Après Fukushima, le nucléaire ne serait plus rentable

Nous le savions déjà et certain dirons pour plaisanter que  ce qui devait arriver AREVA !  Les chantiers des EPR explosent tous les budgets initiaux 1/09/2012

Voir aussi une sélection d’articles complémentaires à  ce billet 

– EPR américain : 2007 = US$ 4 Milliards ; 2011 = US$ 10 Milliards de dollards 

– EPR Français : 2005 = 3 Milliards d’Euros, 2011 = 7 Milliards d’Euros

– EPR Finlandais : 2005 = 3 Milliards d’Euros, 2012 = 6,5 Milliards d’Euros

Ces budgets colossaux d ‘investissement de départ , qui n’incluent pas les traitements et stockage des déchets à long terme,  font que les énergies vertes sont plus rentable que le nucléaire.

Les difficultés d’ EDF aux Etats-Unis et la décision du principal opérateur nucléaire américain de retirer sa demande de permis de construire pour un prochain réacteur (parce que pas rentable) ne sont pas relatées dans les grands médias français .

Le projet de 3ème réacteur à Calvert Cliffs, déposé en 2007, avait été le premier nouveau projet de production d’électricité nucléaire aux Etats-Unis depuis 30 ans. Pour Michael Mariotte, l’épisode est un coup sérieux porté à la crédibilité d’une renaissance du nucléaire.

Il y a quelques jours, l’électricien américain Exelon, le plus important électricien nucléaire du pays avec 17 réacteurs, avait annoncé sa décision de retirer sa demande de permis de construction d’un nouveau réacteur nucléaire au Texas expliquant que l’électricité nucléaire n’était plus compétitive pour le moment et ne le serait pas pour le futur prévisible.

Il faut savoir que les USA développent des éoliennes de nouvelle génération qui attirent les investisseurs car l’ alternateur est remplacé par un compresseur d’air , cet air comprimé est stocké puis réutilisé à la demande pour produire de l’ électricité dans un turbo – alternateur. Cet solution  élimine les problèmes de production d’énergie intermittente liés à l’éolien et permet de fournir de l’électricité renouvelable aux clients en fonction de la  demande. En 2011 cette société a obtenue 54,5 millions de dollars en financement.

De son coté l’ Allemagne  qui a décidé de sortir du nucléaire , à cette année battu le record mondial de production d’énergie solaire : 22 gigawatts d’électricité, soit l’équivalent de 20 réacteurs nucléaires.

Source: http://fukushima-informations.fr/?p=3002

Voir ci dessous

Mycle Schneider: l’industrie nucléaire n’est plus compétitive

Le patron de GE trouve le nucléaire “difficile à justifier”

Mycle Schneider: «L’énergie nucléaire n’a plus de perspective»

l’industrie nucléaire en déclin

Mycle Schneider: l’industrie nucléaire n’est plus compétitive

Au-delà des risques qu’il implique pour l’environnement et la santé publique, le nucléaire pose le problème de sa viabilité économique.

Le rapport que Mediapart publie en exclusivité synthétise un grand nombre de données chiffrées qui permettent d’évaluer les véritables perspectives industrielles du nucléaire, en France et dans les autres pays, au-delà des discours partisans et des arrière-pensées politiques.

Après Fukushima, où en est l’industrie nucléaire dans le monde ? Quel est son rythme de progression ? Est-elle toujours concurrentielle face à l’essor des énergies renouvelables ? De nouveaux pays s’apprêtent-ils à construire des centrales ? Faudra t il prolonger la durée d’exploitation de celles qui sont en fonctionnement ? Comment la gestion des déchets radioactifs affecte-t-elle l’ensemble de la filière nucléaire ?

A toutes ces questions, le World Nuclear Industry Status Report 2012 apporte des réponses précises et documentées. Par  Médiapart 6 juillet 2012.

Ce rapport, réactualisé chaque année depuis 2007 (deux éditions antérieures sont parues en 2004 et 1992), est l’oeuvre de deux consultants indépendants dans le domaine de l’énergie : Mycle Schneider, qui étudie l’industrie nucléaire depuis trente ans, et que Mediapart a interviewé sur la situation au Japon et l’après-Fukushima (voir ici et là) ; et Antony Froggatt, chercheur et écrivain spécialisé dans les questions de politique nucléaire, installé à Londres.

