Quitter le gouvernement ?

Faut-il quitter le gouvernement ? Telle est la question que certains d’entre nous n’hésitent plus à poser publiquement, comme s’il s’agissait d’anticiper les interpellations de la presse qui nous harcèle sur ce thème en soulignant à l’envi notre « incohérence ». LeMonde 23.11.2012 Par Noël Mamère, député écologiste

Force est de reconnaître que le piège se referme chaque jour un peu plus sur nous : rester en se soumettant serait un suicide politique ; partir signerait l’échec de nos accords passés avec le Parti socialiste en novembre 2011. Même nos plus fervents partisans du compromis prennent aujourd’hui la mesure du danger… A qui la faute ? Faire peser la responsabilité d’une telle situation sur les seuls socialistes et le tandem exécutif est à la fois injuste et lâche, parce que c’est refuser de regarder en face la faiblesse de notre accord programmatique sacrifié sur l’autel de notre accord électoral.

Nous voulions un groupe à l’Assemblée nationale et des ministres. Nous les avons, mais à quel prix ? Le scénario que nous vivons aujourd’hui était déjà écrit sur la liste des désaccords actés entre EELV et le PS. Dans l’euphorie de la victoire, nous avons réussi à dissimuler ce qui ressemble fort à une arnaque politique. Aujourd’hui confrontés au principe de réalité, nous ne pouvons plus nous contenter de langue de bois, d’imprécations ou de contorsions politiciennes… Au prétexte qu’il ne faut pas mettre en difficulté nos ministres.

Comment rester crédible quand on vote le mardi contre le pacte budgétaire européen (TSCG), parce qu’il choisit l’austérité contre la transition écologique, et le mercredi pour la loi organique qui le transpose dans le droit français ? Il faut reconnaître que nous avons contribué à remplir cette coupe que nous trouvons maintenant trop pleine.

Notre faiblesse politique ajoutée à la domination du Parti socialiste nous vaut quelques humiliations : nos ministres ont découvert le texte du « pacte de compétitivité » à l’entrée d’un « séminaire » gouvernemental. Tout était déjà décidé à Matignon, Bercy et l’Elysée. Après la loi de finances qui a gommé l’essentiel des propositions fiscales des écologistes, ledit « pacte » signe la victoire d’un modèle productiviste, à cent lieues de la transition écologique promise par le président de la République.

TROIS CHOIX

Si l’on ajoute à cela la politique d’immigration et de régularisation du ministre de l’intérieur, le recul sur le vote des étrangers dans les élections locales, l’absurdité de Notre-Dame-des-Landes, le doute sur la fermeture de Fessenheim en 2016, la surreprésentation du lobby nucléaire au comité de pilotage du débat sur la transition énergétique, l’exploitation des gaz de schiste qui n’est plus exclue, la liberté de conscience des maires face au mariage pour tous, etc., nos électeurs et sympathisants sont fondés à se demander pourquoi nous avalons autant de couleuvres.

Faut-il, dès lors, quitter le gouvernement ? En 1970, l’économiste et sociologue Albert Hirschman a publié un ouvrage célèbre, Défection et prise de parole(Fayard, 1995). Il explique que trois choix s’offrent aux individus mécontents :

  • la réaction silencieuse,

  • le renoncement à l’action, par fidélité,

  • la protestation et la prise de parole.

Nous devons collectivement faire entendre notre voix, des ministres aux parlementaires et au parti, dire au gouvernement qu’il se fourvoie… Pour autant qu’il soit toujours capable de nous entendre.

Noël Mamère, député écologiste

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Notre-Dame-des-Landes : des militants PS 35 demandent l’ouverture d’un débat

Le ver est dans le Kyste! Bravo à ces militants qui osent desserrer leur muselière! 

Une lettre signée par plusieurs dizaines de militants socialistes d’Ille-et-Vilaine devrait atterrir, dans les prochains jours, sur le bureau de la direction du PS départemental. Les initiateurs du courrier demandent l’ouverture au sein de la fédération d’un « débat » concernant le projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

Parmi eux, Jean-Claude Roger, membre la section socialiste de Janzé, estime que « les militants ne sont pas assez informés du projet » et que les différentes positions à ce sujet « ne sont pas relayées » au sein du Parti socialiste.

Le dit courrier, qui circule actuellement parmi les adhérents locaux du PS, se pose en contradiction avec la ligne officielle des instances socialistes à propos du dossier Notre-Dame-des-Landes.

