Des micro-fissures sur les cuves de dix réacteurs français

Les défauts constatés à la centrale belge de Doel alertent l’Europe et les Etats-Unis. Le Monde 17 Aout 2012

A l’initiative de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire belge (AFCN), des représentants des autorités de sûreté nucléaire de sept autres pays européens (France, Suisse, Suède, Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni), ainsi que des Etats-Unis, se sont réunis jeudi 16 août à Bruxelles. Ils doivent examiner la situation de la cuve du réacteur numéro 3 de la centrale de Doel, près d’Anvers, où des milliers de possibles fissures ont été découvertes. Ils devraient se revoir en octobre, quand les résultats d’analyses complémentaires effectuées en Belgique seront disponibles.
Ces pays avaient été invités car certains d’entre eux possèdent des réacteurs – une vingtaine au total – dont la cuve, comme celle de Doel 3, avait été fournie, il y a une trentaine d’années, par le groupe néerlandais Rotterdamsche Droogdok Maatschappij (RDM), aujourd’hui disparu.
A l’issue de cette réunion, le patron de l’AFCN, Willy De Roovere, a dévoilé l’étendue des  » potentielles fissures  » détectées en juin et juillet sur la cuve de Doel 3 : elles seraient au nombre de 8 000 et d’une taille d’environ 20 mm.
 » Malaise « 
Ces défauts sont situés dans la masse des cylindres d’acier formant la cuve abritant le coeur du réacteur. Ils sont selon toute vraisemblance présents depuis la fabrication de l’acier brut par le groupe allemand Krupp (aujourd’hui ThyssenKrupp) ou sont apparus au moment du forgeage des cylindres par RDM.
Selon M. De Roovere, ces fissures, détectées par capteurs à ultrasons, sont presque parallèles aux parois des cylindres. Elles présentent donc moins de risques pour la solidité de la cuve que si elles étaient perpendiculaires aux parois. Mais leur grand nombre  » crée un sentiment de malaise « , souligne le directeur de l’AFCN.
A l’arrêt jusqu’au 30 septembre, Doel 3 ne sera autorisé à redémarrer que si Electrabel, l’exploitant de la centrale, filiale du groupe français GDF Suez, parvient à convaincre les experts qu’il n’existe aucun risque que ces anomalies se transforment en véritables fissures, par lesquelles de l’eau de refroidissement pourrait s’échapper, mettant à nu le réacteur.
 » Ce sera difficile à prouver « , a averti M. De Roovere, qui juge la date du 30 septembre peu réaliste et se dit  » sceptique  » quant à l’avenir de ce réacteur de 1 000 mégawatts. Il a aussi écarté l’hypothèse d’une réparation ou d’un changement de cuve.
L’autorité de sûreté belge a également révélé que c’était suite à la découverte, en 2004, de fissures sur les cuves de réacteurs français, notamment au Tricastin (Drôme), que la Belgique avait décidé de planifier des contrôles plus poussés de ses centrales.

De fait, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française fait état, dans une note de novembre 2010 – passée inaperçue – de la détection, depuis 1993, de (des fissures situées sous le revêtement interne en acier inoxydable) sur les cuves de 10 réacteurs.

Plus de la moitié d’entre elles (17) affectent le réacteur 1 de Tricastin, les autres se trouvant sur les réacteurs de Fessenheim 1 et 2, Chinon B-3, Gravelines 6, Blayais 2, Dampierre 3, Saint-Laurent B-1 et B-2.

 » Les défauts découverts jusqu’à aujourd’hui ne dépassent pas une dizaines de millimètres de hauteur « , indique l’ASN, qui estime qu’ils  » ne sont pas comparables à ceux détectés à Doel 3 « . Un contrôle supplémentaire, entre les visites décennales réglementaires, a néanmoins été décidé pour Tricastin 1.

Greenpeace s’étonne de la  » différence d’approche  » entre les autorités de sûreté française et belge, la première considérant que  » ces micro-fissures ne sont pas nocives « , tandis que la seconde envisage, si ses craintes se confirment, de fermer définitivement deux des principaux réacteurs du pays.