Si la catastrophe de Fukushima a mis le risque nucléaire et l’exigence de sûreté au premier plan, le rapport de Schneider et Froggatt se concentre sur l’analyse des variables
économiques qui affectent le développement de l’atome civil. Disons-le d’emblée,
ce rapport brosse le portrait d’une industrie en déclin, luttant pour sa survie
dans un environnement de plus en plus défavorable, tant du point de vue des coûts
de fonctionnement que de celui de l’opinion publique.
L’analyse de Froggatt et Schneider est à contre-courant des discours le plus souvent
entendus en France, influencés par les avocats de l’industrie nucléaire. Elle démontre
que l’idée d’une « renaissance nucléaire », mise en avant par le lobby de l’atome, relève
plus de l’autopersuasion, du wishful thinking, que de la réalité chiffrée.
Pour autant, on ne peut considérer que les auteurs soient de parti pris, même si à
l’évidence ils ne sont pas des avocats du nucléaire. Mycle Schneider, lauréat du prix
Nobel alternatif en 1997, a conseillé des organismes aussi divers que la Commission
européenne, le CNRS, l’IRSN, l’Unesco, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie
atomique) ou le WWF (World wildlife fund). Antony Froggatt, après avoir travaillé
pour Greenpeace International, a participé à des enquêtes parlementaires en Autriche
et en Allemagne ainsi qu’à des travaux de la Commission et du Parlement européens.
Le panorama de l’industrie nucléaire mondiale que brosse, vingt ans après sa première
édition, le World Nuclear Industry Status Report, est marqué par l’impact de la
catastrophe de Fukushima. Celle-ci n’en finit pas de peser sur l’avenir de l’atome civil,
en dépit des dénégations des dirigeants du nucléaire. Au Japon, une commission d’enquête parlementaire vient de publier un rapport qui met en pièces le discours dominant de l’industrie nucléaire, selon lequel l’accident japonais résulte uniquement de la fatalité d’un événement naturel, le tsunami.
Le rapport parlementaire japonais met en cause la collusion entre l’industrie et le gouvernement japonais ainsi que leur conformisme et leur absence d’initiative ; ce rapport n’hésite pas à parler de « désastre causé par l’homme » ; et il montre que, contrairement à l’affirmation martelée par les autorités nucléaires mondiales, le tremblementde terre du 3 mars 2011 a probablement causé d’importants dégâts à la centrale
de Fukushima, avant même le passage du tsunami. Au-delà du démenti infligé aux dirigeants du nucléaire, l’impact de la catastrophe japonaise est très sensible dans le panorama mondial de l’industrie atomique brossé par Mycle Schneider et Antony Froggatt, qui met en évidence plusieurs tendances
lourdes :
• Une désaffection accentuée par l’effet de Fukushima
C’est la première des tendances observées par nos auteurs. Deux mois après le tsunami
du 3 mars 2011, Hans Blix, ancien directeur général de l’AIEA, avait qualifié Fukushima
de « bosse sur la route ». Ce n’était pas seulement une grossièreté à l’égard du
Japon, c’était une lourde erreur d’appréciation. Preuve de l’onde de choc provoquée
par Fukushima, la Chine, le pays au monde qui contribue le plus au développement
du nucléaire, a gelé tous ses nouveaux projets. Quatre pays ont annoncé leur sortie
du nucléaire à une date planifiée : l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et Taiwan. Cinq
autres nations – l’Egypte, l’Italie, la Jordanie, le Koweït et la Thaïlande –, qui avaient
prévu de s’engager dans des programmes nucléaires ou de relancer leurs programmes
existants, y ont renoncé.
En Bulgarie et au Japon, deux réacteurs en construction ont été abandonnés. Des projets
de nouvelles constructions ont été abandonnés au Brésil, aux Etats-Unis et en
Inde tandis qu’en France, François Hollande a repoussé sine die le projet d’EPR à Penly.
Au total, entre le 1er janvier 2011 et le 1er juillet 2012, 13 réacteurs nucléaires ont démarré
tandis que 21 ont été arrêtés. Au Japon, où toutes les centrales se trouvaient à
l’arrêt depuis mai 2012, un réacteur, sur les cinquante-quatre que compte le pays, est
actuellement en fonction ; un deuxième devrait repartir en juillet. Mais de grandes incertitudes
pèsent sur l’avenir du nucléaire nippon, qui apparaît de plus en plus
comme une sorte de variable d’ajustement permettant d’assurer la transition vers
d’autres énergies. Un seul nouveau pays s’est lancé dans le nucléaire : l’Iran, qui a enfin
fait démarrer le réacteur de Bushehr, en construction depuis 1975.
• Un recul de la part du nucléaire dans la production d’énergie
Mi-2012, l’énergie nucléaire est exploitée par 31 nations, soit une de plus qu’en 2010,
en l’occurrence l’Iran, seul nouveau membre du club depuis la Roumanie en 1996.
Sur ces 31 pays, six produisent à eux seuls plus de 70 % de l’électricité nucléaire mondiale
: l’Allemagne, la Corée du Sud, les États-Unis, la France, le Japon et la Russie.
En 2011, les quelque 400 réacteurs nucléaires en service ont produit un total de 2518
térawatts-heure (TWh) d’électricité, soit une baisse de 5,3 % par rapport au record
historique, qui s’était établi à 2660 TWh en 2006.
La part du nucléaire dans la production d’électricité mondiale est passée de 17 % en
1993 à 11 % en 2011, c’est-à-dire le niveau qu’elle avait dans les années 1980. En
France, en Allemagne ou en Suède, on produit moins d’électricité nucléaire
aujourd’hui qu’en 2005. En Belgique, au Canada, au Japon et au Royaume-Uni, le pic
historique remonte aux années 1990, et en Italie il date des années 1980. Ces chiffres
montrent clairement que le recul est largement antérieur à Fukushima et n’est pas un
effet circonstanciel, mais une évolution sur le long terme.
• Un vieillissement inéluctable du parc nucléaire mondial
Dans les années 1970, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) prévoyait
une puissance nucléaire installée globale de 3600 à 5000 gigawatts (GW) vers 2000,
soit dix fois plus que la réalité actuelle. La capacité globale de production nucléaire a
augmenté d’environ 30 GW électriques entre 1992 et 2002 pour atteindre 362 GWe ;
elle a atteint un maximum de 375 Gwe en 2010 avant de redescendre au niveau de
2002. Cette stagnation résulte des nombreux abandons de projets de centrales et, pour
les projets qui sont maintenus, de l’allongement considérable des délais de construction.
Selon une liste établie par l’AIEA, à la date du 1er mai 2012, un total de 59 réacteurs
étaient en construction dans le monde, représentant une puissance globale de 56
GWe. Dans cette liste, 9 réacteurs sont « en construction » depuis plus de vingt ans ; 4
depuis dix ans ou plus ; et au moins 18 ont connu des retards de construction. De
plus, pour 43 de ces chantiers, l’AIEA ne mentionne pas de date de démarrage prévu.
Et près des trois quarts de ces réacteurs en construction sont localisés dans trois pays,
la Chine, l’Inde et la Russie, dont aucun n’est réputé pour être très transparent à propos