Le mensuel de Rennes 23 /11/2012

http://www.rennes.lemensuel.com/actualite/article/2012/11/23/notre-dame-des-landes-des-militants-ps-demandent-louverture-dun-debat-13288.html

Hollande et son Ayraultport tournent le dos aux électeurs de gauche

Les militants de l’ACIPA ont  reçu beaucoup des messages déçus  de gens qui ont voté pour le PS. 23/11/2012

M. Hollande, cela est pour vous : « J’ai honte d’avoir voté PS ! Ouvrez les yeux, vous êtes en train de vous couper de vos électeurs. Je sais ce dont je parle, j’étais à NDL le 17 novembre, et j’ai vu les 6 Kms de foule dense, j’ai vu la solidarité, j’ai vu la cohérence, j’ai vu les échanges inter-générations, j’ai vu le peuple de gauche crier sa révolte au PS ! Je vois mes enfants (jeunes électeurs) sidérés. Je ne sais plus leur dire la différence avec la politique de Sarkozy. Vous êtes en train de tout perdre. »

Si selon les termes de Valls, les opposants forment  le kyste de la République, force est de constater que le médecin n’est pas à la hauteur. Mieux vaut un traitement homéopathique quand c’est encore temps  qu’une chirurgie brutale dont la société malade ne se remettrait pas… Trop c’est trop pour les écologistes selon l’expression de Noel Mamère. 

En réponse, Julien Durand, présent sur le site, dénonce « la répression à la sauce socialiste avec le cuisinier Valls ».

Le médeçin cuisinier Valls n’a pas encore vu que le vers socialiste d’Ille et vilaine est dans le Kyste? ( voir article)

Pour Ronan Dantec sénateur EELV,  » On pensait que le gouvernement apporterait une autre réponse à la mobilisation, samedi 17 novembre, de 40 000 personnes qui ont pour la plupart voté à gauche. Cette opération policière massive réduit les possibilités de dialogue et ne va pas dans le bon sens. …Jean-Marc Ayrault doit le comprendre. Il doit aussi comprendre que s’il est capable de reculer sur des dossiers sur la pression de la droite et qu’il n’entend pas des manifestations de gauche, un gros problème se pose. ( source Libération)

Notre Dame des landes: une vidéo et des repères pour comprendre la lutte

Repères pour un choix quinquagénaire ( source Libération 18 nov) 

1963 La Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar) commence à envisager divers projets d’aéroports, notamment pour décentraliser le trafic de la région parisienne.

1965 La préfecture de Loire-Atlantique décide de commencer la recherche d’un site aéronautique pour les régions Bretagne et Pays-de-la-Loire.

1968Le site de Notre-Dame-des-Landes est préféré, notamment grâce à sa situation au nord de Nantes et aux possibilités de desserte routière.

1972 Création de l’Association de défense des exploitants concernés par l’aéroport (Adeca).

1974 Premiers fonciers acquis par les pouvoirs publics.

2000 Création de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa).

Février 2008 Le projet est déclaré d’utilité publique.

Décembre 2010 Signature de la concession avec Vinci.

2017 Date prévue de mise en service de l’aéroport.

«Le débat public a eu lieu depuis 2003, donc tout le monde a été entendu. [Le projet] a été déclaré d’utilité publique. Donc force à la loi.»

Najat Vallaud-Belkacem porte-parole du gouvernement, hier

Elle oublie les nombreux recours et infractions sur la loi sur l’eau…

La gauche répète-t-elle ses erreurs ? Lancé en 1998 par le gouvernement Jospin le projet de troisième aéroport parisien – à Chaulnes (Somme) – est annulé par la droite en 2002. Le projet aurait été inutile, vu l’agrandissement de Roissy et le boom de Beauvais (Oise), choisi par Ryanair.

Notre-Dame-des-Landes 23 nov: opération d’évacuation de squatteurs opposants en cours

Quelque 500 gendarmes menaient vendredi matin une « importante opération »d’évacuation de squatteurs opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique, a annoncé à l’AFP le ministère de l’intérieur.