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Nucléaire : l’Europe se mobilise pour évaluer les risques de fissures dans des réacteurs

Après la découverte de possibles fissures sur la cuve d’un réacteur de GDF Suez en Belgique, les autorités de sécurité nucléaire de plusieurs pays européens se réunissent jeudi à Bruxelles. La Belgique, la Suède, la Suisse et l’Espagne sont en première ligne.Par Renaud Honoré Les Echos 13/08 

Les fissures suspectées sur la cuve d’un réacteur nucléaire en Belgique, près d’Anvers, menacent d’avoir des répercussions importantes en Europe. Des anomalies similaires pourraient exister sur des installations situées dans d’autres pays, entraînant de facto des questions sur leur fonctionnement. Du coup, des représentants des autorités chargées de la sécurité nucléaire de plusieurs pays ont décidé de se réunir ce jeudi à Bruxelles, pour «  un échange d’informations », selon l’Agence fédérale belge de contrôle nucléaire (AFCN).

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La centrale belge de Doel, à 25 kilomètres au nord d\'Anvers. Le réacteur Doel 3 restera fermé au moins jusqu\'au 31 août. Un probable défaut de fabrication de la cuve pourrait provoquer des fissures. - GEORGES GOBET / AFP
La centrale belge de Doel, à 25 kilomètres au nord d’Anvers. Le réacteur Doel 3 restera fermé au moins jusqu’au 31 août. Un probable défaut de fabrication de la cuve pourrait provoquer des fissures. – GEORGES GOBET / AFP

Une partie des données sont déjà sur la place publique. Le réacteur numéro trois de Doel a été fermé et le restera au moins jusqu’au 31 août. En cause, des « milliers de défauts » repérés sur la cuve, selon l’AFCN, qui pourraient provoquer des fissures. En fin de semaine dernière, le quotidien belge « Le Soir » évoquait même une fissure de 20 millimètres. L’origine du problème tiendrait à un défaut dans la production de l’acier de la cuve. En ligne de mire, la société néerlandaise Rotterdamsche Droogdok Maatschappij (RDM) qui a fourni la structure. Or cette entreprise, aujourd’hui disparue, a livré des cuves identiques à 21 autres centrales dans le monde. Parmi elles, le réacteur numéro deux de la centrale de Tihange, près de Liège, où une inspection débutera cette semaine.

  • Mais la Belgique n’est pas seule concernée.
  • En Suède, le groupe Vattenfall s’est dit prêt à faire des tests supplémentaires sur son réacteur de Ringhals 2, qui fait partie des suspects potentiels.
  • La Suisse prévoit également de contrôler Mühleberg, qui a lui aussi été fourni par l’entreprise néerlandaise.
  • Aux Pays-Bas, on indique n’avoir pas encore décidé s’il fallait une inspection du réacteur de Borssele : là-bas, RDM a bien fourni la cuve, mais elle ne l’a pas fabriqué, assure les autorités néerlandaises.
  • En Espagne, les réacteurs d’Iberdrola de Garona et Cofrentes ont également été équipés par la même firme.
  • En revanche, aucun réacteur allemand en activité ne dispose de cuves fournies par RDM, a indiqué le ministère de l’Environnement.
  • La France non plus n’est pas concernée.

Situations tendues

En première ligne, la Belgique se prépare déjà à affronter des situations tendues. «  Je suis assez sceptique pour le moment » sur la possibilité de relancer le réacteur de Doel 3, a expliqué Willy de Roovere, le directeur de l’AFCN. Si ce réacteur ainsi que celui de Tihange 2 devaient rester hors service, la Belgique aurait à faire face à un casse-tête lors des pics de consommation de l’hiver. « Il y a un risque potentiel important de ne pas couvrir la totalité de la demande à cette période », reconnaît-on chez Elia, le gestionnaire du réseau de transport de l’électricité.

Avec près de 2.000 mégawatts de puissance, les deux réacteurs concernés assurent environ un tiers de la production du parc atomique, qui représente lui-même près de la moitié de la production d’électricité consommée au sein du royaume. Selon Elia, le pays privé de ces deux réacteurs pourrait se retrouver« incapable de faire face à la demande pour au moins 50 jours dans l’année », en cas de grand froid prolongé sur l’Europe. Le royaume devrait alors se tourner vers ses voisins, « avec le risque d’être dépendant de capacités en dehors des frontières, qui peuvent elles aussi être indisponibles », souligne-t-on chez Elia. Or, en Allemagne, 8 tranches ont été arrêtées depuis la décision du pays de sortir du nucléaire. « Dans le pire des cas, nous serions obligés de recourir à des coupures sélectives de certaines parties de la clientèle, l’équivalent d’une ville de 500.000 habitants sans électricité pendant une heure en période de pointe », estime-t-on chez Elia. De quoi susciter une certaine nervosité outre-Quiévrain.