de ses projets nucléaires.
Depuis des années, le nombre de centrales nouvelles connectées au réseau est faible,
de sorte que l’âge moyen des unités nucléaires en service augmente régulièrement. Il
est aujourd’hui de 27 ans. Sur les 429 réacteurs en service dans le monde, 20 ont dépassé
le seuil de 40 ans de fonctionnement, et ce chiffre augmentera bien sûr dans les
prochaines années. D’après les calculs de Schneider et Froggatt, si l’on fixait à 40 ans
la limite de durée de fonctionnement dans le monde entier, il faudrait que 67 nouveaux
réacteurs soient raccordés au réseau d’ici 2020 pour maintenir la part du nucléaire
à son niveau actuel.
Les auteurs jugent ce scénario peu plausible, « étant donné les contraintes de fabrication
des composants clés des réacteurs, la situation financière difficile des principaux constructeurs
mondiaux, la crise économique générale et l’hostilité des opinions publiques ». Conséquence :
le nombre de réacteurs en exploitation va diminuer dans les années qui viennent,
sauf si l’on prolonge systématiquement la vie des centrales au-delà de 40 ans. Mais ce
deuxième scénario se heurterait aux exigences de sécurité post-Fukushima.
Le cas de la France, pays où la proportion d’électricité nucléaire est la plus élevée,
illustre bien les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur l’industrie de l’atome. D’ici
2022, sur nos 58 réacteurs en service, 22 atteindront le seuil de 40 ans. La Cour des
comptes a calculé qu’il faudrait 11 EPR pour les remplacer, si l’on veut maintenir la
part du nucléaire au niveau actuel. Etant donné la faible probabilité de cette option, il
ne reste que deux possibilités : prolonger la durée des réacteurs au-delà de 40 ans, ou
réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique.
• L’essor des énergies renouvelables
En France et plus encore dans d’autres pays, le ralentissement du nucléaire s’accompagne
d’une montée en puissance des énergies renouvelables, de plus en plus compétitives.
La puissance éolienne sur la planète a augmenté de 41 gigawatts (GW) en
2011, ce qui représente plus d’un huitième de la puissance nucléaire en service.
Le cas de la Chine est frappant : en cinq ans, la puissance éolienne y a été multipliée
par 50, pour atteindre 63 GW, soit l’équivalent de toute la puissance nucléaire française
; les centrales nucléaires chinoises produisaient dix fois plus d’électricité que le
vent il y a cinq ans ; aujourd’hui, l’écart est inférieur à 30 %. Autrement dit, même si
la Chine construit des centrales nucléaires, elle développe encore plus rapidement ses
énergies renouvelables.
Dans l’Union européenne, la capacité nucléaire a baissé de 14 GW depuis 2000, tandis
que 142 GW de nouvelles sources d’énergies renouvelables ont été mises en place. La
production d’électricité par les énergies renouvelables en Allemagne équivaut aujourd’hui
à 29 % de la production d’électricité nucléaire française. Or, cette dernière
représente presque la moitié de l’électricité nucléaire dans toute l’Union européenne.
• Un coût de moins en moins compétitif
En France, depuis des décennies, le nucléaire est défendu économiquement comme
étant de loin la source d’électricité la moins chère. Mais cette affirmation est de moins
en moins exacte dans notre pays, et l’est encore moins si l’on sort de l’Hexagone.
Du point de vue du coût, les énergies renouvelables se rapprochent progressivement
de la « parité réseau » (« grid parity »), autrement dit du moment où le prix à l’unité
équivaut à celui auquel les consommateurs paient leur électricité.
Cette parité réseau a déjà été atteinte en Allemagne, au Danemark, en Italie, en Espagne
et dans certaines régions d’Australie. Selon une étude citée par Schneider et
Froggatt, le coût de l’électricité d’origine photovoltaïque, dans des régions de fort ensoleillement,
va passer dans la prochaine décennie de 0,16 € à 0,06 € par kilowattheure.
En Allemagne, l’électricité photovoltaïque représentait 1 % de la production totale il y
a trois ans ; le chiffre est aujourd’hui 4 % et atteindra 7 % en 2016. Cela peut sembler
une contribution modeste, mais elle est en augmentation rapide et elle participe à la
stabilisation du prix de l’électricité, qui a légèrement baissé en 2012 outre-Rhin.
Selon une estimation récente faite par le groupe Lazard, aux Etats-Unis, l’énergie nucléaire
coûterait entre 77 et 114 dollars par mégawatt-heure et serait plus chère que
l’énergie éolienne (de 48 à 95 $/MWh). L’électricité photovoltaïque est légèrement
plus chère (101 à 149 $/MWh pour les cellules cristallines et 102 à 142 $/MWh pour
les couches minces) mais l’écart devrait disparaître dans les trois prochaines années.
En France, selon la Cour des comptes, l’électricité produite par l’EPR de Flamanville
devrait coûter entre 7 et 9 centimes d’euro par kilowatt-heure, un prix que l’énergie
éolienne pourrait concurrencer dans plusieurs régions d’Europe, et qui est nettement
plus élevé que celui de certains projets éoliens aux Etats-Unis.
Globalement, l’ère des énergies renouvelables très coûteuses et du nucléaire bon marché
est révolue. De nombreux projets nucléaires dépassent fortement leur budget initial
: aux Etats-Unis, le projet de centrale nucléaire à Watts Bar, dans le Tennessee, a
vu son coût augmenter de 60 % au cours des cinq dernières années ; en France, l’estimation
du coût de l’EPR a été multipliée par 4 en dix ans. Les exigences croissantes
de sûreté font augmenter le prix des installations nucléaires. Dans le même temps, la
montée en puissance des énergies renouvelables s’accompagne d’une baisse de leurs
coûts.
Le « croisement historique » des prix du solaire et du nucléaire, annoncé en 2010 par
John Blackburn, de l’université Duke (Caroline du Nord), est devenu une réalité. Le
nucléaire n’a pas dit son dernier mot, mais il n’a plus le vent en poupe, et son déclin
ne peut que s’accentuer. Compte tenu de la disponibilité croissante du solaire et de
l’éolien et de la perception accrue des risques, l’utilisation la plus rationnelle des installations
nucléaires existantes pourrait être de servir de variable d’ajustement en attendant
son remplacement par des énergies renouvelables.
« Avant le désastre de Fukushima de mars 2011, l’industrie nucléaire avait clairement reconnu
qu’elle ne pourrait pas faire face à un autre accident majeur, écrivent Antony Froggatt
et Mycle Schneider. Au cours de la dernière décennie, l’industrie a vendu au monde entier,
sous le discours de la renaissance nucléaire, ce qui n’était qu’une stratégie de survie. De nombreuses
sociétés nucléaires étaient déjà en grande difficulté avant le triple désastre qui a frappé
la côte est du Japon en 2011… Il apparaît de plus en plus évident que les systèmes nucléaires
ne sont pas compétitifs dans ce monde, que ce soit du point de vue systémique, économique,
environnemental ou social. »
Pour lire le rapport dans son intégralité, WorldNuclearReport-EN-LQ-072012