Un correspondant de l’AFP sur place a constaté la présence d’importantes forces de l’ordre arrivées à l’aube. Selon un opposant joint au téléphone, « ça attaque de partout ». Le Monde.fr avec AFP | 23.11.2012

« Une importante opération est actuellement menée en plusieurs points sur la zone d’implantation de l’aéroport du grand-ouest à Notre-dame des Landes en Loire-Atlantique », a déclaré le porte-parole du ministère de l’intérieur Pierre-Henry Brandet présent sur place. « Cette opération vise à évacuer trois sites occupés illégalement : Le RosierLa Lande de Rohanne et la Châtaigneraie », a-t-il détaillé.

http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2012/11/23/notre-dame-des-landes-une-operation-d-evacuation-de-squatteurs-opposants-est-en-cours_1794936_3224.html

Photo : Voici donc comment répond la police politique au peuple...

photo de guerre:  tir tendu  ( Grégory Pasqueille)

Le pont de Cheviré et les tracteurs solidaires  ( Grégory Pasqueille)

C’est la guerre ici!  Le nouvel Obs 23 11 2012

http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20121123.OBS0302/notre-dame-des-landes-c-est-la-guerre-ici.html

Un véritable saccage: source Presse Océan

Les gendarmes ont complètement bouclé le secteur

 

merci a alexandraturcat

Ci dessus: opération César modèle Attila

Le Rosier, qui était occupé depuis 5 ans, était expulsable depuis 5 jours. Sur place ce matin, un opposant historique, agriculteur, a décrit « un véritable saccage ». « C’est l’amour-propre de Jean-Marc Ayrault qui doit triompher! » a-t-il lancé. « Ces cabanes sont situées sur un terrain privé en cours d’expropriation dont le jugement n’a pas été rendu », s’indigne-t-il.

+ Le fil d’info 

José Bové a lui appelé vendredi à « la mobilisation » face à l’intervention des forces de l’ordre. « J’appelle à la mobilisation et je relance un appel solennel au président de la République, Monsieur François Hollande, pour qu’on mette en place une médiation pour remettre l’ensemble du dossier à plat », a déclaré José Bové quelques heures après le début de l’opération de la gendarmerie.

Le porte-parole national d’Europe Ecologie-Les Verts, Jean-Philippe Magnen, a de son côté jugé vendredi cette intervention « (désolante) ». « C’est la réponse à la mobilisation citoyenne de samedi dernier. Monsieur Hollande a invoqué la force du droit mais c’est la force qui répond », a estimé l’élu EELV. « C’est d’autant plus désolant que nous avions proposé une sortie par le haut avec la nomination d’un médiateur pour réinstaurer un dialogue », a-t-il ajouté. Huffington post avec AFP

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Fil d’infos avec ZAD Nadir

http://zad.nadir.org/spip.php?article656

L’aéroport de Notre-Dame des Landes est illégal

La préfecture de Loire-Atlantique et l’Etat s’appuient sur la légalité pour motiver les expulsions des opposants à l’aéroport. En apparence, c’est vrai. Le projet bénéficie de toutes les autorisations légales nécessaires et Vinci est chez lui sur une grande partie des terres. Mais si l’on creuse, non. DUP archaïque, droit de l’eau foulé aux pieds, revue des multiples illégalités du projet. 22/11/2012

http://breizhjournal.wordpress.com/2012/11/22/laeroport-de-notre-dame-des-landes-est-illegal/

« Si la loi sur l’eau est appliquée, le projet d’aéroport coule »

Les 1600 hectares du site du projet d’aéroport se trouvent à cheval sur les deux bassins versants de la Loire et de la Vilaine. Cette zone humide joue le rôle de château d’eau naturel en contribuant à réguler le débit des cours d’eau et à garantir le bon état des masses d’eau, participe à l’interception des pollutions diffuses et favorise la conservation de la biodiversité. La carte des zones humides de Loire-Atlantique se trouve sur le site de la  DREAL Pays de Loire  qui porte, avec Vinci, le projet d’aménagement de l’aéroport. La présence de zones humides sur le site de l’aéroport apparaît très clairement.