BUREAU DE BRUXELLES
Renaud Honoré,

Une réparation quasi impossible

La société néerlandaise Rotterdamsche Droogdok Maatschappij a fourni 22 cuves de réacteur dans le monde. Dix d’entre elles sont installées aux Etats-Unis, une en Argentine et neuf en Europe.
Le remplacement d’une cuve de réacteur n’a jamais eu lieu dans le monde. Considérée comme quasi impossible, la réparation d’une cuve est à éviter parce qu’elle pourrait faire apparaître de nouvelles tensions dans la paroi.
Écrit par Renaud HONORé

Pourquoi il serait prudent d’arrêter maintenant les quatre réacteurs du Tricastin

Dossier « fissures »: Lettre de Jean Pierre Moricheau envoyée au journal Politis. La bataille essentielle à nos yeux c’est l’arrêt défintif des réacteurs  du Tricastin. Comme vous le verrez  la fermeture de ces réacteurs devient une urgence avant l’accident. Luttons tous ensemble pour cette fermeture. Avant de commencer à lutter contre le nouvel mini EPR que veut installer  GDF Suez dans le sud Drôme. Vendredi 26 novembre 2010

Les réacteurs encore en fonctionnement construits en France dans les années 1977 datent du site de Fessenheim en Alsace. Ils seront les premiers d’une série de 34 réacteurs 900 MW suivis de 22 réacteurs 1300 MW, terminés dans les années 90.

Les quatre réacteurs de Tricastin construits dans les années 80 et 81 sont les huitièmes de la série ; ils sont donc aujourd’hui 30 ans. Ils viennent d’être essayés à cet âge, et la décision de les faire durer plus longtemps encore sera prise en janvier 2011.

Au dire de ses constructeurs, ces matériels avait été construit pour 25 ans. Ils sont aujourd’hui dans une période de risque, vu leur âge. Les matériaux utilisés pour les construire datent des années 60, ils ont donc plus de 50 ans et sont dépassés. L’inutile de dire qu’il est aujourd’hui hors de question de les réapprovisionner, ni de reconstituer le stock d’appareils de mesure et de contrôle de cette époque. La solution envisagée par la direction d’EDF et de rénover complètement et à grands frais, les réacteurs. Il est admis cependant que ni la cuve qui enferme la pile atomique, ni l’enceinte de béton qui l’entoure ne peuvent être changés.

Cette cuve d’acier « peu allié » dit-on, de l’acier ordinaire en somme, n’a pas gardé son état d’origine. Cela a été enseigné par la société Westinghouse, qui a fourni le brevet à EDF. Ce métal, soumis aux flux de neutrons du réacteur, se transforme. Il passe de «  l’état ductile à l’état fragile », autant dire qu’il devient cassant. Les constructeurs français ont placé des éprouvettes à l’intérieur de la cuve afin de suivre l’évolution du métal. Ces éprouvettes ont montré une évolution non conforme aux prévisions du constructeur (figure 1) .Aujourd’hui les mesures sur ces éprouvettes sont devenues confidentielles, elles sont remplacées par des mesures d’évolution du métal par ultrasons, mais, sous une épaisseur inférieure à 2 mm, au risque que les fissures soient plus profondes. Ces fissures appelées « défaut sous revêtement » (D. S. R.) sont au nombre de 17 dans la zone du cœur de Tricastin 1, alors qu’ils n’en a que cinq dans le réacteur de Fessenheim 1, et moins dans les autres.

La fragilité du métal de la cuve a amené l’exploitant à prendre plusieurs précautions : la première est de ne pas descendre la température de l’eau du réacteur sous 80° centigrades au moment des arrêts des réacteurs (tous les 18 mois, aujourd’hui) ; la seconde est d’observer scrupuleusement le rapport entre la température et la pression de l’eau du réacteur à chaque arrêt ou remise en service, afin de respecter la courbe d’évolution de ces deux données et ne pas s’en écarter. C’est le moyen d’éviter une rupture de la cuve fragilisée, qui contient de l’eau à 300° centigrades, sous une pression de 140 bars. Il y a quelques semaines, il y a eu un incident de niveau1 en Tricastin par non-observation de cette règle. Puis un autre identique, à la centrale de Cattenom.