l’industrie nucléaire en déclin

Bien avant cette catastrophe, l’industrie nucléaire dans le monde était déjà en déclin selon un nouveau rapport publié par le Worldwatch Institute. « L’industrie nucléaire était déjà sans doute en sursit. Dans l’écriture de l’histoire de l’industrie nucléaire, Fukushima est susceptible d’être son dernier chapitre. » a déclaré Mycle Schneider, consultant international sur les questions d’énergie et de politique nucléaire, auteur principal du nouveau rapport « The world nuclear industry status report 2010-2011 – Nuclear Power in a Post-Fukushima World 25 Years After the Chernobyl Accident ». Publié par polo le 27 Septembre 2011 à 15 44

En effet, le parc nucléaire est vieillissant et peu de nouvelles unités sont en construction : la moyenne d’âge des réacteurs nucléaires en fonctionnement dans le monde est de 26 ans. C’est pourquoi, certaines compagnies d’électricité nucléaire envisagent de prolonger la durée de vie de leurs réacteurs à 40 ans ou plus. Vu que l’âge moyen des 130 unités déjà fermées est d’environ 22 ans, doubler la durée de vie des réacteurs encore en fonctionnement reste un pari bien optimiste, surtout si l’on prend en compte la catastrophe nucléaire de Fukushima. Le gouvernement allemand a d’ailleurs pris la mesure du risque suite à cette catastrophe en prenant la décision de suspendre l’activité de tous les réacteurs de plus de 30 ans. 
Au 1er avril 2011, il y avait 437 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans le monde, c’est sept de moins qu’en 2002. L’AIEA compte actuellement 64 réacteurs en construction dans 14 pays. Par comparaison, à l’apogée de la phase de croissance de l’industrie en 1979, il y avait 233 réacteurs en construction en même temps. Et, en 2008, pour la première fois dans l’histoire de l’énergie nucléaire, aucun nouveau réacteur n’a été démarré. Sept nouveaux réacteurs ont été ajoutés en 2009 et 2010, tandis que 11 ont été fermés durant cette période. Dans le premier trimestre 2011, deux nouveaux réacteurs ont été mis en service. 
En Europe, toujours au 1er avril 2011, 143 réacteurs étaient officiellement opérationnels, une baisse notable par rapport au maximum historique de 177 unités en 1989. Bien sûr, le nombre de réacteur n’est pas une indication suffisante et la production totale doit être prise en compte. Or, en 2009, les centrales nucléaires ont produit 2 558 térawattheures (TWh) d’électricité, c’est environ 2 % de moins que l’année précédente. En 2010, 16 des 30 pays producteurs d’énergie nucléaire ont maintenu la part de cette énergie dans leur production totale tandis que neuf l’ont diminué et 5 l’ont augmenté. 
Le rôle de l’énergie nucléaire dans la production d’énergie décline régulièrement et ne représente qu’environ 13 % de l’électricité produite dans le monde et 5,5 % de l’énergie primaire commercialisée. 
Depuis près de 15 ans, l’énergie nucléaire ne parvient plus à concurrencer le dynamisme insolent des énergies renouvelables. Aux Etats-Unis, la part des énergies renouvelables dans les ajouts de nouvelles capacités de production d’électricité est passé de 2 % en 2004 à 55 % en 2009, sans qu’aucun réacteur nucléaire ne soit construit sur cette période. En 2010, dans le monde, pour la première fois, la capacité de production électrique des énergies renouvelables a dépassé celle de l’énergie nucléaire : 381 gigawatts (GW) contre 375 GW pour le nucléaire. L’investissement total dans les énergies renouvelables, sur cette même année, a été estimé à 243 milliards de dollars. 
Afin d’évaluer le nombre de réacteurs qui devront être remplacés pour maintenir la production électrique actuelle, le rapport a établi un scénario où les centrales actuelles et en construction seraient maintenues en fonctionnement en moyenne pendant 40 ans. Il en ressort que 18 réacteurs supplémentaires devraient être achevés et mis en service avant 2015. Cela correspond à un raccordement tous les trois mois avec l’ajout de 191 unités supplémentaires (175 GW) au cours de la décennie suivante. Or, la réalisation de cet objectif est tout simplement impossible compte tenu des contraintes existantes sur la fabrication des composants d’un réacteur nucléaire, sans prendre en compte les conséquences de la catastrophe de Fukushima. Par conséquent, le nombre de réacteurs en exploitation diminuera au cours des prochaines années, sauf si la limite de 40 ans est davantage repoussée, un scénario de moins en moins probable vu la catastrophe de Fukushima. 
Quant aux nouvelles générations de réacteurs, le projet EPR en construction à Olkiluoto en Finlande, géré par le plus grand constructeur nucléaire au monde, Areva, a tourné au fiasco financier.
Le projet a déjà 4 ans de retard pour un coût total estimé à 5,7 milliards d’euros, soit 90% de plus que le budget initial !
Heureusement, les énergies renouvelables ont un très bel avenir devant elles.

 

▶ Répondre à cela

Mycle Schneider: «L’énergie nucléaire n’a plus de perspective»

Ni le traumatisme de Fukushima ni la décision allemande de sortir du nucléaire n’ont entamé la résolution des dirigeants français: pour eux, hors de l’atome, point de salut.

Et si, loin d’être une nécessité, le choix nucléaire était une impasse?

Mycle Schneider, consultant dans le domaine de l’énergie, lauréat du prix Nobel alternatif en 1997, étudie l’industrie nucléaire depuis trente ans. Il livrait  son point de vue sur Mediapart le 31 mai 2011.

Angela Merkel vient de décider que l’Allemagne sortira du nucléaire d’ici 2022. S’agit-il d’un tournant décisif dans l’histoire de l’énergie ?