Depuis 2010, il existe un schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau(SDAGE) Loire-Bretagne auquel tous les aménagements publics doivent être conformes ; il est valable sur la période 2010-2015. Le SDAGE, document officiel d’urbanisme mis en œuvre par la Préfecture de Loire-Atlantique,  met en application les lois issues du Grenelle de l’Environnement et la directive-cadre sur l’eau (2000/60/CE, modifiée le 16 décembre 2008 par la directive2008/105)

Le SDAGE dispose qu’il faut empêcher toute nouvelle dégradation du milieu et précise « il ne s’agit pas d’interdire tout nouvel aménagement, mais de prévoir des mesures suffisantes pour compenser l’impact négatif des projets (…) lorsque les mesures envisagées ne permettent pas de réduire significativement ou de compenser ces effets, les projets sont refusés ». Or le projet d’aéroport doit mordre dans les zones humides, donc il doit compenser. Comme tout le site est en zones humides, c’est impossible de reconstruire de la zone humide sur de la zone humide, donc Vinci privilégie – aussi pour raisons comptables – une « approche qualitative », en clair, en refaire moins, mais mieux. L’aménagement de l’extension du port Autonome de Saint-Nazaire à la place des roselières de Donges-est privilégiait aussi la « qualité » à la quantité. La commission européenne ne l’a pas entendu de cette oreille et le projet d’extension a été bloqué.

En vert et en orange, les zones humides, en rouge, le périmètre de la ZAD

Dorian Piette, porte-parole d’EELV à Nantes et professeur de droit dans la même ville, nous précise « si la loi sur l’eau est appliquée, le projet coule. Parce que s’il est réformé pour tenir compte du droit de l’eau, c’est deux ans de retard, alors que la concession prévoit que l’aéroport doit ouvrir en 2018 au plus tard ». L’Union Européenne ne permet pas de porter atteinte au principe de la compensation quantitative des zones humides (autant de surfaces recrées que de surfaces enlevées) et que sa vision influence celle des tribunaux. « Et quand bien même les tribunaux français prendraient des décisions contraires à l’esprit de la directive, ce qui est déjà arrivé et ce qui reste possible au vu des implications politiques du projet,  il y aura toujours la possibilité d’un recours devant les juridictions européennes », d’autant plus que les travaux irréversibles ne commencent que à la toute fin 2013.

Par ailleurs, un colloque intitulé « Restauration écologique, quand conserver ne suffit plus », organisé à destination des professionnels du droit et des acteurs publics par France Nature Environnement et Natureparif en avril 2012 a éclairé la formulation de l’article 230 de la loi du Grenelle 2 de l’Environnementdont la formulation restait imprécise. L’article dispose que l’étude d’impact doit comprendre « les mesures proportionnées envisagées pour éviter, réduire, et lorsque c’est possible, compenser les effets négatifs du projet  sur l’environnement ». En clair, ce n’est pas un choix donné à l’aménageur entre trois options, soit éviter, soit réduire, soit compenser. Mais, pour Fabien Quétier, chargé d’études à la société Biotope et l’un des intervenants du colloque, la description d’un processus avec ses étapes obligatoires « Il s’agit d’abord d’éviter les impacts du projet sur l’environnement, de réduire ensuite les impacts qui n’ont pu être évités et enfin – et seulement enfin – de compenser les impacts résiduels ». Le projet de l’aéroport taille dans le vif des zones humides sans chercher à limiter ses impacts. Il apparaît très clairement qu’il ne s’inscrit pas dans les processus légaux rendus obligatoires par les lois du Grenelle de l’Environnement.

Une DUP archaïque

Le projet, bien qu’illégal au vu du droit sur l’eau, est autorisé. Il bénéficie d’une déclaration d’utilité publique de…2008, basée sur une enquête publique encore plus ancienne. L’arrêté autorisant Vinci à engager les travaux, et fixant les indemnités d’expropriation devrait être signé incessamment sous peu par le Préfet. Or, depuis 2008, le droit a bougé. La directive-cadre sur l’eau a été réformée par la Commission Européenne à la toute fin de 2008, transcrite en droit français en 2009, il y a eu le Grenelle de l’Environnement, etc. Donc, si le projet était en règle en 2008, il ne l’est plus en 2012 alors que les travaux n’ont pas commencé. Ce qui légitime, d’après les opposants, une nouvelle enquête publique et donc une nouvelle DUP, soit un retard supplémentaire au projet de 6 à 12 mois.

Etat et Vinci s’accrochent donc au projet actuel, mordicus, le sachant illégal, mais sachant aussi pertinemment que la moindre réadaptation au droit entraînera des retards si importants qu’il faudra revoir la concession et éventuellement abandonner un projet contre lequel la contestation gagne chaque jour en puissance. Contrairement à ce qu’affirment Valls et Ayrault, l’aéroport n’est pas près d’atterrir, alors que des recours ont déjà décollé en escadrille. 

