info tendance Ouest ) 

RTE va faire appel du jugement a fait savoir, en fin d’après midi, l’avocat de la filiale d’EDF et va réclamer au préfet les arrêtés jugés nécessaires par le juge du tribunal de Coutances et « si le préfet va vite », ce jugement n’entraînera « aucun retard  sur les travaux ».

La décision du tribunal « protège » potentiellement tous les propriétaires concernés par cette THT qui n’ont pas passés d’accord à l’amiable avec  RTE selon Maître Gervais Marie-Doutressoulle l’avocat des agriculteurs manchois a écouter ci dessous.

De son côté,  François Dufour, vice-président du Conseil régional de Basse-Normandie affirme que « RTE doit changer de méthode. Vu que le chantier de l’EPR est suspendu, il n’y a absolument aucune urgence à construire la ligne. Il est donc temps de stopper ce chantier pour au moins mener à bien la concertation et la conduite d’une étude épidémiologique qui serait seule à même de prouver l’innocuité de cette ligne Très Haute Tension. »

THT: A Coutances, l’avocat réclame des expertises dans deux affaires impliquant RTE (Mr Larsonneur et sa compagne)

Au tribunal de Coutances ce matin, deux affaires mettant en cause la société Réseau de Transport d’Electricité (RTE) ont été renvoyées aux 8 septembre.
Premièrement, l’EARL de l’Avenir à Montabot cogérée par Yves Larsonneur, mis en garde à vue le 31 juillet dernier pour entrave aux travaux d’RTE, porte plainte pour ne plus pouvoir travailler sur son terrain, accaparé par la société de transport d’électricité. Les expertises demandées par Gervais Marie-Doutressoule, son avocat, ont été accordées par la présidente, pour chiffrer le préjudice sur l’exploitation ainsi que celui concernant la baisse de valeur de la ferme.

La seconde affaire concernait la compagne de cet agriculteur, madame Ybert. Cette dernière a reçu un coup de grue qui aura entraîné une ITT (Incapacité totale de travail) de cinq jours renouvelée. Idem, des expertises pour analyser le préjudice corporel devraient être effectuées prochainement.
Par ailleurs, l’avocat de RTE a exigé un délai pour préparer sa défense. Ouest France 23 août 2012

Lignes haute tension : « RTE a installé des pylônes dans mon champ sans mon accord »

LE PLUS. Le contentieux se durcit entre RTE et les opposants à l’installation de la ligne à haute tension Cotentin-Maine. Deux hommes opposés à sa construction ont été condamnés mardi 21 août en correctionnelle, à Coutances. Yves Larsonneur, éleveur à Montabot dans La Manche, explique pourquoi il s’oppose lui aussi au projet. Le Nouvel Obs le +Par  Éleveur 23-08-2012  Édité et parrainé par Sébastien Billard

Une ligne à haute tension à Flamanville, le 25 octobre 2004 (CHAMUSSY/SIPA).

Une ligne à haute tension à Flamanville, le 25 octobre 2004 (CHAMUSSY/SIPA).

Éleveur, j’ai 53 ans et je possède une exploitation de 80 hectares au sein de la petite commune de Montabot, en Centre-Manche. Une propriété que j’ai acquise progressivement à partir de 1981 et où j’élève désormais près de 70 vaches laitières.

Ce bien, qui est aussi et avant tout mon outil de travail, je m’en sens aujourd’hui complètement dépossédé. 

Deux pylônes en plein milieu de mon champ 

Il y a 5 ans, j’ai appris que RTE, gestionnaire du réseau français d’électricité, entendait faire passer dans ma propriété la ligne à très haute tension Cotentin-Maine, prévue pour acheminer l’électricité du réacteur EPR en construction à Flamanville. Selon le tracé, deux pylônes devaient être installés chez moi.

 

RTE m’a alors précisé que des dédommagements financiers avaient d’ores et déjà été négociés avec les syndicats agricoles et la chambre d’agriculture : ils prévoyaient notamment 2.000 euros par pylône tous les 9 ans. Je leur ai répondu aussitôt que personne ne négociait pour moi !

 

Depuis, je me bats pour être indemnisé sur la valeur réelle de mon bien. En effet, ces indemnités sont bien loin du compte. Avec ces deux pylônes en plein milieu de ma propriété, mon bien pourrait perdre 30 à 50% de sa valeur. À quelques années de ma retraite, et donc de la revente de ma propriété, c’est une perte énorme, non négligeable pour moi et ma compagne.

 Au-delà de la perte financière, je crains également les risques pour la santé de la présence d’une telle ligne. Un manque de transparence entoure toujours ces questions. 

RTE et l’administration sont prêts à tout

 Avec RTE, c’est un dialogue de sourds qui s’est instauré. Ils ne veulent rien entendre, rien céder. Pour me faire plier, au nom de « travaux d’utilité publique », RTE et l’administration emploient la méthode forte.

 Le 31 mars, un huissier est venu pour obtenir mon accord pour cette installation, entouré par près de huit gendarmes. De tels moyens traduisent une volonté de nous impressionner. Et cela fonctionne : la grande majorité des agriculteurs qui ont signé l’ont fait sous cette pression des gendarmes et de l’administration.

 J’ai été reçu dernièrement par le sous-préfet puis par le préfet, sans résultats. Ils m’ont demandé de faire preuve de davantage de sagesse. Ils ne sont pas disposés à bouger. La préfecture reste au service de RTE, prête à mettre à disposition toutes ses forces pour mener les travaux à leur terme. 

Ma ferme mise en servitude

 Le 31 juillet dernier, j’ai été mis en garde à vue pour entrave aux travaux qui devaient débutés. Les gendarmes m’ont plaqué au sol puis menotté dans ma propre propriété. Il y avait près de 60 gendarmes alors que nous étions seulement cinq en face.

Quand je suis revenu chez moi, le soir, les terrassements des deux pylônes avaient été réalisés, en mon absence. J’en avais les larmes aux yeux devant l’ampleur des dégradations. Désormais, le chantier est surveillé par des vigiles 24 heures sur 24.

Ma ferme est mise en servitude. RTE peut rentrer à tout moment chez moi pour avoir accès à ces pylônes. A partir de là, ce n’est donc plus vraiment chez moi. Tout ça va vraiment trop loin, je suis amer. C’est moralement difficile. Jamais je n’aurais pensé que ce genre de choses soit possible en France. Ils font tout depuis le début pour que je fasse une erreur et que je cède.

Propos recueillis par Sébastien Billard