C’est une décision spectaculaire. Ce gouvernement était considéré comme le plus pro-nucléaire possible dans le paysage politique allemand. Ce qui se passe en Allemagne est une véritable coupure historique, pas une simple péripétie politicienne. Le choix d’Angela Merkel s’appuie sur un texte, le rapport de la Commission éthique pour l’approvisionnement énergétique sûr, qui analyse la situation énergétique et propose un ensemble de mesures cohérentes pour remplacer le nucléaire.

Ce rapport a été demandé par le gouvernement, et la commission est présidée par Klaus Töpfer, ancien ministre de l’environnement, qui a aussi été directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). La commission Töpfer estime que sortir du nucléaire en dix ans n’est pas un problème et qu’il serait même souhaitable d’aller encore plus vite !

Selon le rapport, des changements systémiques profonds s’imposent dans la manière de gérer l’énergie. Et Töpfer défend l’idée intéressante que la sortie du nucléaire peut être un «booster de croissance». La campagne pour les élections législatives allemande de 2013 pourrait tourner autour de la question « qui sortira le plus vite du nucléaire? »

Certains estiment que la décision allemande est une sorte de trompe-l’œil, parce que les Allemands feront appel au nucléaire français pour remplacer celui qu’ils n’utiliseront pas chez eux. En somme, la sortie allemande retarderait une éventuelle sortie française…

L’idée est amusante… mais fausse. Depuis des années, la France est importatrice nette d’électricité d’Allemagne. Autrement dit, le bilan des achats et ventes d’électricité entre les deux pays aboutit à ce que la France importe plus d’Allemagne qu’elle n’exporte. En 2010, la France a importé 6,7 TWh (milliards de kWh) nets d’Allemagne, soit la production d’une tranche nucléaire ! Sauf que la France importe de l’électricité surtout en hiver, donc en provenance des centrales à charbon allemandes. La pointe de consommation hivernale en France est de 96 gigawatts, alors qu’elle est de 80 gigawatts en Allemagne, dont la population compte 16 millions d’habitants de plus !

Les échanges d’électricité en Europe se font sur la base du prix du marché et non pas de la capacité installée. Les premières études montrent que l’Allemagne ne dépendra certainement pas du courant nucléaire français. En quoi la décision allemande retarderait-elle, dans ce cas, une sortie du nucléaire française ?

Rien n’est réglé à Fukushima

Eric Besson, ministre de l’industrie, a déclaré à Libération que «Fukushima va faire progresser la sûreté nucléaire» et que le Japon n’avait «nullement l’intention d’arrêter ces centrales». La page de l’accident est-elle tournée ?

Non, une telle vision ne correspond pas à la réalité. Je connais assez bien le Japon, où je me suis rendu vingt-cinq fois, et je pense qu’il ne faut certainement pas sous-estimer le traumatisme de Fukushima. L’espèce de croyance en la technologie et de confiance presque aveugle dans les décideurs en a pris un coup. Et surtout, la situation n’est absolument pas réglée. Elle continue de s’aggraver jour après jour.

Deux mois et demi après l’accident, les rejets radioactifs continuent, Tepco n’a toujours pas de stratégie cohérente pour sécuriser la centrale et les autorités sanitaires japonaises n’ont pas mis en place un plan d’ensemble pour protéger les populations ! On n’a aucune information fiable sur l’état exact des réacteurs et de leur combustible, mais rien n’est stabilisé. Dans un communiqué du 25 mai, la firme a indiqué qu’à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire japonaise, elle allait équiper les travailleurs de dosimètres individuels… Ce qui veut dire qu’ils n’en avaient pas jusqu’ici, alors qu’ils travaillent dans des zones très fortement irradiées ! Hallucinant…

Pire, Tepco précise qu’en attendant d’avoir équipé tous les travailleurs, on peut se baser sur un seul dosimètre pour un groupe de techniciens sous réserve que la dose soit la même sur l’ensemble de la zone d’intervention. Or, quiconque a travaillé sous rayonnements ionisants une demi-journée sait que les doses reçues peuvent varier d’un facteur 10 ou plus à quelques mètres de distance. Ça veut dire que les travailleurs ne sont pas protégés, tout comme les liquidateurs de Tchernobyl. Deux mois après le début de l’accident, on n’est même pas en train d’appliquer le b.a-ba de la radioprotection.

Quant à la stratégie pour mettre les réacteurs dans un état sûr, elle repose sur des déductions tirées de données très fragmentaires. On peut être certain qu’il y a eu fusion du combustible dans trois réacteurs, mais on ne sait pas exactement quelle proportion du combustible est endommagée ou fondue. Tepco appuie ses analyses sur des scénarios tirés d’un nombre insuffisant de données, de mesure réelles, qui plus est souvent fausses parce que les capteurs ne marchent plus. C’est du bricolage… Et c’est la même chose pour la gestion des déchets, ou de l’eau contaminée.

Tepco et le gouvernement japonais ne devraient-ils pas faire davantage appel à l’aide internationale ?

Compte tenu de ce que les Japonais font depuis deux mois la démonstration qu’ils sont incapables de résoudre le problème, il est clair que la communauté internationale a une lourde responsabilité. Actuellement, les Etats-Unis, la France ou l’Allemagne apportent leur assistance au Japon, mais il s’agit à chaque fois d’une assistance bilatérale, basée sur une relation entre le Japon et un partenaire, sans concertation entre les puissances intervenantes.

Les Etats-Unis ont une relation privilégiée avec le Japon, ils ont des drones, ils ont peut-être plus d’informations que les autres pays, mais ils ont aussi leurs intérêts spécifiques et notamment des bases militaires proches de Fukushima. La France a ses intérêts commerciaux avec Areva. Et ainsi de suite. On laisse Tepco bricoler avec une série d’aides bilatérales, sans action d’ensemble concertée. Ça ne peut pas marcher. Et je ne comprends pas que les grandes puissances nucléaires acceptent cette situation. Il faudrait lancer une initiative de type task force internationale associant les meilleurs experts disponibles.

Des conséquences sanitaires pires que celles de Tchernobyl

Qu’en est-il de la protection des populations japonaises, et de l’environnement en dehors du site de Fukushima ?