Des recours juridiques multiples

Plusieurs recours ont été déposés. L’un d’eux, contre le décret qui octroie la concession du projet d’aéroport à Vinci, a été rejeté en juillet par le Conseil d’Etat. D’autres sont en cours.

Un recours a été déposé en mars 2012 par le Collectif d’élus Doutant de la Pertinence de l’Aéroport (CédPA) contre le refus du Premier Ministre d’abroger la DUP en raison d’un changement depuis l’enquête publique de 2006 et la DUP du 9 février 2008 des circonstances de fait (rapport CE Delft, prix du baril de pétrole), et de droit (Grenelle 1, Grenelle 2, loi sur l’eau et SDAGE Loire-Bretagne 2010-2015, etc.).  Le jugement devrait intervenir fin 2013.

Un autre recours a été déposé devant la Cour de cassation contre les ordonnances fixant les indemnités d’expropriation (pour les propriétaires qui les contestent et qui ont refusé une procédure amiable). Il se fonde notamment sur le respect de la « juste et préalable  indemnité » qui doit être octroyée aux propriétaires expropriés, qui jugent insuffisante l’indemnité d’expropriation.

Un troisième recours a été introduit par le CéDPA et l’ACIPA devant la Commission des pétitions du Parlement européen le 24 octobre 2012 dernier. Ce recours non juridictionnel peut déboucher sur un recours juridictionnel, à savoir une condamnation de la France par la CJUE pour non-respect des directives européenne sur les études d’impact, les directives sur l’eau, les oiseaux et les habitats. Le dossier sera étudié début 2013.

Un autre recours a été déposé par le CéDPA devant le Conseil d’Etat contre le décret en date du 5 avril 2012 instituant le comité de suivi stratégique de la concession de NDDL déposé par le CéDpa (texte). Le Conseil d’Etat devrait se prononcer fin 2013.

Enfin, un recours a été déposé devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH de Strasbourg) pour non-respect du droit à un procès équitable (article 6§1 de la Convention) lors du rejet par le Conseil d’Etat du recours de l’ACIPA contestant le décret prononçant la DUP le 9 février 2010.

De plus, divers recours seront faits devant le tribunal administratif de Nantes dès la parution des arrêtés préfectoraux autorisant les travaux, sur le fondement de la loi sur l’eau et de la destruction des zones humides.

Projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes: la bataille juridique

NANTES – Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), qui a donné lieu à une forte mobilisation le 17 novembre, fait aussi l’objet d’une bataille juridique menée par les élus opposés au projet. AFP 22/11/2012

La justice doit encore trancher de nombreux recours. La plupart ont été déposés avant un accord passé le 8 mai dernier entre les collectivités locales et les anciens occupants légaux (propriétaires, locataires, exploitants) de la Zone d’aménagement différé (ZAD) prévue pour l’aéroport.

L’accord a suspendu les expulsions à l’issue de ces recours. Puis d’autres recours ont été déposés mais des expulsions pourront avoir lieu même s’ils n’ont pas été tranchés. Quant aux personnes sans droit ni titre, l’accord n’a pas suspendu leur expulsion.

RECOURS DEPOSES AVANT L’ACCORD DU 8 MAI

Recours contre le refus du Premier ministre (à l’époque François Fillon) d’abroger la Déclaration d’utilité publique (DUP, prononcée le 9 février 2008) du projet en raison de changements intervenus depuis l’enquête publique de 2006: Grenelle de l’environnement, loi sur l’eau, Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Loire-Bretagne 2010-2015… Les opposants invoquent aussi la hausse du prix du kérosène et une contre-enquête de 2011 contestant l’utilité du projet. Déposé en mars par le Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport (Cedpa), ce recours pourrait n’être jugé que fin 2013.

Recours devant la Cour de cassation contre les ordonnances fixant les indemnités d’expropriation (pour les propriétaires qui les contestent et qui ont refusé une procédure amiable). Cette procédure pourraient arriver à échéance courant ou fin 2013.

Recours du Cedpa devant le Conseil d’Etat contre le décret du 5 avril 2012 instituant le comité de suivi stratégique de la concession du projet. Décision attendue fin 2013.