Nous devons donc nous attendre à subir en France un accident semblable à celui de Tchernobyl, tel que nous l’avons vu sur la chaîne L. C. P et disponible sur Internet sur

http://www.chernobyl-day.org/La-bataille-de-Tchernobyl

enregistré en 2006, une version commentée par M. Gorbatchev et qui mérite toute notre attention car elle montre le niveau de sacrifice des soviétiques de l’époque, pour éviter la contamination de la planète tout entière, comme ils le craignaient . Un autre débat qui mérite aussi notre attention est celui qui a été diffusé sur Arte en mars 2010, sous le titre « Nucléaire en Alerte ». Moins descriptif, il donne la parole à toutes sortes de spécialistes du nucléaire sur la planète, qui mettent en garde les populations contre le risque de plus en plus probable d’un accident nucléaire grave. Il y a 400 réacteurs toujours en fonctionnement sur la planète, bien qu’aucun n’est été construit après 1992, mais ils sont de plus en plus vétustes.

Conscient de la difficulté, les responsables du nucléaire et leurs alliés de la protection civile qui occupent toujours une position privilégiée dans notre pays, organisent des exercices de protection et d’évacuation. Il y en a un prévu très prochainement en Tricastin. On n’en est même à se demander comment organiser la période qui suivra ses évacuations et dans quels délais on autorisera les personnes déplacées à revenir à leur domicile. Dans quelles conditions elles y survivront. On va même jusqu’à étudier, pour s’en inspirer, les conditions appliquées aux habitants de Tchernobyl qui sont restés sur les lieux.

Bien que le principe de précaution ne soit pas à l’ordre du jour aujourd’hui, le membre de la Commission Locale d’Information du Tricastin que je suis depuis une dizaine d’années, voudrait vous convaincre de la nécessité de remplacer l’électricité nucléaire par d’autres modes de production . J’espère vous avoir persuadé de vous tourner, tout simplement en changeant de fournisseur d’électricité, vers un producteur d’énergie renouvelable (Enercoop) et de participer ainsi à la fin de cette inconscience, issue de la période révolue des « Trentes Glorieuses ».

Jean-Pierre Morichaud, militant Vert historique, membre de la CLI du Tricastin (26) .

 

Jean-Pierre Morichaud a écrit en 2009, « Itinéraire d’un militant écologiste» où il exprime sa crainte de l’emprise de la technologie moderne sur la vie de notre planète. Disponible chez Yves Michel.

Cuves de réacteurs : les fissures Belges peuvent en cacher d’autres

Communiqué de Presse EELV. EELV souhaite rappeler que la France est concernée par le risque de rupture de cuves de réacteurs de centrales nucléaires, aux dires mêmes de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN).11 août 2012

La décision de l’Autorité Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) belge de mettre à l’arrêt temporairement le réacteur n°3 de Doel suite au constat de possibles fissures dans la cuve souligne l’importance de cet élément pour la sureté des centrales nucléaires. Fort heureusement, comme le rappellent facilement certains, des 21 autres cuves potentiellement concernées par des défauts similaires, aucune n’est en France. Pourtant la France est également concernée par un danger de rupture de cuves.

Dans son Avis DSR_2010-153 du 19 mai 2010, sur la tenue en service des cuves des réacteurs de 900 MWe, l’IRSN écrit : « L’IRSN en conclut qu’à VD3+5 ans, [visite décennale des 30 ans + 5 ans, soit 35 ans, ndlr] le risque de rupture brutale n’est pas exclu pour les cuves des réacteurs de Dampierre 4, Cruas 1, Cruas 2, Saint-Laurent B1 et Chinon B2 en cas de situations incidentelles et accidentelles (…) Les marges à la rupture sont également insuffisantes à VD3 + 5 ans pour les cuves de Saint-Laurent B1 et de Bugey 5 qui sont affectées de défauts (…) En conclusion, pour les cuves ne respectant pas les critères réglementaires et par conséquent, ne présentant pas de marges suffisantes à l’égard du risque de rupture, l’IRSN recommande qu’EDF prenne les dispositions nécessaires pour restaurer les marges. »

Par ailleurs, sur son site internet, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) écrit :

« Certaines cuves du parc électronucléaire français présentent des défauts sous leur revêtement qui sont dus au procédé de fabrication : 33 défauts sous revêtement ont été observés sur 9 cuves, dont 20 sur la cuve du réacteur n°1 de Tricastin. Les défauts présents sur les cuves françaises sont contrôlés régulièrement pour s’assurer de leur absence d’évolution en fonctionnement, ce qui est le cas actuellement.«

Cet incident belge met sous pression la Commission européenne, qui a assuré vouloir répondre à toutes les craintes des citoyens sur la sûreté des installations nucléaires et dont un rapport sur le sujet est attendu à l’automne.