Cela ne va guère mieux. Fukushima est très différent de Tchernobyl en ce qu’il n’y a pas eu, comme en Ukraine, une très grande explosion suivie d’un feu de dix jours qui a projeté le panache à plus de 3000 mètres d’altitude. On sait aujourd’hui que plus de la moitié des rejets de Tchernobyl est retombée ailleurs que dans les trois républiques ex-soviétiques (Ukraine, Biélorussie et Russie).

Au contraire, à Fukushima, on a des rejets continus et l’essentiel des retombées affecte la région autour de la centrale. Le rayon concerné est de l’ordre de 100 ou 200 kilomètres, pas des milliers de kilomètres. C’est une très bonne nouvelle pour les autres pays et une très mauvaise pour le Japon ! Et à l’heure actuelle, on n’a pas de carte précise des zones contaminées. La contamination ne se fait pas de manière régulière, ce sont des taches au sol, qui dépendent des conditions météo, et pour connaître les points dangereux, il faut faire de très nombreuses mesures. Aujourd’hui, on ne peut plus acheter un compteur Geiger au Japon ! Là aussi, on est dans le bricolage.

A mon niveau, je soutiens un projet privé mené par un Américain établi au Japon, qui vise à installer une quarantaine de laboratoires de mesure mobiles. Mais il faudrait aussi créer des labos fixes, en utilisant les sites qui existent déjà. Par exemple, les entreprises de produits alimentaires ont des laboratoires que l’on pourrait équiper de spectromètres pour analyser la radioactivité. Mais cela devrait être organisé de manière cohérente à l’échelle du pays, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Quand on regarde les calculs de doses auxquelles sont exposés les habitants dans certains lieux, par exemple les écoles, c’est affolant. Le gouvernement japonais a autorisé une dose de 20 mSv par an pour les écoliers, c’est la dose normale pour les travailleurs du nucléaire. On a multiplié par 20 le risque autorisé pour les enfants ! Il n’y a aucune véritable stratégie pour réduire le risque auquel sont exposées les populations. Si rien ne change, il y aura des milliers de cancers dus aux radiations, c’est évident…

Pensez-vous que la situation des habitants de la région de Fukushima soit aussi grave que celle des Biélorusses après Tchernobyl ?

Je pense que les conséquences sanitaires à terme pourraient être pires que celles de Tchernobyl parce que, même s’il se confirme que les rejets radioactifs sont moindres, ils se répartissent sur une surface beaucoup plus réduite, avec une densité de population très supérieure. Ça risque d’être une hécatombe.

L’énergie nucléaire n’a plus de perspective

Malgré cette situation dramatique, le Japon n’a pas annoncé son intention de sortir du nucléaire…

Dans les faits, il en prend la direction. Encore une fois, le traumatisme de Fukushima est considérable, même si l’on ne s’en rend pas compte de l’extérieur. De plus, le Japon se trouve dans une situation politique particulière : pour la première fois en un demi-siècle, ce n’est pas le Parti libéral démocrate qui est au pouvoir, mais le Parti démocrate japonais. Or, le PDJ n’a jamais été un parti très pronucléaire, nombre de ses membres sont même très critiques vis-à-vis du nucléaire – plus que ne le sont les socialistes français, par exemple. Il y a des personnalités critiques vis-à-vis du nucléaire à des postes importants, ce ne sont pas seulement des voix isolées.

Certes, le lobby nucléaire japonais est très puissant, et le pays était en passe d’accomplir le virage consistant à devenir un exportateur de centrales. Mais le PDJ n’a pas à revendiquer cet héritage, il a même tout intérêt à s’en distancier. Le premier ministre Naoto Kan, très critiqué pour sa gestion de la crise de Fukushima, peut chercher une issue dans la rupture avec la politique de ses prédécesseurs. Dans un pays où perdre la face est le pire qui puisse arriver à un responsable politique, il est tentant d’essayer de s’en sortir en mettant sur le dos du PLD la responsabilité de la crise.

Kan est au plus bas dans les sondages, il n’a rien à perdre à rompre avec le nucléaire. Et c’est ce qu’il a commencé à faire, en pratique : il a annoncé qu’il n’y aurait pas de nouvelles centrales construites et il a demandé la fermeture du site de Hamaoka, qui se trouve comme Fukushima en bord de mer. Hamaoka possède cinq réacteurs, deux avaient été définitivement stoppés en 2009 parce qu’on avait estimé qu’il était trop coûteux de les mettre en conformité avec les nouvelles normes antisismiques. Les trois autres sont aujourd’hui arrêtés. Et il ne s’agit pas de «vieilles casseroles», le réacteur n°5 est tout neuf, il avait démarré en 2005.

Au total, sur les 54 réacteurs nucléaires en service au Japon, près de la moitié sont aujourd’hui à l’arrêt. La probabilité d’une rupture complète avec la politique du passé est à mon avis forte. Aussi bien la situation politique intérieure que le contexte international s’y prêtent.

Qu’en est-il des Etats-Unis, le pays qui possède le plus grand nombre de centrales nucléaires en activité ?

L’administration Obama a fait une déclaration favorable au renouvellement des installations nucléaires. Mais dans la pratique, ce n’est pas le gouvernement qui commande les centrales, ce sont les sociétés productrices d’électricité. Et aujourd’hui, les industriels de l’électricité sont en retrait. Le principal projet, le South Texas Project, vient d’être abandonné, et avec lui un investissement de 481 millions de dollars !

Le seul réacteur actuellement en construction aux Etats-Unis est celui de Watts Bar, au Tennessee, il a été lancé en 1972 et, si tout va bien, devrait être mis en service l’année prochaine. Même s’il démarre effectivement, sa construction aura pris quarante ans… John Rowe, président d’Exelon, l’une des principales firmes d’électricité américaines, affirmait avant Fukushima que construire de nouveaux réacteurs nucléaires n’avait économiquement aucun sens.

Le coût du nucléaire neuf a plus que doublé entre 2008 et 2010 et il va augmenter encore avec Fukushima. Cette technologie n’a plus de perspective. Et les Etats-Unis ne sont certainement pas le pays de la renaissance nucléaire. Il n’y a plus que la Chine et l’Inde qui construisent des centrales nucléaires. Et la Chine développe autant, sinon davantage, les énergies renouvelables. Elle leur a consacré 38 milliards d’euros en 2010, et se place en leader mondial. Fin 2010, les éoliennes installées en Chine cumulaient quatre fois et demie la capacité nucléaire.