RECOURS DEPOSES DEPUIS L’ACCORD

– Recours introduit devant la Commission des pétitions du Parlement européen le 24 octobre pour non-respect des directives européennes. Déposé par le Cedpa et l’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes), principale organisation d’opposants historiques, ce recours pourrait déboucher sur une condamnation de la France par la Cour européenne de justice, selon les élus chargés du dossier. Ce recours devrait être examiné début 2013.

– Recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme pour non-respect du droit à un procès équitable lors du rejet le 9 février 2010 par le Conseil d’Etat du recours de l’Acipa contre la DUP.

RECOURS A VENIR

– Les opposants chargés du combat juridique, le Cedpa, l’Acipa? mais aussi les élus EELV et Parti de Gauche, ont annoncé que des recours seraient déposés devant le Tribunal administratif de Nantes contre l’arrêté préfectoral autorisant les travaux et approuvant -sous réserves à ce stade- les mesures compensatoires proposées par les porteurs du projet. La publication de cet arrêté est attendue en décembre.

(©AFP / 22 novembre 2012 12h39)

Les irréductibles de Notre-Dame-des-Landes ont reconstruit lotissements et barricades

NOTRE-DAME-DES-LANDES (France / Loire-Atlantique) – Passés de 150 à 500 après la manifestation de samedi contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, les irréductibles du bocage ont déjà reconstruit un immense lieu de vie, fait de constructions collectives, de lotissements, de barricades et de tranchées. Afp 22 11 2012

C’était bien qu’ils nous expulsent, ça a resserré les liens entre les différents opposants : tout ce qui a été détruit a été refait… en double, se félicite Jérôme, un militant anti-aéroport installé depuis plus de trois ans sur la Zad, la zone d’aménagement différée réservée au futur aéroport.

De quelque 150 zadistes qui habitaient déjà début octobre l’un des plus grands squats à ciel ouvert d’Europe selon leurs propres termes, les effectifs ont bondi à au moins 500 à la suite de la mobilisation qui rassemblé le 17 novembre sur place entre 13.000 (préfecture) et 40.000 personnes (organisateurs), venues de toute la France.

Le long des routes, plus d’une centaine de véhicules de toutes sortes cohabitent : caravanes ou cars habitables, utilitaires d’entrepreneurs, voitures individuelles redécorées de motifs de lutte anti-nucléaire ou capitaliste, ou petites voitures de ville propres. Dans plusieurs champs, des campements de tentes, dont certains en comptent plusieurs dizaines.

En se promenant de lieu en lieu, à condition de ne pas prendre de photo pour les journalistes, on passe de la vision bucolique d’un chalet en voie d’achèvement au fond d’un bois, à celle, nettement moins paisible, du jeune cagoulé de noir surveillant un hélicoptère de gendarmerie qui tente de survoler une assemblée générale en plein air…

Un groupe de quatre hommes d’une quarantaine d’année avance, le sourire au lèvres, dans le chemin boueux qui mène à l’un des nouveaux lotissements, dans la Lande de Rohanne. Dans une première clairière où se dressent trois grands chalets de bois parfaitement réalisés, ils déposent une table et une grande bâche, pour aider, puis cherchent à se rendre utiles. Ils sont paludiers à Guérande.

Dans une autre clairière, des étudiants en architecture sont venus apporter leurs connaissances et leurs bras.

plus d’une dizaine de barricades

Dans les chantiers où résonnent les coups de marteaux, on entend aussi des visseuses électriques et un groupe électrogène tourne. Aux commandes, visiblement, des vrais entrepreneurs du bâtiment. Oui, certains ont pris deux semaines de vacances pour venir nous aider, reconnaît Michel Tarin, figure historique de la lutte.

Les marteaux résonnaient aussi jeudi au fond du bois de Rohanne, où se déroulait, il y a à peine deux semaines, une lutte acharnée entre les gendarmes chargés d’évacuer et de détruire une dizaine de cabanes dans les arbres, et leurs occupants.

On pouvait dénombrer au moins autant de cabanes dans les arbres qu’avant, avec également une nouvelle maison sur deux étages. Tout autour, dans les arbres, équipés de matériel d’escalade, des constructeurs habillés de noir s’affairaient à une dizaine de mètres au-dessus du sol.

Pour autant, le reconstruction n’a pas concerné que les maisons: plus d’une dizaine de barricades, dont certaines très difficiles à escalader, se sont érigées en plusieurs point du bocage. Un tronçon de route stratégique, proche des nouvelles zones de construction, est désormais barré de barricades.