EELV demande donc à la Ministre Mme Delphine Batho ainsi qu’à l’ASN de s’exprimer sur l’avis de l’IRSN au regard de la récente décision de l’AFCN.

Jean-Philippe MAGNEN
Porte-Parole

Nucléaire : l’accord PS-Europe Ecologie déjà caduc ?

François Hollande et son entourage ne parlent plus de fermer 24 réacteurs nucléaires, comme le promettait le contrat de mandature signé en novembre avec leurs alliés écologistes. Challenges 12-03-2012 Par Jérôme Lefilliâtre

Souvenez-vous. C’était le 15 novembre dernier. Le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts signaient un « contrat de mandature » dont les points forts étaient la réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique de 75 à 50%, en même temps que la fermeture de 24 des 58 réacteurs en fonctionnement dans le pays.

Quatre mois plus tard, François Hollande fait toujours la course en tête dans les sondages, et Eva Jolyest tombée aux oubliettes des études d’opinion. Résultat: le PS semble moins enclin aux concessions avec son allié sur le thème du nucléaire.

Ainsi, dans Les Echos datés du lundi 12 mars, François Brottes, le conseiller énergie du candidat socialiste, prend ses distances avec le contrat de mandature. « François Hollande s’est exprimé clairement: il propose la fermeture de Fessenheim dans le premier quinquennat et la réalisation de l’EPR de Flamanville. C’est le lancement de la trajectoire. Mais on ne peut pas décréter a priori des fermetures (de réacteurs). Il faudra faire le point année après année, en fonction de la montée en puissance des solutions alternatives y compris les économies d’énergie. »Autrement dit, la promesse de 24 fermetures de réacteurs nucléaires est obsolète. Seule la fin de Fessenheim, la plus vieille centrale de France, est actée: elle aura lieu « dans le quinquennat. (…) C’est un sujet qui doit être traité sérieusement, techniquement et socialement. Donc, ça prend un peu de temps. »

50% sans fermetures de réacteurs ?

En revanche, la diminution de la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% d’ici 2025 reste d’actualité. « Cette trajectoire va s’appuyer sur plusieurs leviers. Le premier est l’efficacité énergétique (…). Le deuxième est le développement des énergies renouvelables, dont le poids reste encore très marginal dans notre production d’électricité », explique François Brottes, qui appelle également à une « prise de conscience forte dans le cadre du grand débat sur la transition énergétique ».

De fait, à mesure que la candidate écologiste s’enfonce dans les sondages, la position du PS semble de plus en plus converger avec celle d’EDF. Avant la signature de l’accord de mandature le 15 novembre, alors que François Hollande évoquait déjà le chiffre de 50%, Henri Proglio confiait à Challenges qu’il était possible de parvenir à ce chiffre sans fermer la moindre centrale. « Avec une croissance de la demande d’électricité de 2% par an, le tour est joué », expliquait alors le PDG d’EDF. L’électricien aurait-il été entendu du côté de l’avenue de Ségur, où se trouve le QG de campagne de François Hollande?

A François Brottes Les Echos demandent d’ailleurs ce qu’il reste de l’accord entre le PS et Les Verts. Réponse du Monsieur Energie du candidat socialiste: « Je vous parle du projet de François Hollande, qui a la volonté d’être le président de tous les Français. Son projet, qui prend naturellement sa source dans l’accord PS-Verts, engage le pays dans une trajectoire avec un certain nombre d’actes posés. » Parmi lesquels ne figure plus la fermeture de 24 réacteurs. Si François Hollande a puisé dans la source du contrat de mandature, il a bien pris soin de ne pas y plonger tout entier. 

 
Jérôme Lefilliâtre    Par Jérôme Lefilliâtre