Mais le nucléaire n’est-il pas une réponse à la menace climatique ?

Le dernier argument de vente du nucléaire est qu’il permet de réduire les émissions de gaz à effets de serre. A ceci près que pour être vraiment intéressante du point de vue du risque climatique, une énergie doit satisfaire à un double critère : être bon marché et rapide à mettre en œuvre. Le nucléaire est très cher et très lent à mettre en place.

La France est en train de rater un train

Sur quelles autres énergies miser ?

Les renouvelables, bien sûr ! Mais aussi et même avant tout, l’efficacité des services énergétiques. Certains Etats, comme la Californie, sont très en avance. Nettement plus que l’Allemagne, qui est en train de prendre le virage mais où, jusqu’en 2007, l’éolien et le solaire n’ont fait que couvrir l’augmentation de consommation. Cependant, les Allemands sont très optimistes quant à la baisse de coût de l’électricité photovoltaïque qui pourrait, d’ici 2015, atteindre la «grid parity», autrement dit le moment où elle ne sera pas plus chère que les autres sources d’énergie. Aux Etats-Unis on y est déjà dans certaines situations.

Mais le domaine où les Etats-Unis sont le plus en pointe est celui de l’architecture des réseaux électriques. L’avenir de l’électricité, en dehors de la question des sources d’énergie, c’est l’organisation des réseaux. Le système actuel dans lequel un nombre limité de producteurs transporte le courant, le distribue et arrose les consommateurs, est appelé à disparaître. Au profit d’un nouveau paradigme dans lequel les consommateurs seront aussi producteurs. Demain, il y aura des millions de producteurs parce que chaque foyer sera équipé de cellules photovoltaïques ou d’éoliennes ou tout simplement parce que le congélateur sera un élément du réseau…

Comment cela ?

Votre congélateur peut être équipé d’une puce qui le met hors circuit pendant l’heure ou les deux heures de pointe de consommation, sans que cela affecte son fonctionnement. C’est le principe des smart grids, les réseaux intelligents, dans lequel on peut moduler les consommations de chaque foyer de manière à aplanir les courbes de charge, autrement dit à réduire les à-coups de consommation. De même, vous pouvez avoir une machine à laver qui ne fonctionne pas dans certains créneaux horaires. Variante : vous bénéficiez d’un service qui vous oblige à respecter ces créneaux, mais si cela vous ennuie, vous payez plus cher et vous faites ce que vous voulez.

L’électronique permet de gérer ce genre de choses, de changer de fournisseur en un délai rapide, etc. La marque américaine Whirlpool a annoncé qu’elle ne produirait plus que des appareils « smart grid compatibles » dès 2015. Tout ce que cela demande pour être utilisable, c’est l’installation d’un compteur « intelligent ». En Europe, on sait fabriquer ces compteurs, mais on n’a pas encore les réglementations qui permettent de les utiliser… Aux Etats-Unis, ça va très vite.

Dans un point de vue publié par Le Monde (12 août 2010), Colette Lewiner, directrice chez Capgemini, affirmait que la clé de voûte de l’évolution actuelle du marché de l’électricité était «la transformation des réseaux électriques en réseaux intelligents». Et que si l’Europe ne se saisissait pas de la question, elle serait rapidement distancée par les Etats-Unis…

On est loin de l’EPR français ou des projets de réacteurs nucléaires de quatrième génération !

J’observe l’industrie nucléaire depuis 30 ans. Elle a toujours eu une attitude nombrilique, presque autiste, toujours les mêmes interlocuteurs qui se retrouvent dans les colloques, ils se parlent entre eux, ça tourne en rond. Quand Henri Proglio affirme dans un entretien au Monde que les centrales japonaises ont bien résisté au séisme et que l’accident ne remet pas en cause le nucléaire, ce n’est pas responsable, c’est nier la réalité.

On a envie de demander aux nucléocrates français s’ils lisent les journaux ! C’est très grave parce que la cinquième économie mondiale en est encore aux années 1970 pour ce qui concerne l’énergie. Le nucléaire est lourd, rigide, centralisé alors que les maîtres mots actuels sont légèreté, flexibilité et décentralisation. On est en train de rater le train. Obama a déclaré dans son discours sur l’état de l’union en février 2010 que la nation qui maîtrisera l’énergie verte sera la nation du XXIe siècle. La France est mal partie…

Pour compléter: Ecouter l’émission de France Culture du 28 janvier avec Mycle Schneider de retour de la Conférence de Yokohama

Yokohama: retour sur la conférence pour un monde sans nucléaire

Après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, le monde est maintenant confronté à une grave décision. Peut-on vivre avec la crainte d’un accident similaire se produisant encore une fois?
Les 14-15janvier  2012, la Conférence mondiale pour un monde sans énergie nucléaire  a eu  lieu à Yokohama, au Japon. Les participants en provenance du Japon et du monde entier vont se sont réunis pour examiner les questions entourant l’énergie nucléaire et discuter des mesures qui peuvent être prises en vue d’un monde sans nucléaire.

Retour sur les travaux  avec France Culture: Mycle Schneider, expert indépendant en matière d’énergie et de nucléaire

http://www.franceculture.fr/emission-terre-a-terre-retour-sur-fukushima-2012-01-28

Et, une vidéo pour  tous….

Après Fukushima, vers « la fin du développement nucléaire »

Depuis Tchernobyl, jamais autant de centrales nucléaires n’ont été mises en chantier à travers le monde qu’en 2010. C’est le paradoxe souligné par Mycle Schneider, expert indépendant dans un rapport rédigé pour le WorldWatch Institute, et que Rue89 dévoile.  Sophie Verney-Caillat Journaliste Rue89

 Un garçon portant un masque participe à une manifestation antinucléaire à Tokyo, le 16 avril 2011 (Yuriko Nakao/Reuters).