Même s’ils ont compliqué la donne des pouvoirs publics sur le plan juridique, les opposants savent que ces derniers peuvent ordonner à tout moment au moins l’évacuation d’une vieille ferme, le Rosier, premier squat du mouvement à avoir été investi. Du coup, il est défendu aussi bien par les zadistes, que par les agriculteurs qui y ont disposé leurs tracteurs tout autour.

(©AFP / 22 novembre 2012 16h58)

Notre-Dame-Des-Landes, 21 nov: bienvenue en zone libre!

Notre-Dame-Des-Landes: les reconstructions

La convergence débute | ACIPA | Scoop.it

Grâce à tous les gens motivés : les zadistes, des étudiants en architecture des militants, paysans, habitants de Notre-Dame-Des Landes et d’ailleurs, cette manifestation a permis en deux jours de reconstruire un espace de lutte contre le projet d’aéroport.

Cette ZAD qui devrait être préservée de part son caractère humide mais l’État n’attend pas les résultats d’une commission d’enquête pour venir au nom du groupe Vinci détruire des terres agricoles.
Ce lieu a été inauguré après deux jours de travail, le préfet a déjà ordonné sa destruction…
Orlanda Ribeiro. 18/11/2012

Interview de Dominique Fresneau (ACIPA)

Notre-Dame-des-Landes : bienvenue en zone libre

PAR AGNÈS ROUSSEAUXIVAN DU ROYLAURENT GUIZARD  BASTAMAG 21 NOVEMBRE 2012

Ce qui se joue à Notre-Dame-des-Landes va bien au-delà qu’une simple résistance locale à un projet d’aéroport contesté. L’ampleur de la mobilisation du 17 novembre montre que ce petit coin de bocage breton devient le symbole de la lutte pour une véritable transformation écologique et sociale. Une aspiration que le gouvernement ne semble pas avoir du tout compris. Reportages à lire et à regarder.

http://www.bastamag.net/article2781.html

De Narita à Notre-Dame-des-Landes : chronique de l’obstination bureaucratique

Bien davantage que le Larzac, le combat des opposants et des partisans de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) évoque la « guerre » qui a opposé pendant des années, dans la plaine du Kanto, les promoteurs de la nouvelle plateforme aéroportuaire de Tokyo et une poignée de paysans réfractaires refusant de céder leurs terres et soutenus par une mobilisation de la société civile. On y retrouve du côté du « complexe bureaucratico-politique » la même obstination à ne pas renoncer à un projet mal conçu et ruineux, le refus du dialogue et en dernier ressort le recours à la violence d’État. Philippe Ries. Mediapart 18 nov 2012.

Avec une différence notable, toutefois. Alors que, manifestement, Nantes, métropole régionale française de second rang, « pète plus haut que son cul » avec NDDL, il ne faisait aucune doute que l’immense mégalopole du Grand Tokyo, soit quelque 30 millions d’habitants, avait besoin, dans les années soixante du siècle dernier, de développer des infrastructures à la mesure de la capitale d’un pays de plus de cent millions d’habitants, en passe de devenir la seconde puissance économique mondiale.

Mais le choix du site de Narita, à près de 60 kilomètres du centre de Tokyo, allait se révéler à tous égards calamiteux. La logique économique aurait consisté à gagner sur la mer les terrains nécessaires à l’ouverture de nouvelles pistes à l’aéroport de Haneda, ce qui sera d’ailleurs finalement fait bien plus tard. Dès l’époque de Edo, la capitale du nord devenue Tokyo après la révolution de Meiji, le régime du shogunat avait développé les techniques de construction de polders. Et le nouvel aéroport du Kansai (la région de Osaka-Kyoto) sera installé dans les années 90 sur une île artificielle. La logique technique aurait consisté à adopter les méthodes avancées de gestion du trafic permettant d’accroître considérablement les capacités de Haneda (comme cela serait semble-t-il possible à Nantes-Atlantique, l’aéroport actuel du Grand Ouest).