VOIR LEDOCUMENT

(Fichier PDF)

La catastrophe de Fukushima y changera-t-elle quelque chose ? « L’industrie nucléaire dans un monde post-Fukushima » est le titre (en français) de cet état des lieux annuel qui vient d’être publié à l’occasion des vingt-cinq ans de Tchernobyl par cette ONG américaine spécialisée dans le développement durable. (Télécharger le rapport, en anglais)

Aujourd’hui, il y a officiellement 64 réacteurs nucléaires en construction à travers le monde, la Chine totalisant à elle seule plus de 40% des projets. Une douzaine de chantiers sont listés depuis plus de vingt ans, deux depuis douze ans, beaucoup d’autres enregistrent d’importants retards.

L’industrie avait pris l’habitude de parler de la décennie 2000 comme celle de la « renaissance » du nucléaire. Mais Fukushima va-t-il définitivement inverser la tendance ?

Le « fiasco financier » des réacteurs EPR

Trois pays sont déjà sortis du nucléaire après Tchernobyl (l’Italie, le Kazakhstan et la Lituanie). Chez les trente nations qui y sont encore, certaines comme l’Allemagne, bougent plus vite que d’autres.

On le sait peu, mais les six pays les plus nucléarisés (France, Allemagne, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon et Russie), ont déjà réduit la part de cette énergie, nous apprend le rapport.

Et les chantiers des réacteurs de troisième génération, les fameux EPR, virent au « fiasco financier », souligne le rapport : quatre ans de retard pour le chantier finlandais et au moins 90% de dépassement de budget.

« L’accident le plus sérieux pour la crédibilité du nucléaire »

Les trois auteurs du rapport ont compilé toutes les sources de l’industrie et des décideurs impliqués, ce qui donne des analyses intéressantes. Comme celle de la banque suisse UBS, qui note :

« Nous pensons que l’accident de Fukushima est le plus sérieux pour la crédibilité de l’énergie nucléaire. »

En effet, comme le montre ce spectaculaire graphique issu du rapport, les valeurs boursières de l’indice nucléaire de l’agence de notation Standard & Poors se sont effritées après Fukushima alors que l’indice « énergies propres » s’est envolé. (Voir le graphique de ces indices)


graphique

Nouveaux comme vieux pays nucléaires sont aussi traumatisés les uns que les autres, mais différemment – l’Asie est aux premières loges. Mycle Schneider note :

« La déclaration politique du gouvernement chinois de geler tous les projets en cours, seul pays qui a massivement engagé la construction de réacteurs avec 27 sur 64 chantiers dans le monde, est spectaculaire. »

Il semble évident pour les auteurs que le Japon ne construira plus jamais de centrale nucléaire. Schneider connait bien l’archipel pour l’avoir visité plus d’une vingtaine de fois. Il y a quelques années, il a été auditionné par la préfecture de Fukushima et conseillé son gouverneur de l’époque.

En Thaïlande, 83% des gens consultés dans un sondage post-Fukushima se sont prononcés contre la construction de réacteurs dans le pays.

« De la gériatrie technologique, pas une renaissance »

Quel avenir les décideurs-ils donneront à l’atome ? Mycle Schneider estime que « c’est sans doute la fin du développement du nucléaire » :

« Notre rapport montre clairement que le maximum historique de réacteurs en exploitation dans le monde – 444 en 2002 contre 437 aujourd’hui – ne pourra être atteint que si l’on généralise le prolongement de vie des centrales. Et cette probabilité est fortement réduite depuis le début du désastre au Japon. » (Voir le graphique de capacité des réacteurs, en anglais)


graphique 2

Puis, ce serait de la gériatrie technologique, pas une renaissance. L’Allemagne n’est que l’exemple le plus spectaculaire. L’arrêt de sept réacteurs les plus âgés quelques jours après le 11 mars – tous plus vieux que trente ans – n’est politiquement plus réversible. »

Le retard sur le renouvelable, « probablement irrattrapable »

En 2010, pour la première fois, la capacité mondiale en éoliensolaire et biomasse dépasse la puissance de tous les centrales nucléaires. Même s’il faudra attendre quelques années avant que la production des renouvelables (hors grands barrages) dépasse celle du nucléaire, le secteur vert rattrape vite.

L’expert note que le débat s’est pour la première fois ouvert parmi les partis politiques en France, où le consensus pro-nucléaire était de mise jusque là chez tous, hormis les Verts.

Mycle Schneider, qui avait le premier averti qu’il y aurait un avant et un après 11 mars, n’a pas l’impression que le gouvernement français soit prêt à évoluer et n’ait compris l’étendue du désastre :

« La France est à la traîne quant au développement technique de filières d’énergies renouvelables et des éléments indispensables d’une politique intelligente basée sur l’efficacité énergétique. On manque d’urbanistes, d’architectes, d’auditeurs hauts de gamme, d’artisans spécialisés et une distribution de masse de matériaux de haute performance. »

Il insiste sur un point qui sera sans doute un grand thème de la campagne présidentielle de 2012 :

« L’économie française et surtout son parc immobilier est énergétiquement incroyablement inefficace. A coté, Allemands, Chinois, Italiens, ont boosté les énergies renouvelables, creusant le fossé avec la France de façon probablement irrattrapable. »

Que faire d’EDF ?

Pour Mycle Schneider, la France a du mal à comprendre que la logique centralisée du nucléaire est en « bout de course » :

« Le système électrique du futur sera complètement transformé. La notion de producteur et de consommateur ne sera plus la même. Il y aura des centaines de milliers de producteurs-consommateur-stockeurs d’électricité qui seront reliés par des réseaux intelligents.

On se demande quel sera le rôle d’une entreprise comme EDF dans ce type de schéma. Quel sera sa raison d’être si ménages, entreprises et services occupent une partie importante de son terrain historique de production-distribution ?

Il est temps de donner un coup de main aux Proglio et Lauvergeon de ce monde afin de retrouver une orientation qui a de l’avenir. Après tout, ce sont des entreprises publiques qui appartiennent aux contribuables.

Le président Obama n’a-t-il pas déclaré lors de son discours sur l’Etat de l’Unionen février 2010 : “Le pays qui maîtrisera les énergies propres et renouvelables sera le leader du XXIe siècle” ? »