Mais la logique bureaucratique, dans un Empire du Soleil Levant où l’imprégnation féodale à largement survécu à travers les étapes de la modernité, ne fonctionne pas ainsi. Le pays est alors dirigé par le « triangle de fer », une alliance entre la haute fonction publique, les grands groupes industriels rassemblés dans le Keidanren et les politiciens conservateurs du Parti libéral démocratique, ni libéral ni vraiment démocrate. Ayant fait le mauvais choix de Narita, où la récupération « amiable » de vastes propriétés de la famille impériale permettait de libérer une partie des terrains nécessaires, les mandarins du puissant ministère des Transports ont aggravé leur cas en le prenant de haut avec les « gueux » devant impérativement céder leurs fermes pour laisser la place aux cinq pistes envisagées dans ce projet pharaonique.

Une guerre qui aura ses morts
Il faut savoir que le Japon ne dispose pas de procédures d’expropriation pour utilité publique comparables à ce qui peut exister dans les autres pays avancés. L’accent traditionnellement mis sur le consensus social fait que les autorités doivent convaincre les propriétaires des terrains d’accepter une relocalisation accompagnée des indemnisations nécessaires. Ce qui peut prendre un temps considérable et demande beaucoup de doigté. Face à l’arrogance des bureaucrates et de leurs alliés dans la classe politique, la résistance locale s’organise à partir de 1966, vite rejointe par les secteurs militants (la célèbre Zengakuren) de la jeunesse étudiante qui s’était illustrée dans les batailles rangées avec la police lors des manifestations de masse contre la ratification du traité de sécurité nippo-américain au début de la décennie.

Les affrontements de plus en plus violents, chorégraphiés comme dans les scènes de bataille des films d’Akira Kurosawa, culminent le 16 septembre 1971, quand trois policiers sont tués dans une bataille mobilisant des milliers de participants des deux camps. Alors que Narita devait ouvrir cette année-là, le premier avion ne s’y posera qu’en 1978, sur une piste de 4 000 mètres qui restera unique jusqu’en 2002. Avec moins de 2 200 mètres, la seconde et dernière piste n’est pas utilisable par les très gros porteurs. Aujourd’hui encore, le périmètre du Narita Kokusai Kūkō ressemble toujours à un camp retranché, entouré de barbelés évoquant le rideau de fer qui coupait l’Europe en deux jusqu’en 1989. Et les passagers en partance doivent montrer patte blanche (et ouvrir les coffres des voitures) aux policiers anti-émeutes, qui veillent jour et nuit sur le SAS d’accès aux deux terminaux. La construction d’une troisième piste a été repoussée indéfiniment, les « réfractaires » tenant toujours bon sur les terrains nécessaires.

Du point de vue logistique, Narita, en dépit de la qualité légendaire du service « à la Japonaise », reste un échec. Trop éloigné du centre de Tokyo, fermé la nuit, hors de prix pour les compagnies aériennes, accessible par des autoroutes très souvent saturées, il ne sera finalement relié à la capitale par une liaison ferroviaire dédiée raisonnablement rapide qu’en… 2010 (à noter que Paris fait toujours pire avec deux aéroports desservis par les bétaillères cacochymes du RER B et le ridicule Orly-Val).

Afin de favoriser son « bébé », le ministère japonais des transports a longtemps réservé à Narita le monopole des vols internationaux à partir et à destination de la région-capitale, privant ainsi Tokyo et ses hommes d’affaires de connections rapides avec le reste de l’Asie. Jusqu’à ce que la pression économique devienne intenable et que l’expansion tardive de Haneda, disposant actuellement de quatre pistes et d’un potentiel de 90 millions de passagers annuels (contre moins de 30 millions à Narita), contraigne enfin la bureaucratie à céder partiellement sur l’ouverture internationale d’une plateforme jusque là presque exclusivement domestique.

Probablement inutile, Narita, dont la facture globale se chiffre en dizaines de milliards de dollars, restera comme un monument à l’obstination bureaucratique et à la dépense publique inconsidérée. Tout comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, s’il devait un jour sortir de terre. Mais on sait depuis longtemps que le Japon et la France ont en commun un État qui « sait mieux » que la population ce qui est bien pour elle.

Ayant vécu près de dix années à Tokyo entre 1985 et 2003, j’ai eu l’occasion de passer des dizaines de fois par Narita et d’expérimenter tous les moyens de transport pour y aller et en revenir, bus, voiture, train. En dépit de l’excellence du service fourni par tous les personnels (de la livraison quasi instantannée des bagages à la courtoisie des policiers), dont on garde à jamais la nostalgie de retour en France, ce n’est pas mon meilleur souvenir de ce pays admirable.